1.         Ville historique de Zabid (Yémen) (C 611)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1993

Critères  (ii)(iv)(vi)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril   2000-présent

Menaces pour lesquelles le bien a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril

Mesures correctives identifiées

Dans sa décision 31 COM 7A.19 (Christchurch, 2007), le Comité du patrimoine mondial a défini les mesures d’urgence à prendre :

a) Mise en place d’un cadre juridique et institionnel approprié d’ici un an :

(i) Nouvelle publication du Décret du Cabinet N°.425 – 2006 ;

(ii) Allocation par le gouvernement au GOPHCY de Sana'a et Zabid d’un budget suffisant pour stabiliser la dégradation du patrimoine mondial ;

(iii) Finalisation des lois sur la protection du patrimoine ;

(iv) Achèvement du projet de plan de conservation et traduction en arabe. Production d’une version courte pour diffusion plus large ;

b) Dégradation physique stoppée immédiatement et tendance inversée d’ici deux ans :

(i) Arrêt des constructions nouvelles médiocres et économie sur la suppression des biens protégés du patrimoine ;

(ii) Approbation des entreprises et spécialistes chargés d’effectuer les travaux de conservation d’urgence ;

(iii) Modèle pour la rénovation des maisons : salles de bain et cuisines, infrastructure et climatisation ;

(iv) Modèles architecturaux adaptés pour les nouvelles maisons construites à Zabid ;

(v) Démarrage des travaux de démolition des murs en béton dans les rues et autres espaces publics et remplacement par des murs en briques ;

(vi) Projet chiffré et planifié d’actions à moyen et long termes ;

(vii) Règles et prescriptions auquelles les habitants et les propriétaires doivent se conformer ;

(viii) Adoption du Plan d’aménagement urbain de Zabid.

Calendrier pour la mise en œuvre des mesures correctives

Comme indiqué dans la décision 31 COM 7A.19 : « Cadre juridique et institutionnel approprié établi en un an (soit 2008) ; dégradation physique arrêtée immédiatement et inversée en deux ans (soit 2009) »

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/611/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1994-2004)
Montant total approuvé : 159 167 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/611/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé au bien : 10 000 dollars EU provenant du fonds en dépôt italien ; 4 000 dollars EU provenant de l'Accord de coopération France-UNESCO 

Missions de suivi antérieures

2002 et 2003 : expertise internationale ; décembre 2004 : mission du Centre du patrimoine mondial ; janvier 2007 : mission conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS ; janvier 2009 : mission du Centre du patrimoine mondial

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Sérieuse dégradation du patrimoine de la ville (beaucoup de maisons et l'ancien souq sont dans un grave état de détérioration) ;

b) Un fort pourcentage des maisons de la ville sont remplacées par des bâtiments de béton inappropriés ;

c) De grandes parties des espaces ouverts de la ville ont été privatisés, illégalement ou de manière informelle, et plus de 30% d'entre eux sont construits ;

d) Absence de mesures de conservation et de soutien.

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/611/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2009

A sa 31e session (Christchurch, 2007), le Comité du patrimoine mondial a accepté de différer sa délibération visant à retirer le bien de la Liste du patrimoine mondial si des mesures concertées et spécifiques étaient prises pour endiguer le grave déclin observé dans la conservation et l'économie de la ville, et ce, au moyen "d'un cadre légal et institutionnel à mettre en place d'ici un an" (2008)et sous réserve "d'un arrêt immédiat de la dégradation physique et d'un inversement de la tendance d'ici deux ans"(2009). A sa 32e session (Québec, 2008) le Comité du patrimoine mondial a accepté d'accorder plus de temps à l'État partie pour qu'il fasse état des progrès accomplis, à la lumière d'un projet de réhabilitation mené conjointement par l'Aide technique allemande (GTZ), le Gouvernement yéménite et le Fonds social pour le développement (SFD) dont la première phase doit être achevée en 2010, mais a réitéré sa demande afin que soit développée une Déclaration de valeur universelle exceptionnelle, comme base d’évaluation des progrès à accomplir et un suivi approprié visant à démontrer le renversement du déclin.

Un rapport a été transmis par l’État partie le 1er février 2009. Une mission du Centre du patrimoine mondial a visité le bien en janvier 2009, à la demande de l’État partie, afin de voir les progrès accomplis. Le rapport de l’État partie présente les mesures prises en réponse aux demandes du Comité du patrimoine mondial ces deux dernières années et aux recommandations de la mission conjointe du Centre du patrimoine mondial et de l’ICOMOS en 2007 portant sur les mesures correctives.

Un résumé est disponible ci-dessous. Globalement, le rapport insiste sur les améliorations visibles et sur les changements en cours : la ville semble désormais sur la bonne voie, celle qui mène vers un renversement de la tendance de détérioration du bien et une amélioration de la situation future. Mais il reste beaucoup à faire avant que ces objectifs soient atteints et l'aide tant nationale qu'internationale doit être poursuivie. En conclusion, l'État partie demande au Comité du patrimoine mondial de lui accorder plus de temps et, plus particulièrement, de maintenir le bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril pour une durée supplémentaire de trois ans avant d’évaluer les progrès accomplis.

a) Cadre légal et institutionnel adapté à mettre en place d'ici 2008

En novembre 2007, un décret du Cabinet a créé le Haut Comité Ministériel de Coordination de Zabid (Higher Ministerial Coordination Committee for Zabid-HMCCZ). Ce Comité se réunit régulièrement et le rôle des divers intervenants gouvernementaux, tels que le Ministère de la Culture, le Ministère du Tourisme, le Ministère des Travaux Publics et l'Awqaf, l'autorité en charge de la planification, est désormais clairement défini, des budgets ont été accordés à chacun d'entre eux.

Le Ministère de la Culture fournit une aide complémentaire, accordée par le Fund for Cultural Development, au bureau local de l'Organisation Générale pour la Conservation des Cités Historiques du Yémen (General Organisation for the Preservation of the Historic Cities of Yemen-GOPHCY), tandis que SFD/GTZ soutient financièrement 6 architectes et d'autres experts tout en aidant au renforcement des capacités, et ce, aussi longtemps que durera le projet. A ce jour, 28 employés travaillent au bureau de la GOPHCY, qui semble, pour la première fois de son histoire, remplir ses obligations en termes de sauvegarde de la cité.

La promulgation de la loi sur la protection du patrimoine est toujours en attente.

b) Achèvement du projet de plan de conservation

Une étude architecturale, menée en 2008 par des étudiants de maîtrise d'une université française et financée par la GTZ et le Fonds du patrimoine mondial, nous permet désormais de disposer d'une classification des parcelles de terrains selon leur patrimoine. Un système d'information géographique est en cours d'élaboration, il permettra la production de cartes thématiques et aidera à la finalisation du plan de conservation. L'étude a démontré que plus de 70% du patrimoine initial était encore présent, bien qu'en mauvais état de conservation, et que les chiffres antérieurs estimant à 50% le pourcentage de patrimoine encore présent étaient incorrects. L'étude a également suggéré une approche conservatoire, un but et des contenus pour le Plan de conservation.

 

c) Arrêt immédiat de la dégradation physique et inversement de la tendance d'ici deux ans: arrêt des nouvelles constructions de piètre qualité et de la progression de la dégradation des biens du patrimoine protégé

En septembre 2008, une lettre présidentielle a été envoyée au Gouverneur de Hodeïda lui donnant l'ordre de prendre toutes les mesures nécessaires afin de faire cesser les infractions, d'interdire toute nouvelle construction et de contrôler les progrès des mesures de sauvegarde en cours.

L'absence de règles précises définissant ce qui est autorisé et ce qui constitue une infraction a été jusqu'alors au cœur même des défis de conservation des bâtiments de la ville. Le projet SFD/GTZ travaille en collaboration avec la GOPHCY afin de réviser et rénover les réglementations. Afin de mieux se consacrer au problème des infractions, un certain nombre de démarches positives ont été entreprises :

- faire de l'arrêt des infractions une priorité absolue,

- préparer un inventaire des infractions,

- démolir les constructions illégales,

- renforcer une réponse rapide aux infractions,

- établir et commencer à faire appliquer des règlements adaptés qui autorisent la construction,

- ouvrir à la construction de nouvelles zones à l'extérieur de la ville (nouvelle zone de développement au nord-est de Zabid).

Entre temps, les actions illégales n'ont pu être que partiellement interrompues. La procédure visant à la démolition de quatre bâtiments illégaux a été entamée par le Directeur de la GOPHCY de Zabid. Un soutien sans faille des autorités, en particulier de la police, est indispensable au succès de ces mesures.

d) Mesures destinées à améliorer le matériel, les méthodes et le renforcement de capacités

La GTZ, le GOPHCY et le FSD mettent actuellement en place un programme de réhabilitation accompagné d'avantages financiers (jusqu'à 40% des frais de réhabilitation sont financés par le programme) qui vise à restaurer 200 maisons au cours des trois premières années. Le programme a déjà été mis en place pour 50 maisons et, à ce jour, 400 demandes ont été déposées.

Au cours de la première année, une enquête a été menée auprès des artisans travaillant de façon traditionnelle et un état de leurs compétences a été fait. Un certain nombre de spécialistes de la restauration ont été formés et travaillent désormais dans ce domaine. Un laboratoire de conservation du bois a été mis en place afin de restaurer les éléments anciens en bois présents dans la ville. Une équipe composée de huit femmes originaires de Zabid a été constituée et mène des travaux de restauration du bois depuis six mois. La production de briques s'est améliorée grâce à un nouveau contrat qui garantit que toute brique non vendue aux clients locaux sera achetée par le projet SFD/GTZ.

Le plan de subvention destiné à la réhabilitation du souq vient d'être mis en place.

La mission a noté que la phase préliminaire du projet d'évacuation des eaux d'orage et de pavement des rues était achevée. Bien qu’il s’agisse d’un projet d'envergure tout à fait nécessaire, les membres de la mission (aussi bien le Centre du patrimoine mondial que la GTZ) ne sont pas convaincus par la mise en œuvre du segment pilote qui ne semble pas correspondre à l'étude d'origine et au plan proposé, tant par les matériaux que par les techniques. En particulier, du ciment semble avoir été utilisé pour les joints et les crépis.

e) Adoption du Plan de développement urbain de Zabid

f) Déclaration de valeur universelle exceptionnelle

g) Déclaration d'État de conservation souhaité pour le bien, basé sur sa valeur universelle exceptionnelle

Ces trois derniers points n'ont pas été abordés dans le rapport.

 

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives estiment que des progrès ont été accomplis dans la volonté politique et l'engagement envers la conservation de Zabid et qu'à travers le projet SFD/GTZ une nouvelle approche semble avoir été mise en place. Le but de ce projet est d'améliorer la vie sociale et le développement économique en en vue de réduire la pauvreté, et la conservation du patrimoine culturel est soutenue à condition qu’elle constitue la base d'un développement et d'une amélioration économique pour les populations locales. Il reste cependant d'importants défis à relever en ce qui concerne la définition des paramètres de ce qui constitue une infraction, et l'établissement des règles nécessaires dans le cadre du Plan de conservation, et ce, afin que le personnel de la GOPHCY ait un mandat clair et précis, ce qui permettra aux autres services concernés de soutenir leur action.

L'inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril paraît dans l'ensemble avoir été utile afin de stimuler l'aide apportée à la conservation des bâtiments et d'encourager la régénération économique. Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives estiment cependant que le calendrier fixé pour apporter des solutions aux deux principaux problèmes soulevés par le Comité du patrimoine mondial doit être respecté afin de prouver le renversement de tendance du grave déclin.

 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Néant

Décision adoptée: 33 COM 7A.19

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-09/33.COM/7A,

2. Rappelant les décisions 31 COM 7A.19 et 32 COM 7A.19, adoptées respectivement à ses 31e (Christchurch, 2007) et 32e (Québec, 2008) sessions,

3. Prend note des progrès accomplis pour susciter un soutien politique et un engagement envers la conservation de Zabid, ainsi que de l'augmentation du financement accordé à l'Organisation générale pour la conservation des cités historiques du Yémen (GOPHCY), complété par le projet de développement socio-économique de l'Assistance technique allemande (GTZ), du Gouvernement yéménite et du Fonds social pour le développement (SFD) ;

4. Note cependant que de nombreux défis demeurent en termes de définition des infractions et de mise en place d'un cadre légal adapté, d'élaboration d'un plan de conservation, d'attribution d'un mandat clair pour les employés de la GOPHCY afin qu'ils puissent traiter les infractions et les permis de construire, et de soutien à leur travail de mise en oeuvre ;

5. Note également qu'en dépit d'un renforcement des capacités dans les techniques de construction, une aide et une formation complémentaires s'avèrent encore nécessaires dans le domaine des matériaux et techniques traditionnelles ;

6. Prie instamment l'État partie de continuer à fournir un soutien optimal à la revitalisation et à la conservation de Zabid ;

7. Réitère sa demande à l'Etat partie de poursuivre ses efforts pour mettre en oeuvre les mesures correctives adoptées à sa 31e session (Christchurch, 2007) ;

8. Demande que priorité soit donnée à l'élaboration d'un Plan de conservation établi en accord avec les buts exposés dans l'étude architecturale ;

9. Réitère également sa demande à l'État partie afin qu'il développe, en consultation avec le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives, un projet de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle et une proposition d'état de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 34e session en 2010 ;

10. Demande également à l'État partie d'inviter une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondiaI / ICOMOS pour évaluer les progrès du plan d'action de 2007 destiné à la mise en oeuvre des mesures correctives ;

11. Demande en outre à l'État partie de remettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2010, un rapport d'avancement sur les points évoqués ci-dessus, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 34e session en 2010 ;

12. Décide de maintenir la Ville historique de Zabid (Yémen) sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

Décision adoptée: 33 COM 8C.2

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Faisant suite à l'examen des rapports sur l'état de conservation des biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial en péril (WHC-09/33.COM/7A et WHC-09/33.COM/7A.Add, WHC-09/33.COM/7A.Add.2 et WHC-09/33.COM/7A.Corr),

2. Décide de maintenir les biens suivants sur la Liste du patrimoine mondial en péril :