L’éclatement, en 1996, du conflit des Grands Lacs qui a embrasé la région pendant plus de dix ans, le repli de bandes armés et groupes rebelles dans le bien, accompagné du braconnage, de la surexploitation des ressources naturelles, ont eu pour conséquence l’inscription du Parc national de la Garamba (PNG) sur la Liste du patrimoine mondial en péril en 1997. L’état de conservation insatisfaisant du bien et la persistance de l’insécurité en dépit de l’arrêt officiel conflit terminé et malgré l’important appui dont a bénéficié le bien ont conduit le Comité du patrimoine mondial à favoriser une approche plus globale de la question de la détérioration de la situation tous les biens du patrimoine mondial en RDC. En 2007, le mécanisme de suivi renforcé nouvellement adopté par le Comité du patrimoine mondial (31 COM 7A.32) a été appliqué au bien.
Le Centre du patrimoine mondial a reçu le rapport sur l’état de conservation du bien le 2 février 2009. On y relève en particulier que la plupart des problèmes de conservation du bien sont liées à la présence des rebelles ougandais des Lord’s Resistance Army (LRA) qui ont installé leur base arrière dans le PNG et dans les domaines de chasse environnantes. L’insécurité est particulièrement critique dans la région frontalière avec le Soudan.
Depuis la 32e session du Comité du patrimoine mondial, la situation sécuritaire s’est considerablement aggravée, en particulier à la suite de l’opération conjointement menée par la MONUC, les Forces Armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et l’armée ougandaise à l’encontre des rebelles de la LRA installés dans et autour du bien. Cette opération a démarré en décembre 2008. La situation sécuritaire dans la région et son impact sur le parc sont pour le moment négatifs.
En effet, suite à cette opération les rebelles de la LRA ont eu recours à une tactique d’attaque de style guérilla, dirigée contre les populations locales et ciblant également les axes routiers environnant le parc. Ces affrontements avec la LRA sont à l’origine d’une importante crise humanitaire. On déplore de nombreux civils tués ou pris en otage, des femmes violées, des maisons pillées et brûlées et de nombreuses personnes déplacées. Le parc n’a pas été épargné par les exactions de la LRA qui a attaqué le 2 janvier 2009 le quartier général du parc. Le bilan s’est élevé à plusieurs morts et blessés graves. A ce bilan humain, il faut ajouter d’importants dégâts matériels à la station de Nagero, la plus importante du parc. Plusieurs bâtiments ainsi que de nombreux équipements de transport et de communication ont été détruits. Les stocks de carburant et les rations des patrouilles ont été aussi pillés. Le Centre du patrimoine mondial a été en mesure de sécuriser 30,000 dollars EU, à travers le Fonds de Réponse Rapide (Rapid Response Faciliy), qui a servi au remplacement des équipements de communication essentiels et la reprise des opérations de surveillance. Le 10 Février 2009, un véhicule du parc a été attaqué. Aucun des trois occupants n’a survécu. Le 23 mars 2009, un nouvel accrochage a été signalé à 5 km de la station de Nagero, où un garde a été tué.
Le Centre du patrimoine mondial s’est engagé, à la demande des autorités de gestion du parc, à prendre contact avec la MONUC pour solliciter son appui au personnel du parc dans le but d’assurer la restauration d’un minimum de sécurité autour de la station de Nagero.
La dégradation de la sécurité a eu des d’importantes répercussions sur la mise en œuvre des mesures correctives adoptées par le Comité du patrimoine mondial à sa 30e session (Vilnius, 2006). Comme mentionné dans les rapports précédents, un plan d’action d’urgence qui était en cours d’exécution dans le bien commençait à produire des effets positifs sur le terrain. Il avait notamment permis de maîtriser le braconnage à grande échelle de l’ivoire et de la viande de brousse. Par ailleurs, les activités de conservation communautaires appuyées par le Centre du patrimoine mondial et destinées à améliorer les relations avec les communautés locales se poursuivent malgré tout.
Une autre préoccupation concerne la présence des dernières populations de rhinocéros blanc du Nord. Il y a en effet de fortes craintes que cette sous-espèce ait à présent disparue. Les recherches intensives, n’ont rien donné. Au regard de ce qui précède, la discussion sur la translocation n’est plus d’actualité.
Comme indiqué ci-haut, l’aggravation de l’insécurité a fortement perturbé la mise en œuvre des mesures correctives :
a) Assurer la protection de la frontière entre la RDC et le Soudan à l’intérieur et en périphérie du bien
Des groupes armés continuent de circuler entre le Soudan et la RDC. Comme indiqué précédemment, la présence constante de rebelles ougandais de la LRA fait persister l’insécurité dans la région.
b) Améliorer l'efficacité de la brigade militaire en poste autour du bien, destinée à sécuriser le parc et les zones de chasse mitoyennes, en remplaçant la brigade actuelle par une brigade qui aura bénéficié d'un programme de réunification et de recyclage et en s'assurant que cette brigade soit correctement équipée
Comme mentionné dans le précédent rapport, la brigade militaire en poste autour du parc a été retirée en 2007 suite à des graves incidents impliquant certains de ses membres. Après l’attaque de la LRA du 2 janvier, des brigades militaires de la FARDC ont temporairement été déployées dans la région, principalement vers Dungu (région dudomaine de chasse Azandé), Faradje, Nagero et à Gangala na Bodio. Les militaires FARDC déployés dans la région ont bénéficié de l’appui logistique de la MONUC. Néanmoins, face aux techniques de guérilla utilisées par le LRA, ils ne parviennent pas pour le moment à restaurer la sécurité dans la région.
c) S'assurer que l'équipe des gardes de l’autorité du bien, l'ICCN, soit correctement équipée, en particulier avec des armes appropriées et des munitions
Une importante partie des tenues et équipements de bivouac, fournis par African Parks Foundation (APF) en 2007 qui devaient permettre aux gardes de travailler dans des conditions optimales pendant trois ans, a été brûlée au moment de l’attaque de la LRA. La question du remplacement des équipements devrait être réglée rapidement selon APF.
L’indisponibilité d’armes et de munitions demeure le problème majeur auquel les gardes sont confrontés. Ce problème les rend particulièrement vulnérables et est un obstacle important au contrôle des régions plus éloignées occupées par la LRA et/ou par les braconniers soudanais. Des démarches sont en cours auprès de l’État Major des FARDC pour approvisionner l’ICCN en matériel d’ordonnancement approprié.
d) Entreprendre une campagne de désarmement au sein des communautés vivant autour du bien tout en améliorant la situation sécuritaire de la région, et ce, en coopération avec la MONUC
Une brigade de la MONUC est toujours postée à Dungu mais, comme indiqué dans le précédent rapport, peu de progrès a été réalisé dans la mise en œuvre de cette recommandation en raison de la priorité accordée aux civils. Cependant dans le cadre de la lutte contre le braconnage et grâce à une nouvelle équipe « Renseignements », les gardes ont pu récupérer des armes de guerre ainsi que celles de fabrication artisanale auprès des populations riveraines.
e) Renforcer la coopération avec le gouvernement soudanais afin de mieux contrôler les incursions de groupes armés en RDC et dans le bien
Le 24 septembre 2008 une réunion technique s’est tenue à la station de Nagero, avec l’appui d’African Park Network (APN), entre les autorités du Sud Soudan, l’autorité de gestion ICCN et les responsables des Parcs nationaux de Garamba et de Lantoto. La rencontre avait pour objectif la reprise des discussions sur la coopération transfrontalière entre les deux pays d’une part, et le renforcement des moyens de lutte contre le braconnage pour assurer la conservation transfrontalière de ces aires protégées contiguës d’autre part. Cette coopération devrait permettre l’échange de renseignements sur le braconnage, la surveillance et la recherche entre les deux parcs. La coopération sur le terrain devrait dépendre de la situation sécuritaire dans la région. Les deux parties ont aussi discuté d’une possible extension transfrontalière du bien.
f) Maintenir et renforcer les efforts anti-braconnages, en particulier dans la zone sud du parc, où la présence de rhinocéros blanc du Nord a été confirmée par l’inventaire de 2006
Comme en 2007, une importante présence de gardes a été maintenue dans le secteur Sud du parc. Une moyenne de 1 500 hommes/jour de patrouilles par mois a été atteinte. Un plan de recrutement et un programme de formation ont été mis en place pour renforcer l'équipe de surveillance, avec un recrutement supplémentaire de 59 gardes. Entre janvier et avril 2008, les gardes ont reçu un entraînement spécial et ont bénéficié tout au long de l’année d’un encadrement sur le terrain. Le nombre total de gardes actifs s’élève actuellement à 120.
Par ailleurs, de nombreuses missions ont été effectuées dans les domaines de chasse de Gangala na Bodio et Mondo Missa ainsi que dans le territoire de Faradje pour identifier des braconniers et recueillir des informations sur les activités illégales. Vingt-sept braconniers ont été arrêtés au cours de ces missions et dix armes ont été saisies.
Le bien bénéfice également d’une surveillance aérienne constante réalisée avec un ULM. Deux ULM ont été brûlés au cours de l’attaque du 2 janvier mais devraient être remplacés rapidement.
g) Renforcer les efforts visant à améliorer les relations avec les communautés locales situées autour du parc, en particulier, en développant et en mettant en place un programme de conservation communautaire
Le personnel du département de la conservation communautaire poursuit ses activités et sa collaboration avec les treize comités locaux pour la conservation et le développement (CLCD). Il a notamment facilité l’identification de 26 propositions de projets dans trois chefferies situées à proximité du parc. Ses équipes se sont déplacées dans 15 villages et ont organisé de nombreuses réunions de sensibilisation, des ateliers et des formations auxquelles ont participé plus de 5000 personnes. Les réunions organisées par le département de conservation communautaire se sont principalement attachées à insister sur la nécessité de conserver la nature et de collaborer dans la recherche des rhinocéros. Elles ont aussi abordé les problématiques socio-économiques et celles de la présentation des micro- projets. Les problèmes d’insécurité notamment dans la région Azande n'ont pas permis de travailler dans cette zone.
h) Prendre des mesures urgentes pour restaurer et renforcer la force de surveillance du parc de Garamba
i) Rétablir un suivi détaillé de la population de rhinocéros dans le bien au moyen d'une équipe de suivi spécialisée, s'appuyant sur le savoir-faire de l'ICCN et du Groupe de Spécialistes du Rhino africain (AfRSG)
Le département de recherche et suivi s’est consacré, tout au long de l’année, à la recherche des traces de la présence de rhinocéros blanc du Nord. Conformément aux recommandations de la dernière réunion en mai 2008 du Groupe de Spécialistes du Rhino africain (AfRSG) à Arusha (République-Unie de Tanzanie) l'équipe de recherche a concentré ses efforts sur le domaine de chasse de Gangala na Bodio (DCGB). La méthodologie préconisée a été utilisée aux cours des opérations de recherches intensives menées entre juillet et décembre 2008. En avril 2008, deux experts pisteurs zimbabwéens sont venus renforcer l’équipe de recherche. Ils ont été relayés d’octobre à décembre 2008 par deux experts pisteurs kenyans. Au total ce sont 4,709 km qui ont été couverts entre la réserve de chasse de Gangala na Bodio et la partie du sud du parc. Aucun résultat probant n’a été obtenu.
j) Mettre en place un fonds fiduciaire pour la réhabilitation des biens du patrimoine mondial de la RDC, fonds auquel le gouvernement de la RDC s'est engagé à contribuer lors de la Conférence de l'UNESCO sur le Patrimoine en péril, qui s'est tenue en 2004
Voir le rapport sur le Parc National des Virunga (Document WHC-09/33.COM/7A)
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN sont particulièrement inquiets de l’aggravation de l’insécurité dans le bien et de la perte de vies humaines qui pourrait remettre en cause les acquis de ces dernières années, ayant notamment permis l’arrêt du braconnage à grande échelle des éléphants et autres espèces emblématiques. Le Centre et l’UICN sont également extrêmement préoccupés par le fait que les efforts importants déployés pour retrouver les derniers rhinocéros blanc du Nord n’aient donné aucun résultat et il semble de plus en plus probable que cette sous-espèce est maintenant éteint.
Depuis la 31e session, le bien est soumis au mécanisme de suivi renforcé et le Centre du patrimoine mondial assure un suivi permanent de l’état de conservation du bien à trabers son «programme de la RDC». Vu la situation actuelle dans le bien, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN recommendent de continuer à appliquer au bien le mécanisme de suivi renforcé.