1.         Réserves naturelles de l'Aïr et du Ténéré (Niger) (N 573)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1991

Critères  (vii)(ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril    1992-présent

Menaces pour lesquelles le bien a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril

Instabilité politique et dissensions entre les populations

Mesures correctives identifiées

Adoptées, voir page https://whc.unesco.org/fr/decisions/325

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/573/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1999-2002)
Montant total approuvé : 142 450 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/573/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Septembre-octobre 1998 : mission du Centre du patrimoine mondial ; mai 2005 : mission de suivi réactif de l'UICN.

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) instabilité politique et troubles civils

b) pauvreté

c) contraintes de gestion

d) braconnage des autruches

e) érosion du sol

f) pression démographique

g) pression du bétail

h) pression sur les ressources forestières

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/573/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2012

Le 1er février 2012, l’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien. Le rapport souligne les efforts réalisés par l'Etat partie pour poursuivre les actions développées auparavant en réponse aux mesures correctives adoptées dans les sessions précédentes. Comme cela était le cas dans le rapport reçu en 2010, celui-ci apporte très peu de nouvelles informations. Néanmoins, le rapport fait état d’une amélioration progressive de la sécurité dans la zone, et note que l’unité de conservation continue d’être appuyé par le projet de Cogestion des Ressources de l'Aïr et du Ténéré (COGERAT).

a) Rétablir la présence physique des autorités de gestion à Iférouane et leur donner les moyens suffisants pour pouvoir mieux contrôler l’exploitation des ressources naturelles dans le périmètre du bien

Le rapport de l'Etat ne donne pas d’information concernant le rétablissement d’une présence permanente à la base de la Réserve à Iférouane qui, à cause des problèmes d’insécurité, n’avait été que partiellement occupée ces dernières années. Cependant, le rapport informe que les brigades communautaires de surveillance sont maintenant définitivement installés et opérationelles sur le terrain, après l’adoption par arrêté ministériel de leur statut et règlement intérieur par l’Etat partie. Le rapport mentionne la tenue de missions régulières par l'unité de conservation ainsi que plusieurs missions de la brigade forestière régionale et départementale. L'Etat partie met aussi en avant le manque de moyen humain et matériel pour couvrir l'immensité de la zone.

b) Créer des commissions foncières dans les quatre municipalités et clarifier les droits respectifs d’utilisation du sol et d’accès aux ressources des populations locales

L'Etat partie confirme dans le rapport que les quatre commissions foncières de Tabelot, Timia, Iférouane et Gougaram sont maintenant toutes mises en place. Avec l’appui du projet COGERAT, les plans communaux de gestion durable des ressources naturelles et leur mécanisme de financement sont maintenant validés. Le rapport rappelle aussi la mise en place d’une structure intercommunale pour la gestion des ressources naturelles (AIGRN) de la RNNAT.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que l'Etat partie a réalisé un travail important afin de mettre en place les structures participatives pour améliorer la gestion des ressources naturelles du bien. Cependant, le rapport ne donne pas d’informations concernant l’impact et l’efficacité de ces structures, notamment dans la prévention et la gestion des conflits liées à l’accès et l’utilisation des ressources naturelles.

c) Améliorer le suivi et la surveillance du bien pour s’attaquer aux problèmes de braconnage et d’extraction illégale des ressources naturelles

Comme cela a été précisé dans le point a), L'Etat partie a réalisé plusieurs missions de surveillance au cours de l'année 2011. Sept missions ont été faites par les brigades forestières et onze missions par l'unité de conservation du projet COGERAT. Le rapport note également que le Département d’Arlit a été doté d’un véhicule et deux motos supplémentaires pour les activités de surveillance.

Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN saluent les premiers efforts réalisés par l’Etat partie, mais notent que le rapport ne donne pas d’informations concernant les résultats concrets de ces missions de surveillance (couverture de la Réserve en surface et en fréquence, nombre de braconniers appréhendés, nombre d'infractions recensées). Il est donc difficile d'évaluer le degré d'efficacité de ces actions, notamment concernant la lutte anti-braconnage, l'une des principales menaces sur la valeur universelle exceptionnelle du bien, et ainsi que la coupe abusive de bois. Il est également difficile à l'heure actuelle d'évaluer à sa juste mesure le travail des brigades communautaires et des organes de gestion des ressources naturelles tels que l'AIGRN en raison du manque d'information détaillée concernant les résultats obtenus par ces derniers.

d) Mettre fin immédiatement au ramassage du bois et du chaume sur le site

L'Etat partie mentionne dans le rapport qu'un gros effort de sensibilisation a été réalisé quant à l'utilisation du charbon minéral dans les centres urbains et les communes en périphérie du bien (sans préciser lesquelles) avec un total de 17,8 tonnes de charbon utilisés dans 303 foyers. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN accueillent favorablement cette initiative mais notent que le rapport de l’Etat partie ne donne aucune information permettant d’évaluer les impacts réels de ces activités sur le ramassage du bois et du chaume au sein du bien, comme déjà mentionné en 2010 et 2011.

e) Lancer des actions de stabilisation des terres et de la végétation pour contrôler l’érosion des sols et prendre des mesures visant à réduire la déstabilisation des sols due à la circulation automobile

Le rapport stipule de manière très succincte que des actions de protection et de gestion durable des sols ont été réalisées sur 695,5 hectares. Toutefois aucune précision n'ait donné sur les actions réalisées pour atteindre ce résultat ni la localisation au sein du bien de ces hectares protégés. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN réitèrent leur observation faite dans les rapports précédents que cette surface est bien faible en comparaison à l'étendue du bien (7,7 millions d'hectares) et aux 55 000 hectares de terres à restaurer par le projet COGERAT, mentionnés dans les rapports précédents de l'Etat partie et les 100 000 hectares additionnels que les structures mises en place par les communes (commissions foncières communales COFOCOM) sont amenées à gérer. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que les plans d’action pour une gestion durable des ressources du bien et pour la restauration des sols dégradés n’ont pas encore été soumis, comme demandé par le Comité dans sa décision 33 COM 7A.10.

f) Lutte contre la pauvreté

L'Etat partie nous informe dans son rapport que 600 tonnes de vivres ont été distribuées à travers 47 banques céréalières dans le but de lutter contre la pauvreté lors des périodes de soudure, soit entre l'épuisement des stocks et l'utilisation des premières récoltes. Ceci aurait permis notamment de réduire la pression des populations riveraines sur les ressources naturelles.

g) Exploitations pétrolière et minière

Dans sa décision 35 COM 7A.11, le Comité du patrimoine mondial avait demandé à l’Etat partie de clarifier le statut et emplacement d’une concession pétrolière qui serait située dans le bien. Le rapport de l’Etat partie n’inclut aucune information à ce sujet.

h) Effectifs des populations de faune saharienne

L’Etat partie confirme que l'addax, n'est plus présent dans la RNNAT et que la majorité de sa population se trouve à proximité du massif de Termit, dans le désert du Tin Toumma et l'Erg de Bilma. Par ailleurs, le rapport de l’Etat partie mentionne le retour de la gazelle dorcas et du mouflon à manchettes dans la RNNAT grâce aux efforts de sensibilisation, sans apporter toutefois des données concrètes sur la localisation de ces espèces ni les quantités observées. Le rapport note qu’il faudrait développer une stratégie de réintroduction de l’addax, l’oryx et le guépard.

Le Centre du patrimoine mondial notent l’état inquiétant des populations de faune qui ont justifié l’inscription du bien sous le critère (x), avec la disparition de l’oryx, l'autruche à cou rouge et de l’addax du bien. La gazelle dama autrefois bien représentée dans les montagnes de l'Aïr a aujourd'hui quasiment disparu d'après des informations reçues par l'UICN ainsi que le guépard. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN réitèrent qu’il est primordial que l'Etat partie puisse mener des inventaires en appliquant les méthodes de recensement recommandées par la Commission de sauvegarde des espèces de l’UICN, fournissant des données fiables afin d'avoir des informations sur le statut de la grande faune au sein du bien.

Au cours de cet inventaire, il est important que l'état de conservation des habitats ainsi que les activités anthropiques susceptibles d'avoir un impact sur la faune et les habitats puissent être évalués conjointement. L’Etat partie avance le besoin d'appui pour réaliser ce travail. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que l’Etat partie a resoumis une demande d’assistance internationale pour ce projet. Cette demande est actuellement en train d’être révisée par l’Etat partie en collaboration avec la Commission de sauvegarde des espèces de l’UICN.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN recommandent que le Comité reconnaisse les efforts réalisés par l'Etat partie à travers les activités du projet COGERAT pour la mise en œuvre des mesures correctives mais qu’il note aussi que les conditions d'insécurité qui ont eu lieu lors de la dernière rébellion de 2006 à 2009 ainsi que l'insécurité résiduelle actuelle se traduisant par du banditisme armé et des risques liées à la présence de mines, ont rendu difficile cette mise en œuvre et ont ouvert la voie à la pratique d'un braconnage important qui a progressivement érodé la valeur universelle exceptionnelle  du bien menace véritablement l'intégrité de la RNNAT et la perte de sa valeur universelle exceptionnelle . Saluant l’amélioration de la situation sécuritaire, rapportée par l’Etat partie, ils recommandent que le Comité s’inquiète que la situation d'insécurité pourrait de nouveau s’aggraver suite à l'instabilité politique qui règne au niveau des pays limitrophes (Libye et Mali) et qui a généré des déplacements de population et de matériels importants ces derniers mois.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent le manque d'informations concrètes dans le rapport de l'Etat partie en réponse aux décisions du Comité, ce qui ne permet pas de réaliser une évaluation pertinente des efforts consentis vis-à-vis des mesures correctives identifiées par la mission de suivi de l’UICN en 2005.

Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN réitèrent l’importance de mener, dès que les conditions de sécurité au sein du bien le permettront, un inventaire selon un plan d'échantillonnage bien établi sur les effectifs de faune, l'état de habitats et les activités anthropiques au sein de la réserve afin de réaliser une évaluation pertinente de sa valeur universelle exceptionnelle , et de l’état de conservation du bien et les menaces qui le concernent. Ils recommandent enfin que le Comité encourage l’Etat partie à soumettre le plus vite possible la requête d’assistance internationale à ce sujet, après que celle-ci ait été révisée avec l’appui de la Commission de sauvegarde des espèces de l’UICN ; et qu’il rappelle ses décisions antérieures selon lesquelles, une mission de suivi réactif devra être organisée une fois que cet inventaire aura été réalisé. 

Décision adoptée: 36 COM 7A.11

Le Comité du patrimoine mondial,

1.  Ayant examiné le document WHC-12/36.COM/7A,

2.  Rappelant la décision 35 COM 7A.11, adoptée lors de sa 35e session (UNESCO, 2011),

3.  Regrette l’absence d'informations précises dans les rapports qui sont soumis par l'Etat partie, sur la mise en œuvre des mesures correctives et leur impact, en réponse aux décisions du Comité ;

4.  Réitère sa plus vive inquiétude concernant la dégradation de la valeur universelle exceptionnelle  du bien sur la base des rapports reçus indiquant que plusieurs espèces d’antilopes et autre grande faune ont disparu du bien, ou sont sur le point de disparaitre, suite au braconnage important qui sévit au sein et aux alentours du bien en raison de l'insécurité ;

5.  Réitère sa demande à l’Etat partie de clarifier les informations concernant l’existence d’une concession pétrolière dans le bien et rappelle que le Comité a adopté depuis plusieurs années une position claire sur les questions d’exploitation et d’exploration minière et pétrolière dans les biens inscrits, les jugeant incompatibles avec le statut de patrimoine mondial;

6.  Réitère également sa demande à l'Etat partie d'organiser, d’ici la 37e session du Comité du patrimoine mondial (en juin-juillet 2013), et en coopération avec la Commission de survie des espèces de l'UICN, un inventaire de la grande faune restante, afin d'évaluer l'état de sa valeur universelle exceptionnelle  du bien et d'élaborer des programmes de réhabilitation et de rétablissement des populations ;

7.  Demande à l’Etat partie d’inviter une mission conjointe Centre du patrimoine mondial/UICN de suivi réactif sur le bien, dès que l’inventaire sera disponible, afin de réactualiser les mesures correctives et de mettre en place un calendrier pour leur mise en œuvre et de développer l’État de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril ;

8.  Prie instamment l'Etat partie de poursuivre et d'intensifier ses efforts pour mettre pleinement en œuvre toutes les mesures correctives, et en particulier la lutte contre le braconnage, ainsi que les autres recommandations proposées par la mission de suivi de 2005, et invite la communauté internationale à accroître son soutien au bien ;

9.  Demande également à l’Etat partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2013, un rapport détaillé sur l’état de conservation du bien, et en particulier sur la mise en œuvre des mesure correctives et leur impact sur la restauration de l’intégrité du bien, l’inventaire de la faune, un état des lieux sur la sécurité dans le bien, l’existence d’une concession pétrolière pouvant affecter le bien, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 37e session en 2013 ;

10.  Décide de maintenir les Réserves naturelle intégrale de l'Aïr et du Ténéré (Niger) sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

Décision adoptée: 36 COM 8C.2

Le Comité du patrimoine mondial,

1.    Faisant suite à l’examen des rapports sur l’état de conservation des biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial en péril (WHC-12/36.COM/7A et WHC-12/36.COM/7A.Add),

2.    Décide de maintenir les biens suivants sur la Liste du patrimoine mondial en péril :