1.         Parc national du Niokolo-Koba (Sénégal) (N 153)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1981

Critères  (x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril   2007-présent

Menaces pour lesquelles le bien a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril

État de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril

Adopté, voir page http://whc.unesco.org/fr/decisions/?id_decision=4087&

Mesures correctives identifiées

Adoptées, voir page http://whc.unesco.org/fr/decisions/?id_decision=4087&

Calendrier pour la mise en œuvre des mesures correctives

Adopté, voir page http://whc.unesco.org/fr/decisions/4087

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/153/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1982-2004)
Montant total approuvé : 147 125 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/153/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

2001 : mission de suivi Centre du patrimoine mondial/UICN ; janvier 2007 : mission de suivi Centre du patrimoine mondial/UICN ; avril 2010 : mission de suivi Centre du patrimoine mondial/UICN

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Braconnage, capture et déplacement de faune ;

b) Assèchement de mares et espèces envahissantes ;

c) Exploitation forestière illégale ;

d) Pacage de bétail ;

e) Projet de construction d’une route ;

f) Construction éventuelle d'un barrage ;

g) Exploration et exploitation minières potentielles.

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/153/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2012

Le 1er février 2012, l'État partie a remis un bref rapport sur l'état de conservation du bien qui donne des informations sur la mise en œuvre de quelques-unes des mesures correctives et qui apporte des réponses à quelques-uns des problèmes soulevés par le Comité lors de sa 35e session (UNESCO, 2011). Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN rappellent que trois des sept mesures correctives adoptées par le Comité devaient être mises en œuvre avant juillet 2011, deux autres avant juillet 2012, et les deux autres avant juillet 2013. En ce qui concerne les cinq mesures correctives qui devaient être effectives avant les 35e et 36e sessions du Comité, les éléments suivants sont précisés:

a) Renforcement et mise en place du dispositif de lutte anti-braconnage

L'État partie signale que les équipes de surveillance et le nouveau mécanisme anti-braconnage, mis en place depuis décembre 2010, sont actuellement financés par le RRF (Rapid Response Facility). Les opérations se poursuivent avec trois équipes mobiles, composée chacune de huit officiers et déployée pendant une durée de dix jours par mois, dans les zones où la pression est très forte. Par ailleurs, des patrouilles régulières supplémentaires sont menées, sur la base des données recueillies par les unités mobiles. L'État partie précise que ces patrouilles ont réussi à confisquer de nombreuses armes et munitions et à arrêter plusieurs contrevenants à la loi mais ne donne aucun détail sur sa capacité à enrayer considérablement le braconnage.

L'État partie rapporte en outre qu'un atelier de consultation s'est déroulé avec les partenaires et acteurs du tourisme de Tabacounda et de Kédougou, visant, entre autres, à créer des partenariats entre les opérateurs touristiques et les gestionnaires du parc et à fournir des revenus alternatifs aux ex-braconniers.

b) Renforcement du personnel en lui fournissant, dans les meilleurs délais, une formation centrée sur la protection du bien, sa gestion intégrée, les règles de sécurité, et en le dotant de l'équipement indispensable à sa mission

Le rapport de l'État partie fait état du recrutement et de la formation de 35 agents en décembre 2010 afin de renforcer leurs capacités dans la lutte contre le braconnage, dans la gestion de la faune et dans les méthodes d'approche participative à la périphérie du parc. L'État partie précise qu'avec l'aide du RFF, 11 des 12 véhicules ont été remis en service et 5 unités GPS ont été achetées. L'État partie réitère l’octroi d'un montant de 1 milliard de francs CFA (1,5 million d'euros) au titre du Plan de réhabilitation d'urgence du bien qui prévoit le développement d'un réseau de pistes, la réhabilitation, la construction et l'équipement de postes de gardes, le renforcement de la surveillance du parc et l'amélioration des conditions de travail du personnel. Certains de ces équipements ont déjà été livrés et les autres actions inclues dans le Plan d'urgence seront mises en place au cours de l'année 2012. L'État partie rapporte par ailleurs qu'une mission de l'UICN, qui s'est déroulée en mars 2011 et visait à déboucher sur l'élaboration d'un nouveau plan de gestion du bien, a eu pour conséquence, entre autres, l'élaboration d'un cadre de gestion ciblant les actions urgentes, cadre qui est désormais opérationnel et budgété pour deux ans. En outre, une vision et des objectifs pour un plan de gestion à dix ans ont été définis.

c) Proposition et mise en œuvre d'alternatives concrètes au forage des puits en dehors du parc afin de minimiser la divagation du bétail, dans le contexte global de la transhumance au Sénégal

L'Etat partie rapporte qu'avec l'aide du projet nommé "L'élevage en tant que moyen de subsistance: renforcement des stratégies d'adaptation au changement climatique par une meilleure gestion de la relation bétail-faune-environnement", des réunions supplémentaires ont été organisées avec les communautés locales de Diénoudiala, d'Oubadji de Médina Gounass et de Lingkering. L’objectif de ces rencontres était de résoudre dans un cadre participatif les problèmes liés aux pressions exercées sur le parc en améliorant la conservation des ressources naturelles et les pratiques d'élevage à la périphérie du bien. Aucune conclusion de ces rencontres n'est rapportée par l'État partie.

Par ailleurs, l'État partie fait état de la création, avec l'aide de l'UICN, d'un réseau unissant les quinze présidents des conseils ruraux des terres entourant le bien, dans le but de constituer un socle à une consultation ayant pour but la création de partenariats entre le parc et les communautés locales pour une meilleure gestion des valeurs du bien.

Enfin, l'État partie signale qu'un comité de pilotage du bien est en cours de création. Il donnera des conseils sur la conservation de la biodiversité du bien et de ses alentours.

Le rapport ne donne cependant aucune précision sur la possible résolution dans le cadre de ces actions des problèmes liés à la pression exercée par le pâturage sur le territoire et à l'extérieur du bien, en particulier sur le problème du forage de puits aux alentours du bien qui représente un risque de concentration de bétail autour du parc et une pression accrue sur les prairies et sur le parc.

d) Actualisation du programme de suivi écologique du parc basé sur des indicateurs simples, fiables et peu coûteux à mesurer, et sur des statistiques tirées de recensements fiables des populations d'espèces menacées (lions, élands de Derby, éléphants, chimpanzés, lycaons, ...) et d'espèces clés, et l'intégrer au Plan de gestion du bien

L'Etat partie n'évoque pas de progrès accomplis dans la mise en oeuvre de cette mesure corrective mais précise bien cependant que du 24 au 27 janvier 2012, s'est déroulé un recensement des espèces clés du bien, dans sa zone tampon sud-est entre Niokolo, Bangharé et Mako. Le rapport ne donne cependant aucune précision sur la méthodologie ou la zone couverte et ne fait état que des fréquences des rencontres d'animaux sur le secteur concerné. Ces fréquences de rencontre sont très faibles pour toutes les espèces, avec un taux plus élevé pour les antilopes rouannes, les buffles, les élans de Derby, un taux très faible pour les éléphants (1 rencontre sur les 350 kilomètres du transect), les bubales roux, les chimpanzés, les lions et les léopards. Aucun lycaon n'a été rencontré au cours de ce recensement bien que le rapport fasse état d'observations complémentaires faites au cours de l'année 2011 selon lesquelles le lycaon est encore présent sur le territoire du bien.

e) Amélioration du marquage des limites du bien et assurer une meilleure communication à ce sujet grâce à une signalétique adaptée aux spécificités de chaque communauté riveraine du bien

L'Etat partie déclare qu'il n'y a eu, à ce jour, aucun progrès accompli dans la mise en œuvre de cette mesure corrective. Il précise cependant qu'un projet de densification des bornes de délimitation du bien a été soumis au Fonds pour le patrimoine mondial africain en mars 2011, il est resté sans suite à ce jour.

f) Autres problèmes de conservation - carrière de basalte, barrage de Sambangalou

L'Etat partie déclare que la carrière de basalte présente sur le territoire du bien est fermée depuis octobre 2011 et que la zone d'exploitation est en cours de réhabilitation. L'État partie n'évoque pas le projet de barrage à Sambangalou, comme demandé par le Comité lors de ses 34e (Brasilia, 2010) et 35e (UNESCO, 2011) sessions.

g) État de conservation souhaité pour le retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril (DSOC)

Le rapport de l'État partie ne donne aucune information sur les progrès accomplis dans l'élaboration de cet État de conservation souhaité, tel que recommandé par la mission de 2010.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN prennent note de la poursuite du nouveau mécanisme de lutte contre le braconnage mais retiennent également que celui-ci dépend à court terme d'un financement extérieur. Le braconnage étant l'une des principales menaces pesant sur la valeur universelle exceptionnelle du bien, le mécanisme de lutte anti-braconnage devrait être renforcé, particulièrement par un accroissement du nombre de journées/hommes passées sur le terrain et en ajoutant aux patrouilles terrestres des moyens aériens de lutte contre le braconnage.

Ils souhaitent cependant souligner les progrès accomplis dans l'élaboration d'un nouveau plan de gestion du bien et les importants efforts entrepris afin de renforcer les équipements et infrastructures, de créer les structures adaptées à la participation des communautés et des autres partenaires et acteurs locaux à la gestion du bien, et, de vivre avec les communautés pour résoudre les problèmes liés au bétail.

Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN souhaitent mettre l'accent sur le niveau extrêmement préoccupant des populations animales. Ils prennent note du fait que les résultats de l'enquête ne couvre que la partie sud-est du bien et ne sont pas une représentation très précise des populations d'espèces clés présentes sur le territoire du bien. Ces résultats d'un recensement partiel ne peuvent pas constituer une base solide à un programme de suivi général de tout le bien. Quoiqu'il en soit, le recensement démontre clairement que les populations animales présentes sur le territoire du bien sont très peu importantes. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN estiment que si cette tendance au déclin n'est pas inversée dans les meilleurs délais, il y a un risque de disparition rapide de la valeur universelle exceptionnelle et que le bien remplisse alors les conditions pour un retrait de la Liste du patrimoine mondial. Ils recommandent donc qu'un recensement plus poussé et plus exhaustif des populations clés de faune de tout le bien ne soit pas la priorité absolue et que la conservation mette l'accent sur la mise en oeuvre du Plan d'action d'urgence qui a été élaboré par l'État partie avec l'aide de l'UICN, et ce, afin de sauver ce qui reste de la valeur universelle exceptionnelle du bien.

Ils recommandent également que le Comité accueille avec satisfaction les actions entreprises par l'État partie afin d'établir un cadre de gestion du bien et de créer des partenariats avec les communautés locales et d'autres partenaires et acteurs locaux visant à améliorer la conservation des valeurs du bien. Ils expriment cependant leur préoccupation quant aux progrès très limités accomplis dans la mise en oeuvre des mesures correctives au regard du calendrier de mise en oeuvre établi par le Comité. Ils recommandent que l'État partie accentue ses efforts de mise en oeuvre des mesures correctives afin d'inverser le processus de détérioration de l'état de conservation et le développement de l'érosion de la valeur universelle exceptionnelle du bien, y compris au moyen d'un meilleur bornage des limites du bien afin de résoudre le problème de l'errance du bétail et de l'empiètement agricole sur le territoire du bien et d'une efficace coopération avec les communautés présentes autour du parc comme précisé ci-dessus.

Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN prennent note de la fermeture de la carrière de basalte signalée dans le rapport. En ce qui concerne le projet de barrage de Sambangalou, ils recommandent cependant que le Comité exprime sa préoccupation et réitère sa demande de réalisation d'une étude spécifique des impacts du barrage sur la valeur universelle exceptionnelle du bien, notamment sur la réduction potentielle de forêts galeries et de forêts de palmiers borasses, de guets pour la faune, et de l'alimentation en eau des bassins inondables et des étangs dans le périmètre du bien avant toute prise de décision sur sa construction, conformément au paragraphe 172 des Orientations (décisions 34 COM 7A.11 et 35 COM 7A.12).

Enfin, ils prennent note qu'aucune des mesures correctives n'a été pleinement mise en oeuvre et qu'aucune information n'a été donnée sur les progrès accomplis dans la préparation de l'État de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril. Ils prennent également note que si la tendance à la baisse du niveau de population des espèces de faune sauvage n'est pas rapidement inversée, le bien est susceptible de bientôt souscrire aux critères de retrait de la Liste du patrimoine mondial, selon le paragraphe 192 des Orientations. Ils recommandent donc que le Comité maintienne le bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril. 

Décision adoptée: 36 COM 7A.12

Le Comité du patrimoine mondial,

1.   Ayant examiné le document WHC-12/36.COM/7A,

2.   Rappelant la décision 35 COM 7A.12, adoptée à sa 35e session (UNESCO, 2011),

3.   Exprime à nouveau sa préoccupation quant à la densité très préoccupante d'animaux sauvages présents sur le territoire du bien telle que relevée par les résultats de l'étude évoquée dans le rapport qui est le reflet d'une importante détérioration de la valeur universelle exceptionnelle du bien;

4.   Accueille avec satisfaction les actions entreprises par l'État partie afin d'établir un cadre de gestion du bien et de renforcer la coopération avec les communautés locales et autres acteurs locaux afin d'améliorer la conservation du bien;

5.   Exprime également sa préoccupation quant aux progrès très limités accomplis dans la mise en œuvre des mesures correctives, au regard du calendrier défini par le Comité du patrimoine mondial à sa 34e session (Brasilia, 2010);

6.   Demande à l'État partie d'intensifier ses efforts de mise en œuvre des mesures correctives afin de faire cesser le déclin de la biodiversité et de mettre en œuvre sans délai un plan d'action d'urgence visant à sauver les éléments encore existants de la valeur universelle exceptionnelle du bien susceptibles de permettre une éventuelle restauration du bien;

7.   Exprime sa satisfaction suite à la décision de l'État partie de fermer la carrière de basalte de Mansadala;

8.   Réitère sa demande auprès de l'État partie afin qu'il soumette une étude spécifique sur les impacts du projet de barrage de Sambangalou sur la valeur universelle exceptionnelle du bien, y compris sur la potentielle réduction des forêts galeries et des forêts de palmiers, des guets pour la faune sauvage et de l'alimentation en eau des bassins d'inondation et des étangs présents sur le territoire du bien, conformément au paragraphe 172 des Orientations, avant toute prise de décision;

9.   Demande également à l'État partie de remettre au Comité du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2013, un rapport actualisé sur l'état de conservation du bien, y compris sur les progrès accomplis dans la mise en œuvre des sept mesures correctives et des autres points ci-dessus évoqués, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 37e session en 2013;

10.   Décide de maintenir le Parc national du Niokolo-Koba (Sénégal) sur la Liste du patrimoine mondial en péril. 

Décision adoptée: 36 COM 8C.2

Le Comité du patrimoine mondial,

1.    Faisant suite à l’examen des rapports sur l’état de conservation des biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial en péril (WHC-12/36.COM/7A et WHC-12/36.COM/7A.Add),

2.    Décide de maintenir les biens suivants sur la Liste du patrimoine mondial en péril :