Le 2 février 2012, l’Etat partie a soumis un rapport succinct sur l’état de conservation du bien. Le rapport indique que la présence des poches de rebelles ougandais de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) continue d’entraver la sécurité, même si le nombre des attaques a diminué par rapport aux années précédentes. La présence des rebelles complique la gestion du bien, en particulier les efforts de lutte anti-braconnage, ainsi que la mise en œuvre des mesures correctives. En dépit de ces difficultés, les efforts suivants ont été réalisés pour mettre en œuvre les mesures correctives :
a) Prendre d'urgence et au plus haut niveau des mesures afin d'arrêter l'implication des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) dans le braconnage
Le rapport fait état des démarches officielles entreprises par la Direction Générale de l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature (ICCN) pour résoudre cette question. Le rapport note que le Chef d’Etat-major général des FARDC a formellement instruit le Commandant de la région militaire, mais il précise que quelques militaires indisciplinés continuent de se livrer au braconnage.
b) S'assurer que l'équipe de gardes de l'autorité de gestion (ICCN) soit correctement équipée, en particulier avec des armes appropriées et des munitions
L’Etat partie signale que les gardes du site de la Garamba sont équipés en matériel sans toutefois donner plus de précisions. Le rapport note que les gardes manquent de matériel d’ordonnancement et des munitions et rappelle que cette situation est préoccupante, entrainant des risques importants pour les gardes lors des patrouilles. Aucun nouveau matériel d’ordonnancement n’a été reçu depuis 2007 alors que le matériel existant est souvent de mauvaise qualité. Des patrouilles mixtes sont organisées avec les FARDC afin de pouvoir surveiller les zones insécurisées.
c) Renforcer les efforts de désarmement au sein des communautés vivant autour du bien tout en améliorant la situation sécuritaire de la région, si possible en coopération avec la Mission de l'ONU pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO),
L’Etat partie signale que des efforts de désarmement et de sécurisation des communautés vivant autour du Parc national de la Garamba sont menés en collaboration avec la MONUSCO, les gardes du site et les éléments des FARDC. Le rapport note que les résultats de ces actions sont très satisfaisants mais aucune donnée quantitative n’est fournie sur le nombre d’armes saisies et sur la population désarmée. Il est aussi à signaler qu’en 2011 lors de patrouilles, les gardes du parc ont pu récuprer 9 enfants qui ont été kidnappés par les rebelles de la LRA.
d) Renouveler les contacts avec le Soudan afin de renforcer la collaboration transfrontalière avec le parc national de Lantoto
L’Etat partie signale que cette mesure figure parmi ses priorités mais attend que les conditions soient réunies pour renouer les contacts avec les soudanais du Parc national de Lantoto. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent qu’un projet régional couvrant le Sud-Soudan et l’aire protégée de Bili-Uere en RDC est en préparation par la Wildlife Conservation Society, il pourrait être une opportunité pour améliorer et relancer la collaboration entre les deux institutions.
e) S'assurer qu'une équipe d'au moins 200 gardes opérationnels soit en place par la mise en retraite le plus rapidement possible des gardes âgés et le remplacement des gardes n'ayant pas le niveau requis
L’Etat partie signale que 140 gardes sont opérationnels, et qu’il a planifié un recrutement de 50 nouvelles unités pour 2012. 30 gardes sont en attente de la finalisation de leur dossier de mise à la retraite.
f) Etendre progressivement la couverture de surveillance pour inclure la totalité de la superficie du parc et au moins 20% des domaines de chasse, d'ici 2015
L’Etat partie signale que l’aire de surveillance du parc national de la Garamba et des domaines de chasse s’est étendue grâce, en particulier, à des survols réguliers de ces zones, ainsi qu’à l’ouverture de pistes à l’intérieur du parc. En 2011, pour la première fois en dix ans quelques patrouilles ont traversé Garamba et 80 km de pistes de surveillance ont été ouvertes dans la partie nord. Deux patrouilles mixtes on atteint la frontière avec le Sud-Soudan, une zone qui n’avait pas été surveillée par des patrouilles terrestres depuis l’inscription du bien sur la Liste de patrimoine mondial en péril. Cette extension de la surveillance aurait un impact positif sur le recul du braconnage mais malheureusement les données quantitatives ne sont pas mentionnées dans le rapport. Le rapport ne fournit pas non plus de données quantitatives sur la couverture du bien et des domaines de chasse, ni sur la diminution du braconnage.
g) Mettre en place une stratégie de conservation pour les domaines de chasse (DC) afin qu'ils puissent jouer pleinement leur rôle de zone tampon, et en vue de leur importance pour la conservation de la valeur universelle exceptionnelle du bien
L’Etat partie signale les problèmes de sécurité dans les domaines de chasse liés à la présence des LRA. Des patrouilles ont été organisées au nord du DC Gangala na Bodio et à l’ouest du DC Mondo Misa, mais le DC des Azande reste inaccessible à cause de l’insécurité. Aucune information n’est fournie sur la mise en place d’une stratégie de conservation dans les domaines de chasse.
h) Renforcer les activités de conservation communautaire afin d'améliorer les relations avec les communautés locales,
L’Etat partie signale qu’une école a été construite à Nagero et qu’un hôpital est en cours de construction, grâce à l’appui du gouvernement espagnol. Des activités d’éducation environmentale sont menées avec les écoliers et des visites sont faites dans le parc. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN note que l’Etat partie a accompli un important travail avec les communautés car ils ont obtenu leur retrait des mines d’or dans la zone des chimpanzés. Ils ont aussi constaté que grâce aux activités de conservation les populations, et aux programmes de conservation communautaire, elles n’y sont pas retournées.
i) Finaliser et approuver le plan de gestion du bien et assurer les moyens pour sa mise en œuvre
Le rapport ne fait pas mention du plan de gestion du bien. Le rapport de 2011 avait quant à lui mentionné que le projet de plan de gestion (2011-2015) avait été finalisé et soumis à la Direction générale de l’ICCN pour commentaires et que sa validation était prévu vers la fin 2012.
j) Etat de la faune
Le rapport note que dans les zones couvertes par les gardes du parc, aucune trace de rhinocéros blanc n’a été retrouvé, mais que le domaine de chasse Azande et le nord du parc où des écosystèmes favorables au rhinocéros existent, sont à l’heure actuelle inaccessibles à cause des problèmes de sécurité.
Le rapport ne mentionne pas l’inventaire aérien de faune qui avait été prévu à l’origine en 2010, mais qui a été repoussé plusieurs fois en raison de contraintes financières et difficultés techniques. Cet inventaire serait prévu pour avril 2012. Le Centre du patrimoine mondial a reçu un rapport de l’ONG African Parks Garamba concernant une étude de suivi écologique sur les éléphants qui serait en cours avec le soutien de l’Espagne au travers de l’UNESCO. Ainsi 5 éléphants ont été équipés de colliers émetteurs et leur position est suivie par satellite. Des résultats montrent l’importance des domaines de chasse Azande et Gangala na Bodio, où les éléphants séjournent une partie de la saison sèche et confirment leur importance pour l’intégrité du bien.
Le Centre de patrimoine mondial et l’UICN notent l’importance de confirmer le statut du rhinocéros blanc du nord, qui avait permis de justifier la valeur universelle exceptionnelle du bien. Ils notent que le Groupe des Spécialistes des Rhinocéros d’Afrique de la Commission de Sauvegarde des Espèces de l’UICN considère que le rhinocéros blanc du Nord est probablement éteint en RDC, et qu’il ne considère plus la RDC comme un Etat qui fait partie de la répartition de la sous-espèce. Il note qu’il ne reste au niveau mondial que 4 individus, au Kenya, qui sont encore capable de contribuer à la reproduction de la sous-espèce. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN affirment l’importance de réaliser le plus vite possible un comptage aérien des populations de grands mammifères. Un tel inventaire fournira non seulement des données cruciales pour la finalisation des indicateurs pour l’état souhaité de conservation, en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril, mais montrera aussi si les populations de la faune sauvage se sont stabilisées.
Le rapport mentionne également la réhabilitation par la MONUSCO de la route entre Aru (frontière ougandaise) et Dungu, traversant le Domaine de chasse de Gangala na Bodio et passant à 4 km la station centrale du Parc de Nagero. Cette réhabilitation va bénéficier à la population et aussi désenclaver le bien, ce qui facilitera la logistique du parc, mais risquerait aussi de favoriser le trafic illicite de viande de brousse et d’ivoire. Pour contrecarrer cela, le rapport note la nécessité d’installer des points de contrôle sur la route. Le rapport note que le calendrier de mise en œuvre des mesures correctives dépend principalement de l’amélioration significative de la situation sécuritaire de la région.