Du 11 au 19 février 2008, une mission de suivi commune Centre du patrimoine mondial / UICN a visité le bien, comme demandé par le Comité du patrimoine mondial à sa 31e session (Christchurch, 2007). Un rapport sur l'état de conservation a été remis par l'Etat partie le 29 janvier 2008 et a été examiné par l'équipe de la mission.
La mission a pu visiter les différentes parties du bien et s'entretenir avec les différentes parties concernées, y compris des officiels du Ministère de l'environnement et des forêts, du Service forestier de l'état d'Assam, et du Conseil territorial du Bodoland (BTC), des employés du parc, des scientifiques, des représentants d'ONG nationales, des membres et des représentants d'ONG locales ainsi qu'avec des habitants des villages. Le rapport de mission est disponible à l'adresse Internet suivante: http://whc.unesco.org/archive/2008.
La mission a examiné les progrès accomplis dans la mise en oeuvre des mesures correctives, adoptée par le Comité du patrimoine mondial à sa 29e session (Durban, 2005):
a) Accélérer les efforts visant à la reconstruction de l'infrastructure du parc
La mission a reconnu les efforts importants accomplis depuis la visite de la mission en 2005 afin de reconstruire l'infrastructure du parc et a conclu que ceux-ci pourraient probablement s'achever dans un ou deux ans si le financement nécessaire est disponible.
b) Pourvoir des postes vacants dans le parc
Avec plus de 100 postes encore vacants, la mission considère que l'objectif de cette recommandation n'est pas encore pleinement atteint et reconnaît les efforts accomplis par les autorités du parc et le BTC pour résoudre ce problème par le recours à des volontaires, une procédure mise en place en collaboration avec une ONG locale, mais la mission a signalé le besoin de pérenniser cet accroissement de personnel en intégrant les meilleurs volontaires au sein du personnel permanent du parc.
c) Assurer le financement par le gouvernement d'Assam en temps nécessaire
Aucun progrès n'a été accompli sur ce sujet et la mission considère que l'objectif de cette recommandation n'a jusqu'à présent, pas été atteint.
d) Faire une étude approfondie sur la faune sauvage du parc pour attester du rétablissement des populations de faune sauvage
Aucune donnée fiable sur le statut de la faune sauvage et sur ses tendances n'a pu être consultée par la mission lors sa visite. L'état de conservation de la plupart des espèces essentielles reste flou et est sujet à controverse; la mission a regretté que la recommandation faite par la mission de 2005 de faire rapidement une étude spécifique qui servirait de base à l'évaluation et au suivi de la faune sauvage et indiquerait des tendances, au moins pour les espèces essentielles, n'ait pas été mise en oeuvre.
e) Coopération transfrontalière
La mission a remarqué les efforts accomplis pour renforcer la coopération avec les autorités du Parc national royal de Manas au Bhoutan, qui avait exprimé son intérêt pour une possible inscription sur la Liste du patrimoine mondial.
Bien qu'il reste de nombreuses tâches à accomplir, la mission a félicité l'Etat partie, et en particulier la Direction du parc, le Conseil territorial du Bodoland, les ONG locales et nationales pour les efforts déjà accomplis dans le démarrage de la reconstruction du bien et dans la mise en oeuvre des mesures correctives. Elle a particulièrement souligné les contributions positives des communautés locales.
La mission reste préoccupée par les rapports continuels qu'elle a reçus et qui font état d'exploitation forestière illégale et de braconnage, en particulier dans la partie est du bien, le massif du Panbari. Elle a reconnu les efforts considérables accomplis afin de renforcer l'application de la loi et de mieux protéger la faune sauvage et que d'incontestables progrès ont été réalisés depuis la mission de 2005 mais elle a signalé que les acteurs locaux ont fait état de braconnage ininterrompu et de déforestation dans le massif du Panbari.
La mission a confirmé l'évaluation de 2005 qui constatait l'impact important des conflits civils passés sur la valeur universelle exceptionnelle du bien, impact provoqué en particulier par la considérable réduction des populations d'espèces rares et en danger, alors que c'est leurs présences qui avaient justifié dans le passé l'inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial. Cependant, à part le rhinocéros indien unicorne qui a disparu de la région et le cerf des marais (barasingha) dont les populations existantes semblent atteindre un niveau critique, il n'y a aucun indice portant à croire que d'autres espèces essentielles aient disparu sur le territoire du bien. En ce qui concerne le rhinocéros indien unicorne, un programme de réintroduction est actuellement en cours. La mission conclut donc que la valeur universelle exceptionnelle pour laquelle le bien avait été inscrit est encore d'actualité et peut être pleinement retrouvée.
Aucune donnée suffisante n'a été fournie en vue de permettre une évaluation du statut actuel des populations de faune sauvage et de leur processus de rétablissement puisque l'étude demandée par le Comité du patrimoine mondial n'a pu être faite. Sur la base des observations faites sur le terrain et des discussions avec les divers acteurs locaux, la mission a estimé que le processus de rétablissement des populations de faune sauvage venait de commencer et n'en était qu'à son stade initial.
Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN pensent que le bien ne peut être retiré de la Liste du patrimoine mondial en péril avant que le rétablissement des populations d'espèces essentielles de faune sauvage ne soit évalué. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN considèrent que la présence de populations viables de toutes les espèces essentielles et une tendance clairement à la hausse dans la croissance de ces espèces sont les éléments déterminants d'un état de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril. Dès qu'une étude de référence aura été faite, des objectifs spécifiques sur des espèces pourront être établis en consultation avec l'Etat partie.
Sans données de base disponibles, le Centre du patrimoine mondial et l'UICN font remarquer qu'il est très difficile d'estimer le calendrier nécessaire à la réalisation des objectifs. Si l'étude de référence est réalisée cette année et qu'un système de suivi des espèces essentielles est mis en place à la suite, une tendance pourrait être clairement identifiée d'ici 2 à 3 ans.
Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN encouragent l'Etat partie à poursuivre ses efforts dans la mise en oeuvre des mesures correctives déjà adoptées par le Comité du patrimoine mondial, à renforcer la gestion du parc dans le massif du Panbari, à poursuivre le programme de réintroduction de rhinocéros indiens unicornes et à évaluer les besoins et la faisabilité d'un programme de réintroduction du cerf des marais (barasingha).
La mission a en outre été informée des efforts en cours visant au renforcement de la protection des réserves forestières de grande valeur à l'extérieur du bien, en particulier des secteurs de la réserve forestière de Manas, bordant le parc national sur sa frontière est, et des réserves forestières de Ripu et de Chirang plus à l'ouest, afin de créer un "Grand Manas". Ceci pourrait créer les conditions nécessaires à une conservation à long terme de populations viables de grands carnivores et de grands herbivores, comme les tigres et les éléphants. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN soutiennent fermement ces efforts qui contribueront grandement à la conservation de l'intégrité et de la valeur universelle exceptionnelle du bien.
La mission a remarqué que le plan de gestion actuel n'est plus valide et insiste sur le besoin de finaliser sa révision. Le plan révisé devrait exposer une vision claire de la gestion future du parc et envisager, parmi d'autres sujets les suivants qui sont les plus importants: suivi de la faune sauvage, espèces invasives, gestion de l'usage des sols et de l'utilisation du feu. Une attention toute particulière devrait être apportée au développement d'une stratégie touristique.