1.         Ville de Luang Prabang (République démocratique populaire lao) (C 479bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1995

Critères  (ii)(iv)(v)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/479/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1994-1998)
Montant total approuvé : 92 242 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/479/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé au bien : 200 000 dollars EU (Convention France / UNESCO)

Missions de suivi antérieures

15-22 février 2005 : mission UNESCO ; 26 septembre–7 octobre 2007 : mission du projet de coopération internationale UNESCO / Région Centre / Ville de Chinon ; 22-28 novembre 2007 : mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial / ICOMOS.  

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Mauvaise application du plan de conservation de Luang Prabang (PSMV) et constructions illégales ;

b) Travaux publics (réfection d’une route et drainage) susceptibles d’altérer les valeurs de patrimoine mondial.

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/479/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2008

L’État partie a fourni un rapport au Centre du patrimoine mondial le 23 janvier 2008. Concernant les points soulevés par le Comité du patrimoine mondial, le rapport de l’État partie apporte les indications suivantes :

 

a) Il souhaiterait une étude visant à établir une zone tampon; cette étude serait menée par une équipe mixte d’experts français et lao.

b) Sur la base du soutien fourni par l’UNESCO pour réaliser une étude de faisabilité en vue de créer une réserve de biosphère dans le bassin versant de la Nam Khan, l’Etat partie est prêt à garantir le développement durable pour améliorer l’équilibre entre le bien et la région.

c) Concernant la nécessité d’améliorer les mesures de prévention des risques pour le patrimoine naturel, le rapport de l’Etat partie précise que, conformément à la législation, tout projet d’aménagement d’infrastructures (y compris les grandes opérations telles que le projet Nam Theun 2 actuellement programmé) doit être précédé d’une étude de faisabilité et d’une analyse d’impact socio-environnemental.

d) L’Etat partie indique qu'il est en train de renforcer la base administrative et législative du PSMV pour permettre son application avec plus de rigueur. À cet égard, il fait état d’une loi relative au patrimoine promulguée en 2005 qui est en cours de diffusion et d’application à l’échelle nationale, de campagnes de sensibilisation au PSMV au niveau national et au niveau local, et de succès majeurs en termes de contrôle des démolitions, constructions et restaurations de bâtiments grâce à la coopération entre divers organismes locaux et nationaux. Mais le rapport reconnaît également que, dans certains cas, les règlements du PSMV n’ont pas été respectés.

e) Concernant la demande du Comité du patrimoine mondial que soit organisée avant la fin de l’année 2007 une réunion de coordination des bailleurs de fonds pour coordonner les projets envisagés sur le site et à sa périphérie, l’Etat partie se déclare ouvert à la tenue d’une telle réunion à une date qui convienne à tous. L’Etat partie exprime également sa satisfaction à l’égard de l’accord de coopération internationale conclu avec le gouvernement français et, en particulier, la Région Centre et la ville de Chinon, ainsi que son souhait de renouveler cet accord signé il y a 10 ans.

Le rapport de l’État partie ne répond pas à plusieurs demandes du Comité du patrimoine mondial, parmi lesquelles la nécessité de mieux définir le mandat de la Maison du Patrimoine, de renforcer les capacités locales et la participation des acteurs locaux, et enfin d’évaluer la qualité des projets d’aménagement réalisés depuis l’inscription du bien (en particulier en termes de densification et d’utilisation du bâti).

Il convient de noter que si le rapport de l’État partie fait des commentaires sur le barrage Nam Theun 2 de construction franco-thaïlandaise qui devrait être mis en service fin 2009, il ne dit rien sur les intentions de l’État concernant le barrage principal sur le Mékong qui doit être réalisé par la Petro Vietnam Power Corporation à Luang Prabang et dont la mise en service est prévue en 2014.

Par ailleurs, dans un courrier reçu par le Centre du patrimoine mondial le 28 mars 2008, l’État partie apporte des précisions sur sa décision d’engager une révision du Plan de développement urbain du district de Luang Prabang, de renforcer la Maison du patrimoine en recrutant des cadres et d’améliorer la coordination institutionnelle pour la sauvegarde du bien en nommant un « conseiller spécial » auprès du vice-premier ministre en charge de Luang Prabang.

La mission conjointe de suivi réactif du Centre du patrimoine mondial / ICOMOS demandée par le Comité du patrimoine mondial à sa 31e session (Christchurch, 2007) s’est déroulée du 22 au 28 novembre 2007. Elle a estimé que la Ville de Luang Prabang était à « une étape cruciale de son développement et que les décisions prises maintenant détermineront la sauvegarde de la valeur universelle exceptionnelle de la ville ou sa perte progressive ». Le rapport reconnaît que beaucoup de choses ont été faites en 12 ans, depuis l’inscription du bien, mais qu’actuellement « une pression sans précédent du développement crée sur le site de nouvelles contraintes auquel l’actuel système de conservation semble incapable de parer efficacement. » Le rapport indique que si « le patrimoine traditionnel lao poursuit son déclin régulier, la Ville de Luang Prabang finira par se retrouver dans une situation justifiant son inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril »

Les principales recommandations de la mission fixent des objectifs d’intervention et de mise en œuvre par l’État partie dans un délai donné :

a) La nécessité d’une nouvelle Déclaration de valeur universelle exceptionnelle.

b) L’établissement d’une zone tampon (pour laquelle des indications spécifiques ont été données).

c) Un moratoire sur tous les grands projets ayant un impact sur la valeur universelle exceptionnelle du bien (y compris la nouvelle ville dans la vallée de Chompeth, l’extension et le réalignement de l’aéroport, la conversion de l’école primaire et de l’Ecole des Beaux Arts en équipements touristiques, et la passerelle pour piétons et motocycles sur la Nam Khan).

d) La révision du Plan de développement urbain (qu’il faudrait engager de toute urgence en se basant sur un nouvel inventaire et l’étude des changements survenus dans la zone inscrite depuis l’établissement du PSMV, en prévoyant une stratégie pour remédier aux changements négatifs).

e) L’application stricte du PSMV avec une fonction totalement développée de production de rapports annuels à l’intention du Comité du patrimoine mondial.

Le rapport contient également plusieurs recommandations spécifiques concernant l’amélioration du mandat de la MDP; le renforcement des capacités et de la participation de la communauté locale, le contrôle des activités de constructions illégales; la réponse à certaines pressions du développement, le mauvais état de réparation des structures religieuses sur la rive droite du Mékong, et enfin une plus grande attention à la préservation du patrimoine vivant.

Le Centre du patrimoine mondial et l’ICOMOS, tout en se félicitant des mesures prises par l’État partie, considèrent que le rapport de la mission prouve l’urgence de la situation et la nécessité d’un ensemble de mesures prioritaires à prendre par l’État partie. Le rapport de l’État partie lui-même confirme que le développement dans les limites du bien n’est pas suffisamment sous contrôle et que, malgré la mobilisation de nombreux professionnels dévoués et de la Maison du Patrimoine, beaucoup de projets d’aménagement en cours recueillent un soutien politique plus grand que l’engagement de l’État partie de préserver la valeur universelle exceptionnelle de la Ville de Luang Prabang. 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Néant

Décision adoptée: 32 COM 7B.74

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-08/32.COM/7B,

2. Rappelant la décision 31 COM 7B.73, adoptée à sa 31e session (Christchurch, 2007),

3. Se déclarant de nouveau préoccupé du fait que le niveau de coordination et la priorité accordée à la valeur universelle exceptionnelle du bien n'ont pas suffi à arrêter la perte progressive de son tissu et des traditions face aux pressions du développement,

4. Reconnaissant la volonté de l'État partie d'améliorer l'état de conservation du bien, notamment à travers les mesures prises récemment pour engager la révision du plan urbain, renforcer les capacités de la Maison du Patrimoine et la coordination avec les acteurs locaux sur le site,

5. Prie instamment l'État partie de mettre en oeuvre toutes les recommandations de la mission de novembre 2007 et en particulier de :

a) Réviser le plan urbain pour la province de Luang Prabang et définir, dans ce contexte, une zone tampon pour le bien ;

b) Imposer un moratoire en attendant l'approbation du plan de développement urbain révisé, sur les grands projets d'aménagement comme le projet de ville nouvelle dans la vallée de Chompeth, l'extension et le réalignement de l'aéroport, la transformation de l'école primaire et de l'École des Beaux Arts en équipements touristiques, et la construction d'une passerelle pour piétons et deux roues sur la Nam Khan ;

c) Veiller à l'application stricte du plan de conservation de Luang Prabang (PSMV) et dresser l'inventaire actualisé et les cartes du bien en indiquant les changements intervenus sur les édifices classés, les bâtiments existants et les nouvelles constructions, les zones humides, etc.

6. Réitère sa demande à l'Etat partie de développer, en concertation avec le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives, un projet de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle incluant les conditions d'intégrité et d'authenticité, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 33e session en 2009 ;

7. Invite l'État partie à donner des informations sur des articles de presse évoquant un projet de barrage présumé sur le Mékong, à Luang Prabang, qui devrait être mis en service en 2014, et son impact potentiel sur le bien ;

8. Demande à l'État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2009, un rapport sur l'état de conservation du bien et les mesures prises pour mettre en oeuvre les recommandations ci-dessus, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 33e session en 2009, afin d'envisager, en l'absence de progrès substantiel, l'inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril.