1.         Réserves de la cordillère de Talamanca-La Amistad / Parc national La Amistad (Costa Rica,Panama) (N 205bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1983

Critères  (vii)(viii)(ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/205/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1982-1997)
Montant total approuvé : 276 350 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/205/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Février 2008 : Mission conjointe Centre du patrimoine mondial / UICN de suivi réactif 

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Construction de barrages hydroélectriques près du bien au Panama et effets connexes (présence humaine accrue près du bien, interruption du couloir de migration des espèces aquatiques) ;

b) Empiètement (humain, élevage bovin extensif).

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/205/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2009

Le Centre du patrimoine mondial a reçu le rapport de l’État partie du Costa Rica le 27 février 2009. L’État partie explique que les inquiétudes que suscite la présence d’élevage bovin dans le périmètre du bien sont négligeables du côté Pacifique, mais deviennent de plus en plus problématiques sur le versant des Caraïbes, en raison de l’avancée de la frontière agricole, promue par les groupes autochtones et autres populations locales, et ayant en partie son origine au Panama. L’État partie du Costa Rica informe aussi que les efforts des ONG, notamment ceux de The Nature Conservancy (TNC) centrés sur l’amélioration de la gouvernance au sein des groupes autochtones en question, semblent contribuer à freiner l’empiètement à l’intérieur du bien. 

Le rapport note aussi que la propriété de 5,6% des terres à l’intérieur du bien est incertaine. Des territoires autochtones sont inclus dans le périmètre du bien, dans deux zones des versants caribéens (l’Île et le secteur de Telire) qui totalisent 6 700 hectares. Bien que les utilisations autochtones traditionnelles et durables soient autorisées sur ces terres, le rapport indique qu’il y a encore du travail à faire pour établir un système à long terme qui permette d’assurer une bonne gestion. Du côté Pacifique, 4 500 hectares de terres à l’intérieur du bien ont été revendiqués par des propriétaires privés (seulement 125 hectares de ce domaine sont aujourd’hui intouchés et régénérés en forêts naturelles), bien qu’il n’existe pas de titre légal clairement établi. L’État partie du Costa Rica fournit un plan d’action détaillé sur les mesures proposées pour traiter ces dossiers. 

Le personnel du parc travaillant à plein temps est passé de 7 à 10 gardiens en 2009, avec 3 autres employés affectés au soutien des services administratifs. L’État partie du Costa Rica indique qu’il consolide les accords de coopération avec les ONG locales qui apportent une aide complémentaire à la gestion du bien. Le plan de gestion récemment établi prévoit l’emploi de 36 gardiens rien que sur le versant Pacifique du parc et l’État partie du Costa Rica reconnaît la nécessité d’obtenir en priorité la stabilité financière.

L’État partie du Costa Rica décrit les nombreuses structures en place aux différents niveaux, qui forment des cadres de coordination nationale et transfrontalière pour les politiques et l‘action menées en faveur de la conservation du bien, dont un comité de gestion de la réserve de biosphère pour le secteur Pacifique. Il est reconnu que le défaut de coordination entre ces structures fait perdre des opportunités et se traduit par un effort en pure perte. L’État partie du Costa Rica montre qu’il a bien compris les inefficacités du système et propose des mesures concrètes pour aider à les surmonter, notamment en organisant les structures existantes, le cas échéant, en deux conseils de gestion locaux (Pacifique et Caraïbes) et un conseil national. Il est prévu que ce dernier soit habilité à participer aux réunions de la commission binationale avec le Panama. Des réformes des structures de coopération transfrontalière entre le Panama et Costa Rica le long des limites du bien sont à l’étude, ce qui permettrait une participation accrue de la société civile. 

L’État partie du Costa Rica note que sur les 80 sites potentiels de centrales hydroélectriques identifiés dans une étude nationale, huit se trouvent à l’intérieur du parc, bien qu’ils ne fassent pas l’objet d’un examen approfondi pour le moment. Deux demandes de concessions minières à l’intérieur du bien (du côté caribéen) ont été soumises aux autorités. De même, des permis ont été délivrés dans le passé pour la prospection pétrolière dans certaines parties du bien, mais ils ont été abandonnés pour diverses raisons. À l’heure actuelle, aucune activité n’est en cours. Pour ce qui est de la forêt, une concession de 4 000 ha, octroyée il y a plusieurs années, a été retirée au moyen de procédures d’expropriation. Ces procédures ne sont pas encore finalisées. L’État partie du Costa Rica indique qu’il va entreprendre une analyse approfondie de ces projets de développement et lancer un processus pour les traiter en 2009.

L’État partie du Costa Rica décrit les diverses initiatives de suivi écologique mises en place, relevant d’un certain nombre d’ONG, et rend compte des résultats partiels de ces initiatives. Il note que la chasse est pratiquée par les populations autochtones et résidentes qui comptent souvent sur la viande de gibier pour se nourrir, bien qu’aucun commerce organisé ne soit signalé. Bien que le rapport ne fasse état d’aucune action en ce qui concerne la décision du Comité du patrimoine mondial de 2008 sur le suivi, l’État partie reconnaît la nécessité de réorienter une partie du travail pour que la demande du Comité du patrimoine mondial puisse être mise en œuvre.

Le Centre du patrimoine mondial a reçu de l’État partie du Panama le rapport le 24 mars 2009. Les réponses aux questions posées par le Comité du patrimoine mondial ont un caractère général et donnent peu de détails. Le rapport affirme qu’il y a eu des avancées dans le traitement du problème lié à la présence d’élevage bovin à l’intérieur du bien, en signalant la création d’un groupe d’exploitants agricoles à cet effet, et en indiquant qu’un plan stratégique a été établi sur cinq ans en 2008 pour assurer le développement durable de la région. Hormis l’absence d’information sur la manière dont ce plan propose d’aborder le dossier, le Centre du patrimoine mondial a appris qu’il n’y avait aucun financement pour sa mise en œuvre et qu’aucune mesure n’a été prise depuis la finalisation du plan. 

Il n’y a aucune information sur les mesures d’atténuation relatives aux espèces aquatiques affectées par la construction du barrage hydroélectrique sur la rivière Changuinola, si ce n’est l’énoncé des termes de la législation afférents aux impacts environnementaux et l’assurance que les mesures palliatives identifiées par les autorités réduiront l’impact sur ces espèces. Il est fait référence à plusieurs Études d’impact environnemental, mais celles-ci ne sont pas fournies par l’État partie. Celui-ci indique que le suivi des espèces concernées aura lieu régulièrement et que les résultats seront exploités pour ajuster les mesures d’atténuation. Étant donné que le cycle de vie des espèces concernées impose leur migration entre des eaux salées et des cours d’eau riches en oxygène, et que le barrage va créer une barrière insurmontable, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN redoutent qu’après la construction du barrage, le suivi indique la disparition totale des espèces. Le bassin versant de la rivière Changuinola englobe une vaste majorité de voies d’eau à l’intérieur du bien et la pose de barrières de migration sur ce système risque d’entraîner la perte de 5 espèces aquatiques dans 80 % des voies d’eau du bien. 

Le rapport décrit les efforts déployés pour réduire la pêche illégale en mettant l’accent sur l’éducation à l’environnement. Il cite la législation existante destinée à réduire la pollution de l’eau provenant du ruissellement agricole, sans donner pour autant de détails sur la qualité de l’eau dans l’estuaire de la rivière Changuinola, ni préciser quelles mesures particulières sont appliquées pour réduire le taux de pollution. 

De même, le rapport indique que l’entreprise de construction est chargée des opérations de réimplantation de population et sera placée sous le contrôle des autorités nationales. Le rapport annonce que le nombre de gardiens du parc est passé de 9 à 14 entre 2007 et 2008 et que des opérations régulières de suivi aérien des terres sont effectuées. Il affirme que la coopération avec les communautés locales s’est améliorée, mais n’apporte aucune précision. Un comité de gestion composé de multiples acteurs est mis sur pied pour s’occuper de la Réserve de biosphère de La Amistad. Le suivi écologique bénéficie du soutien de l’Initiative Darwin et devrait permettre d’établir des indicateurs de référence biologiques. 

Le rapport de l’État partie du Panama n’a pas pris en considération un certain nombre de demandes du Comité du patrimoine mondial, en particulier:

i) Il n’y a pas de référence aux projets hydro-électriques à plus long terme susceptibles d’affecter le bien ;

ii) Aucune information n’est communiquée sur les mesures prises pour soutenir les efforts de coordination binationale ;

iii) Aucune évaluation n’est faite de l’efficacité du contrôle institutionnel face à la dénonciation des crimes contre l’environnement.

 

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN estiment que le caractère approfondi de l’analyse qui semble avoir eu lieu au Costa Rica en réponse à la décision du Comité du patrimoine mondial en 2008 est encourageant. Une description détaillée de la situation actuelle est présentée pour chacun des points pertinents soulevés par le Comité du patrimoine mondial, suivie de recommandations claires sur la manière d’aborder les problèmes. Bien que des progrès peu importants aient été constatés dans la mise en œuvre de la demande du Comité du patrimoine mondial, le rapport donne un bon cadre de référence à partir duquel une action peut être entreprise et le futur suivi de sa mise en œuvre peut être effectivement exécuté et indique que bon nombre de ces dossiers commenceront à être traités en 2009. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN sont satisfaits de voir que le processus esquissé au Costa Rica contribuera de façon significative à faire face aux divers problèmes de conservation observés par le Comité du patrimoine mondial en 2008, et note aussi qu’un certain nombre d’actions sont en cours. Malgré tout, les progrès sont limités au Panama, c’est pourquoi l’état de conservation de ce bien transfrontalier reste encore menacé et des efforts supplémentaires restent à faire pour l’État partie du Panama 

Le rapport de l’État partie du Panama, même s’il répond à quelques-uns des points soulevés par le Comité du patrimoine mondial, contient peu d’informations claires sur ce qui est fait précisément en réponse à la décision du Comité du patrimoine mondial à sa 32e session, pas plus qu’il ne donne d’indications claires sur les futurs plans qui peuvent être proposés. En particulier, l’État partie devra assurer que :

a) Lesespèces aquatiques du bassin versant dela rivière Changuinola, qui est le principal bassin versant du bien, ne soient pas extirpées par la construction du barrage hydroélectrique grâce à la mise en œuvredemesures d’atténuation effectives. Des mesures supplémentaires pour lutter contre la pêche illégale et la pollution de l’eau à l’embouchure de la rivière, sont requises conformément à la décision 32 COM 7B.35 ;

b) La présence d’élevage bovin à l’intérieur du bien fait l’objet d’un suivi quantitatif pour faire en sorte que les progrès résultant des efforts décrits dans le rapport pour traiter cette question puissent être mesurés ;

c) Le déplacement d’établissements humains du fait de la construction du barrage ne porte pas préjudice à la valeur universelle exceptionnelle du bien ;

d) Les effectifs du parc affectés à la gestion du bienet les descriptions détaillées des accords de coopération avec des ONGou d’autres groupes soient assurés pour que la présence de l’autorité de gestion soit convenablement supervisée ;

e) Le comité de gestionde la réserve de biosphère soit activé, que sa mission soit clairement établie, avec des obligations précises en matière de communication.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Néant

Décision adoptée: 33 COM 7B.35

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-09/33.COM/7B,

2. Rappelant la décision 32 COM 7B.35, adoptée à sa 32e session (Québec, 2008),

3. Félicite l'Etat partie du Costa Rica pour ses efforts continus de gestion et son analyse systématique des défis pour la conservation du bien, prend acte de son rapport sur les mesures de suivi proposées au regard des précédentes décisions du Comité du patrimoine mondial, et le prie instamment de les mettre en oeuvre, à savoir :

a) Faire en sorte que les régimes d'occupation et d'utilisation des sols autorisées pour toutes les terres à l'intérieur des limites du bien soient clarifiés et communiqués aux parties prenantes concernées,

b) Formuler et mettre en oeuvre la stratégie pour le financement à long terme des gardiens du parc,

c) Renforcer la Commission nationale de gestion du Parc international de La Amistad et élargir son domaine de compétence, y compris en assurant la participation de la société civile,

d) Définir plus précisément le statut des industries extractives et autres projets de développement d'infrastructures susceptibles d'affecter le bien, pour renseigner la prise de décision afférente à la conservation du bien,

e) Réorienter les initiatives actuelles en matière de suivi de façon à pouvoir mieux tracer les informations sur les indicateurs de la valeur universelle exceptionnelle du bien,

f) Contrôler les changements d'occupation des sols à l'intérieur du bien afin d'identifier et de traiter les incursions,

g) Donner des informations sur l'analyse exhaustive de tous les projets de développement à l'intérieur du bien et la marche à suivre pour écarter la menace qui pèse sur la valeur universelle exceptionnelle du bien ;

4. Note avec inquiétude que le rapport d'état de conservation pour l'État partie du Panama ne donne pas les éléments suffisants pour être considéré comme une réponse complète aux questions posées dans la décision 32 COM 7B.35 ;

5. Réitère sa demande à l'État partie du Panama de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2010, un rapport contenant l'intégralité des données techniques sur les progrès accomplis dans l'identification et la mise en oeuvre des mesures d'atténuation nécessaires à la préservation des couloirs de migration des espèces aquatiques affectées des rivières Changuinola et Bonyic, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 34e session en 2010 ;

6. Réitère aussi sa demande aux États parties d'élaborer conjointement, en concertation avec le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives, un projet de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle, à soumettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2010, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 34e session en 2010 ;

7. Demande aux États parties du Costa Rica et du Panama de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2011, un rapport conjoint, décrivant en détail les progrès accomplis sur les points énoncés dans la décision 32 COM 7B.35 du Comité du patrimoine mondial, et, pour l'État partie du Costa Rica, sur les points 3a) à 3g) ci-dessus, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 35e session en 2011.