1.         Sanctuaire de faune de Manas (Inde) (N 338)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1985

Critères  (vii)(ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril    1992-présent

Menaces pour lesquelles le bien a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril

Mesures correctives identifiées

Une série de mesures correctives a été adoptée par le Comité à sa 29e session (Durban, 2005). Après la mission de suivi conjointe Centre du patrimoine mondial / UICN entreprise en 2008, le Comité du patrimoine mondial, à sa 32e session (Québec, 2008), a actualisé les mesures correctives comme suit :

a) Faire de toute urgence une étude de référence sur le rétablissement des populations de faune sauvage et mettre en place un système complet de suivi qui permettra de suivre et de documenter le rétablissement des espèces emblématiques ;

b) Résoudre le problème du financement qui n'a pas progressé suffisamment depuis la dernière mission ;

c) Achever les travaux de reconstruction et d'amélioration de l'infrastructure du parc ;

d) Pourvoir les postes vacants dans le parc en recrutant les meilleurs éléments parmi les bénévoles et/ou autres personnes pour des contrats permanents ;

e) Renforcer et consolider la gestion du parc, et plus particulièrement accentuer les efforts de réduction de l'exploitation forestière illégale et de braconnage de la faune sauvage dans le massif du Panbari ;

f) Maintenir les efforts de réintroduction du rhinocéros indien unicorne et évaluer la nécessité et la faisabilité d'un programme de réintroduction du cerf des marais (barasingha). 

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/338/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1997-1997)
Montant total approuvé : 165 000 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/338/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé au bien : depuis 2008, le bien bénéficie du programme indien du patrimoine mondial, financé par la Fondation des Nations Unies (UNF). Entre autres interventions, il est prévu d’améliorer l’efficacité de la gestion et le renforcement des capacités du personnel, d’accroître l’implication des communautés locales dans la gestion du bien et de promouvoir leur développement durable et, enfin, de renforcer la sensibilisation par des activités de communication et de conseil. 

Missions de suivi antérieures

1992 : mission de l’UICN ; 1997: mission de l’UNESCO ; février 2002 : mission de suivi de l’UICN ; avril 2005 : mission de suivi UNESCO/ UICN ; février 2008 : mission de suivi Centre du patrimoine mondial / UICN

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) insurrection en 1988-2003 ;

b) évacuation forcée du personnel du parc ;

c) destruction de l'infrastructure du parc ;

d) braconnage et exploitation forestière ;

e) culture illégale ;

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/338/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2009

Le sanctuaire de faune de Manas a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril en 1992, lors d’une période prolongée de troubles politiques et d’insécurité, ayant donné libre cours au braconnage et entraîné un fâcheux déclin de la population animale, ainsi qu’une déforestation et dégradation de l’habitat. Avec l’amélioration de la sécurité, une mission de suivi conjointe Centre du patrimoine mondial / UICN a visité le bien en 2005 et a déterminé une série de mesures correctives qui a été adoptée par le Comité du patrimoine mondial à sa 29e session (Durban, 2005). Une autre mission a visité le bien en 2008 pour évaluer l’avancement de leur mise en œuvre. La mission a conclu que la réhabilitation de la valeur universelle exceptionnelle du bien venait juste de commencer et que la présence de populations viables de faune sauvage clé et une nette tendance à la hausse de ces populations étaient des éléments capitaux pour le retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril.

 

Le 11 février 2009, un rapport sur l’état de conservation du bien a été soumis par l’État partie, apportant les informations suivantes sur la mise en œuvre des mesures correctives :

a) Faire de toute urgence une étude de référence sur le rétablissement des populations de faune sauvage et mettre en place un système complet de suivi qui permettra de suivre et de documenter le rétablissement des espèces emblématiques

Le rapport de l’État partie a fait part de données sur les populations de 27 espèces de mammifères, dont des éléphants, buffles des Indes, cerfs des marais, cochons pygmées et autres. Des estimations de population de huit espèces rares d’oiseaux sont également données, dont l’outarde du Bengale. Aucune information n’est donnée sur les méthodes de collecte des données ni sur la précision statistique des données, ce qui rend leur interprétation délicate. De même, le rapport ne contient pas d’analyse des données, comparant les estimations de population aux niveaux relevés lors de l’inscription.

Les données semblent confirmer la conclusion de la mission de suivi de 2008, selon laquelle le redressement des populations animales vient juste de commencer. Pour plusieurs espèces clés, les estimations de population sont considérablement plus faibles qu’au moment de l’inscription : par exemple, la population actuelle estimée d’éléphants dans le parc et les zones tampons environnantes est de 1 284 individus, alors que cette population était estimée à 2000-3000 individus en 1990. Le rapport ne contient pas d’informations sur la population de tigres à Manas mais indique que la population moyenne de l’ensemble des collines du Nord-Est et des plaines inondables de Brahmaputra, ce qui inclut Manas, est estimée à 70 individus. En 1990, la population de tigres au sein du bien seul était estimée à 123 félins. Le prochain recensement de tigres sera effectué en 2009. Le rapport fait également état de 163 entelles dorées (population estimée à 305 en 1980), 10 cerfs des marais (population estimée à 450 en 1992) et 43 outardes du Bengale (population estimée à 80 en 1980). Plusieurs espèces ont des populations proches de ou inférieures à 50 individus : ours lippu (17), léopards (29), chats de Temmincki (35), chat viverrins (35), chats léopards du Bengale (52), chiens sauvages d’Asie (52), écureuils géants (52), pangolins indiens (35), ours à collier (35), civettes masquées (17). Les populations de cochons pygmées et lapins de l’Assam étaient respectivement estimées à 192 et 297 individus.

b) Résoudre le problème du financement qui n'a pas progressé suffisamment depuis la dernière mission 

Le rapport indique que l’état du financement continue de s’améliorer. Le Conseil territorial du Bodoland (BTC) continue d’allouer des fonds réguliers au bien. En 2008, un financement national et central de près de 113 900 dollars EU a également été accordé au bien tandis que le projet Indian Rhino Vision-2020 a alloué 51 800 dollars EU supplémentaires. Aucune précision n’est cependant donnée sur l’allocation opportune des fonds accordés par les autorités nationales au niveau du site.

c) Achever les travaux de reconstruction et d'amélioration de l'infrastructure du parc 

Depuis avril 2008, six autres camps de lutte contre le braconnage ont été établis, soit un total de 37. Des émetteurs de base sans fils ont été installés et d’autres équipements achetés pour aider les patrouilles. La route de la limite sud a été rouverte, ce qui facilite les activités de patrouille, en particulier de prévention du pâturage illégal au sein du bien.

d) Pourvoir les postes vacants dans le parc en recrutant les meilleurs éléments parmi les bénévoles et/ou autres personnes pour des contrats permanents 

La dotation en personnel s’est considérablement améliorée depuis la mission de 2008, le nombre de postes à pourvoir passant de 123 à 32. 319 personnes sont actuellement employées par le parc, dont 71 rangers armés. Un soutien supplémentaire est reçu du personnel de conservation, des gardes armés et officiers de la protection forestière mis à disposition par le Conseil Territorial du Bodoland, Indian Rhino Vision-2020 et la Force de protection de la forêt de l’Assam (Assam Forest Protection Force).

e) Renforcer et consolider la gestion du parc, et plus particulièrement accentuer les efforts de réduction de l'exploitation forestière illégale et de braconnage de la faune sauvage dans le massif du Panbari 

Les opérations de patrouille ont été renforcées dans les massifs du Panbari et du Bhuyanpara, zones les plus affectées lors de la crise. Les camps de lutte contre le braconnage ont été rouverts dans ces régions et dotés en personnel. Selon le rapport de l’État partie, le braconnage et l’abattage illégal sont désormais sous contrôle dans l’une et l’autre régions.

f) Maintenir les efforts de réintroduction du rhinocéros indien unicorne et évaluer la nécessité et la faisabilité d'un programme de réintroduction du cerf des marais (barasingha).

En 1990, la population de rhinocéros indiens unicornes à Manas était estimée à 80 individus, mais l’espèce a souffert du braconnage durant la crise. Un programme de réintroduction a débuté en 2006, avec le transfert de plusieurs femelles protégées. Deux mâles ont été transférés avec succès d’autres parcs nationaux en avril 2008 et trois femelles protégées ont été libérées en novembre 2008. Le rapport signale que tous les individus transférés se sont bien adaptés à leur nouvel environnement. Il est prévu de transférer un total de 20 rhinocéros en vertu du programme de réintroduction “Indian Rhino Vision-2020” qui est soutenu par le gouvernement de l’Assam, le Conseil territorial du Bodoland, le WWF, l’International Rhino Foundation et l’United States Fish and Wildlife Services. Le programme de sauvetage est également soutenu par le Wildlife Trust of India.

Le rapport signale que la présence de 10 cerfs des marais a été confirmée lors du recensement. Bien que cela prenne du temps, il est dit que ce groupe peut être une base suffisante pour un redressement de la population et qu’en conséquence aucun transfert n’est nécessaire.

 

Le rapport de l’État partie précise également que, tandis que le bien pour l’instant n’a pas de plan de gestion approuvé, il en existe un projet qui aborde les préoccupations figurant dans la décision 32 COM 7A.12. Le projet décrit la manière dont sont envisagés la gestion future du bien, le suivi de la faune, la gestion des espèces invasives, la gestion du sol ainsi que la gestion des incendies et du tourisme. Malheureusement, aucun exemplaire n’ayant été soumis par l’État partie, ce projet de plan de gestion n’a pu être examiné. Le rapport indique que le Conseil territorial du Bodoland a pris l’initiative d’agrandir le parc sur son flanc ouest, de 500 à 974 km², conformément aux recommandations de la mission de 2008.

Le rapport évoque également le soutien accordé au bien par l’intermédiaire du programme indien du patrimoine mondial de l’UNESCO, via des projets ayant trait au renforcement des capacités pour une gestion efficace, aux communautés locales, à la connectivité de l’habitat, à la recherche et au suivi, à la gestion et gouvernance et au renforcement de l’image des biens du patrimoine mondial dans la société civile.

Aucune information n’a été communiquée sur les recommandations suivantes de la mission de suivi de 2008 : coopération transfrontalière, planification du tourisme, renforcement des capacités pour les volontaires et le personnel de terrain, état des espèces invasives et nécessité de préciser les responsabilités entre le gouvernement de l’Assam et le Conseil territorial du Bodoland sur la gestion du bien. L’UICN note la publication de plusieurs articles de recherche sur l’évolution de l’habitat au sein du parc national de Manas (‘Évolution de l’utilisation des sols et de la couverture végétale et analyse des conséquences futures dans le parc national de Manas, en Inde, à l’aide de données satellitaires diachroniques’ publié en juin 2008 par P. K. Sarma et al. dans le journal Current Science et ‘Étude des schémas d’utilisation de l’habitat de l’éléphant d’Asie Elephas maximus et état actuel du conflit homme éléphant dans le parc national de Manas au sein de la réserve d’éléphants Chirang-Ripu, Assam’ dans un rapport technique de l’Aaranyak rédigé par Lahkar, B.P., Das, J.P., Nath, N.K., Dey, S., Brahma, N. & Sarma, P.K. 2007). Entre autres constatations, ces articles ont permis de découvrir qu’entre 1998 et 2006, la superficie de zone boisée a diminué de 8,97km², les prairies alluviales de 38,84 km² et les plans d’eau de 1,68km². En revanche, la savane a progressé de 29,13km² et l’empiètement de 4,93km². Les prairies alluviales sont particulièrement importantes pour les cochons pygmées et l’article suggère que des plantes invasives et les incendies peuvent contribuer à l’envasement et à l’assèchement des prairies alluviales. Des précipitations moins fréquentes semblent être un facteur supplémentaire de réduction des plans d’eau et prairies alluviales dans la région.

 

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN accueillent favorablement les progrès continus accomplis dans la mise en œuvre des mesures correctives et sont convaincus que cela crée les conditions d’un rétablissement de la valeur universelle exceptionnelle et de l’intégrité du bien. Ils accueillent également favorablement les données sur les populations animales qui ont été soumises par l’intermédiaire du rapport de l’État partie. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que ces données semblent confirmer la conclusion de la mission de 2008 selon laquelle, tandis que le redressement des populations de faune sauvage a commencé, il en est encore à un stade précoce. La réintroduction réussie du rhinocéros sur le bien est également encourageante mais il sera nécessaire de poursuivre le programme pour créer une nouvelle population viable. Tandis que la redécouverte de cerfs des marais est encourageante, il reste à voir si la population est suffisante pour être viable. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que la décision du Comité du patrimoine mondial à sa 32e session (Québec, 2008) sur la nécessité de voir se dégager une nette tendance à la hausse des populations d’espèces animales clés pour justifier le retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril reste la base évidente pour envisager un tel retrait. Les données actuelles sur les populations peuvent être considérées comme une référence en vue du suivi de ces tendances. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN espèrent que l’État partie sera également en mesure de prouver ces tendances positives sur les deux à trois années qui viennent, afin que le Comité du patrimoine mondial envisage de retirer le bien de la Liste du patrimoine mondial en péril. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN invitent également l’État partie à élaborer un projet de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle ainsi qu’une proposition pour l’État de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril, basé sur les données de référence présentées. Le suivi de la valeur universelle exceptionnelle du bien devrait également inclure des données sur l’évolution de l’habitat vis-à-vis du critère (ix), les articles de recherche mentionnés pouvant servir de référence à cet effet.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que, aux dires de l’État partie, un projet de plan de gestion a récemment été terminé et invitent l’État partie à le soumettre au Centre du patrimoine mondial. Le suivi de la valeur universelle exceptionnelle et de l’intégrité du bien devrait être entièrement intégré dans la mise en œuvre du nouveau plan de gestion, en prenant en compte les préoccupations à propos des espèces invasives, des modifications de la couverture végétale, de la réduction des précipitations et de la nécessité de surveiller les impacts éventuels du changement climatique et en considérant l’élaboration de mesures de gestion adaptive appropriées.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN accueillent favorablement le fait que le Conseil territorial du Bodoland a pris l’initiative d’élargir le parc national à l’ouest et notent que cela contribuera à améliorer l’intégrité et la connectivité du paysage du bien et de sa faune. 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Néant

Décision adoptée: 33 COM 7A.12

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-09/33.COM/7A,

2. Rappelant la décision 32 COM 7A.12, adoptée à sa 32e session (Québec, 2008),

3. Note les efforts de l'État partie pour mettre en oeuvre les mesures correctives adoptées par le Comité à sa 32e session (Québec, 2008) et l'initiative prise par le Conseil territorial du Bodoland visant à élargir le parc national de Manas à l'ouest, ce qui contribuera à une meilleure intégrité du bien ;

4. Prend note des résultats de l'étude générale de la faune qui semble confirmer que le redressement des populations animales a commencé mais est encore à un stade précoce, et réitère qu'une nette tendance à la hausse de ces populations doit être prouvée afin d'envisager le retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril ;

5. Demande à l'État partie de baser tout suivi complémentaire des tendances des populations de faune sauvage sur les résultats de l'étude générale de la faune et encourage l'État partie à envisager d'élargir le suivi du bien pour y inclure l'habitat ;

6. Demande également à l'État partie de poursuivre la mise en oeuvre des mesures correctives adoptées par le Comité du patrimoine mondial à sa 32e session, ainsi que les autres recommandations de la mission de suivi Centre du patrimoine mondial / UICN de 2008, en particulier la finalisation du plan de gestion, et de le soumettre au Centre du patrimoine mondial et à l'UICN pour information ;

7. Réitère sa demande à l'État partie d'élaborer, en concertation avec Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives, un projet de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle et une proposition d'état de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril, basé sur les données de référence disponibles sur les populations animales et l'habitat, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 34e session en 2010 ;

8. Demande par ailleurs à l'État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2010, un rapport détaillé sur l'état de conservation du bien et sur la mise en oeuvre des mesures correctives et des recommandations du Comité du patrimoine mondial, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 34e session en 2010 ;

9. Décide de maintenir le sanctuaire de faune de Manas (Inde) sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

Décision adoptée: 33 COM 8C.2

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Faisant suite à l'examen des rapports sur l'état de conservation des biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial en péril (WHC-09/33.COM/7A et WHC-09/33.COM/7A.Add, WHC-09/33.COM/7A.Add.2 et WHC-09/33.COM/7A.Corr),

2. Décide de maintenir les biens suivants sur la Liste du patrimoine mondial en péril :