1.         Centres historiques de Berat et de Gjirokastra (Albanie) (C 569bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  2005

Critères  (iii)(iv)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/569/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 2002-2007)
Montant total approuvé : 44 964 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/569/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé pour le bien : 1 367 014 dollars EU fournis par le Gouvernement albanais dans le cadre du projet 933 ALB 400 « Sauvegarde et restauration de monuments choisis à l’intérieur du site du patrimoine mondial du Centre Historique de Gjirokastra – Albanie »

Missions de suivi antérieures

Néant

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Menaces mentionnées dans le rapport d’évaluation de l’ICOMOS lors de l’inscription :

a) Construction illégale datant de la fin des années 1990

b) Absence d’indicateurs spécifiques de suivi

c) Absence d’un programme des excavations archéologiques

d) Absence d’un plan de lutte contre l’incendie approprié dans la zone urbaine historique

e) Absence d’un plan de développement du tourisme

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/569/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2009

Dans son évaluation réalisée lors de la proposition d'inscription de Berat en tant qu'extension de Gjirokastra, l'ICOMOS a signalé que le phénomène de dégradation du bien (par les constructions illégales) a été pratiquement stoppé et est désormais sous contrôle. Il serait capital que l'État partie s'assure de l'identification de ces constructions non autorisées, que des pénalités soient appliquées, qu'un retour à ce type de pratique soit rendu impossible. Une carte identifiant ces constructions a été annoncée et un suivi plus vigilant empêchera que ces actions se reproduisent. L'ICOMOS estime qu'il est tout à fait essentiel d'identifier avec précision les constructions illégales au moyen d'un inventaire et de plans et d'empêcher le retour de telles pratiques qui se sont déroulées à un moment particulier de l'histoire de l'Albanie. L'ICOMOS estime en outre qu'il faut élaborer un plan à long terme pour faire disparaître les constructions illégales et améliorer ainsi les valeurs et l'intégrité du bien.

L'ICOMOS a recommandé que la proposition d'inscription soit ajournée et renvoyée à l'État partie afin qu'il puisse donner des détails sur la structure de coordination du plan de gestion prévue pour les deux villes, et ce, conformément au paragraphe 14 des Orientations devant guider la mise en oeuvre de la Convention du patrimoine mondial, qu'il apporte des garanties pour sa création, ses compétences, qu'il pourvoie le bien d'un inventaire des constructions illégales, d'indicateurs de suivi, de règles de lutte contre l'incendie et qu'il engage des fouilles archéologiques.

Le Comité du patrimoine mondial a demandé à l'État partie de remettre un rapport au Centre du patrimoine mondial avant le 1er février 2009 sur la mise en œuvre d'un certain nombre de mesures.

Entre temps, le Centre du patrimoine mondial et l'ICOMOS ont été informés de nouvelles constructions illégales, en particulier dans un secteur important de la zone tampon de Berat.

Le 1er février 2009, un rapport sur l'état de conservation du bien a été remis par l'État partie. Le rapport présente en détail les modifications et constructions réalisées de manière illégale dans les deux villes et les insuffisances de la lutte contre l'incendie mais ne répond pas à tous les problèmes soulevés par le Comité du patrimoine mondial.

 

a) Constructions illégales

Le rapport établit un inventaire des infractions aux règles sur la construction à Gjirokastra et à Berat. Selon les données sur les infractions à la Loi de protection de l'héritage culturel, on en compte 40 à Berat et 245 à Gjirokastra. Cela concerne de nouveaux bâtiments et des modifications de bâtiments existants. Certaines de ces infractions ont un impact plus grand que d'autres, par exemple, des bâtiments neufs ou des modifications de matériaux de construction, comme l'usage du béton, ont un impact plus fort que des modifications à l'intérieur des bâtiments. De la même façon, certaines modifications sont réversibles, comme par exemple, un changement de matériau de couverture sur un toit, alors que d'autres pas. La raison du nombre plus grand d'infractions à Gjirokastra s'explique par l'impossibilité d'extension de la ville ailleurs que dans la zone protégée, à la différence de Berat où des possibilités existent. En réponse à ces menaces, il est déclaré que la loi sur la protection des monuments sera amendée afin de mieux s'adapter aux conditions de vie tout en respectant des valeurs, et ce, conformément aux règles internationales en vigueur dans ce domaine. En ce qui concerne les infractions, il est déclaré qu'il faudra démolir certaines constructions illégales et modifier ou défaire certaines parties transformées. Ces décisions seront précédées d'évaluations faites par des professionnels et se verront accorder des autorisations par les autorités compétentes. Aucun plan d'action et aucun calendrier pour ces interventions n'ont cependant été donnés. Lors de l'inscription de Berat, en tant qu'extension de Gjirokastra, il fut déclaré que des constructions illégales étaient présentes, en particulier dans la zone tampon, mais que le phénomène avait été stoppé et que des mesures étaient prises pour que l'absence de contrôle ne persiste pas. La construction de nouvelles maisons, de plus grande taille qu'auparavant, se poursuit cependant dans la zone tampon sur une colline en face de la porte du château et ces constructions sont très visibles depuis la vieille ville.

b) Indicateurs de suivi

Le rapport établit que les indicateurs de suivi, qui sont le reflet de la façon dont la valeur universelle exceptionnelle du bien est maintenue, seront le nombre de monuments restaurés chaque année et le montant des fonds annuels alloués à cette tâche. Il est suggéré que le suivi se fasse sur une base triennale. Au vu des problèmes de constructions illégales évoqués ci-dessus, il semble utile que des indicateurs plus détaillés soient définis afin de suivre les changements dans le tissu urbain global des bâtiments typiques du site et pas uniquement des monuments principaux, cette pratique justifiant l'un des points qui ont conduit à l'inscription. Il est suggéré que les caractéristiques principales des deux villes qui sont le reflet de leur valeur universelle exceptionnelle soient définis et que des indicateurs de suivi soient établis afin de suivre ces caractéristiques qui devraient inclure les rues dans leur ensemble et les perspectives. 

c) Fouilles archéologiques

Le rapport signale que l'Institut d'archéologie n'envisage pas de fouilles dans les deux châteaux des deux villes dans les cinq années à venir. Cependant, l'Institut des monuments (IMK) procédera à des études archéologiques dans le cadre de travaux de restauration et de conservation réalisés par des experts en ces domaines. Le rapport déclare également que l'IMK insiste auprès de l'Institut d'archéologie afin qu'il mène des fouilles dans les deux châteaux ce qui permettrait de déterminer précisément les phases de construction de ces fortifications. Il faut préciser que ce ne sont pas des fouilles de grande envergure qui sont demandées mais une "intervention archéologique" à l'occasion de tout projet de restauration.

d) Lutte contre l'incendie

La protection contre les incendies posent des problèmes tant à Gjirokastra qu'à Berat en raison du difficile accès pour les pompiers. La situation la plus délicate est rencontrée dans les quartiers de Manglaem, de Gorice et dans une partie de Kala à Berat, où les déplacements des pompiers sont quasiment impossibles. La Municipalité de Berat a élaboré un projet d'installation de bouches d'incendie dans les quartiers où ces problèmes sont rencontrés, comme Mangalem et Gorice, cependant le coût d'un tel projet rien que pour le quartier de Mangalem serait de 43.250 euros. Gjirokastra a une caserne de pompiers équipée de personnel, de véhicules et de matériel ainsi que cinq bouches d'incendie. En juillet 2008, le Conseil municipal a accepté d'améliorer sa collaboration avec les institutions régionales en charge de l'eau et de la prévention des incendies ce qui permettra la construction de nouvelles bouches d'incendie.

La Municipalité de Gjirokastra n'a pas de plan général de protection de la ville historique. La Banque mondiale a financé les travaux préparatoires à la création d'un tel plan à long terme.

e) Plan de développement du tourisme

Bien qu'un grand nombre de données détaillées soient données sur le nombre de touristes, sur l'augmentation de la fréquentation suite à l'inscription, sur les conséquences sur les deux villes de cette évolution (hôtels et guesthouses), sur la communication, sur l'objectif qui est de quadrupler le nombre de touristes d'ici 2014 (passant de 20 à 80.000), aucune mention n'est faite ni d'une stratégie de coordination du tourisme, ni du plan de gestion.

Au vu des difficultés à contrôler le développement urbain dans les deux villes, il apparaît essentiel de mettre en œuvre un plan de développement coordonné du tourisme et de la culture qui proposera des stratégies de croissance durable du nombre de visiteurs et prévoira des équipements qui respecteront les valeurs du bien. Ce plan est indispensable pour éviter tout impact négatif du tourisme et permettrait de mieux concilier les avantages et les inconvénients de cette activité pour les communautés locales. L'amélioration des services offerts aux visiteurs devrait être évaluée avec précision dans le cadre du plan de gestion.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives reconnaissent les progrès accomplis dans l'établissement d'un inventaire des infractions à la planification mais sont préoccupés par l'absence d'un plan d'action approuvé et d'un calendrier d'application destinés à traiter ces problèmes et par le fait que des infractions à la planification se poursuivent dans un important secteur de la zone tampon de Berat face aux portes du château ainsi que dans le secteur du vieux bazar à Gjirokastra. La définition et la mise en place d'indicateurs de suivi, reflétant globalement les caractéristiques des deux villes porteuses de valeur universelle exceptionnelle, permettraient de faciliter le traitement de ces infractions à la planification.

Bien que les faiblesses de la protection contre les incendies soient connues, l'absence d'un plan général approuvé de réponse aux incendies est préoccupant. Par ailleurs, au vu du développement touristique envisagé, l'absence d'un plan général de développement du tourisme élaboré dans le cadre du plan de gestion du bien en série est également préoccupante.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Néant

Décision adoptée: 33 COM 7B.87

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-09/33.COM/7B,

2. Rappelant la décision 32 COM 8B.56, adoptée à la 32e session (Québec, 2008),

3. Prie instamment l'État partie de se conformer aux demandes du Comité du patrimoine mondial;

4. Reconnaît les progrès accomplis dans l'établissement d'un inventaire des infractions à la planification;

5. Exprime sa préoccupation quant à la poursuite des infractions dans un important secteur de la zone tampon de Berat face aux portes du château ainsi que dans le secteur du vieux bazar à Gjirokastra;

6. Prie instamment également l'État partie de mettre en place un plan d'action approuvé et un calendrier pour traiter ces infractions et de faire cesser les infractions à venir;

7. Demande à l'État partie de mettre en place des indicateurs de suivi plus détaillés et mieux adaptés aux caractéristiques porteuses de valeur universelle exceptionnelle du bien;

8. Reconnaît également les progrès accomplis dans la planification d'une meilleure couverture de bouches d'incendie afin d'améliorer la protection contre les incendies mais exprime sa préoccupation quant à l'absence d'un plan général approuvé de réponse aux incendies et encourage l'État partie à résoudre ce problème de toute urgence;

9. Exprime également sa très vive préoccupation, au vu des objectifs fixés en matière de tourisme, quant à l'absence d'un plan général de développement touristique qui viserait à concilier les avantages et les inconvénients de cette activité pour les communautés locales dans le cadre du plan de gestion et demande également à l'État partie de traiter ce problème;

10. Demande en outre à l'État partie de remettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2011, un rapport d'avancement sur la mise en oeuvre des points évoqués ci-dessus pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 35e session en 2011.