Le bien a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril en 1992 lorsqu’il a été proposé de réduire de manière significative sa taille pour permettre l’exploitation de minerai de fer. Suite à une mission interdisciplinaire en 1993, le Comité du patrimoine mondial a accepté de revoir les limites, isolant une zone de 1 550 ha de la partie guinéenne du bien où l’exploitation minière était autorisée dans la mesure où elle n’affectait pas le bien. Le Comité du patrimoine mondial a également décidé de maintenir le bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril en raison d’autres menaces pesant sur ses valeurs et son intégrité, notamment l’empiètement agricole et le braconnage. Des missions de suivi ont visité le bien en 2007 (pour la partie en Guinée) et 2008 (pour la partie en Côte d’Ivoire), élaborant les mesures correctives rapportées ci-après.
Les 22 et 30 janvier 2009, de brefs rapports sur l’état de conservation du bien ont respectivement été soumis par l’État partie de Guinée et l’État partie de Côte d’Ivoire. Le rapport de l’État partie guinéen indique quelques progrès dans la mise en œuvre d’un certain nombre de mesures correctives pour le bien :
a) Renforcer les capacités sur le terrain du CEGENS, notamment en lui allouant les ressources financières et techniques nécessaires pour accomplir sa mission
Le personnel du CEGENS, pour la plupart, a désormais été décentralisé de la capitale vers le bureau de Lola, proche du bien. Un comité de gestion a également été nommé. Le rapport mentionne également la mise à disposition d’un nouveau véhicule et d’une moto, l’embauche de nouveaux collaborateurs et la construction de postes de patrouille. Dans le même temps, il est précisé que le CEGENS n’a pas de véritable bureau et manque d’équipement de terrain et de personnel qualifié.
b) Renforcer la surveillance du bien en coopération avec les communautés locales, en recrutant notamment les écogardes nécessaires et en renforçant les capacités des comités villageois de surveillance récemment créés (CVS)
Le nombre de comités de surveillance est passé de trois (lors de la mission de 2007) à neuf. La dotation en personnel a également été améliorée avec la désignation d’un agent principal de l’autorité et de 16 rangers supplémentaires. Aucune information n’est donnée sur la formation des comités de surveillance, comme recommandé par la mission, ni sur la capacité de l’actuelle surveillance à contenir les nombreuses menaces qui pèsent sur les valeurs et l’intégrité du bien.
c) Définir, en consultation avec les partenaires locaux concernés, une zone tampon pour le bien possédant un statut juridique approprié et renforcer la conservation du bien par une gestion durable des ressources naturelles au sein de cette zone tampon
L’État partie note les progrès accomplis dans la précision du statut juridique du bien, un projet de loi ayant été proposé, et le géo-référencement et marquage des limites du bien et de l’enclave minière, qui devraient être terminés cette année. Toutefois, aucune information n’est donnée sur la définition d’une zone tampon pour le bien. La mise en place d’une zone tampon fonctionnelle, où des pratiques d’utilisation du sol plus durables sont promues, est une recommandation clé de la mission de 2007.
d) Mettre en place un système de suivi écologique et une base de données géoréférencées pour toutes les données scientifiques collectées sur le bien
Le rapport mentionne la création d’un Comité du patrimoine mondial pour le suivi écologique du bien, en charge des inventaires biologiques et de l’élaboration de la base de données mais aucune information n’est donnée sur les activités de ce Comité du patrimoine mondial. Il est mentionné que deux inventaires rapides ont été organisés avec Africa Nature International mais aucun résultat n’a été communiqué.
e) Effectuer une étude de faisabilité afin de définir un mécanisme financier durable pour le bien
Le rapport de l’État partie identifie cela comme l’une des principales questions pour la conservation du bien et indique que l’État partie entend demander l’assistance du Centre du patrimoine mondial pour préparer cette étude de faisabilité.
f) Mettre au point une stratégie pour la protection de la forêt de Déré et des collines de Bossou
Tandis qu’un programme pour expulser les occupants illégaux de la forêt de Déré, qui avec le bien et les collines de Bossou constituent les aires centrales de la réserve de biosphère, devrait être prévu pour 2009, le rapport signale également que des membres des forces armées de Côte d’Ivoire occupent et exploitent la zone, problème qui doit être traité de façon diplomatique afin d’éviter un potentiel conflit armé.
g) Établir un plan de gestion pour le bien et la réserve de biosphère
Aucun avancement n’a été signalé à cet égard.
Le rapport conclut que l’échéance actuelle pour la mise en œuvre complète des mesures correctives est estimée à 2014 mais que le bien continue d’être confronté à des pressions dues à la pauvreté et au manque de sources de revenus dans les zones voisines du bien, ainsi qu’au manque d’équipements, personnels et capacités pour l’unité de gestion du bien.
Le rapport de l’État partie de Côte d’Ivoire indique que des collaborateurs ont été nommés pour la gestion du bien mais que ces derniers sont toujours basés à Duékoué, à une distance considérable du bien. Les autorités du parc ont signalé ne pas avoir accès à la réserve en raison de problèmes de sécurité ; par conséquent, aucun progrès n’a été accompli dans la mise en œuvre des mesures correctives.
Le rapport note que, tandis que la présence militaire dans la zone a été réduite, le processus de désarmement n’est pas encore terminé. Actuellement, une stratégie est en cours d’élaboration entre l’Office ivoirien des parcs et réserves (OIPR) et le commandement intégré de l’armée pour garantir la sécurité dans les zones protégées figurant dans les zones sous contrôle de l’ancienne armée rebelle. Le rapport indique qu’il reste un niveau élevé d’engagement à la fois politique et technique, préoccupant pour le bien, et que la possibilité de restaurer l’ordre dans la société civile suite au traité de Ouagadougou en 2007 est toujours en vigueur. Toutefois, l’État partie souligne qu’en raison du rétablissement consécutif à la récente crise militaire, il n’est pas encore possible d’établir de calendrier pour restaurer l’organisation, la logistique et les partenariats ni mettre entièrement en œuvre les mesures correctives. L’État partie note qu’une demande d’assistance financière pour soutenir un atelier transfrontalier afin de permettre la discussion tripartite demandée avec le Liberia est en préparation et sera soumise au Centre du patrimoine mondial.
Aucun des deux rapports ne fait référence à la Déclaration de valeur universelle exceptionnelle mais le Centre du patrimoine mondial a été informé qu’un projet est en train d’être préparé conjointement par les États parties suite à la récente session de formation organisée à Dar-es-Salaam. Aucun Etat de conservation souhaité pour le bien n’a été défini.
Les rapports des deux États parties évoquent les menaces minières qui pèsent sur le bien et qui sont abordées les unes après les autres ci-après. Dans sa décision 32 COM 7A.3, le Comité du patrimoine mondial a fait part de considérables préoccupations concernant une menace d’exploitation minière au sein du bien en Côte d’Ivoire. Après de premières discussions avec le Centre du patrimoine mondial, l’UICN par l’intermédiaire de son directeur régional pour l’Asie a rencontré le détenteur de la concession, Tata Steel, en février 2009. Suite à cette réunion, le directeur du Groupe Global Minerals de Tata Steel a confirmé par écrit à l’UICN que “Tata Steel entendait respecter les normes de responsabilité sociale les plus élevées et ne pas entreprendre d’exploration ni d’exploitation minières au sein de ou autour du bien du patrimoine national dans le secteur du mont Nimba, si cela affecte de quelque façon que ce soit la valeur du bien”. Le rapport de l’État partie de Côte d’Ivoire signale que la Commission nationale pour l’UNESCO a préparé une note recommandant au gouvernement de suspendre l’accord de co-entreprise entre SODEMI, l’entité minière paragouvernementale, et Tata et d’interdire toute activité d’exploration minière au sein du bien. Il y est également signalé que le ministre de l’Éducation nationale et de la Recherche scientifique et le ministre de l’Environnement, de l’Eau et des Forêts sont en train de préparer une déclaration pour le Conseil des ministres en vue de demander au ministre des Mines de suspendre toutes les activités d’exploration et d’exploitation minières au sein du bien.
En Guinée, la Société des mines de fer de Guinée (SMFG) poursuit son travail d’exploration pour voir le potentiel de développement d’une mine de minerai de fer à ciel ouvert dans une enclave qui est située à l’extérieur mais non loin de la partie guinéenne du bien. Suite à la mission de suivi de 2007, le Comité du patrimoine mondial a demandé que l’Évaluation d’impact environnemental (EIE) soit réalisée conformément aux normes internationales les plus élevées et que des données de base soient collectées afin de préciser et quantifier les impacts potentiels sur le bien. La SMFG a clairement signifié qu’elle n’entendait pas porter atteinte à l’environnement et s’était engagée à minimiser les impacts dans sa zone d’exploitation et éviter tout impact biophysique significatif à l’extérieur de la zone du projet minier envisagé. Un objectif qui représente un véritable défi étant donné le contexte écologique et social du mont Nimba. Une consultation informelle a eu lieu avec les représentants de l’État partie, les parties prenantes guinéennes, le Centre du patrimoine mondial et les représentants du consortium minier, à l’UNESCO le 28 avril 2009, lors de laquelle les termes de l’EIE ont été présentés. La SMFG a indiqué que "ce processus de première consultation proactive sera formalisé au fur et à mesure de l’avancement du projet et que le consortium tiendra le groupe régulièrement informé de l’évolution du projet". Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN attendent toute nouvelle évolution de ce processus.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN sont très préoccupés par les progrès limités réalisés dans la mise en œuvre des mesures correctives de part et d’autre du bien. En Côte d’Ivoire, l’autorité de gestion n’a toujours pas d’accès régulier au bien. La démilitarisation du bien, point critique qui nécessite une constante approche diplomatique, n’est toujours pas finalisée et il est particulièrement préoccupant de savoir que des groupes militaires de Côte d’Ivoire ont été signalés actifs dans la forêt guinéenne de Déré. Bien qu’elle ne fasse pas partie du bien du patrimoine mondial, le fait qu’elle fasse partie de la réserve de biosphère de l’UNESCO crée potentiellement un effet déstabilisant sur la gestion du bien inscrit. En Guinée, si certains progrès dans la mise en œuvre des mesures correctives ont été constatés, ils restent limités par rapport aux défis et menaces auxquels le bien est confronté, malgré l’aide apportée par les activités des projets du Programme des Nations unies pour l’environnement et du Programme des Nations unies pour le Développement dans la région.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que les États parties devraient accélérer les progrès pour protéger la valeur universelle exceptionnelle et l’intégrité du bien. De graves menaces perdurent pour le bien, non seulement en raison des possibles impacts des activités minières mais également de l’insécurité persistante en Côte d’Ivoire et de la faible capacité de gestion du CEGENS en Guinée, en conséquence d’un manque de fonds et de personnel formé.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent avec satisfaction la position responsable prise par Tata Steel en matière d’exploitation minière au sein du bien, position confirmée par écrit suite à la réunion avec le directeur du Bureau régional pour l’Asie de l’UICN, le 9 février 2009. Cette décision de Tata Steel donne la possibilité, et l’obligation, pour le gouvernement ivoirien de retirer la concession minière comme demandé par le Comité dans sa dernière décision. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN continuent de suivre le processus d’évaluation environnementale pour le projet minier en Guinée sur la base du principe qu’aucun développement ne devrait avoir lieu dans l’enclave s’il est susceptible d’avoir un impact négatif sur la valeur universelle exceptionnelle et l’intégrité du bien.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que les menaces qui pèsent sur le bien sont toujours graves et que le bien devrait être maintenu sur la Liste du patrimoine mondial en péril. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN encouragent les États parties à améliorer la coopération pour la gestion de ce bien transfrontalier.