Au moment de la rédaction de ce rapport, l'État partie n'avait pas encore remis le plan de l'état de conservation demandé par le Comité du patrimoine mondial.
A sa 32e session (Québec, 2008), le Comité du patrimoine mondial a demandé qu'une mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS aide l'État partie à développer la déclaration de valeur universelle exceptionnelle incluant les conditions d'intégrité et d'authenticité, demandée antérieurement, à passer en revue les moyens permettant de s'assurer que le plan de gestion du bien fonctionne en tant qu'outil central de la coordination de la gestion du bien, et enfin, à évaluer les progrès accomplis dans l'amélioration de l'état de conservation du bien.
La mission s'est déroulée du 2 au 9 mars 2009. Le rapport de mission fait état des principaux points évoqués ci-dessous, et reprend les points évoqués lors de la précédente mission qui s'était déroulée 9 mois plus tôt:
a) l'état de conservation s'est amélioré grâce à la consolidation systématique de la structure des monuments à Kilwa Kisiwani et à Songo Mnara,
b) la participation des intervenants locaux à la gestion du bien s'est améliorée grâce au "Comité des ruines", mis en place antérieurement,
c) la compréhension du plan de gestion en tant que document directeur d'actions ciblées se déroulant sur le site s'est améliorée,
d) le nombre des visites a augmenté, ce qui offre des possibilités renforcées pour des opérations plus durables pour le bien,
e) l'impact important de l'aide accordée par les donateurs internationaux et conséquemment des actions sur site, et le potentiel que celles-ci se renouvellent et prennent de l'importance.
La mission a également établi des recommandations relatives aux points suivants:
Déclaration de valeur universelle exceptionnelle
Un atelier de travail sur la valeur universelle exceptionnelle s'est déroulé à Dar es Salam du 2 au 4 mars 2009, il était organisé par le Centre du patrimoine mondial en coopération avec le Service des antiquités. La Déclaration de valeur universelle exceptionnelle du bien décidée d'un commun accord au cours de cet atelier sera transmise au Centre du patrimoine mondial après consultation par les parties prenantes au niveau national.
Délimitation du bien et des zones tampons
Actuellement, le bien et ses zones tampons ne sont pas définis, l'usage des terres et les habitants du bien ne sont pas décrits. La mission recommande qu'au lieu d'une possible délimitation du bien et de ses zones tampons en tant qu'entités limitrophes, il soit procédé à la délimitation des structures monumentales principales et de leurs zones mitoyennes, chaque structure étant considérée comme une petite zone centrale faisant partie d'une zone de conservation plus vaste. Le décret sur les antiquités (The Antiquities Act) permet la définition de telles zones par la loi. Ce type de zonage devrait permettre l'identification et la documentation de l'usage actuellement fait des terres et l'étendue possible des changements à venir. La mission a signalé que les zones de conservation pourraient également être déterminées afin d'y inclure des axes visuels ou d'importants éléments de patrimoine intangible (par exemple: des traditions et des fonctions anciennes) à respecter. En outre, la mission signale qu'un relevé cartographique complet du bien s'avère urgent.
Conservation des monuments
La mission a signalé que l'état de conservation des structures monumentales de Kilwa Kisiwani et de Songo Mnara était encourageant et que 25% des structures monumentales ont été stabilisées avec succès.
A Kilwa Kisiwani, le fort de Gereza a été consolidé dans sa majeure partie, grâce à un financement du fonds-en-dépôt norvégien, qui sera poursuivi et finalisé dans le cadre d'une coopération avec le Fonds mondial des monuments (World Monuments Funds). La situation est identique pour la Grande Mosquée et la Grande Maison, la Mosquée au petit dôme, et la Husuni Kubwa, alors qu'un nettoyage d'envergure était en cours à Husuni Ndogo. Certaines structures, dont le Palais Makutani, la Mosquée Malindi, et les Tombes des Sultans Kilwa, nécessitent encore une intervention urgente.
A Songo Mnara, la mission a noté que de grandes parties du bien ont été débarrassées de végétation destructrice, particulièrement autour des bâtiments les plus importants. Bien que la mission ait noté que la stabilisation des structures ne soit pas aussi avancée qu'à Kilwa Kisiwani, le Palais du Sultan, la maison mitoyenne et la Mosquée ont été stabilisés avec succès, et dans une certaine mesure, restaurés. La mission a pris note de l'excellent travail de réparation accompli dans le cadre de la reconstruction des niches, arches et détails de décoration détériorés ou disparus dans le Palais du Sultan et dans la maison mitoyenne. La mission a également pris note de la formation professionnelle suivie par 30 personnes, et ce, dans le cadre d'un programme mis en place par le Gouvernement français. La mission a par ailleurs suggéré que la stabilisation des structures non traitées, qui est en soi une tâche gigantesque, n'était peut-être ni réalisable, ni même nécessaire. La mission a suggéré l'exploration d'une possibilité visant à identifier et stabiliser les principaux types d'espaces architecturaux et urbains.
La mission relève que, outre la somme de 200.000 dollars EU déjà dépensée à ce jour, un montant complémentaire de 400.000 dollars EU réparti sur une période de 5 ans serait nécessaire afin d'atteindre le but fixé par le Comité du patrimoine mondial qui vise à une stabilisation de 70%, ce but étant également l'un des points de l'État de conservation souhaité. Ce but semble, toujours selon la mission, réalisable au vu du possible intérêt des nouveaux donateurs à poursuivre les travaux.
En ce qui concerne l'érosion de la plage de Kilwa Kisiwani, la mission a relevé que la situation n'est critique que dans quatre endroits: le fort de Gereza et son environnement, la Mosquée Malindi, Husuni Kubwa et la partie de la structure du Palais Makutani se trouvant sur la plage où une consolidation s'avère nécessaire.
Pour ces travaux, la mission recommande des solutions simples et peu coûteuses, telles que des rangées de poteaux en bois placés dans l'eau destinés à amortir l'action des vagues et des courants et des murs de gabions sur les plages et sur les falaises à l'arrière. Contrairement à des travaux d'ingénierie complexes et de grande envergure, ces solutions simples impliquent des recherches, y compris des mesures d'impact sur l'environnement biophysique et sur la valeur universelle exceptionnelle du bien, qui peuvent être faites avec un recours à la main d'œuvre locale. Ces mesures ne nécessitent qu'un investissement limité et leurs mises en œuvre progressives autorise un suivi indispensable à tout éventuel ajustement au cours des travaux.
En ce qui concerne le problème de l'empiètement, la mission ne l'a observé qu'à de rares occasions sur le territoire du bien.
La mission a examiné la mise en œuvre du plan de gestion et estime que son action pourrait être améliorée en lui adjoignant des plans d'action annuels afin de guider les opérations annuelles du gestionnaire du bien, tout en l'aidant à synchroniser et à intégrer les projets financés par les donateurs.
La mission a également pris note de l'importance des réunions régulières de coordination réunissant les principales parties prenantes comme le Service des antiquités, le Centre culturel de Kilwa et la communauté des résidents des îles, et ce, afin de s'assurer que le mécanisme de gestion soit l'outil d'une plus grande cohérence dans la protection de l'environnement des sites.
En ce qui concerne une possible extension du bien, la mission a pris note de l'inclusion de Sanje Ya Kati et de la composante spécifique Omani de Kilwa Kivijne, visant à représenter plus largement le grand spectre d'un peuplement swahili, de ses réalisations économiques et culturelles dans cette région, depuis ses origines jusqu'à sa fin, vécue dans le cadre de la courte époque coloniale allemande. Cependant, la ville de Kilwa Kivinje est très pauvre et connaît une importante détérioration de son patrimoine, la préparation du site afin qu'il soit ajouté au bien sur la Liste du patrimoine mondial prendra du temps. C'est dans ce contexte que la mission propose, afin de ne pas écarter la possibilité d'une éventuelle nomination future, qu'une aide soit apportée pour entreprendre la stabilisation de certaines structures et mettre en place les mécanismes de gestion appropriés.
Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives estiment que des progrès ont été accomplis par l'État partie, qui a travaillé en étroite collaboration avec le Centre du patrimoine mondial et les donateurs internationaux, dans l'amélioration de la conservation du bien:
a) préparation d'un projet de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle du bien, dans le cadre d'un atelier de travail en mars 2009, en cours d'examen par les intervenants locaux et nationaux,
b) propositions faites au cours de la mission de suivi réactif de mars 2009 visant à mettre en place une nouvelle approche dans la délimitation du bien et de ses zones tampons, prenant en compte le Décret sur les antiquités (The Antiquities Act) qui s'applique aux zones de conservation entourant les structures monumentales,
c) propositions également faites au cours de la même mission visant à renforcer l'application du plan de gestion en lui adjoignant des plans d'action annuels en lien avec celui-ci,
d) propositions également faites au cours de la même mission visant à étendre le bien du patrimoine mondial à Sanje Ya Kati et à une partie de Kilwa Kivinje, et, au vu de leur sévère détérioration, à envisager une stabilisation d'urgence des éléments principaux composant ces deux sites,
e) travaux de réparation, de restauration et de stabilisation menés sur les structures de Kilwa Kisiwani et de Songo Mnara avec l'aide de donateurs internationaux, ayant pour résultat 25% de stabilisation accomplie (à comparer au 70% souhaité en 5 ans, selon la décision du Comité du patrimoine mondial à sa 32e session),
f) travaux accomplis pour stabiliser l'érosion de la plage à Kilwa Kisiwani et pour réduire l'empiètement sur le bien du patrimoine mondial.