Lors de sa 32e session (Québec, 2008), le Comité du patrimoine mondial a fait remarquer qu'il considérait le bien du patrimoine mondial comme sérieusement menacé et encourageait l'État partie à s'assurer que les interventions architecturales modernes n'affecteraient pas la valeur universelle exceptionnelle du bien. Par ailleurs, le Comité du patrimoine mondial a prié instamment l'État partie d'améliorer la gestion du site en mettant en œuvre le plan de sauvegarde et de mise en valeur récemment adopté, en désignant de toute urgence un responsable de la gestion du site pour le bien et en coordonnant l'aide des partenaires internationaux conformément aux recommandations du Comité du patrimoine mondial. Enfin, le Comité a demandé, en consultation avec le Centre du patrimoine mondial et l'ICOMOS, que soit développé un projet de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle, incluant les conditions d'intégrité et d'authenticité, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 33e session en 2009.
Le 30 janvier 2009, l'État partie a remis un rapport sur l'état de conservation du bien du patrimoine mondial. Le rapport fait état du besoin de création d'un Comité de gestion intérimaire (Comité de sauvegarde) dans l'attente de la mise en place des mécanismes de gestion demandés par le Comité du patrimoine mondial lors de sa dernière session, mécanismes qui requièrent une aide financière et opérationnelle importante. L'État partie signale qu'il reste favorable à l'organisation d'une rencontre internationale des donateurs, en coopération avec l'UNESCO, une initiative qui est dans l'attente de la signature d'un accord entre le Centre du patrimoine mondial et le Ministère de la culture. Le rapport de l'État partie rend également compte de trois projets importants qui constituent des avancées significatives dans la conservation du bien (la réhabilitation du Pont Faidherbe, les améliorations de l'embouchure du fleuve Sénégal et de l'immeuble du Rognat Sud). Le rapport de l'État partie signale également qu'en dépit d'une amélioration de la situation, le Comité de sauvegarde, qui sera bientôt créé, sera confronté à de nombreux problèmes dont l'aspect extérieur des locaux des nouvelles structures incompatibles avec la valeur universelle exceptionnelle du bien. Ces bâtiments devront être démolis ou modifiés, une liste en sera dressée et remise au Centre du patrimoine mondial. Le rapport de l'État partie note enfin qu'au sujet de la préparation de la Déclaration de valeur universelle exceptionnelle il est dans l'attente des modalités concernant l'exercice de rapport périodique à définir lors de la 33e session du Comité.
Une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/ICCROM s'est déroulée du 14 au 20 février 2009 sur le territoire du bien. Elle a dressé la liste d'un certain nombre d'ateliers de réhabilitation se déroulant dans le cadre de projets de restauration. Ceux-ci sont soutenus par une aide de grande envergure dans le cadre de la coopération internationale espagnole, française et de la région Wallonie Bruxelles. Le rapport de mission regrette également que les constructions modernes n'aient pas recours aux matériaux originaux dominants et que les types d'architecture choisis persistent à affecter l'intégrité du bien.
La mission a également noté que l'État partie n'avait pas répondu aux demandes formulées par le Comité du patrimoine mondial à sa 32e session visant à améliorer la gestion du site : le plan de sauvegarde et de mise en valeur n'a pas été mis œuvre et le responsable du site n'a pas été nommé. En outre, la mission a observé que le plan de gestion et de conservation demandé par la mission Centre du patrimoine/ICOMOS/ICCROM de 2006 n'a pas été établi et que les conditions requises, tant physiques qu'administratives, pour la création d'une Maison du patrimoine n'ont pas été réunies. La mission a par ailleurs remarqué que ce manque persistant de gestion et de cadre législatif était à l'origine de l'absence de contrôle dans la délivrance de permis de construire pour des réhabilitations, des restaurations et de nouvelles constructions.
Parmi les aspects positifs, la mission a relevé la signature d’un Décret, en date du 20 février 2009, mettant en place le Comité de sauvegarde de Saint-Louis, créant un lien entre les représentants de l'état, de la municipalité et les dirigeants publics les plus importants, afin de mettre en œuvre le plan de sauvegarde et de mise en valeur.
Le rapport de mission précise les recommandations suivantes:
- Le plan de sauvegarde et de mise en valeur doit être mis en œuvre de toute urgence et doit être harmonisé avec le plan de développement urbain, en particulier en ce qui concerne la zone tampon ;
- Le Comité de sauvegarde, récemment mis en place, devrait être immédiatement opérationnel dans l'attente de la nomination d'un responsable du site ;
- Le responsable du site doit être nommé de toute urgence afin de travailler sous la direction du Comité de sauvegarde, de mettre en œuvre les décisions du Comité du patrimoine mondial et de diriger les activités de la Maison du patrimoine ;
- Le processus d'établissement d'un plan de conservation et de gestion, complément indispensable du plan de sauvegarde et de mise en valeur, doit débuter très rapidement afin de coordonner de manière effective les interventions sur le site. Ce plan permettra d'anticiper les problèmes de conservation et de réglementer l'usage du territoire y compris la réutilisation de vastes terrains tant privés que publics, appartenant au Ministère de la défense ;
- Il est important de trouver des façons de donner plus de visibilité aux excellents exemples de travaux de restauration, y compris au moyen de plaques sur les sites et de prix ;
- L'idée de réunir les donateurs en 2010-2011 devrait être relancée ;
- Les efforts visant à mettre en valeur le bien et à promouvoir le tourisme durable devraient être encouragés et aidés à Saint-Louis et dans sa région.
Dans le cadre de l'évaluation du degré de péril du bien, la mission a remarqué une amélioration générale de son état de conservation, en raison de la forte mobilisation de tous les acteurs concernés. La mission a cependant pris note du besoin urgent de mise en œuvre des divers mécanismes de gestion évoqués ci-dessus et des efforts complémentaires à accomplir afin de créer une synergie entre les différentes initiatives visant à mettre en œuvre les demandes du Comité du patrimoine mondial, en particulier en terme de renforcement de l'artisanat patrimonial et des capacités techniques qui sont déficients. La mission a conclu qu'il n'existe pas de Dangers avérés et potentiels, et qu'il n'est donc nécessaire à l'heure actuelle de continuer à envisager l'inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril.
Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives sont préoccupés par l'incapacité de l'État partie à répondre de façon pleine et entière aux demandes formulées par le Comité du patrimoine mondial à sa 32e session, visant à améliorer la gestion du site, y compris en mettant en œuvre le plan de sauvegarde et de mise en valeur et en nommant un responsable du site. Par ailleurs, l'établissement d'un plan de conservation et de gestion n'a pas débuté et, conséquence de l'absence de gestion identifiée par la mission, des constructions illégales et inadaptées, menaçant l'intégrité du bien et sa valeur universelle exceptionnelle, persistent.
Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives estiment qu'en l'absence de progrès dans l'amélioration de l'état de conservation du bien en 2010, en particulier en ce qui concerne l'amélioration de la gestion du site et la mise en place du plan de sauvegarde et de mise en valeur, une nouvelle mission conjointe de suivi Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/ICCROM devra se dérouler afin d'examiner les menaces possibles et avérées ou potentielles (telles que définies dans le Paragraphe 179 des Orientations) et d'aider à la mise en place d'un mécanisme de gestion durable du bien, pour examen par le Comité du patrimoine mondial.