À sa 32e session (Québec, 2008), le Comité du patrimoine mondial s’est dit préoccupé par de nombreux projets de construction ou reconstruction dans la zone tampon qui risquent de nuire à la valeur universelle exceptionnelle du bien ; il a invité l’Etat partie à créer un comité national de coordination chargé de coordonner la gestion entre les deux composantes du bien : le site de la cathédrale Sainte-Sophie et l’ensemble des bâtiments monastiques, et le site de la Laure de Kiev-Petchersk. Il a demandé à l’Etat partie de préparer un projet de la Déclaration de valeur universelle exceptionnelle, ainsi qu’un rapport sur l’état de conservation du bien décrivant en détail les projets de construction de grande envergure envisagés ou autorisés qui sont susceptibles d’avoir un impact sur la valeur universelle exceptionnelle du bien, pour considération à sa 33e session.
L’Etat partie a soumis son rapport sur l’état de conservation du bien le 20 février 2009.
Le rapport donne également des informations détaillées sur la protection juridique ainsi que les travaux de recherche et de suivi, qui sont extraites du Rapport périodique. Il ne répond pas à la demande du Comité du patrimoine mondial de fournir des informations détaillées sur les menaces observées dans la zone tampon ou la création d’un comité national de coordination.
Du 2 au 7 mars 2009, une mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS s’est rendue sur place. Elle s’est penchée sur les points suivants :
a) Protection juridique
La mission recommande de réglementer, dans le contexte d’une réforme générale de la législation relative au patrimoine culturel, les procédures de fonctionnement obligatoires détaillées pour la protection et l’aménagement du territoire du bien et de sa zone tampon. Actuellement, les restrictions légales et les règles d’urbanisme ne semblent pas être respectées, ouvrant la voie aux aménagements qui menacent aujourd’hui le bien.
b) Système de gestion
L’absence de procédures de fonctionnement précises et de plans d’aménagement urbain généraux et détaillés, ainsi que les contradictions entre les parties prenantes, portent gravement préjudice au tissu urbain de la zone tampon qui entoure chacune des deux composantes du bien.
Actuellement, les deux parties du bien sont gérées séparément. La mission recommande une réforme du système de gestion, de façon à ce que les deux composantes soient gérées comme un seul et unique bien grâce à un système de gestion unifié, avec une coordination efficace entre les diverses parties prenantes, ainsi qu’un plan de gestion unifié comprenant un plan d’action pour les deux parties du bien.
La mission considère également qu’il est urgent d’établir un Bureau de coordination interministériel, comme le recommandait la décision 32.COM 7 B 111 du Comité du patrimoine mondial.
Elle a en outre estimé qu’il conviendrait d’envisager d’unir les deux réserves désignées au sein d’une seule et unique institution qui serait responsable de la gestion opérationnelle unifiée de l’ensemble du bien.
c) Travaux de construction prévus dans la zone tampon
La mission a noté qu’un nombre considérable de menaces, liées à des projets de construction et de reconstruction dans la zone tampon, pesait sur le bien et estime que les empiètements dans la zone tampon et dans l’ensemble du paysage du Dniepr menacent le bien. Ils portent atteinte à l’authenticité de son contexte, modifient sa silhouette ou rompent d’importants axes visuels reliant les deux parties du bien.
La zone tampon autour du site de Sainte-Sophie a subi des dégradations localisées, liées à des constructions qui ont passsé outre à l’interdiction de construire des bâtiments dont la hauteur et l’échelle excèdent celles des édifices existants. Par exemple, deux tours très hautes, construites dans la rue Patorjinska, rompent un axe visuel important pour la ville en direction de l’ensemble de Sainte-Sophie ; le nouvel hôtel Hyatt nuit à l’unité stylistique de l’axe principal entre les ensembles de Sainte-Sophie et du « Sabor Mikhaïlovski », et de nombreuses extensions de combles gâchent l’apparence traditionnelle des toits.
La menace est encore plus grave dans la zone tampon qui entoure le site de la laure, en raison de projets de construction d’échelle et d’ampleur beaucoup plus grandes, prévus à proximité immédiate du bien. Il s’agit notamment d’un grand complexe résidentiel et hôtelier entre l’église du Sauveur de Bérestovo et le bien, et d’un grand complexe résidentiel et hôtelier sur le site de l’ancienne usine d’armement, près de l’Arsenal. Dans les deux cas, les autorités municipales ont vendu les terrains avant d’en définir l’usage et sans mettre en place de restriction de construction, ou ont ignoré l’opinion de la Réserve. Dans le cas du site de l’Arsenal (pour lequel un concours a été organisé), les procédures ne concordent pas avec celles établies par le ministère de la Culture et du Tourisme, et ne se conforment ni aux plans d’aménagement urbain détaillés élaborés par l’institut Kievgenplan, ni aux procédures de fonctionnement de la zone tampon.
Bien que plusieurs projets particulièrement agressifs de nouvelles constructions aient été suspendus (par exemple la construction d’une tour en face du site de Sainte-Sophie, à l’angle des rues Volodimirska et Sofiiska) et que la hauteur de certains autres bâtiments prévus ait été révisée à la baisse, la mission recommande un moratoire sur les projets de construction suivants :
- les bâtiments qui doivent être construits sur le territoire qui entoure l’Arsenal et les ramparts en terre, suite au concours international ;
- un complexe hôtelier autour de l’église du Sauveur de Bérestovo ;
- un complexe hôtelier et résidentiel sur le site des anciennes usines d’armement à proximité de l’Arsenal ;
- des tours susceptibles de nuire au panorama du paysage monastique historique, le long du Dnieper.
La mission estime indispensable d’élaborer, dans le contexte du plan général d’aménagement de Kiev, un plan d’aménagement urbain général et détaillé pour le bien et sa zone tampon. À cet égard, il convient de revoir l’utilisation des sites susmentionnés et les règles de construction les concernant.
d) Zone tampon
Déjà en 1990, l’ICOMOS avait attiré l’attention sur l’importance du cadre général du bien, au regard de son association avec les paysages monastiques des berges du Dniepr. Ce panorama est devenu un modèle pour d’autres sites en Ukraine, au Belarus et en Russie. La mission considère que la protection de ce panorama devrait être l’un des objectifs majeurs de la stratégie générale de conservation du bien. Elle recommande qu’une étude soit engagée sur les perspectives visuelles du bien dans son cadre de paysage fluvial.
La mission a noté plusieurs modifications apportées à la zone tampon et à sa protection depuis l’inscription et estime nécessaire que l’Etat partie fournisse un levé topographique actualisé du bien et de sa zone tampon montrant tous les changements intervenus.
La mission recommande d’élargir la limite est de la zone tampon du site de Sainte-Sophie pour inclure la place de l’Indépendance (Maïdan Nezalejnosti) qui est un élément important de la structure urbaine de la zone tampon.
e) Etat de conservation
La mission estime que l’état de conservation du tissu des principaux monuments du bien est satisfaisant grâce au niveau de formation du personnel des deux Réserves et des instituts de recherche. Mais l’intégrité et l’authenticité de certains édifices de moindre valeur suscitent des inquiétudes, notamment sur le site de la laure où l’état des catacombes reste critique par manque de projet global de consolidation.
Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives sont préoccupés par les menaces sérieuses qui pèsent sur le bien à cause de l’inefficacité du système de gestion, lequel a permis que des aménagements indésirables soient planifiés et exécutés dans la zone tampon et dans l’environnement du bien, apparemment en violation des restrictions imposées par la législation et les règles d’urbanisme.
Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives considèrent qu’il est nécessaire de réformer la gestion du bien pour faire face à ces menaces, en mettant en place un système qui permette de gérer les deux sites comme un seul bien intégré et en intégrant la gestion du bien dans le système de planification de l’ensemble de la zone urbaine. Ils estiment également nécessaire de renforcer les capacités afin de permettre une meilleure formation des spécialistes du patrimoine dans le domaine de la gestion et sur la façon dont l’église peut contribuer à la protection du patrimoine culturel, et que peut-être ce dernier point pourrait être abordé dans le cadre d’un colloque international.