Le 19 janvier 2012, l’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien. Ce rapport apporte une réponse à la décision 35 COM 7B.10 et donne un résumé des projets proposés de développement côtier et d’équipements portuaires ayant potentiellement un impact sur la valeur universelle exceptionnelle du bien. Le 14 mars 2012, l’État partie a transmis une liste mise à jour de toutes les propositions d’aménagement susceptibles d’avoir un impact sur la valeur universelle exceptionnelle du bien, conformément au paragraphe 172 des Orientations devant guider la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial et comme demandé par la décision 35 COM 7B.10. Une mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial / IUCN s’est rendue sur le bien du 6 au 14 mars 2012. Les objectifs de la mission étaient d’évaluer l’état de conservation du bien et d’aider l’État partie à mettre au point une évaluation stratégique. Le rapport de la mission sera mis à disposition avant la session du Comité à l’adresse internet suivante: http://whc.unesco.org/fr/sessions/36COM/documents
a) Développement côtier
À sa 35e session, le Comité a noté avec grande inquiétude qu’une usine de gaz naturel liquéfié (GNL) a été autorisée sur l’île de Curtis. La mission a observé que l’usine avait été évaluée comme ayant un impact sur les attributs de la valeur universelle exceptionnelle du bien. Il s’avère qu’il s’agit de l’une des trois usines de ce type sur l’île de Curtis, associées à un vaste programme de dragage en cours, et qu’une quatrième demande doit encore être précisée. Les informations fournies par l’État partie et dans les conclusions de la mission indiquent une augmentation récente et rapide des propositions de développement côtier avec des impacts potentiels sur la valeur universelle exceptionnelle du bien. Elles montrent qu’à ce jour, environ 70% (41 sur 61) de propositions de ce type ont été approuvés au cours de la dernière décennie (1999-2011), en étant probablement assorties d’une série de conditions. Plus de 60% de toutes les propositions concernant un tel aménagement (67 sur 108 propositions) ont été soumises ces cinq dernières années, avec une augmentation substantielle et constante depuis 2008, notamment en liaison avec des projets associés à l’exportation de charbon et de gaz naturel liquéfié. Des propositions d’aménagement tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du bien, actuellement en cours d’examen (environ 45 au total, dont environ 35 demandes sollicitant une décision avant la fin 2013), portent sur des équipements de traitement du GNL et autres produits et des infrastructures associées, des équipements portuaires et le dragage, des projets de tourisme, d’agriculture et d’aquaculture, des industries minières et extractives, des infrastructures de transport (à l’exclusion des équipements portuaires), des gazoducs, des installations de traitement de l’eau, des infrastructures d’approvisionnement en eau et des projets immobiliers. Étant donné le taux élevé d’autorisations délivrées ces 12 dernières années, l’ampleur sans précédent du développement affectant réellement ou potentiellement le bien suscite de graves inquiétudes quant à sa conservation à long terme.
La mission a noté en outre que, alors que de nombreux aspects de la gestion ont conduit à fixer des normes, une série de sujets de préoccupation n’a pas été traitée dans les domaines de la protection et gestion des équipements portuaires et de GNL dans le port de Gladstone et sur l’île de Curtis et de la protection de son environnement. Les inquiétudes soulevées par des parties prenantes concernent la baisse de la qualité de l’eau par suite du dragage, le contrôle scientifique et indépendant qui est inapproprié pour assurer le suivi de la qualité de l’eau, l’absence de réponse suggérée par le gouvernement lorsque les objectifs de qualité de l’eau sont dépassés, l’impact sur l’utilisation traditionnelle et l’absence de satisfaction concernant des procédures de consultation du public et la transparence. Il ne semble pas que des compensations, qui faisaient partie des conditions d’autorisation des projets du port Gladstone et de l’île de Curtis, représentent une atténuation appropriée et suffisante de l’impact des équipements sur le bien. La mission considère que ces inquiétudes devraient être traitées avant tout autre aménagement du port et qu’il convient de s’assurer que les équipements et exploitations portuaires dans l’ensemble du bien répondent aux normes internationales les plus élevées en matière de règle de l’art, à la mesure du statut de bien emblématique du patrimoine mondial.
Jusqu’à l’obtention des résultats de l’évaluation stratégique mentionnée ci-après et la mise en place d’un plan associé de développement durable, il convient de suivre une approche de très grande précaution en ce qui concerne tous les projets susceptibles d’avoir un impact sur la valeur universelle exceptionnelle du bien, avec transmission de rapports effectifs et réguliers au Comité du patrimoine mondial. En l’absence d’une telle approche de précaution, les résultats de l’évaluation stratégique pourraient être compromis et, si un certain nombre de projets devaient démarrer, ils fourniraient une base pour envisager l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril.
b) Évaluation stratégique et plan de développement durable à long terme
À sa 35e session, le Comité du patrimoine mondial a prié instamment l’État partie d'entreprendre une évaluation stratégique exhaustive de l'ensemble du bien, afin de permettre l’élaboration d’un plan à long terme pour un développement durable qui protégera sa valeur universelle exceptionnelle. L’État partie a répondu positivement à cette demande et a commencé à mettre en œuvre l’évaluation stratégique au moyen de deux exercices concurrents conduits par l’État du Queensland et l’administration de la réserve marine de la grande barrière de corail. Lors de sa visite, la mission a pu participer à un atelier sur cette évaluation et son rapport contient une série d’observations pertinentes sur la conduite de celle-ci. La mission a noté que l’évaluation stratégique devrait être complétée dans le cadre d’un processus coordonné et pleinement consultatif, vis-à-vis d’un certain nombre de critères de réussite définis, en tenant compte des conclusions et recommandations de la mission telles qu’exposées dans son rapport. L’évaluation devrait traiter d’une manière exhaustive les impacts directs, indirects et cumulés des projets sur le récif et aboutir à des mesures concrètes garantissant que les objectifs économiques, sociaux et écologiques du bien sont atteints d’une manière équilibrée et avec un bénéfice net pour le maintien de l’ensemble de la valeur universelle exceptionnelle. Le plan à long terme qui en résultera pour le développement durable du bien devrait être soumis au Centre du patrimoine mondial pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 39e session en 2015.
c) Protection et gestion générales du bien
Le rapport de l’État partie donne une description détaillée des dispositions relatives à la protection et à la gestion telles qu’elles sont actuellement appliquées, celles-ci étant complétées par les conclusions de la mission de suivi réactif. Depuis plusieurs années, le bien connait des pratiques de gestion rigoureuses, dont beaucoup sont d’une grande qualité et constituent un exemple pour d’autres zones marines protégées. Toutefois, la mission a noté que des menaces pesaient sur le bien et que, malgré des succès remportés par la gestion, des évaluations indiquent une baisse continue de la qualité de certaines parties du bien, notamment dans les secteurs côtiers au sud de Cooktown. Le rapport sur les perspectives de la Grande Barrière de 2009 a estimé que les perspectives d’avenir étaient mauvaises, exigeant des actions de protection et de gestion décisives dans les prochaines années.
Les dispositions générales relatives à la protection et à la gestion du bien devraient faire l’objet d’un examen indépendant, y compris par rapport au développement côtier et portuaire. Parmi les sujets d’inquiétude à aborder figurent les différences entre les limites de la réserve marine de la Grande Barrière de corail et celles du bien qui sont légèrement plus étendues. De plus, des zones côtières importantes sont exclues du bien, mais abritent des activités qui font peser des menaces sur la conservation de la valeur universelle exceptionnelle du bien. Il est nécessaire de coordonner d’une manière plus efficace entre les niveaux fédéral et étatique la protection et la gestion du bien dans son ensemble et des zones en dehors de ses limites et susceptibles de l’affecter. D’autres sources d’inquiétude sont la complexité et l’éventuel chevauchement de la législation et l’adéquation des fonds destinés au bien où, malgré des capacités financières élevées, les besoins croissants excèdent les budgets actuels.
Un problème fondamental est le fait qu’apparemment, une reconnaissance cohérente ou spécifique de la valeur universelle exceptionnelle est absente des plans ou processus de prise de décision et qu’il existe des doutes quant à la protection d’une série d’aspects constituant la valeur universelle exceptionnelle, étant donné qu’ils ne sont pas pris en compte de manière cohérente. Une déclaration rétrospective de valeur universelle exceptionnelle a été soumise pour approbation le Comité et devrait servir de base pour rectifier cette situation. Le rapport sur les perspectives de la Grande Barrière devrait, à l’avenir, inclure également une évaluation spécifique de la valeur universelle exceptionnelle.
d) Qualité de l’eau
La qualité médiocre de l’eau fait peser une menace importante sur la conservation du bien et est le principal facteur du déclin frappant les zones côtières d’une grande partie du bien. Grâce à des actions de gestion concertées, la tendance négative de la qualité de l’eau a été réduite récemment et présente des signes positifs de restauration. Le plan pour la protection de l’eau de la Barrière (Plan de la Barrière) est un programme de collaboration regroupant des projets et partenariats coordonnés destinés à améliorer la qualité de l’eau du bien grâce à une meilleure gestion des sols dans les bassins versants du récif et est mis en œuvre conjointement par les gouvernements fédéral et de l’état. Le programme vise à stopper et à inverser le processus de déclin de la qualité de l’eau pénétrant dans le récif d’ici 2013 et à garantir qu’en 2020 la qualité de l’eau du récif provenant de bassins versants adjacents n’aura pas d’effet préjudiciable sur la santé et la résilience du bien. Des résultats préliminaires montrent les progrès dans la réalisation de ces objectifs. Selon des informations du gouvernement du Queensland, le ruissellement d’azote provenant de fermes réglementées a été réduit d’environ 14% depuis 2010. II est précisé qu’il faudra plusieurs décennies pour voir pleinement le profit de cet investissement. La poursuite de l’initiative intitulée un plan pour la Barrière avec ses mesures réglementaires et d’incitation associées est essentielle pour atteindre les objectifs fixés pour 2020 et la conservation générale à long terme. Le financement de ces programmes est actuellement assuré jusqu’en 2013 et devra être maintenu au-delà de cette date.
e) Changement climatique
Le changement climatique représente une menace importante pour le bien et le renforcement de sa capacité de résistance, grâce à la réduction d’autres pressions, est un moyen d’optimiser la capacité d’adaptation de l’écosystème à ces impacts. À sa 35e session (UNESCO, 2011), le Comité du patrimoine mondial a accueilli favorablement la volonté de l'État partie d'améliorer la résilience du bien et sa capacité à s'adapter au changement climatique. La mission considère que la définition de cibles claires et éventuellement réglementaires pour l’état de la valeur universelle exceptionnelle qui sera recherché à l’avenir pour la Grande Barrière pourrait être bénéfique pour l’amélioration générale de la résilience du bien. De telles cibles pourraient offrir un paradigme nouveau et positif pour envisager l’avenir à long terme du bien et devraient reposer sur une analyse scientifique solide et objective des différentes activitiés qui contribuent à la vulnérabilité du récif et, en conséquence, limitent sa capacité d’adaptation à l’impact du changement climatique.