1.         Samarkand – carrefour de cultures (Ouzbékistan) (C 603rev)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  2001

Critères  (i)(ii)(iv)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/603/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1999-1999)
Montant total approuvé : 15 000 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/603/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Mars 2006 : mission de suivi réactif du Bureau UNESCO de Tachkent/ICOMOS ; avril 2005 ; mission d’expertise du Bureau UNESCO de Tachkent/ICOMOS ; octobre 2006 : mission Centre du patrimoine mondial/ICOMOS ; décembre 2007 : mission de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Impact sérieux d’un projet de restauration de grande envergure ;

b) Impacts d’un programme d’aménagements paysagers urbains sur l’authenticité et l’intégrité du bien ;

c) Impact négatif des nouvelles routes ;

d) Démolition d’habitations urbaines traditionnelles.

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/603/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2009

Application du mécanisme de suivi renforcé au bien depuis 2008 (32 COM 7B.79)

À sa 32e session (Québec, 2008), le Comité du patrimoine mondial, dans sa décision 32 COM 7B.79, a noté avec inquiétude les nouveaux projets d’aménagement inopportuns entre le site d’Afrosiab et la cité timouride pour recréer les remparts de la cité timouride et édifier un hôtel aux « façades historiques » près de ces remparts. Le Comité du patrimoine mondial a prié instamment l’État partie d’élaborer une approche stratégique globale de la conservation du bien devant être approuvée par les parties prenantes concernées à travers l’adoption du plan de gestion, et de soumettre au Centre du patrimoine mondial, conformément au paragraphe 172 des Orientations, toute information relative à des projets de grande envergure. Le Comité du patrimoine mondial a également décidé d’appliquer le mécanisme de suivi renforcé au bien, afin d’informer le Comité du patrimoine mondial des résultats obtenus au niveau des informations pertinentes pour la conservation de la valeur universelle exceptionnelle du bien. Il a demandé à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial un rapport sur l’état de conservation du bien, faisant état de l’avancement relatif à la finalisation du plan de gestion, l’élaboration du plan de conservation, la documentation des caractéristiques historiques (inventaires et études), le renforcement du Comité de coordination et l’élaboration des plans de zonage et de route proposés, y compris les propositions suggérant d’interdire la circulation sur la nouvelle route entre le site d’Afrosiab et la cité timouride.

 

Le rapport de l'État partie, que le Centre du patrimoine mondial a reçu le 30 janvier 2009, apporte des réponses à ces questions. Selon l'État partie, le projet de reconstruction d'une partie des remparts historiques de Samarkand n'a pas été retenu par les autorités.

En ce qui concerne l'élaboration d'un plan de gestion, l'État partie a adopté –à l'échelon national- une série de dispositions légales en matière d'urbanisme, qui prennent en considération la protection du patrimoine culturel et s'appliquent à Samarkand. En ce qui concerne l'élaboration d'une approche stratégique globale de la conservation du bien, l'État partie a informé de sa décision de préparer un « Programme public sur la préservation et l'utilisation des objets du patrimoine culturel et naturel pour la période 2009-2020 », dont un avant-projet est apparemment déjà élaboré. Ce programme comporte un certain nombre de rubriques, à savoir :

a) Amélioration du cadre juridique.

b) Amélioration du système de gestion et de la procédure de suivi.

c) Soutien des travaux de recherche scientifique.

d) Modernisation de la documentation et de l'inventaire.

e) Introduction de programmes pédagogiques pour améliorer les compétences professionnelles.

f) Mesures pratiques sur la préservation des objets du patrimoine culturel et naturel.

g) Activités de sensibilisation du public et médias.

h) Développement d'un système de partenariat social avec les communautés locales.

i) Programmes sur le développement du tourisme culturel et écologique.

j) Amélioration du financement des mesures sur la préservation des objets du patrimoine culturel et naturel.

 

Bien que cela n'ait pas été demandé par le Comité du patrimoine mondial, le rapport de l'État partie contient un projet de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle. Le document n'est pas rédigé selon le format proposé par le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives ; toutefois, il semble inclure un texte faisant référence aux conditions d'intégrité et d'authenticité et aux exigences en matière de gestion et de protection.

Une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS a été effectuée du 9 au 14 mars 2009 sur la base de la décision prise par le Comité du patrimoine mondial à sa 32e session (Québec, 2008 ; décision 32 COM 7B.79) et suite à une invitation de l'État partie. Le rapport de la mission est consultable en ligne à l'adresse suivante : http://whc.unesco.org/en/sessions/33COM/documents/ . En ce qui concerne les progrès réalisés dans la mise en œuvre des recommandations du Comité du patrimoine mondial, la mission a fait les observations suivantes :

 

a) Renforcement du Comité de coordination

 

La mission a été informée que le Gouvernement avait créé deux Commissions, au niveau central et local, pour s'occuper de la gestion du bien du patrimoine mondial. En novembre 2008, la Commission interdépartementale sur la Coordination de la protection du patrimoine culturel, créée en 2002, a été élargie pour inclure des experts du Comité d'État à l'Architecture, de l'Académie des Arts et autres institutions de l'enseignement supérieur. À l'échelon local, la Commission interdépartementale de l'État régional de Samarkand sur la Coordination de la protection et l'utilisation des objets du patrimoine culturel fonctionne depuis 2002. Le Gouvernement estime que ces deux structures suffisent à assurer un cadre de gestion adéquat pour le site et qu'une duplication des fonctions ne s'impose pas.

 

L'équipe de la mission n’a pas été satisfaite de cette explication et a souligné la nécessité de créer un organe de gestion efficace pour le site, responsable de la planification et de la mise en œuvre quotidienne du plan de gestion pour assurer une cohérence et des normes de conservation de haut niveau.

 

b) Finalisation du plan de gestion

 

La mission a réitéré la nécessité d'élaborer, parallèlement aux instruments d'urbanisme, un plan de gestion effectif, comme cela a été demandé par le Comité du patrimoine mondial. Les autorités ont confirmé durant la mission que le plan de gestion final détaillé, dont les éléments portent sur la gouvernance, le budget, la planification et le fonctionnement du programme, est en cours d'élaboration.

 

La mission a offert l'assistance de l'UNESCO et de l'ICOMOS aux autorités ouzbèkes dans la préparation du plan de gestion en se basant sur le travail déjà présenté pour la première étape du plan entre 2007 et 2010 (travaux de recherche sur le préconcept, modèle normatif et conceptuel, activités organisationnelles, travaux de construction et de restauration en cours). La préparation du plan de gestion pourrait s'inscrire dans un contexte d'assistance internationale afin de bénéficier du plus haut niveau d'expertise et de pratique.

 

La mission a également noté qu'un important travail analytique et conceptuel avait été mené dans le domaine de la conservation urbaine sous les auspices du Trust Aga Khan pour la culture entre 1995 et 2001, et les résultats de ce projet (une étude réalisée sur plus de 15 000 propositions en série et de construction) pourraient servir de solide référence pour de futures analyses et documentations de la cité timouride et son extension du XIXe siècle.

 

La mission a estimé qu'une approche stratégique de la conservation urbaine faisait défaut car l’actuel plan directeur de Samarkand ne concerne pas les pratiques de conservation, ce qui laisse les décisions quotidiennes sans référence globale. Plusieurs problématiques d'importance fondamentale pour la conservation du centre historique ne sont pas abordées dans ce plan et exigent une analyse et une planification plus exhaustives.

 

Parmi les points les plus importants, la mission a discuté de la construction des infrastructures d’eau et d’égouts, problème aujourd’hui non résolu. Même si l'adduction d'eau semble poser moins de problèmes, l’installation de conduites d’eaux usées reste problématique en raison de la fragilité du tissu urbain. De plus, le niveau élevé de l’aquifère limite la possibilité de recréer les réservoirs traditionnels (havuz) qui sont, depuis des siècles, la source d'eau principale pour la population.

 

Malgré l'absence de réglementation spécifique et d'instrument de planification, le paysage urbain historique de Samarkand est remarquablement bien préservé. Seuls quelques bâtiments de grande hauteur (tout au plus 10 étages) ont été construits jusqu'à présent dans la zone inscrite. Le plan directeur envisagé pour l'avenir devrait contenir des limitations explicites sur la construction de hauts bâtiments.

 

Après avoir rencontré toutes les autorités concernées et avoir visité le site, la mission a conclu que le cadre de gestion et de planification était encore mal défini. Les justifications présentées par l'État partie (existence d'une législation en matière d'urbanisme, d'une Commission régionale pour la protection du patrimoine culturel, proposition d'un nouveau schéma directeur, etc.) ne sont pas jugées suffisantes pour assurer une gestion convenable du site, car elles sont dépourvues d'un objectif spécifique axé sur la conservation et ne reposent pas sur une analyse détaillée des priorités d'intervention, pas plus qu'elles n'incluent d’estimations des ressources nécessaires. La gestion quotidienne directe du site n'a pas d'autonomie effective alors que le processus décisionnel est extrêmement centralisé.

 

En conclusion, il a été reconnu que ces problèmes exigent un degré différent de planification et d'intervention et il a été suggéré que l'État partie envisage un projet de coopération qui implique le Ministère de la Culture, les autorités locales, l'UNESCO et l'ICOMOS, et éventuellement d'autres partenaires à identifier. Un projet d'assistance technique pourrait être demandé au titre du Fonds du patrimoine mondial qui financerait le démarrage du processus. Cette collaboration porterait sur :

- L’élaboration du plan de gestion ;

- La planification de la conservation avec une attention particulière aux infrastructures ;

- L’assistance technique octroyée aux habitants pour la conservation du tissu urbain (conseils en réhabilitation de l’habitat et couverture) ;

- Développement de projets de restauration structurelle ;

- Formation de personnel technique pour la restauration des surfaces.

 

c) Élaboration des plans de zonage et de route proposés, y compris les propositions suggérant d’interdire la circulation sur la nouvelle route entre le site d’Afrosiab et la cité timouride

 

Selon les informations communiquées par les autorités, aucune construction de routes importantes n'est prévue dans le nouveau plan de développement urbain de la ville de Samarkand 2004-2025 (Plan général), qui est en cours de révision sur la base des recommandations de la mission Centre du patrimoine mondial/ICOMOS effectuée en octobre 2006. Après l'approbation de ce Plan général, un plan plus détaillé pourra être élaboré, qui sera soumis à l'UNESCO avant la fin 2010.

d) Conservation du tissu urbain

La mission a observé – à l’instar de beaucoup d'autres missions effectuées au cours de la dernière décennie - la substitution presque complète des méthodes de construction traditionnelles de l'architecture en terre par des matériaux modernes. Si la substitution des structures verticales est seulement perceptible dans la plupart des cas à faible distance, la substitution des toits plats traditionnels par la tôle ondulée ou l’amiante a modifié de façon irréversible la perspective des toitures historiques. Bien que cette tendance remonte avant l'inscription de Samarkand sur la Liste du patrimoine mondial, il est malheureux que cet aspect de la conservation urbaine ait été négligé jusqu'à présent, ce qui a abouti à une perte significative des valeurs patrimoniales. La mission a conclu qu'un programme d'assistance technique destiné à guider et soutenir la rénovation et la restauration de l'habitat était nécessaire et pouvait encore améliorer la conservation du tissu urbain de cette ville unique du patrimoine mondial.

 

Un nombre limité de maisons traditionnelles ont été préservées et nécessitent des travaux de restauration urgents. La mission a pu visiter quelques exemples d'habitations traditionnelles et a conclu qu'il fallait attribuer une haute priorité à cette activité dans le cadre d’un programme de coopération.

 

e) Nouveaux projets immobiliers

De nouvelles constructions de mauvaise qualité ont été observées à l'intérieur du bazar Siyab, en particulier le centre commercial revêtu de plaques d'aluminium, de vitres bleues, et les nouveaux bâtiments à l'arrière qui gâchent la vue de l’ensemble de Bibi-Khanum.

 

f) Conservation des principaux monuments

La mission a également passé en revue l’état de conservation de quelques-uns des principaux monuments, à savoir l’ensemble du Registan, l’ensemble de Shah i-Zinda, le mausolée d’Ishrat-Khona, le mausolée et la mosquée d’Abdi-Darun et la mosquée de Bibi-Khanum. Bien que certains de ces monuments aient été restaurés au cours de ces dernières années, d'autres nécessitent une attention urgente pour traiter à la fois de graves problèmes structurels et les conditions d'intégrité de leur cadre général. Le rapport de la mission comprend une analyse exhaustive de leur situation et des recommandations.

 

Le Centre du patrimoine mondial et l'ICOMOS considèrent que la mission a confirmé la nécessité d'une meilleure gouvernance du bien au moyen d'un processus de planification stratégique et d'un plan de gestion ciblé, basé sur une documentation et des études qui serviraient de cadre de référence à l'intérieur duquel pourraient être prises des décisions sur l'infrastructure, les nouveaux aménagements, la conservation et l'aide à la restauration du tissu urbain traditionnel. Le caractère spectaculaire de ce bien complexe qui rassemble des monuments exceptionnels et des survies remarquables du tissu urbain, et la diversité de problèmes liés à sa gestion, sa conservation et son développement exigent un renforcement du degré de planification et d'intervention.

Un projet de coopération impliquant le Ministère de la Culture, les autorités locales, l'UNESCO et l'ICOMOS, et éventuellement d'autres partenaires à identifier, pourrait servir de catalyseur d’une action urgente relative à l'élaboration du plan de gestion et des approches stratégiques de planification de la conservation urbaine.

Le Centre du patrimoine mondial et l'ICOMOS ne pensent pas qu'il soit nécessaire d'appliquer à nouveau le mécanisme de suivi renforcé pour ce bien, étant donné l'absence de menaces imminentes et le délai considérable que nécessite l'État partie pour mettre en œuvre les recommandations faites par la mission.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Néant

Décision adoptée: 33 COM 7B.84

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné les documents WHC-09/33.COM/7B.Add et WHC-09/33.COM/7B.Corr,

2. Rappelant la décision 32 COM 7B.79, adoptée à sa 32e session (Québec, 2008),

3. Reconnaissant la nécessité, comme cela a été recommandé par la mission conjointe de suivi renforcé Centre du patrimoine mondial/ICOMOS de mars 2009, de finaliser le plan de gestion, d'entreprendre de nouveaux travaux de conservation sur les monuments à l'intérieur du bien, de mettre en place un cadre de gestion efficace du site et de soutenir et de planifier des travaux d'infrastructure qui respectent le tissu urbain traditionnel,

4. Prie instamment l'État partie de mettre en place des approches stratégiques de conservation urbaine ;

5. Prie aussi instamment l'État partie d'envisager un projet de coopération avec le Ministère de la Culture, les autorités locales, l'UNESCO et l'ICOMOS, et éventuellement d'autres partenaires, afin de progresser dans la planification et de finaliser le plan de gestion en mettant l'accent sur l'aide et le suivi techniques en termes de conservation du tissu urbain traditionnel, de développement de projets de restauration structurelle et de création d'un cadre de gestion approprié ;

6. Suggère que l'État partie pourrait souhaiter envisager de soumettre une demande d'assistance internationale au titre du Fonds du patrimoine mondial pour soutenir ce projet de collaboration ;

7. Réitère sa demande à l'État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, conformément au paragraphe 172 des Orientations, toute information relative à des projets de grande envergure ;

8. Demande à l'État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2011, un rapport sur l'état de conservation du bien, faisant état de l'avancement dans l'élaboration du plan de gestion et de l'approche stratégique, pour considération par le Comité du patrimoine mondial à sa 35e session en 2011.

9. Décide de ne plus continuer à appliquer le Mécanisme de suivi renforcé à ce bien.