1.         Ruines de Kilwa Kisiwani et de Songo Mnara (République-Unie de Tanzanie) (C 144)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1981

Critères  (iii)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril   2004-2014

Menaces pour lesquelles le bien a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril

Détérioration et désagrégation des matériaux ayant provoqué l'effondrement des structures historiques et archéologiques pour lesquelles le bien a été inscrit 

État de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril

Une proposition d'Etat de conservation souhaité est soumise à l'adoption du Comité du patrimoine mondial dans le projet de décision

Mesures correctives identifiées

a) Mise en œuvre de mesures d'urgence visant à stopper l'action des vagues;

b) Inspection et tracé des limites du bien, y compris son extension;

c) Amélioration et mise en œuvre des plans de gestion et de conservation du bien;

d) Subvenir aux besoins du personnel de gestion présent sur le bien;

e) Stopper la croissance de la végétation dans et autour des monuments;

f) Déplacement illégal des pierres provenant des monuments et destinés à la construction d'édifices privés.

Calendrier pour la mise en œuvre des mesures correctives

Un calendrier est soumis à l'adoption du Comité du patrimoine mondial dans le projet de décision

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/144/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1983-2001)
Montant total approuvé : 51 083 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/144/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé au bien: aide des gouvernements français et japonais au projet de l'UNESCO (1.438.000 dollars EU). Le fonds en dépôt norvégien a accordé une aide au projet de réhabilitation de l'UNESCO (201.390 dollars EU) 

Missions de suivi antérieures

Du 23 au 27 février 2004: mission de l'ICOMOS ; du 1er au 6 juin 2008: mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial / ICOMOS.

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Détérioration du tissu architectural patrimonial;

b) Absence de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle approuvée;

c) Absence d'utilisation du plan de gestion en tant qu'outil principal de gestion du bien;

d) Absence de limites approuvées des zones centrales et tampons, établies en lien avec des plan d'occupation des sols, absence d'une protection adaptées de ces limites;

e) Nécessité d'extension du bien afin d'inclure Kilwa Kivinje et Sanje ya Kati;

f) Absence d'un comité consultatif local;

g) Absence de mise en œuvre des plans de conservation et de gestion. 

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/144/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2008

Conformément à la demande exprimée par le Comité du patrimoine mondial à sa 31e session (Christchurch, 2007), une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS s'est rendue à Kilwa Kisiwani et à Songo Mnara du 1er au 6 juin 2008. Le Centre du patrimoine mondial a reçu de l‘Etat Partie, en date du 8 janvier 2008, un rapport intitulé "Rapport sur l'Etat de conservation du bien du patrimoine mondial en péril des ruines de Kilwa Kisiwani et de Songo Mnara",ainsi que l'avait demandé le Comité du patrimoine mondial.

Le rapport comprend également une Déclaration de valeur détaillée et une Déclaration "d'authenticité et d'intégrité" qui décrivent le bien en profondeur.

Ces deux Déclarations n'ont cependant pas été préparées en consultation avec le Centre du patrimoine mondial ou l'ICOMOS et ne répondent pas aux critères des Orientations concernant l'élaboration de Déclarations de valeur universelle exceptionnelle.

Le Centre du patrimoine mondial et l'ICOMOS prennent note du fait que le rapport indique que les limites des zones centrales restent identiques à celles proposées en 1981 et que des plans sont établis afin que ces limites soient inspectées et tracées. Le rapport propose également de définir des zones tampons, 20 hectares pour Kilwa Kisiwani et 10 hectares pour Songo Mnara, sans proposer de limites précises. Enfin, le rapport reconnaît l'importance de l'extension du bien afin que soit inclus Kilwa Kivinje et signale que l'Etat partie est en train de préparer, avec l'aide de l'UNESCO, une proposition d'inscription.

En ce qui concerne la demande du Comité du patrimoine mondial visant à évaluer les efforts accomplis afin de répondre aux recommandations du rapport de mission de 2004, bien que le rapport de l'Etat partie n'apporte aucune réponse directe à cette demande, d'importantes améliorations sont à noter pour chacune des recommandations:

a) Dans le cadre des travaux effectués, il est tenu compte des documents internationaux, en particulier des Conventions et recommandations de l'UNESCO et des chartes de l'ICOMOS;

b) Un mur en front de mer a été construit (2006) et la mangrove a été étendue afin de stopper l'érosion de la plage à Kilwa Kisiwani et de sauvegarder le fort de Gereza et la mosquée de Malindi;

c) Le fort de Gereza a été stabilisé en urgence et une attention toute particulière est portée à sa conservation. Il est par ailleurs concerné par un projet du Fonds mondial pour les monuments (World Monuments Fund – WMF);

d) Une attention toute particulière est portée aux bâtiments de Kilwa Kisiwani dont la structure est faible,

e) La réduction de l'empiétement dans les zones désignées est l'objet d'une attention particulière, elle inclut l'implication croissante des communautés dans la gestion du patrimoine, avec entre autre le développement de "Comités de ruines" locaux;

f) Des plans sont élaborés afin que Kilwa Kivinje soit inclus dans le bien du patrimoine mondial;

g) Une attention, quoique pas suffisante à ce jour, est portée à l'amélioration de la structure de gestion et des mécanismes d'aide sur le bien.

 

Le rapport de l'Etat partie sur le plan de gestion ne donne principalement que des détails sur une série d'initiatives de conservation mises en œuvre surtout à Songo Mnara. Le rapport fait état des efforts entrepris afin de créer un Bureau national de coordination au sein du Ministère en charge des Antiquités et de développer une proposition de création d'un Comité national du patrimoine mondial dont le but sera de faciliter la coordination et d'encourager les efforts visant à une meilleure gestion des biens du patrimoine mondial de la République-unie de Tanzanie. Le rapport donne aussi des précisions sur les activités menées dans le cadre du plan de gestion. Bien que toutes ces initiatives constituent une contribution très positive à la gestion du bien du patrimoine mondial, il n'est pas fait état de l'utilisation par l'Etat partie du plan de gestion du bien en tant qu'outil principal de coordination de toutes les actions.

Le Centre du patrimoine mondial et l'ICOMOS remarquent que, dans la plupart des cas, le rapport de l'Etat partie ne répond pas directement aux demandes du Comité du patrimoine mondial, mais qu'il donne un détail précis des travaux en cours et des initiatives menées sur le bien. Le rapport comprend un chapitre final qui donne beaucoup de précisions sur les menaces humaines et naturelles qui pèsent sur le bien et les louables efforts couronnés de succès visant à impliquer les communautés locales dans la protection à long terme du bien.

La mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS de 2008 a évalué chacune des menaces existantes et potentielles pesant sur la valeur universelle exceptionnelle pour laquelle le bien a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial, ses conclusions sont les suivantes:

a) Améliorer et mettre en œuvre les plans de gestion et de conservation

La mission attire l'attention sur les conditions que connaissent les deux sites composant le bien, faisant remarquer un considérable empiétement agricole à Kilwa Kisiwani où la population réside autour des monuments encore érigés, alors qu'à Songo Mnara, les ruines se trouvent à l'extérieur de la zone d'habitation. Alors que la mission a pris note des efforts accomplis afin de conserver certains des monuments historiques, elle a aussi pris note des impacts importants provenant de:

§ L'empiétement humain sur les monuments résultant de cultures alentour et du piétinement humain et animal sur les fondations des ruines;

§ La croissance de la végétation dans le périmètre des monuments et autour de ceux-ci provoquant souvent la destruction de la maçonnerie;

§ L'érosion provoquée par le vent et l'eau, l'action des vagues, la pénétration et l'infiltration de l'eau dans la maçonnerie, affaiblissant et faisant disparaître le mortier de chaux;

§ Le déplacement illégal de pierres provenant des monuments et destinés à la construction d'édifices privés;

§ L'érosion provoquée par les vagues en particulier à Kilwa Kisiwani.

La mission a confirmé les conclusions de l'étude menée par l'Etat partie sur l'érosion et la destruction des monuments et du passé archéologique de la ville historique, mises en évidence par la perte considérable de presque toutes les murailles de la ville. La mission a remarqué que le mur construit en front de mer protège plusieurs des principaux monuments. Les risques encourus par ce mur constituent une menace envers l'existence d'une grande partie du site et sa viabilité. La mission a pris note du taux de croissance de la mangrove plantée dans les eaux peu profondes sur la côte de Gereza à Kilwa Kisiwani afin de protéger les monuments des effets directs des vagues, qui n'est pas aussi rapide qu'on l'espérait, ainsi la menace constituée par l'océan perdure.

b) Délimitation du bien

Les éléments détaillés des zones centrales et tampons ont été mis à disposition de la mission, mais l'établissement de plans d'occupation des sols pour Kilwa et Songo Manara, demandé dans la décision du Comité du patrimoine mondial à sa 31e session, doit encore être mis en œuvre.

c) Quelques réalisations

La mission a également pris note d'importantes réalisations résultants des projets aidés par des donateurs, à Kilwa Kisiwani et à Songo Mnara. Le Centre du patrimoine mondial a pris connaissance du financement par l’Ambassade de France en République-Unie de Tanzanie du projet intitulé "Développement du tourisme culturel et de la sensibilisation des communautés locales aux ruines de Kilwa Kisiwani et de Songo Mnara, bien du patrimoine mondial en péril". La mission a été informée d’un exercice d’inventaire et de documentation du patrimoine culturel et naturel sont menés dans le cadre du projet de gestion environnementale côtière (Marine Coastal Environmental Management Project – MACEMP) dans 15 villages dont Kilwa. Ces initiatives ont pour but la réhabilitation et la restauration de certains monuments historiques.

En outre, une "Politique des antiquités", dont la ratification est attendue courant 2008, a été élaborée et soumise à l'approbation du Comité technique interministériel. L'objectif de cette nouvelle politique est de palier les faiblesses du cadre légal actuel de protection des biens du patrimoine, y compris de Kilwa, et de mettre en place une nouvelle Loi des antiquités pour 2010.

d) Mesures correctives

La mission a conclu qu'en dépit d'une réelle volonté politique, d'efforts considérables de la part du Service des antiquités et d'aides récentes en provenance de la communauté internationale, la situation côtière et insulaire du bien ainsi que l'occupation humaine ont pour conséquences des pressions continuelles exercées par l'océan et par la population à un moment où le budget destiné à la conservation du patrimoine culturel et le nombre d'employés sont peu élevés, et où les communautés locales ne sont pas encore convaincues des bénéfices qu'elles pourraient tirer de la préservation des valeurs patrimoniales du bien. La mission a remarqué que les problèmes de gestion du bien sont liés à des infrastructures inadaptées (y compris l'absence de moyen de transport fiable, comme un bateau, pour les gestionnaires du bien), une insuffisance en terme d'équipements, de financement, d'expertise sur le terrain ainsi qu'à l'absence de mécanismes de coordination centralisant les problèmes liés aux valeurs du patrimoine pour toutes les actions mises en œuvre dans le périmètre du bien, y compris les projets bénéficiant d'aide internationale comme évoqués ci-dessus.

e) Etat de conservation souhaité

La mission a par ailleurs identifié un Etat de conservation souhaité pour le retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril, cet Etat est accompagné d'un calendrier de mise en œuvre:

D'ici deux ans:

§ délimiter les zones centrales et tampons du bien, y compris pour l'extension de Kilwa Kivinje et de Sanje ya Kati;

D'ici trois ans:

§ la mise en œuvre du plan de gestion devra avoir progressé et des signes de réhabilitation complémentaire du patrimoine architectural devront pouvoir être observés;

§ les structures de gestion devront être mises en place dans chaque composante du bien en série, elles devront être pourvues d'un bureau opérationnel et de personnel;

§ un plan d'occupation des sols devra être élaboré afin de protéger l'intégrité des sites et résoudre les futurs conflits liés à l'usage des terrains;

D'ici cinq ans:

§ la récupération de la plus grande partie du patrimoine architectural destiné à la conservation devra être achevée (bien que la récupération totale prenne beaucoup plus de temps et nécessite un effort soutenu sur plus de dix ans)

Les indicateurs de récupération devront faire état des éléments suivants: réduction de l'activité humaine dans et autour des monuments, arrêt de l'érosion provoquée par les vagues responsable de la détérioration des monuments du patrimoine, révision du plan de gestion actuel de Kilwa et mise en place d'une législation nationale et de structures administratives pour la protection du bien, création et fonctionnement opérationnel de centres d'information et d'éducation pour les biens terrestres et insulaires en série, et un inventaire et une documentation complète sur les patrimoines culturel et naturel du bien.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Néant

Décision adoptée: 32 COM 7A.14

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-08/32.COM/7A.Add.2,

2. Rappelant la décision 31 COM 7A.15, adoptée à sa 31e session (Christchurch, 2007),

3. Félicite l'État partie de ses efforts ininterrompus pour la conservation et la réhabilitation du bien, et, en particulier pour la mise en place de mécanismes visant à impliquer les communautés dans la réhabilitation et l'entretien du bien ;

4. Accuse réception de la Déclaration de valeur et de la Déclaration d'authenticité/intégrité mais regrette qu'elles n'aient pas été établies conformément à la Déclaration de valeur universelle exceptionnelle, incluant les conditions d'authenticité et d'intégrité, comme précisé dans les Orientations ;

5. Note avec préoccupation de l'absence, dans le rapport, d'informations précises et détaillées sur les progrès accomplis dans la définition des limites des deux composantes du bien et leurs zones tampons, demande à l'État partie d'entreprendre cette tâche de toute urgence et l'encourage à soumettre, si nécessaire, une demande d'assistance internationale à cette fin ;

6. Note également avec préoccupation les problèmes qui se posent sur le bien en raison du changement climatique et qui provoquent, entre autres, l'érosion des plages;

7. Constate le danger que ces problèmes font courir au patrimoine, et leur caractère primordial ;

8. Demande aux partenaires de continuer à aider l'État partie financièrement et techniquement pour traiter ces problèmes ;

9. Réitère sa demande à l'État partie d'utiliser le plan de gestion comme principal instrument de gestion du bien et comme outil de coordination de toutes les activités relatives au bien ;

10. Adopte ce qui suit comme Etat de conservation souhaité du bien en vue de son futur retrait de la Liste du patrimoine mondial en péril :

       a) Réhabilitation d'au moins 70 % des monuments du patrimoine ;

       b) Limites inspectées et marquées, tant sur le bien que sur son extension de Kilwa Kivinje et de Sanje ya Kati ;

       c) Plan d'occupation des sols adapté et mis en oeuvre ;

       d) Progrès avérés dans la mise en oeuvre du plan de gestion et de conservation;

       e) Structures administratives mises en place et opérationnelles sur le terrain ;

       f) Fin de l'impact lié à l'action des vagues ;

11. Adopte le calendrier suivant pour la mise en oeuvre des mesures correctives définies ci-dessus :

       a) Changements d'ici deux ans :

               i) Tracé des limites des deux composantes du bien et leurs zones tampons, et leur soumission pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 35e session en 2011 ;

      b) Changements d'ici trois ans :

              i) Mise en oeuvre avancée du plan de gestion et des signes de réhabilitation complémentaire du patrimoine architectural devront pouvoir être observés ;

              ii) Structures de gestion mises en place dans chacune des composantes du bien en série pourvues d'un bureau opérationnel et de personnel ;

              iii) Élaboration d'un plan approprié d'occupation des sols afin de protéger l'intégrité des sites et résoudre les futurs conflits liés à l'usage des terres ;

      c) D'ici cinq ans :

             i) Récupération de la plus grande partie du patrimoine architectural destiné à la conservation (bien que la récupération totale prenne beaucoup plus de temps et nécessite un effort soutenu sur plus de dix ans) ;

12. Invite l'État partie à envisager une extension du bien pour inclure Kilwa Kivinje et Sanje ya Kati, et recommande sa soumission pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 35e session en 2011;

13. Demande également à l'État partie d'inviter une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS afin de l'aider à mettre au point la Déclaration de valeur universelle exceptionnelle précédemment demandée, incluant les conditions d'intégrité et d'authenticité, et à étudier la façon dont le plan de gestion du site peut être utilisé comme mécanisme central de coordination de gestion du bien, et enfin d'évaluer les progrès accomplis dans l'amélioration de l'état de conservation du bien ;

14. Demande en outre à l'État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, avant le 1er février 2009, un rapport sur l'état de conservation du bien, incluant l'avancement de la mise en oeuvre des mesures correctives et la réévaluation du calendrier, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 33e session en 2009 ;

15. Décide de maintenir les ruines de Kilwa Kisiwani et de Songo Mnara (République-Unie de Tanzanie) sur la Liste du patrimoine mondial en péril.