Le parc national de la Comoé a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril en 2003, l’État partie ayant perdu le contrôle du bien à la suite d’agitations politiques en Côte d’Ivoire en 2002 et craignant une plus grande détérioration de son intégrité et de sa valeur universelle exceptionnelle. Depuis son inscription sur la Liste du patrimoine mondial, les populations de faune sauvage ont terriblement décliné, essentiellement en raison du braconnage. Depuis 2006, la sécurité sur le bien s’est améliorée et certains progrès ont été accomplis dans la mise en œuvre des mesures correctives portant sur la structure de gestion et le système de zonage du bien.
Le 2 février 2009, un rapport sur l’état de conservation du bien a été soumis par l’État partie. Il présente brièvement les progrès accomplis dans la mise en œuvre de certaines mesures correctives et rappelle la nécessité d’un soutien international accru pour traiter les autres menaces et recommandations du Comité du patrimoine mondial, notamment la réalisation et mise en œuvre du plan de gestion.
L’État partie a également soumis un rapport sur une évaluation rapide de la faune (ERF) réalisée en juin 2008 par la Wild Chimpanzee Foundation (WCF) et financée par la Banque mondiale. Lors de l’évaluation, plusieurs balayages (transects) à pied et aériens ont été réalisés, avec observations directes et indirectes des espèces sauvages et des activités humaines illégales. Si l’ensemble des données n’est pas assez large pour permettre une estimation de la population des différentes espèces, les résultats montrent clairement que les populations animales ont souffert d’un sévère déclin. Des signes d’activités humaines illégales ont été constatés dans l’ensemble du bien. Parallèlement, l’ERF a pu confirmer la présence de 29 espèces différentes de mammifères, indiquant que, en dépit de leur faiblesse, les populations ont le potentiel de se redresser. L’absence de traces de chimpanzés a été remarquée et mérite d’être étudiée. Il convient de noter que des communautés à l’extérieur du bien, à l’ouest, ont observé des chimpanzés ; il est par conséquent probable qu’ils soient présents au sein du bien mais, éventuellement, en nombre limité.
Le rapport de l’État partie fait part des informations suivantes sur les progrès accomplis dans la mise en œuvre des mesures correctives :
a) Établir un système de contrôle et de patrouille efficace pour l’ensemble du bien
Le rapport de l’État partie confirme que le braconnage reste la principale menace qui pèse sur l’intégrité du bien et que toutes les espèces animales ont connu un déclin constant depuis l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial. Cela est confirmé par l’évaluation rapide qui signale que des traces de braconnage sont visibles sur l’ensemble du bien mais que la pression due au braconnage est particulièrement élevée le long de la rivière Comoé, qui sert de point d’entrée aux activités illégales. D’autres activités illégales et dommageables ont été constatées lors de l’ERF, notamment la collecte de miel sauvage, la pêche illégale, l’agriculture de subsistance, l’abattage de bois et les feux de brousse. Une structure de surveillance a été mise en place pour le bien, composée de 5 équipes de secteur et d’une unité mobile. Actuellement 45 collaborateurs sont employés sur le bien (contre 15 en 2007 et dont le nombre devrait être porté à 65 d’ici juin 2009). Le rapport note que cette structure permettra la mise en œuvre d’une stratégie de surveillance basée sur des patrouilles ciblées et une coopération accrue avec les communautés locales par l’intermédiaire de comités villageois de surveillance. Cette stratégie a déjà été testée et mise en œuvre avec succès dans le parc national de Taï. Toutefois, le rapport ne dit pas clairement si la mise en œuvre de cette stratégie a déjà débuté. Aucune information n’est donnée sur les activités de lutte contre le braconnage en cours en 2008-2009. Le rapport fait également part d’efforts pour sensibiliser les communautés locales au problème du braconnage, essentiellement à l’aide d’une station de radio locale. Le rapport mentionne également que les infrastructures et équipements du parc ont, pour la plupart, été détruits ou pillés lors de la crise mais ne donne aucun renseignement sur les efforts de réhabilitation.
b) Élaborer et lancer la mise en œuvre d’un plan de gestion
Le rapport signale que le plan de gestion pour le bien n’a pas été finalisé en 2008 mais que ceci est prévu dans le cadre d’un nouveau projet financé par la Banque mondiale. Aucun calendrier spécifique n’a été mentionné.
c) Étendre les activités de la structure de gestion pour englober l’ensemble du bien
Selon le rapport, le personnel du parc est de nouveau redéployé sur l’ensemble bien, suite à la normalisation de la situation politique dans la région. L’ensemble de la région est par ailleurs sous le contrôle du gouvernement. Toutes les forces militaires ont été retirées, le camp militaire de Nassian a été démantelé et est actuellement occupé par la police nationale et la brigade mobile du parc.
En ce qui concerne le financement du bien, le rapport de l’État partie signale qu’un nouveau projet de 8,8 millions de dollars EU a été mis en œuvre pour soutenir le réseau national de zones protégées, avec des fonds de la Banque mondiale (“Projet d’appui à la relance de la conservation des parcs et réserves de Côte d’Ivoire”). Toutefois, la part de ce financement alloué au bien n’est pas précisée. L’UICN a reçu des rapports se demandant si des progrès significatifs avaient été accomplis dans la collecte de fonds pour les activités essentielles.
Le rapport de l’État partie mentionne également que trois licences d’exploration minière couvrant des parties du bien ont été accordées. Jusqu’à présent, aucune activité d’exploration n’a été signalée comme ayant commencé. Aucun avancement n’a été signalé quant à la création d’un corridor écologique avec le Burkina Faso et le Ghana.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN accueillent favorablement l’ERF qui a été effectuée et qui donne un premier aperçu des impacts de la crise sur la valeur universelle exceptionnelle et l’intégrité du bien. Tandis que ces informations peuvent être utiles pour mettre en place des stratégies de restauration des valeurs du bien, il est clair que l’ensemble actuel des données est trop limité pour tirer des conclusions définitives sur l’état de conservation du bien. Une étude plus complète est nécessaire pour évaluer pleinement l’état de conservation du bien. Cette étude devrait servir de base pour suivre le redressement de la vie sauvage et définir l’État de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril. Une Déclaration de valeur universelle exceptionnelle devrait également être rédigée et adoptée.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN sont préoccupés par les données de l’ERF, montrant que la valeur universelle exceptionnelle du bien semble avoir sérieusement été endommagée. Une action urgente est par conséquent nécessaire pour remédier aux menaces les plus sérieuses, en particulier le braconnage. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN recommandent vivement que l’État partie s’efforce, de toute urgence, de transférer la connaissance et la formation acquise par le parc national de Taï au parc national de la Comoé afin de maximiser l’efficacité de sa gestion. Dans la mesure où l’État partie a repris le contrôle sur l’ensemble du bien, les conditions sont en place pour instaurer le processus de restauration. Toutefois, il est essentiel d’augmenter le financement du bien pour reprendre pleinement les activités de gestion et accélérer la mise en œuvre des mesures correctives et autres recommandations de la mission de 2006. Il semble également évident que, étant donné le déclin apparemment très important des populations animales, il faudra un certain temps avant que les valeurs et l’intégrité du bien puissent être restaurées.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN sont préoccupés par l’absence de progrès dans la préparation du plan de gestion pour le bien. Ce plan de gestion devra définir la stratégie pour le redressement du bien. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN encouragent l’État partie à collaborer avec la communauté locale et les autres parties prenantes pour finaliser et mettre en œuvre ce plan. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN recommandent également à l’État partie de se concentrer de manière prioritaire sur la mise en œuvre des mesures correctives pour mettre un terme aux menaces qui pèsent sur le bien et établir un suivi écologique afin que la restauration des valeurs du bien et de son intégrité puisse être évaluée.
Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN sont également préoccupés par une information dans le rapport de l’État partie salon laquelle des licences d’exploration minières couvrant le bien ont été accordées à plusieurs compagnies et répètent que les activités d’exploration et d’exploitation minières ne sont pas appropriées au sein d’un bien du patrimoine mondial.