Le 17 février 2009, un rapport sur l'état de conservation du bien a été remis par l'État partie. Le rapport donne des informations sur la mise en œuvre des recommandations de la mission de suivi Centre du patrimoine mondial/UICN de 2007 ainsi que sur des points complémentaires, en réponse aux demandes de la mission de suivi de 2008.
Du 23 au 30 novembre 2008, une mission conjointe Centre du patrimoine mondial/UICN s'est rendue sur le territoire du bien comme demandé par le Comité du patrimoine mondial à sa 32e session (Québec, 2008). La mission de 2008 faisait suite à celle de 2007 qui, pour des raisons de contraintes logistiques, n'avait pu se rendre que dans une partie du bien, située au nord de la rivière Rufiji, ouverte au tourisme de type safari photographique. A sa 31e session (Christchurch, 2007), le Comité du patrimoine mondial avait donc demandé qu'une mission de suivi complémentaire soit mise en place et s'intéresse à la rive sud de la rivière Rufiji, ouverte à la chasse sportive réglementée. La mission a étudié l'efficacité de la gestion des populations de faune sauvage ainsi qu'un certain nombre de menaces et de problèmes de conservation, en particulier l'actuelle prospection d'uranium dans la Réserve de gibier de Selous – RGS (Selous Game Reserve – SGR) et dans le couloir de migration de faune sauvage, le projet de prospection pétrolière et gazière sur le territoire du bien et les progrès accomplis dans la mise en œuvre des recommandations de la mission de suivi de 2007, en particulier en ce qui concerne la recommandations faite à l'État partie de rétablir le programme de retenue sur les recettes. Le rapport de mission et ses recommandations sont consultables en ligne. (http://whc.unesco.org/en/sessions/33COM/documents/). Les principales conclusions et recommandations sont résumées ci-après:
Sur la base des informations recueillies, la mission a conclu que la valeur universelle exceptionnelle du bien est actuellement conservée. Cependant, le suivi de son état de conservation et de son intégrité est actuellement entravé par l'absence de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle disponible pour le bien. Afin d'aider l'État partie, la mission a préparé un projet de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle, établi sur la base des éléments disponibles dans le dossier d'inscription, de l'évaluation faite alors par l'UICN, ainsi que des données scientifiques sur le bien. Le projet est annexé au rapport de mission et a également été présenté lors d'un atelier de formation sur le rapport périodique en Afrique, dans le cadre de l'élaboration de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle, atelier qui s'est tenu à Dar es Salaam début mars 2009.
La mission a exprimé sa préoccupation quant à un certain nombre d'activités en cours ou prévues sur le territoire du bien qui ne sont pas compatibles avec son statut de patrimoine mondial. Cela concerne, entre autres, l'actuelle prospection d'uranium, le projet d'exploration pétrolière et gazière, et des projets de barrage. La mission a relevé que l'État partie n'avait tenu le Comité du patrimoine mondial informé ni de ces activités ni de leurs impacts attendus sur les valeurs et l'intégrité du bien, conformément au paragraphe 172 des Orientations devant guider la mise en oeuvre de la Convention du patrimoine mondial.
La mission a pu visiter une concession de prospection d'uranium sur la frontière sud de la RGS, dont 75 km² sont situés sur le territoire du bien. La mission a établi que, bien que les activités en cours aient un impact évident sur l'environnement local, ceux-ci ne sont pas irréversibles et qu'une restauration écologique sera possible. La mission a également fait remarquer que l'exploitation minière est incompatible avec l'inscription sur la Liste du patrimoine mondial et que cela constitue une position de principe du Comité du patrimoine mondial.
Au cours de la mission, l'équipe et l'État partie ont évoqué la possible résolution du conflit entre l'exploitation minière et le patrimoine mondial par une modification des limites du bien. Au regard de la surface relativement limitée de la zone intéressée par rapport à la taille extrêmement grande du bien et de la possibilité d'accorder une compensation en termes d'habitat, en ajoutant au bien de grandes zones complémentaires, le Centre du patrimoine mondial et l'UICN estiment qu'il revient à l'État partie d'évaluer une telle proposition de modification des limites. Celle-ci nécessiterait une évaluation approfondie des valeurs biologiques des zones concernées et une Évaluation d'impact environnemental (EIE) des conséquences de l'exploitation minière sur la valeur universelle exceptionnelle du bien. L'équipe de mission a recommandé que des limites optimales du bien du patrimoine mondial soient définies dans le cadre du contexte global de l'écosystème de Selous. Il sera également utile que l'État partie prouve, au moyen de sa propre EIE, que toutes les activités d'exploitation minière se déroulant aux alentours immédiats du bien n'auront pas d'impacts importants sur ses valeurs et sur son intégrité.
L'UICN a estimé que les limites du bien du patrimoine mondial ne devraient pas être modifiées suite à une volonté de faciliter l'exploitation minière car cela ne serait pas en accord avec l'engagement d'impossibilité totale d'exploitation minière sur le territoire des biens du patrimoine mondial.
L'équipe de la mission a été informée que le Gouvernement tanzanien a accordé en 2005 et 2006 deux concessions pour l'exploration pétrolière et gazière à deux sociétés, Dominion Oil et Gas and Heritage Oil. Ces concessions couvrent presque entièrement le territoire du bien (une carte est annexée au rapport de mission). La Wildlife Division, entité en charge de la gestion du bien, n'a jusqu'alors accordé aucune autorisation d'exploration sur le territoire du bien mais est sous la pression continuelle du Ministère des mines et de l'énergie afin qu'elle accorde cette autorisation. Une exploitation similaire dans les années 80 sur le territoire de la RGS a eu un important impact négatif sur l'intégrité et les valeurs du bien, avec des lignes de coupe encore visibles à ce jour. Cette exploitation a également coïncidé avec une forte augmentation du braconnage et un important déclin de la faune, en particulier des éléphants.
La mission a également examiné le problème du barrage de Kilunda. Celui-ci est destiné à répondre à la demande croissante d'eau pour la capitale, Dar es Salaam. La mission a été informée que le projet original d'un barrage de 9 milliards de m3, qui aurait inondé en permanence un vaste secteur de la RGS, a été grandement réduit et que le projet actuel prévoit un lac de retenue de 150 millions de m3 qui inonderait de façon permanente une surface de 2 km² sur le territoire du bien. L'équipe de la mission a pu se procurer un exemplaire de l'EIE qui conclut que le lac de retenue n'aura qu'un impact limité sur le bien et que les routes de migration de la faune ne seront pas perturbées de façon importante. L'EIE propose d'exclure de la RGS la zone de 2km² qui sera inondée. La mission a fait remarquer que cela nécessitera une demande de modification des limites du bien par l'État partie. L'EIE a cependant signalé que le projet actuel de barrage est bien loin d'atteindre une capacité de 150 millions de m3 puisqu'il n'a qu'une capacité de 60 millions. Il semble donc tout à fait probable que le projet doive être révisé, et que toute nouvelle proposition soit soumise à une EIE. La mission recommande qu'à l'occasion de la révision du projet, des alternatives situées à l'extérieur du bien soient choisies en priorité.
La mission n'a eu aucune information complémentaire sur le projet de barrage hydroélectrique de la gorge de Stiegler, situé sur le territoire du bien. Le projet est à l'étude depuis fort longtemps mais la mission n'a pu établir s'il est encore à l'ordre du jour. En ce qui concerne la route Tunduru-Songea, la mission a été informée qu'elle se situe à 60 kilomètres au sud du bien et n'aura donc pas d'impact sur celui-ci. La mission a également été informée que des mesures ont été prises afin que le couloir de migration vers la Réserve de gibier de Niassa, au Mozambique, soit conservé, bien qu'aucune évaluation détaillée n'en ait été faite par la mission.
En ce qui concerne le problème de la gestion effective des populations animales, la mission a remarqué que l'industrie de la chasse joue un rôle indispensable dans la gestion du bien et des zones tampons environnantes par le développement d'infrastructures et de patrouilles dans les zones de chasse, par la diffusion d'informations sur la faune et les activités humaines et une activité qui génère des revenus importants pour le Gouvernement tanzanien, les communautés locales, et potentiellement pour la gestion du bien. La mission estime que la gestion à venir de la chasse demande un certain nombre d'améliorations destinées à assurer une gestion durable des ressources en faune. La mission a cependant remarqué qu'en dépit de la création il y a une dizaine d'années d'un cadre légal de gestion communautaire des ressources animales, les exemples d'une gestion communautaire réussie de la faune sur le territoire du bien demeurent rares. Le rapport de mission comprend un certain nombre de recommandations concrètes visant à l'amélioration de la gestion de la faune sauvage et à son suivi qui sont inclues dans le projet de décision. La mission a passé en revue les résultats de diverses études sur la faune menées depuis l'inscription du bien et a noté avec préoccupation qu'en dépit de l'augmentation récente de la population d'éléphants à Selous, d'importantes baisses ont été établies pour d'autres espèces lors de l'étude aérienne de 2006. Plusieurs personnes rencontrées par la mission ont cependant suggéré que les baisses constatées n'étaient pas le résultat de déclins de population avérés mais résultaient de problèmes techniques liés à la mise en place de l'étude. L'équipe de mission a reçu des rapports émanant de divers intervenants établissant que la pression exercée par le braconnage est encore en augmentation, en particulier pour les éléphants. Les résultats des études montrent clairement que la population d'éléphants est stable et il n'existe aucune preuve que les activités de braconnage évoquées dans les rapports aient eu, à ce jour, un impact négatif sur la population générale d'éléphants. Il est important que l'État partie réagisse activement aux informations faisant état d'augmentation du braconnage sur les éléphants afin d'éviter des conséquences négatives à venir pour ces populations.
Alors qu'au cours du déroulement de la mission, peu d'informations ont été données sur la mise en œuvre des recommandations de la mission de 2007, le rapport de l'État partie ne donne lui aucune information sur ce sujet. L'obstacle le plus important à une gestion appropriée du bien et à la mise en œuvre des recommandations est toujours le manque de financement adapté. Cela est dû principalement à l'arrêt en 2004 du programme de retenue sur les recettes qui assurait alors une préemption de 50% sur les revenus issus du tourisme et de la chasse. En outre, la RGS a reçu moins d'aide en provenance de donateurs en raison, en particulier, de la fin du projet de GTZ qui a aidé à la réhabilitation de la Réserve. Cette situation a pour conséquence une capacité de gestion réduite de la Wildlife Division qui manque de personnel, de financement, d'équipement et d'infrastructure au moment même où les pressions exercées par l'extérieur semblent s'accroître de nouveau. Le personnel d'encadrement de la Wildlife Division et du Ministère des ressources naturelles et du tourisme ont informé la mission que des discussions avec le Ministère des finances visant à rétablir le programme de retenue sur les recettes sont en cours.
Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN sont préoccupés par diverses activités en cours et prévues sur le territoire du bien qui sont incompatibles avec son statut de patrimoine mondial. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN recommandent vivement au Gouvernement tanzanien de s'engager clairement à faire cesser les activités en cours, à ne pas accorder d'autorisation à de nouveaux projets et à se conformer aux exigences des Orientations devant guider la mise en oeuvre de la Convention du patrimoine mondial. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN estiment que toute décision autorisant l'exploration pétrolière sur le territoire du bien constituerait un cas de possible inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril, conformément aux Orientations devant guider la mise en oeuvre de la Convention du patrimoine mondial. Tout en étant satisfaits de l'évaluation de la mission au terme de laquelle la valeur universelle exceptionnelle du bien est conservée, le Centre du patrimoine mondial et l'UICN sont préoccupés par la capacité décroissante de la Wildlife Division à gérer le bien, principalement en raison de ressources financières insuffisantes, à un moment où les pressions, tel le braconnage, sont de nouveau en augmentation.