Bien soumis au mécanisme de suivi renforcé depuis 2007 (31 COM 7A.32).
Le 1er février 2008, un bref rapport sur l’état de conservation des cinq biens du patrimoine mondial en RDC a été soumis par l’État partie. Le rapport donne un aperçu des opérations de gestion en cours mais peu d’information sur la mise en œuvre des mesures correctives et la mise en œuvre des actions d’urgence développées par la mission de suivi renforcé.
Le rapport fait état de l’occupation du secteur des gorilles par les rebelles du général Nkunda qui y a mis en place une autorité de gestion parallèle à l’ICCN. Depuis le 2 septembre 2007, les agents de l’ICCN, qui ont été désarmés par les troupes rebelles de Laurent Nkunda, ne peuvent plus accéder sans protection de la Mission des Nations Unies au Congo (MONUC) aux secteurs de Jomba et de Bikenge du parc sous peine d’être pris pour cible.
Lors de la dernière session, le Centre du patrimoine mondial avait informé le Comité de l’abatage, le 10 Juin 2006, d’un gorille de la famille Kabirizi. En juillet 2007, cinq gorilles, appartenant à la famille de Rugendo, ont été abattus. A la demande de l’Etat partie et dans le cadre de la mise en œuvre du mécanisme de suivi renforcé, une mission conjointe Centre du patrimoine mondial / UICN s’est rendue sur place du 11 au 22 août 2007 afin de faire la lumière sur les circonstances de cet abattage et de faire le point sur l’état de conservation du bien. La mission, organisée en coopération avec la MONUC et l’UNEP, a pu s’entretenir avec la Direction générale de l’autorité de gestion ICCN, le personnel du parc (responsables et gardes) les représentants des ONG de conservation, du commandement militaire et de l’autorité Judiciaire. La mission a également été reçue par le Représentant Spécial du Secrétaire général des Nations Unies en RDC, le Président de l’Assemblée nationale et le Ministre de l’Environnement.
Les informations recueillies par la mission laissent penser que l’opposition d’un certain nombre de personnes au démantèlement d’un réseau de carbonisation opérant dans le bien depuis 2001 et fournissant du charbon de bois pour le marché de la ville de Goma, est à l’origine de l’abattage des gorilles. La mission a conclu qu’il s’agit d’une véritable filière organisée qui a permis à certains gardes et personnel de l’ICCN, des militaires et des chefs coutumiers de profiter à la fois d’une situation politique encore fragile et de l’incapacité de la direction générale de l’ICCN à exercer pleinement son autorité pour mettre un terme à la production illégale de charbon de bois au sein du parc. D’importants problèmes de gestion, notamment dans la gestion des ressources humaines auraient aussi contribué au disfonctionnement de l’ICCN face à cette problématique. La mission a noté que les principaux problèmes de dégradation du bien relevés par la mission de 2005 restent d’actualité et a regretté que les mesures correctives proposées et adoptées par le Comité du patrimoine mondial n’aient pas été mises en œuvre.
La mission a estimé que la valeur universelle exceptionnelle pour laquelle le bien a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial est toujours présente mais qu’elle est de plus en plus menacée, et que l’intégrité est fortement affectée. L'insécurité généralisée, le manque de gouvernance concernant la conservation et la gestion des ressources naturelles et les menaces croissantes pesant sur le bien et son intégrité pourraient conduire à des impacts irréversibles sur celui-ci. Il est important que l’Etat partie assure un suivi de l’état des espèces menacées, de la superficie des régions envahies et déboisées et du taux de braconnage.
La mission de suivi renforcé a conclu que des mesures urgentes s’imposent pour éviter la perte irréversible de la valeur universelle exceptionnelle. A coté des actions urgentes, elle a aussi développé des recommandations pour le renforcement institutionnel de l’ICCN, l’amélioration de la gestion du bien et le renforcement de la coopération avec les populations locales. Elle a également identifié un manque de communication avec les communautés aux alentours du bien et noté que sans le soutien de parties prenantes locales, il sera difficile d’assurer la protection et la conservation de la valeur universelle exceptionnelle du bien, ainsi que son intégrité.
Le rapport de la missionde suivi renforcé a été transmis à la Présidente du Comité du patrimoine mondial, aux autorités congolaises et aux membres du Comité. Il est disponible sur le site Internet suivant : http://whc.unesco.org/archive/2008 .
L’enquête diligentée par l’Etat partie, à la suite de la mission a confirmé l’implication d’agents de l’ICCN ; le directeur provincial de l’ICCN et des officiers ont été mis en état d’arrestation. Le 27 juillet 2007, le Comité de gestion de l’ICCN a confié au chef de site du secteur nord la mise en œuvre de certaines recommandations proposées par la mission d’août 2007, notamment la réorganisation de la surveillance dans le secteur Mikeno, la réorganisation du travail du personnel de l’ICCN, la poursuite des enquêtes avec les autorités locales concernant l’abattage des gorilles, le renforcement de la collaboration entre les services de l’état dans le secteur, le développement du dialogue entre les parties prenantes et la mise en place d’un nouveau système d’exploitation touristique. Avec l’appui des ONG partenaires, un plan d’urgence a été mis en place pour la sécurisation des gorilles dans le secteur Mikeno, avec la mise en place d’un comité de crise, un suivi permanent des gorilles du secteur, la sensibilisation des populations locales et l’organisation de patrouilles mixtes.
Depuis la mission et en dépit d’une situation sécuritaire encore très tendue, la mise en œuvre des mesures correctives, adopté par le Comité à sa 30e session (Vilnius, 2006) a pu progresser :
a) Créer un « Comité de sauvetage des Virunga » (CSV) pour répondre aux menaces pesant sur le bien ;
Le CSV, composé des représentants de diverses institutions administratives de la province, de l’ICCN, de la MONUC et des ONG de conservation est opérationnel depuis mai 2007. Il a déjà initié, avec le soutien politique de la province, des actions pour atténuer certaines conflits liés à la gestion, notamment la gestion de la pêche dans le Lac Edouard et la question de la sensibilisation des militaires, souvent impliqués dans les activités de pêche illégales.
b) Réduire de manière significative le nombre de positions militaires à l’intérieur du bien et garantir un suivi étroit des cas d’activités illégales auxquelles se livre le personnel militaire ;
A ce jour, l’occupation du Parc par différents groupes armés détruisant les ressources naturelles, aggravée depuis les derniers évènements, reste le problème clé pour la conservation du bien. Lors de la conférence sur la pacification et le développement des deux Kivus de fin janvier 2008, un acte d’engagement a été signé par les différents groupes armés. Il prévoit notamment le démantèlement de tous les groupes armés nationaux et étrangers présents dans la région. Cette opération a débuté mais il n’y a pas un calendrier arrêté pour son exécution.
c) Fermeture et suppression immédiates du camp d’entraînement et de réunification de l’armée à Nyaleke, conformément aux engagements pris par le Ministre de la Défense ;
Malgré les assurances données par le ministère de la défense, aucun progrès n’a été réalisé à ce sujet. Le point de blocage reste le financement, estimé à 316.318 dollars EU, pour la délocalisation du camp hors du périmètre du bien.
d) Poursuivre les efforts d’évacuation pacifique et intégrée de tous les occupants clandestins du bien, assortis de mesures appropriées pour faciliter la réinsertion des populations dans leur région d’origine ;
Les opérations de recensement des populations illégalement installées dans l’enceinte du bien et les actions de sensibilisation envers ces populations ont recommencé et donnent des résultats encourageants. Sur la côte ouest du Lac Edouard, déjà plus de 5 400 ménages se disent prêtes à être évacuées et onze sites ont été identifiés pour les accueillir. Pour ce qui est de l’empiètement dans la région de Kirolirwe, contrôlée par les troupes rebelles de Nkunda, les problèmes d’insécurité n’ont pas permis d’avancer.
Par ailleurs, suite au signalement de nouvelles installations des camps de déplacés de guerre dans l’enceinte du parc, le Centre du patrimoine mondial a adressé, le 8 janvier 2008, un courrier au Haut Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés pour demander la réinstallation de ces camps en dehors des limites du parc. Dans sa réponse, le Haut Commissaire a annoncé qu’un site alternatif avait été identifié et que le transfert de 4 000 déplacés était achevé.
e) Renforcer la coopération entre l’organe de gestion du parc (ICCN) et ses partenaires en dressant un plan commun pour toutes les interventions à l’intérieur du parc, avec des responsabilités clairement établies et un plan d’application ;
Le plan stratégique commun élaboré par l’ICCN et ses partenaires s’est finalement transformé en plan d’urgence, axé sur le secteur gorille, comme mentionné plus haut. Les ONG partenaires ont pu rassembler un « fonds commun » pour financer ce plan d’urgence.
f) Développer une stratégie de partage des bénéfices, comme ceux que rapporte le tourisme associé aux gorilles, avec les communautés locales, afin d’améliorer les relations ;
Le tourisme reste insignifiant dans le parc, en raison de l’insécurité. Cependant l’ICCN s’est saisi de la question de la répartition équitable des bénéfices du tourisme d’observation. Une première mesure prise a été la dénonciation du contrat avec une entreprise privée qui avait le monopole du tourisme associé aux gorilles.
g) Renforcer l’application de la loi sur le site en se concentrant sur les zones prioritaires ;
La mise en œuvre du plan d’urgence prévoit une couverture permanente du secteur de gorilles afin d’en minimiser les risques d’abattage. Pour tout le mois d’août, six patrouilles sous tentes ont été réalisées. Malheureusement, à partir de Septembre, ce programme a été fortement perturbé par le désarmement des gardes perpétré par les hommes de Nkunda. Les patrouilles dans le reste du parc sont également fortement perturbées par l’insécurité.
h) Créer un fonds fiduciaire pour la réhabilitation des biens du patrimoine mondial de la RDC ;
Un fonds fiduciaire pour les aires protégées en RDC est en voie de création et sera discuté dans le rapport générale sur l’état de conservation des bien en RDC (document WHC-08/32.COM/7A, point 31).
Un important projet pour la gestion transfrontalière des Grand Virunga (Ouganda, Rwanda, RDC) est en cours d’instruction, par l’Union Européenne avec l’appui de l’UICN. Des financements importants sont prévus par l’’Union Européenne, et le Fonds Français pour l’Environnement (FFEM).