1.         Tyr (Liban) (C 299)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1984

Critères  (iii)(vi)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/299/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1986-2001)
Montant total approuvé : 35 667 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/299/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé au bien : 19 173 dollars EU entre 1997 et 2001 pour la Campagne de sauvegarde internationale.

Missions de suivi antérieures

2004 : mission d'évaluation par le Bureau de l'UNESCO à Beyrouth ; septembre 2006 : mission de l'UNESCO après le conflit de l'été 2006 ; février 2009 : mission Centre du patrimoine mondial/ICOMOS

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/299/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2009

À sa 32e session (Québec, 2008), le Comité du patrimoine mondial a regretté que l'État partie n'ait pas soumis le rapport demandé à sa 31e session (Christchurch, 2007) et lui a en particulier demandé de fournir une carte topographique détaillée avec coordonnées géographiques indiquant les limites du bien et, si possible, celles de sa zone tampon, d'ici le 1er décembre 2008. Il lui a demandé, en outre, d’élaborer, en consultation avec le Centre du patrimoine mondial et les organisations consultatives, un projet de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle incluant les conditions d’intégrité et d’authenticité. Le Comité du patrimoine mondial a également réitéré sa demande à l’État partie d'inviter une mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial / ICOMOS pour évaluer l'impact des projets en cours et envisagés.

La mission a eu lieu du 16 au 20 février 2009. Elle avait pour mandat d’examiner l’état de conservation du bien et le statut des diverses recommandations faites par le Comité du patrimoine mondial de sa 28e à sa 32e sessions, incluant une évaluation des principaux projets d’infrastructure, des projets de cartographie (situer les éléments archéologiques, identifier les sources de risques structurels) et des activités de consolidation envisagées. Le but était d’évaluer toute atteinte à la valeur universelle exceptionnelle, y compris à l’intégrité et à l’authenticité, en vertu de laquelle le bien a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial, ainsi que de mentionner toute amélioration dans la conservation du bien depuis le dernier rapport au Comité du patrimoine mondial. Le rapport de la mission donne un aperçu général de la situation du bien depuis ces 25 dernières années.

 

Le rapport de la mission décrit en détail les difficultés auxquelles est confronté le bien depuis son inscription en 1984, étant donné la période de guerre que le pays a connu (1975-1991) et les risques encourus plus récemment en conséquence, d’une part, de grands projets de développement destinés à améliorer les infrastructures locales et, d’autre part, du conflit de 2006. En raison de cette longue période d’instabilité, les autorités ont eu du mal à élaborer des approches durables en matière de gestion du site, de même qu’il y a eu de longues périodes où les autorités n’ont pas eu la capacité de contrôler le développement dans les environs et au sein du bien. Le rapport de la mission souligne également les nombreuses difficultés inhérentes à la gestion d’un site situé partiellement sous le centre historique de Tyr et la ville moderne de Soûr, dont l’antique port septentrional est également sous la ville moderne et dont, par ailleurs, les vestiges sous-marins voisins constituent probablement un quartier englouti de l’antique cité.

 

D’importantes difficultés dans la gestion et la conservation à long terme ont été notées, notamment :

a) L’étendue du bien n’a pas entièrement été précisée lors de l’inscription.

b) De nombreuses constructions élevées ont été érigées durant la période de guerre à proximité du bien.

c) Une dotation en personnel clé insuffisante, un chevauchement des responsabilités en termes de compétences et un cadre juridique obsolète ont gêné la coopération au niveau de la gestion du bien.

d) Les exigences et les procédures définies dans les Orientations sont peu connues des personnes concernées.

e) À partir de 1995, des propositions de modernisation du port de pêche historique ont menacé les ressources archéologiques sous-marines associées du bien; pour protéger ces ressources, une zone de protection maritime a été proposée depuis 2004 au ministère des Travaux publics et des Transport, sans succès.

f) Un projet de construction d’autoroute à 2 km à l’est de l’hippodrome du site fait l’objet de discussions par le Comité du patrimoine mondial depuis de nombreuses années. Durant cette période, le Comité du patrimoine mondial a régulièrement demandé qu’une carte archéologique complète soit établie indiquant la présence matérielle des vestiges et les zones de protection désignées. L’État partie a expliqué qu’une carte archéologique était en préparation mais la mission a pu établir qu’un manque d’informations de base et qu’un manque de ressources pour mettre en œuvre le système envisagé entravaient ce travail.

 

La mission a également noté dans son rapport les résultats – à la fois positifs et négatifs - de mesures plus récentes prises dans l’optique d’améliorer le système de gestion :

a) Depuis 2007, les efforts ont été intensifiés pour créer de nouveaux postes pour la gestion et conservation du patrimoine culturel au sein du ministère de la Culture.

b) Une révision de la politique culturelle nationale et une nouvelle structure pour la Direction des antiquités est en cours de discussion au Parlement.

c) L’État partie a rapporté qu’un plan de protection pour les zones archéologiques existe ainsi qu’un plan d’urbanisme (révisé en 1998 et 2003) qui est utilisé pour gérer la zone tampon de la zone archéologique désignée.

d) Il est difficile de résister aux pressions constantes du développement urbain : bien que le potentiel archéologique des sites en développement fasse l’objet d’études préalables, le moratoire de trois ans sur les projets de construction dans Tyr a pris fin en 2008 et n’a pas été reconduit, malgré une demande de la Direction des Antiquités.

e) Concernant le projet d’autoroute, bien que la Direction des Antiquités ait obtenu le déplacement d’un échangeur qui aurait détruit un ensemble de tombes romaines taillées dans la roche, les études géophysiques entreprises n’ont couvert qu’une petite surface de la route envisagée à ce jour. De toute évidence, certains tronçons du projet auront un impact sur les caractéristiques associées à la valeur universelle exceptionnelle du bien, notamment les vestiges de l’aqueduc et de la nécropole antique. La mission note en particulier qu’une étude d’impact environnemental n’a pas été incluse dans la planification de la route.

f) Les plans initiaux de restructuration de l’ensemble du port de pêche ont été modifiés et une marina pour petits bateaux, sans impact sur les vestiges sous-marins, est désormais en train d’être développée.

g) L’État partie a réalisé avec succès un projet “Patrimoine culturel et développement urbain” (Cultural Heritage and Urban Development - CHUD) pour la restauration de l’ancien centre ville de Tyr dans le voisinage immédiat du bien. Il vient par ailleurs de créer un Centre d’archéologie sous-marine à Tyr dans le cadre du projet et a élaboré des plans pour améliorer les infrastructures et les services du site.

i) La première phase de la composante archéologique du projet CHUD implique la réalisation en 2009-2010d’une consolidation d’urgence de certains vestiges archéologiques de Tyr. La seconde phase (2010-2012) s’intéressera à la définition et mise en valeur de la valeur universelle exceptionnelle du site pour les résidents et visiteurs.

ii) Tandis que la mission a noté la grande qualité des rapports de l’évaluation des dommages entreprise par le consultant du projet CHUD, elle a également signalé l’importance, dans un contexte de patrimoine mondial, de mesures de conservation préservant l’authenticité.

iii) Du point de vue de la planification et de la gestion du bien, la mission a particulièrement regretté que les mesures de restauration et de planification proposées dans le cadre du projet CHUD et devant être exécutées en 2009, n’aient pas été présentées dans un plan générale de stratégie de conservation avant de faire les appels d’offre pour les travaux.

h) La mission a également regretté qu’aucun progrès n’ait été accompli dans l’élaboration d’un plan de gestion pour le bien, profitant de l’important volume de données collectées par les consultants travaillant dans le cadre du projet CHUD.

i) Tandis que le conflit militaire de 2006 n’a pas causé de dommages sur le site (bien que des bombes soient tombées non loin des vestiges archéologiques), la délicate situation de sécurité dans le sud du pays exacerbe les tensions socioculturelles et entrave la participation utile des parties prenantes dans la gestion et la planification du site ainsi que dans une sensibilisation nécessaire.

 

Les principales recommandations de la mission sont les suivantes :

a) Encourager l’État partie à apporter à la Direction des antiquités un soutien et un personnel suffisants afin qu’elle puisse remplir son mandat.

b) Encourager l’État partie à rendre effective la zone de protection maritime proposée par la Direction des antiquités.

c) Encourager l’État partie à prolonger la durée de trois ans du moratoire sur le développement urbain et, de la même façon, à imposer un moratoire sur le projet de construction d’autoroute jusqu’à ce que les relevés pour la carte archéologique aient été achevés.

d) Demander à l’État partie un plan de gestion global pour le bien du patrimoine mondial incluant la définition des limites du bien, une zone tampon, une stratégie de conservation, un plan d’action à court et long termes et un plan de circulation.

e) Soutenir la Direction des antiquités dans la préparation d’une documentation complète sur les vestiges archéologiques de l’antique Tyr.

f) Soutenir la Direction des antiquités dans ses efforts pour mener à bien une prospection archéologique globale (magnétique et géo-radar) du trajet envisagé pour l’autoroute et de ses abords.

 

Le Centre du patrimoine mondial et les organisations consultatives sont préoccupés par les constatations de la récente mission. Afin de traiter les questions ci-dessus, qui représentent parfois une menace considérable pour le bien, le Centre du patrimoine mondial et les organisations consultatives suggèrent de mettre en place, de toute urgence, un programme défini de ‘remise en état’ et d’élaborer un tel programme dans le cadre d’une mission spécifique organisée dès que possible après la 33e session du Comité du patrimoine mondial. Les résultats de cette initiative, incluant les efforts accomplis pour identifier des fonds spécifiquement alloués à cette fin, pourraient être rapportés au Comité du patrimoine mondial à sa 34e session. 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Néant

Décision adoptée: 33 COM 7B.57

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-09/33.COM/7B.Add,

2. Rappelant la décision 32 COM 7B.60 adoptée à sa 32e session (Québec, 2008),

3. Regrette que l'État partie n'ait pas soumis le rapport demandé par le Comité du patrimoine mondial à sa 32e session ;

4. Note avec grand regret les nombreuses difficultés rencontrées par l'État partie dans la protection de la valeur universelle exceptionnelle du bien, comme identifiées lors de la mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS du 16 au 20 février 2009 ;

5. Demande à l'État partie d'inviter une mission de suivi conjointe Centre du patrimoine mondial / ICOMOS sur le bien pour aider l'État partie à élaborer un programme de remise en état opportun afin de traiter les problèmes clés identifiés par ce rapport et les précédentes demandes du Comité ;

6. Demande également à l'État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2010, un rapport sur l'état de conservation du bien et sur les mesures prises pour préparer un programme de redressement, comme défini ci-dessus, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 34e session en 2010.