Le 2 février 2012, l'État partie a remis un rapport général sur l'état de conservation du bien. Ce rapport offre une vue d'ensemble sur l'état d'avancement de la mise en œuvre de la décision du Comité adoptée à sa 35e session (UNESCO, 2011).
a) Finaliser la création de l’autorité de contrôle de la faune et réinstaurer le programme de retenue des recettes
L’État partie note qu’une société de conseil a été engagée pour faciliter l’établissement de l’autorité de contrôle de la faune, la Tanzania Wildlife Authority (TAWA). Ce processus est actuellement au stade final. L’État partie note que lorsque la TAWA sera opérationnelle, le programme de retenue des récettes (revenue retention scheme) sera automatiquement réinstauré. Aucun calendrier n’a été fourni pour la finialisation de l’établissement de la TAWA.
b) Abandonner les différents projets d'aménagement qui sont incompatibles avec le statut de patrimoine mondial du bien, en particulier le barrage de la Gorge de Stiegler, le projet de mine d’uranium et l’exploration pétrolière sur le territoire du bien
L’État partie exprime la conscience qu’il a du fait que les projets énergétiques et leurs conséquences peuvent être incompatibles avec le statut de patrimoine mondial car ils peuvent avoir des effets négatifs sur la valeur universelle exceptionnelle du bien du patrimoine mondial. Il souligne que tout projet de développement sur le territoire du bien sera soumis à un examen approprié, selon les recommandations de la Convention et ses Orientations, avant d’obtenir une autorisation. L’État partie note que le barrage de la Gorge de Stiegler a été signalé comme étant une source majeure d’hydroélectricité capable de résoudre le manque chronique d’électricité en Tanzanie, mais que le projet en est encore au stade de la planification et qu’aucune autorisation de lancement de projet n’a été accordée. L’État partie déclare qu’aucun permis ne sera accordé sans une Etude d’Impact Environnemental et Social (EIES) correctement menée et sans l’autorisation du Comité du patrimoine mondial.
Toutefois, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont remarqué la publication de récents rapports selon lesquels le ministère de l’Energie et des Mines annonçait que le projet de la centrale hydroélectrique de la Gorge de Stiegler commencera en juillet 2012, et devrait être achevé avant fin 2015. Ces rapports notent que la compagnie brésilienne Odebrecht Construction International a dors-et-déjà signé un contrat de mise en oeuvre du projet, et que des banques basées au Brésil apporteront les fonds nécessaires. Selon le Directeur général de l’autorité de développement du bassin de Rufiji (RUBADA), le réservoir une fois rempli couvrira une superficie de 1 200 km2, soit 120 000 ha sur le territoire du bien. Cela représente 2,4% de la totalité du bien, y compris deux secteurs clés de la réserve pour les rhinocéros et l’habitat de plusieurs autres espèces. De plus, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que la construction du barrage ouvrirait une région jusqu’alors peu accessible du bien, ce qui entraînerait des effets secondaires tels que le braconnage et l’utilisation illégale des ressources.
c) S’assurer que le projet de barrage de Kidunda n'aura pas de conséquence sur la valeur universelle exceptionnelle du bien et éviter l'inondation de parties du bien ou de zones clés pour la faune et de flore aux limites du bien
L’État partie note que le barrage de Kidunda envisagé en bordure du secteur nord du bien est considéré comme une solution pour palier les pénuries d’eau dont souffrent de nombreuses régions du pays. Le rapport déclare que la phase initiale de l’EIES pour ce projet est actuellement en cours et que le rapport sur cette phase est en cours d’examen au Ministère des Ressources naturelles et du Tourisme. L’État partie note qu’une EIES détaillée sera préparée et intégrera les recommandations des parties prenantes et sera prise en compte dans le processus d’approbation.
d) Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent qu’une EIES précédente, datée de mars 2008 et examinée par la mission de suivi Centre du patrimoine mondial / UICN de 2008, montre que le barrage aura un impact sur les systèmes écologiques, qu’il est susceptible de perturber les corridors de déplacement de la faune, d’affecter le comportement reproductif des organismes aquatiques et d’avoir des conséquences négatives sur d’autres habitats de zones humides. L’EIES note aussi que le barrage a été redessiné afin de réduire, sans les éliminer, les impacts sur le bien et la plaine de Gonabis, qui, selon un rapport établi par un travail de coopération avec l’Allemagne (GIZ), est une zone tampon importante pour le bien et offre un habitat pour les plus grandes densités d’animaux sauvages, de zèbres, de girafes et d’autres grands herbivores dans la totalité de l’écosystème de Selous. Ce rapport suggère que les espèces menacées, tels que le chien sauvage, le guépard et le rhinocéros, se trouvent aussi dans ou près de la zone affectée. Le rapport de l’EIES de 2008 déclare aussi que le projet de réservoir de 27 km2 ne fournira que 60m3 et qu’un barrage beaucoup plus grand couvrant au moins 43 km2 serait nécessaire pour fournir la capacité prévue de 150 m3, sans toutefois étudier l’impact de cette proposition alternative. La dernière EIES actuellement en préparation concerne donc un barrage beaucoup plus grand qui est susceptible d’avoir un impact encore plus grand sur la VUE du bien.
e) Adopter une législation spécifique afin d’interdire la prospection et l’exploitation pétrolière et minière sur le territoire du bien en raison de son statut de patrimoine mondial
L’État partie note que la récente législation qui autorise l’exploitation minière dans les réserves animalières à travers tout le pays est destinée à soutenir le développement et l’amélioration de l’économie afin d’atteindre les Objectifs du millénium pour le développement en 2025 (MDG). Considérant que les ressources et l’exploitation minière en Tanzanie sont parmi les principaux pilliers de la coissance économique, l’État partie déclare qu’il a promulgué plusieurs lois et réglementations afin de réglementer les principaux développements dans les zones protégées, y compris le bien, sans toutefois livrer aucun détail sur les conséquences.
f) Créer et mettre en place un plan d'urgence pour renforcer les actions de lutte contre le braconnage sur le territoire du bien afin de résoudre l'augmentation alarmante du braconnage
L’État partie donne des informations sur les efforts qu’il a fourni pour renforcer les actions de suivi et de lutte contre le braconnage, notamment en intensifiant les opérations conjointes contre le braconnage par l’application d’autres lois, et la mise en œuvre du Plan de gestion des éléphants de Tanzanie 2010-2015 (TEMP). De plus, 39 personnes ont été recrutées et trois nouveaux véhicules de patrouille ont été acquis pour renforcer les forces de surveillance du parc, l’achat d’un hélicoptère étant prévu pour permettre la surveillance aérienne en 2012. Des orientations pour l’établissement d’une Unité de protection de la faune (WPU), qui impliquera toutes les institutions concernées par la faune, ont été préparées et attendent actuellement l’accord du ministère. L’État partie explore aussi l’utilisation d’un système de géo-information et de télédétection pour combattre le braconnage.
Le TEMP 2010-2015 note un déclin marqué de la population d’éléphants dans la réserve de Selous, de 50 000 à 70 000 en 2006 à 38 975 en 2009. Il reconnaît qu’il y a des preuves incontestables que l’abattage illégal d’éléphants dans l’écosystème de Selous a augmenté ces dernières années, avec plus de trois fois plus de dépouilles d’éléphants observées entre 2006 et 2008. Selon, le TEMP, la forte diminution du financement, causée par les restrictions budgétaires de 2004 qui ont entraîné l’interruption du Programme de retenue des récettes et une réduction du revenu du bien de 2 millions de dollars EU, est un facteur influançant clairement la protection de la population d’éléphants dans le bien. De récents compte-rendu publiés dans la presse (janvier 2012) notent que le Président de la Tanzanie, au vu des résultats de l’étude de 2009, a commandé une enquête pour déterminer les raisons de la diminution récente du nombre d’éléphants dans le bien.
g) Réviser et soumettre l’évaluation d’impact sur l’environnement (EIE) relative à la mine d’uranium de la rivière Mkuju conformément aux recommandation du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN avant l’octroi de permis d’exploitation
Du 24 octobre au 1er novembre 2011, une mission de conseil d’experts indépendants recommandée par l’UICN a visité le bien, et a entrepris un examen du projet de déclaration d’impact sur l’environnement (EIE) concernant le projet de mine d’uranium de la rivière Mkuju (MRP). Sur la base de cet examen, l’État partie a soumis une EIE révisée au Centre du patrimoine mondial le 31 janvier 2012. A ce jour, aucune autorisation d’exploitation n’a été accordée. Le 31 janvier 2012, l’État partie a également soumis une proposition de modification mineure de limite portant sur le retrait d’une superficie de 41 286 ha du bien afin de prendre en considération la mine d’uranium envisagée ainsi qu’une zone tampon. Cette proposition a été évaluée par l’UICN et fait l’objet du document WHC-12/36.COM/INF.8B2. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent que la proposition actuelle d’exploitation minière à l’intérieur du bien est incompatible avec le statut du patrimoine mondial. L’UICN note que les informations reçues des parties prenantes suggèrent qu’une route illégale traversant la forêt Undendeule a été en partie construite, alors que cette forêt est proposée par l’État partie pour compenser partiellement la superficie occupée par le site de la mine envisagée.
h) Autres problèmes de conservation – corridor de déplacement de la faune entre Selous et Niassa, exploration pétrolière
Dans ce rapport sur l’état de conservation du bien, l’État partie reconnaît que le corridor de déplacement de la faune entre Selous et Niassa est une partie fondamentale de l’écosystème de Selous et note que ces corridors ont une existence légale dans le cadre de la Loi sur la faune et la flore de 2009. L’État partie fournit une liste concise de mesures prises pour protéger le corridor Selous-Niassa. Parmi celles-ci : i) planifiction de l’utilisation des terres et renforcement des capacités dans les communautés vivant dans le corridor afin d’améliorer les pratiques d’utilisation des terres et la protection de l’environnement, ii) projets de moyens de subsistence alternatifs, amélioration des infrastructure et formation de gardiens de villages pour la gestion des zones de gestion de la faune (WMA), iii) création de cinq WMA à ce jour dans le corridor Selous-Niassa, où les ressources naturelles sont gérées par les populations locales et iv) coopération internationale avec le Mozambique afin d’améliorer la conservation dans le corridor. L’État partie note aussi que les corridors de déplacement de la faune dans tous le pays sont identifiés et délimités et serviront de base pour le développement d’orientations, sans que le type d’orientation envisagé soit précisé.
Concernant l’exploration pétrolière sur le territoire du bien, l’État partie note qu’il recherche une approche de développement durable et basera ses décisions sur les rapports de l’ESIA et s’assurera d’une mise en œuvre maîtrisée des mesures de réduction des impacts identifiés. Un article récemment publié dans la presse informe que Dominion Petroleum a renoncé à l’accord de partage de production de pétrole pour Selous qu’il avait signé avec la Tanzania Petroleum Development Corporation il y a plus de dix ans. Toutefois, l’État partie n’a pas mentionné cela dans son rapport, et ne s’est pas engagé non plus à interdire toute exploration pétrololière dans l’emprise du bien. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent la position ferme du Comité selon laquelle l’exploration et l’exploitation pétrolières sont incompatibles avec le statut de patrimoine mondial.