1.         Centre historique de Lima (Pérou) (C 500bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1988

Critères  (iv)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/500/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1989-2002)
Montant total approuvé : 94 500 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/500/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

1994 : rapport de suivi systématique PNUD/UNESCO ; 31 mars - 7 avril 2003 : mission de suivi réactif ICOMOS ; Janvier 2010 : mission de suivi réactif CPM/ICOMOS.

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/500/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2010

Le Centre du patrimoine mondial a reçu le rapport sur l’état de conservation du bien le 23 mars 2010. Ce rapport fournit des informations sur l’état actuel du bien, notamment les interventions de conservation sur les bâtiments historiques et sur d’autres mesures prises par la municipalité.

Du 19 au 23 janvier 2010, une mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS a été conduite, comme le demandait le Comité du patrimoine mondial à sa 33e session (Séville, 2009). Le rapport de la mission est consultable en ligne à l’adresse suivante : http://whc.unesco.org/fr/list/500

a) Système de gestion

Le rapport ne comporte aucune information spécifique concernant le système de gestion actuellement en vigueur. Il mentionne des accords signés avec d’autres entités pour la conservation et la gestion du bien. Par exemple, la Municipalité métropolitaine de Lima a souscrit un Accord de coopération interinstitutionnel avec le Plan national COPESCO pour installer des panneaux de signalisation, conformément aux exigences du plan stratégique, afin de fournir des informations concernant le bien historique et les services. De même, la Municipalité métropolitaine de Lima et l’Agence espagnole de coopération internationale ont passé un Accord cadre de coopération pour le développement afin de renforcer le Bureau du Centre historique de Lima - PROLIMA et promouvoir la consultation et la participation de la société civile dans des processus de rénovation urbaine et d’amélioration des conditions de vie dans le Centre historique de Lima.

Le Protocole de coopération entre le ministère du logement de la région d’Andalousie et la Municipalité métropolitaine de Lima a également été signé pour promouvoir des politiques de logement, d’architecture, de planification et de cartographie territoriale et urbaine.

 

Le rapport de mission déclare que les conditions générales et la gestion du Centre historique se sont améliorées ces dernières années. Il indique que la zone protégée est physiquement et administrativement divisée par le fleuve Rimac, situation qui empêche une approche intégrée de la gestion du bien en entier. Il note que les processus de prise de décision concernant le bien manquent encore de clarté quant au rôle et à la responsabilité de chacune des entités impliquées et autres parties prenantes. L’approche est basée sur des principes juridiques au lieu d’être basée sur le consensus, et le conseil des institutions techniques n’est pas toujours pris en compte, en particulier dans les cas d’intervention urbanistique. La mission considère que la coordination entre l’Institut national de la Culture, la Municipalité métropolitaine de Lima et la municipalité de Rimac doit être améliorée pour rationaliser les processus d’approbation et de planification. Il note aussi que les mesures législatives et réglementaires doivent être soigneusement évaluées pour identifier les manques potentiels susceptibles d’avoir un impact sur la valeur universelle exceptionnelle, l’authenticité et l’intégrité du bien.

 

b) État de conservation du bien

La municipalité de l’agglomération de Lima rapporte que la priorité a été donnée à l’infrastructure urbaine et l’architecture afin de garantir la qualité et l’état de l’entité urbaine et sa population et d’intégrer la protection du patrimoine. Elle a développé une base de données pour identifier les biens et les risques. En 2009, la Commission technique spéciale de déclaration d'inhabitabilité et détermination de l'état de taudis des bâtiments dans le Centre historique de Lima a évalué 78 biens et, par résolution adoptée par la sous-direction des autorisations d’urbanisme (RSAU) de la municipalité de la Municipalité métropolitaine de Lima, a déclaré inhabitables ou insalubres ces biens pour différentes raisons : vulnérabilité des structures, risque élevé d’écroulement, absence des conditions minimum de sécurité ou précarité des installations électriques et sanitaires. Ces résolutions sont portées à la connaissance des propriétaires ou des occupants afin de mettre en œuvre des projets de réhabilitation.

 

Certaines des mesures mises en œuvre par la municipalité pour le Centre historique prévoient l’installation de caméras de sécurité, la réhabilitation des chaussées et des pavements des trottoirs, l’entretien de l’éclairage ornemental, les équipements des rues et des espaces verts. La municipalité a également fait la promotion de circuits gastronomiques pour promouvoir un investissement plus important dans les produits et les services, améliorer la qualité des restaurants et préserver les traditions culinaires. Des circuits touristiques ont également été promus pour le Centre historique. Des projets spéciaux qui ont été rapportés par l’État partie, à la demande du Comité de patrimoine mondial, sont brièvement discutés ci-après :

 

- Théâtre Municipal

Les interventions de restauration du Théâtre Municipal qui a subi un incendie se sont poursuivies. Le projet a pris en compte les qualités de l’ancien théâtre tout en intégrant des systèmes modernes de mécanismes de la scène, d’éclairage, de son et de sécurité.

 

La mission s’inquiète de la division du projet en plusieurs volets indépendants envoyés séparément à l’Institut national de la Culture (INC) : par exemple, le projet de restauration du bâtiment est déjà approuvé et en cours alors que le renforcement de la structure n’a pas commencé et sera envoyé à l’INC pour évaluation. Elle note qu’une évaluation globale des projets complets et finalisés doit être effectuée avant le commencement des travaux afin d’en garantir la maîtrise complète.

 

- Musée métropolitain

Le projet de musée, qui doit être hébergé dans un monument historique de la zone tampon, en est actuellement à la phase d’analyse de faisabilité.

La mission ne signale pas d’inquiétude particulière à ce sujet et considère que ce changement d’affectation – d’une fonction administrative à une fonction culturelle - n’affecte pas le caractère patrimonial du bâtiment et de son environnement, qui accueille déjà deux autres grands musées de la ville : le musée d’Art italien et le musée d’Art de Lima.

 

- Rénovation urbaine d’El Rastro et du square de La Soledad

Le projet, qui est en cours de réalisation depuis 2003, concerne la restauration des zones historiques comportant des monuments et la construction de nouveaux ensembles résidentiels qui améliorent les conditions de vie de la population de ces zones.

 

La mission considère que la restauration de la Casa de las Trece Puertas et des biens qui l’entourent respecte les principes et les pratiques de la conservation et qu’elle aura un impact positif sur la perception de ce secteur grâce à l’amélioration du paysage urbain et en raison de la fonction publique dans certains de ces bâtiments, encourageant le retour de la vie dans le Centre historique. Elle souligne les aspects sociaux et l’engagement de la population locale pendant le processus de planification comme étant la clé du succès de ce type d’intervention et pour développer un sens d’appartenance.

 

La mission a noté que malgré le travail effectué par le gouvernement municipal, il reste des problèmes importants à traiter, notamment l’habitat insalubre de certaines zones, l’insécurité et la circulation. Les projets concernant ces secteurs devront tenir compte des conditions définies dans les Orientations et les normes internationales de la conservation.

 

- Projet de couloirs de circulation à haute capacité (Corredor Segregado de Alta Capacidad)

La municipalité indique que la création de couloirs de circulation continue d’améliorer le fonctionnement des transports publics. Le couloir central traverse une partie du Centre historique de Lima et la Section II traverse la zone tampon. L’institut national de la Culture a défini des critères d’implantation et de dimensions des stations de manière à les rendre moins agressives par rapport à leur environnement.

 

La mission a exprimé son inquiétude concernant la Section II, la décision de faire circuler des bus à grande capacité dans le Centre historique et estime qu’un autre itinéraire aurait dû être étudié afin de préserver le caractère du quartier, comme le demandait l’Institut national de la Culture. Elle note que les plans ont été modifiés pour répondre aux observations mais souligne que la construction de la station de Jirón de la Unión ne devrait pas être réalisée en raison de l’impact qu’elle aurait sur la circulation, la rupture de l’environnement visuel du quartier des monuments et l’impact des anciennes canalisations découvertes à l’occasion des fouilles archéologiques. Elle regrette que le projet n’ait pas été discuté avant sa mise en œuvre, conformément au paragraphie 172 des Orientations. Il est mentionné qu’au dernier jour de la mission la Municipalité a précisé que la station de Jirón de la Unión ne serait pas construite.

 

- Le projet du “Teleférico de Lima" (téléphérique de Lima)

Ce problème n’a pas été mentionné dans le rapport soumis par l’État partie, néanmoins une documentation technique est parvenue à ce sujet et la mission a mené une analyse de la situation. La mission a noté que le projet consiste en la mise en œuvre d’un système de téléphérique qui relierait le Parque de la Muralla - Parque Malecón del Rio au sommet de Cerro San Cristobal. Les objectifs de ce projet sont la création d’un produit commercial, récréatif et touristique qui permettrait l’intégration spatiale de lieux iconographiques importants de la ville de Lima. Plusieurs propositions ont été présentées et l’INC a demandé des modifications de l’architecture de la station supérieure du Cerro San Cristobal afin de préserver sa physionomie. Une nouvelle résolution de l’INC a contesté l’itinéraire du téléphérique parce qu’il ne se conforme pas à l’Ordonnance municipale n° 602 qui stipule que les interventions qui portent atteinte à la physionomie naturelle des montagnes sont interdites, et en réponse à la décision du Comité du patrimoine mondial à sa 33e session (Séville, 2009). La mission considère que la mise en œuvre du projet aurait un impact sur la valeur universelle exceptionnelle du bien en affectant le paysage de la zone historique et les valeurs immatérielles associées au Cerro San Cristobal, considéré comme sacré à l’époque préhispanique et qui actuellement fait partie d’un itinéraire de pèlerinage. Pendant la mission, la municipalité a exprimé son acceptation de la résolution de l’INC et a indiqué que le contrat avec l’entreprise de construction du téléphérique serait annulé.

 

c. Autres problèmes : la zone du fleuve Rimac

La mission a noté avec inquiétude la mise en œuvre des différents projets prévus le long du fleuve Rimac qui n’ont pas été présentés au Centre du patrimoine mondial pour évaluation. Le Parque de la Muralla et le Parque del Malecón del Rio, le Centro Habitacional La Muralla sont des projets récents qui modifient peu à peu le caractère du paysage du fleuve. D’autres projets encore à l’étude (un centre commercial et un complexe récréatif au Parque Cantagallo à Rimac, et un projet de construction de logement à Montserrate dans le Cercado) pourraient tous avoir un sérieux impact sur la valeur universelle exceptionnelle, l’intégrité et l’authenticité du bien.

 

Dans le cadre de l’exercice du rapport périodique pour la région, « l’Atelier sur la préparation de l’inventaire rétrospectif, de la déclaration de valeur universelle exceptionnelle rétrospective des biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial et une introduction au Second cycle de rapport périodique pour la région Amérique latine et Caraïbes » s’est tenu en novembre 2009 à Buenos Aires, Argentine. Le Pérou a participé à cet atelier et a reçu une formation pour produire la Déclaration de valeur universelle exceptionnelle rétrospective qui devrait être soumise au Centre du patrimoine mondial d’ici le 31 juillet 2010.

 

Pour conclure, le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent les progrès réalisés dans la mise en place du système de gestion du bien mais s’inquiètent du manque d’approche holistique, systématique et concertée dans la prise de décisions concernant le bien, notamment le manque de coordination qui prévaut encore entre les entités mandatées pour la conservation du bien et l’implication limitée de la population. Un système de gestion opérationnel et efficace devrait prendre cela en compte et envisager également d’intégrer des spécialistes du patrimoine à l’équipe municipale afin de travailler avec l’Institut national de la Culture sur des thèmes relatifs au bien. Ils notent que grâce à des financements privés, la préparation de grands projets affectant le paysage urbain du bien peut se poursuivre. Tous ces projets devraient être envoyés au Centre du patrimoine mondial et aux Organisations consultatives avant toute exécution, comme l’indiquent les Orientations

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Néant

Décision adoptée: 34 COM 7B.116

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-10/34.COM/7B.Add,

2. Rappelant la décision 33 COM 7B.145, adoptée à sa 33e session (Séville, 2009),

3. Note les informations fournies par l'Etat partie concernant les mesures mises en œuvre en réponse aux décisions du Comité du patrimoine mondial, et les efforts réalisés pour la conservation des zones patrimoniales;

4. Note également les résultats de la mission de suivi réactif Centre du patrimoine mondial / ICOMOS de janvier 2010 et donne son aval pour les recommandations ;

5. Encourage l'Etat partie à améliorer la collaboration entre les agences spécialisées pour rationaliser les processus d'approbation et de planification et pour assurer aux ressources requises de bénéficier d'un système de gestion pleinement opérationnel;

6. Note avec inquiétude la mise en œuvre de projets d'infrastructure à l'intérieur des limites du bien et demande à l'Etat partiede:

a) identifier d'autres itinéraires pour le téléphérique, effectuer des études d'impact environnemental et visuel et développer des projets qui n'ont pas d'impact sur les attributs et qui soutiennent la valeur universelle exceptionnelle du bien,

b) développer d'autres projets pour le couloir de circulation à haute capacité, notamment grâce à des études des systèmes de transport pour le bien inscrit, et arrêter la construction de la station de Jirón de la Unión,

c) développer des outils et des politiques précises destinés à faciliter les internvention sur le site historique des décideurs et des propriétaires ,

d) Soumettre, conformément au paragraphie 172 des Orientations, de nouvelles conceptions et des spécifications techniques pour examen par le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives avant approbation et mise en œuvre ;

7. Demande également à l'Etat partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2011, un rapport sur l'Etat de conservation du bien et sur les progrès accomplis dans la mise en œuvre des recommandations de la mission de suivi réactif, et des paragraphes susmentionnés, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 35e session en 2011.