1.         Tiwanaku : centre spirituel et politique de la culture tiwanaku (Bolivie (État plurinational de)) (C 567rev)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  2000

Critères  (iii)(iv)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/567/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1995-1995)
Montant total approuvé : 4 000 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/567/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé au bien : 870 000 dollars EU pour 2008-2011 : projet du JFIT (Fonds-en-dépôt japonais) 

Missions de suivi antérieures

Août 2002 : mission de l'UNESCO et d'experts internationaux.

Dans le cadre du projet du JFIT : novembre 2007 : mission préparatoire du Centre du patrimoine mondial ; février 2009 : mission du Centre du patrimoine mondial pour la mise en œuvre du projet du JFIT ; novembre 2009 : mission de suivi Centre du patrimoine mondial/Bureau de Quito. 

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Absence de plan de gestion

b) Absence de politique de conservation commune et d’interventions coordonnées entre le Gouvernement national et la Municipalité de Tiwanaku ;

c) Nécessité de nomination d’un homologue national pour le projet du JFIT, et d’un gestionnaire de site au niveau local ;

d) Absence de gouvernance.

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/567/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2010

Le Centre du patrimoine mondial a reçu de l’État partie le 8 février 2010 le rapport sur l’état de conservation du bien. Ce rapport décrit l’historique des changements institutionnels survenus dans le pays depuis 2008 – notamment le changement de statut du Vice-Ministère de la Culture, devenu Ministère des Cultures, autorité responsable du bien par le biais de la Direction générale du Patrimoine culturel et de l’Unité d’Archéologie, dépendant du Vice-Ministère de l’Interculturalisme. L’État partie mentionne également plusieurs changements qui ont affecté le niveau opérationnel et la coordination sur le site.

Une mission complémentaire d’évaluation technique, menée par le Centre du patrimoine mondial en mars 2009 dans le cadre du projet du Fonds-en-dépôt japonais (JFIT), a recommandé d’interrompre les fouilles en cours de la pyramide d’Akapana en raison du mauvais état de son système de drainage et d’importants problèmes structurels. Le Centre du patrimoine mondial a demandé la fourniture d’informations techniques précises concernant le plan de fouilles archéologiques pour 2009, ainsi que des études techniques de certaines zones de la pyramide. Malheureusement, le Centre du patrimoine mondial n’a reçu aucune de ces études.

Les travaux de fouilles ont continué sous la supervision de la Municipalité même après que l’Unité nationale d’Archéologie (UNAR) du Ministère des Cultures ait été forcée de quitter le bien.

Le rapport indique qu’en juillet 2009, sur intervention du Gouvernement municipal, l’UNAR a arrêté les fouilles et les travaux menés sur place, supprimant de ce fait la coordination des relations entre la Municipalité de Tiwanaku et le Ministère des Cultures, et donc l’absence de supervision technique officielle du Ministère sur le bien. La Municipalité a embauché des archéologues insuffisamment qualifiés pour prendre les mesures de conservation requises et poursuivre les interventions.

En septembre 2009, après avoir été informé par le Bureau de l’UNESCO à Quito – entité responsable de la mise en œuvre du projet du JFIT –, le Centre du patrimoine mondial a insisté sur la nécessité d’arrêter les fouilles et d’améliorer les conditions de conservation des musées. Il a demandé au Gouvernement de veiller d’urgence à la nomination d’un homologue national officiel sur place. Selon le rapport sur l’état de conservation, les activités officieuses menées par le Gouvernement municipal incluent des interventions sur la pyramide d’Akapana (fouilles archéologiques à des fins de drainage dans la partie est et fouilles et recherche dans la partie sud et au sommet). Des interventions sur la structure du Putuni ont également été entreprises mais aucune information technique d’ensemble n’a été transmise.

Lors de la visite de la Ministre des Cultures au Siège de l’UNESCO en octobre 2009, à l’occasion de l’Assemblée générale des États parties, le Centre du patrimoine mondial a rencontré la Ministre afin de résoudre les problèmes. Par la suite, en novembre 2009, une mission complémentaire d’évaluation technique a été menée pour réévaluer la situation et le Centre du patrimoine mondial a ensuite demandé à l’État partie de garantir les conditions de mise en œuvre du projet.

Plusieurs engagements ont fait l’objet d’un accord et deux nouvelles études précises sur la pyramide ont été jugées nécessaires et urgentes. Ces études sont menées grâce à une réaffectation du budget du projet du JFIT. Les engagements de l’État partie incluent la nomination d’un gestionnaire de site et l’établissement d’un point focal pour coordonner le projet avec l’UNESCO. En décembre 2009, un homologue du Gouvernement bolivien a été nommé ; malheureusement, en février 2010, cette personne a donné sa démission, laissant de nouveau le projet sans responsable de la coordination avec l’État partie.

Le Centre du patrimoine mondial a été informé qu’une ordonnance municipale (n°311/2009) récemment approuvée, précise que toute intervention ou projet sur le site doit être approuvé(e) par autorisation de la Municipalité. La situation présente un risque car elle laisse l’homologue officiel de l’UNESCO, le Ministère des Cultures, sans possibilité technique d’action sur le bien. Le rapport soumis par l’État partie indique que cette mesure est considérée comme totalement contraire à la Constitution. Il signale aussi que la mise en œuvre coordonnée du plan de gestion et de conservation du site en 2010 facilitera les scénarios de réalisation de projets menés en collaboration.

Le rapport sur l’état de conservation du bien signale qu’une entreprise privée a terminé les travaux au Museo Lítico et que le Ministère des Cultures a fait des observations d’ordre structurel et muséographique à ce sujet. Toutefois, le rapport ne comportait aucune information précise sur ces observations du Ministère. L’état de conservation du Museo Lítico et du Museo Cerámico reste préoccupant car les objets archéologiques ont été sérieusement endommagés en raison de problèmes d’humidité et de drainage.

a) Mise en œuvre du Projet « Sauvegarde et conservation de Tiwanaku et de la pyramide d’Akapana » financé par le Fonds-en-dépôt japonais (JFIT)

Depuis le lancement officiel du projet début 2009, le changement constant de responsables en a freiné le déroulement. Depuis 2009, il y a eu un Vice-Ministre des Cultures (devenu Ministre), deux Vice-Ministres de l’Interculturalisme, quatre Directeurs du Patrimoine, et deux Ministres de la Culture. L’UNAR a eu quatre Directeurs et est restée trois mois sans responsable. Selon des informations récentes, à la demande du nouveau Ministre, la police mènerait une enquête à l’UNAR et un audit serait en cours.

Malgré les difficultés institutionnelles, un certain nombre d’activités prévues depuis la première année du projet ont été mises en place. Les recommandations des missions menées sur place ont fermement préconisé d’interrompre les activités programmées avant que l’État partie ne s’engage fermement à améliorer la situation actuelle et à garantir le bon déroulement du projet et la réalisation des objectifs convenus.

Comme indiqué plus haut, des actions d’urgence sur la pyramide d’Akapana ont été fermement encouragées à de nombreuses reprises et des études de stabilité ont été commandées. La mission de novembre 2009 a rappelé l’urgence d’effectuer des études tomographiques et topographiques sur la pyramide pour pouvoir jeter les bases des futures mesures de conservation après les interventions archéologiques inadaptées réalisées sur le site. C’est le projet du JFIT qui a couvert les frais de réalisation de ces études.

Après finalisation des études tomographiques et topographiques, soumission de leurs recommandations et analyse par le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives, il est proposé de tenir une réunion d’experts internationaux pour rédiger une réglementation sur les interventions archéologique en conformité avec les normes internationales et dans la ligne de l’évaluation des Organisations consultatives et autres entités compétentes.

b) Autres problèmes de conservation

Fin 2009, une substance voisine de l’essence a endommagé quelques unes des pièces emblématiques du site – la Porte du Soleil et le monolithe El Fraile – lors d’un traitement de conservation effectué par le personnel non qualifié embauché par la Municipalité. Aucune information concernant cette intervention n’a été transmise.

Le rapport contient des informations sur les mesures de coordination prises par le Ministère des Cultures et autres institutions compétentes lors de l’investiture présidentielle, le 22 janvier 2009. Selon le rapport, aucun dommage à l’état de conservation du site n’a été enregistré, mais aucune information précise sur les mesures prises n’a été fournie. Le Centre du patrimoine mondial a été informé par d’autres sources que l’on avait noté la présence d’environ 40 000 personnes sur le site, ainsi que des activités de vente de nourriture, d’installation de toilettes publiques et d’utilisation d’éléments en pierre comme sièges dans la zone protégée.

c) Nouvelles informations reçues

Lors de sa visite à Paris en mars 2010, la Ministre bolivienne des Cultures s’est engagée à traiter les motifs de préoccupation évoqués par le Centre du patrimoine mondial concernant la conservation du bien, et notamment les points suivants : stabilité de la pyramide d’Akapana, conservation des stèles emblématiques et de la Porte du Soleil, état de détérioration des musées et conservation de leurs collections archéologiques, absence de plan de fouilles archéologiques et système de gestion. Il a été convenu qu’un homologue national serait nommé au niveau national et local. À ce jour, la situation n’a pas changé par rapport à celle de novembre 2009.

La Ministre des Cultures a également informé le Centre du patrimoine mondial de la dissolution du Comité pour la recherche, l’administration et la gestion du site de Tiwanaku (CIAGSAT) – ancien organisme de gestion du site. La Ministre prépare un Décret présidentiel portant création d’une nouvelle entité chargée de l’administration du bien.

Le Centre du patrimoine mondial et l’ICOMOS restent très préoccupés de l’absence de dispositions institutionnelles adaptées et efficaces, de cadres juridiques et de compétences techniques garantissant la conservation du bien malgré les nombreuses déclarations d’engagement de l’État partie. Les relations difficiles entre la Municipalité et le Ministère, qui entraînent une absence de gouvernance du bien, ainsi que les dispositions de gestion non opérationnelles, ont des effets négatifs sur la préservation du bien et la mise en œuvre des projets de conservation. De plus, l’absence de zone tampon et de plans d’occupation des sols au niveau municipal constitue une menace potentielle à la valeur universelle exceptionnelle, à l’intégrité et à l’authenticité du bien. 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Néant

Décision adoptée: 34 COM 7B.105

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-10/34.COM/7B,

2. Rappelant la décision 32 COM 7B.119, adoptée à sa 32e session (Québec, 2008),

3. Engage l'Etat partie à prendre les mesures appropriées pour garantir la mise en œuvre du «Projet de conservation et de préservation de Tiwanaku et de la Pyramide d'Akapana» en concrétisant les engagements convenus en novembre 2009:

a) Interrompre toutes interventions archéologiques sur la pyramide d'Akapana jusqu'à ce que les recommandations des études tomographiques et topographiques aient été soumises et analysées par le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives,

b) Établir un moratoire sur toutes fouilles archéologiques jusqu'à l'établissement d'une autorité responsable du bien,

c) Poursuivre la mise au point du plan de gestion et définir et appliquer des dispositions institutionnelles opérationnelles et cadres juridiques, et renforcer les compétences techniques pour la mise en œuvre de mesures de conservation,

d) Nommer un gestionnaire de site et un homologue officiel au niveau national,

e) Garantir la conservation intégrée du patrimoine archéologique mobilier dans les musées,

f) Établir une zone tampon pour le bien afin de mieux protéger sa valeur universelle exceptionnelle, y compris son intégrité et son authenticité;

4. Demande à l'Etat partie de tenir le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives informés lors de la phase de planification ou d'exécution de toutes actions susceptibles d'empiéter sur les mesures prévues par le projet du Fonds-en-dépôt japonais (JFIT) ou de s'y opposer, conformément au paragraphe 172 des Orientations;

5. Engage fermement l'Etat partie à organiser, en concertation avec le Centre du patrimoine mondial et le projet du JFIT, une réunion internationale pour finaliser la réglementation sur les interventions archéologiques et les mesures de conservation, en coordination avec le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives, ainsi qu'avec tous autres organes compétents, en conformité avec les normes internationales de conservation;

6. Demande également à l'Etat partie d'inviter une mission commune de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS pour évaluer l'avancement de la mise en œuvre des mesures et objectifs convenus;

7. Demande en outre à l'Etat partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1erfévrier 2011, un rapport à jour sur l'Etat de conservation du bien et sur la mise en œuvre des activités susmentionnées, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 35e session en 2011.