1.         Isthme de Courlande (Lituanie,Fédération de Russie) (C 994)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  2000

Critères  (v)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/994/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1998-2002)
Montant total approuvé : 85 000 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/994/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

2001: mission conjointe Centre du patrimoine mondial / ICOMOS / UICN ; Novembre 2003: mission du Centre du patrimoine mondial ; Juillet 2009 : mission de conseil technique ICOMOS / UICN (invitée par la Lituanie)

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/994/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2010

Un rapport sur l'état de conservation a été remis par l'État partie de la Fédération de Russie le 29 janvier, un autre par l'État partie de Lituanie le 8 février 2010.

Les deux rapports mettent en relief différents types et différents degrés de pression exercée par le développement et commentent les impacts négatifs des tempêtes sur les dunes reconstruites au XIXe siècle afin de former une longue protection en sable sur le coté maritime de l'isthme suite à la terrible déforestation du XVIe siècle qui avait conduit à l'émergence de dunes instables.

En juillet 2009, l'État partie de Lituanie a invité une mission technique consultative ICOMOS/UICN à visiter la partie lituanienne de ce bien transfrontalier afin de déterminer si les plans actuels des municipalités de Neringa et de Klaipeda ainsi que le plan de gestion révisé du parc national de l'isthme de Courlande répondent encore aux exigences en termes de gestion du bien du patrimoine mondial qui avaient été jugées comme atteintes lors de l'inscription. Le rapport de mission est disponible à l'adresse suivante: http://whc.unesco.org/en/sessions/34COM/

a) Pressions exercées par le développement

L'État partie de la Fédération de Russie fait état de l'aménagement en cours d'une zone spéciale destinée à des activités touristiques et de loisirs et de quatre lots auxquels des autorisations ont été accordées. Cela fait censément partie d'un projet appelé "projet ordinaire d'aménagement immobilier sur l'isthme". L'État partie reconnaît que ce type d'aménagement est en conflit avec le but même du parc national. Bien qu'une évaluation d'impact environnemental ait été réalisée, il est précisé par le rapport que celle-ci ne permettra qu'une réduction très relative des dommages qui pourront être causés aux ensembles naturels de l'isthme de Courlande par l'aménagement immobilier. Il n'est cependant pas fait état de l'impact sur le paysage culturel pour lequel le bien a également été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial. L'État partie lituanien indique que ce problème a été examiné lors de la 6e rencontre de la Commission conjointe russo/lituanienne sur la prévision environnementale qui s'est tenue en septembre 2009 à Moscou et qu'à cette occasion il a été confirmé que les autorités russes ont refusé d'accorder une autorisation à tout aménagement complémentaire. Le rapport de l'État partie russe précise en outre que les limites du parc national de l'isthme de Courlande n'ont pas encore été définies et que la création d'une zone tampon est en attente.

La mission conjointe consultative qui s'est rendue dans la partie lituanienne de l'isthme a mis en évidence la vulnérabilité des maisons de pêcheurs, installées traditionnellement en alignements parallèles sur la côte intérieure de l'isthme, certaines d'entre elles ont été très agrandies, voire même reconstruites. La mission a estimé que le nombre total de maisons de pêcheurs authentiques, construites avant la seconde guerre mondiale, a baissé et atteint désormais un niveau qui rend désormais leur restauration indispensable et urgente. Dans certaines zones, la proportion de nouveaux aménagements est telle que ces zones ressemblent plus à de nouvelles zones d'aménagement de loisirs qu'à des villages traditionnels. La mission a également fait état de la pression exercée afin de repousser les limites de l'aménagement urbain pour développer des projets d'hôtels, de maisons, d'appartements, de caravanes et de campings, la plupart de ces structures datant de l'ère soviétique ayant été privatisées. Une pression est également exercée afin d'agrandir les routes pour accueillir de grands autocars et des camping-cars.

La mission a soumis neuf recommandations spécifiques sur les sujets suivants: la restauration des zones d'habitation des pêcheurs, une charte architecturale pour toutes les constructions, une stratégie durable de déplacements, des contraintes pour le développement des biens datant de l'ère soviétique, des limites à l'aménagement immobilier près de la côte intérieure, sur la côte maritime ainsi que pour les marinas, une préférence donnée au développement au sein des limites préexistantes afin que celui-ci garde des proportions adéquates, la nécessité de définir des capacités d'accueil touristique, et, la reconnaissance d'un possible impact négatif sur la valeur universelle exceptionnelle exercé par les principaux projets d'aménagement d'hôtels, de spas, de centres de soin ou tout autre grand projet dans la partie sud de l'isthme, ainsi que par le réaménagement de sites datant de l'ère soviétique autrefois isolés.

L'État partie de Lituanie précise que des recommandations destinées à la définition d'une capacité d'accueil touristique et d'une charte architecturale ont été rédigées, ces recommandations passent par un financement approprié.

b) Gestion

La mission consultative qui s'est rendue dans la partie lituanienne du bien n'estime pas que les actuels plans révisés du parc national et des deux municipalités offrent les garanties d'une gestion détaillée, sensible et cohérente nécessaire au maintien de la valeur universelle exceptionnelle du bien. La mission recommande que ces plans soient révisés sur les bases d'une Déclaration de valeur universelle exceptionnelle adoptée et unique pour le bien, d'une vision à moyen terme et de l'élaboration d'un plan de gestion conjoint aux deux États parties. Pour la partie lituanienne du bien, Il s'avère également nécessaire de mettre en place une structure hiérarchique entre les différents plans d'action du parc et des municipalités. L'État partie lituanien fait également état d'un projet de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle en cours d'élaboration par des professionnels et des représentants des ONG, ce projet sera utilisé pour faire avancer la mise en place des recommandations.

c) Coopération intergouvernementale

Le rapport de l'État partie lituanien fait état du retard observé dans la signature de deux accords bilatéraux entre la Lituanie et la Fédération de Russie sur la coopération dans le domaine des accidents, sur prévention de la pollution, sur des mesures d'atténuation et de compensation. Il en va de même pour le Plan d'action russo-lituanien de coopération en cas d'accidents de pollution dans la mer Baltique.

L'État partie de la Fédération de Russie juge hypothétique le risque d'une pollution de l'isthme causée par l'exploitation pétrolière de la plateforme D-6 et assure qu'il n'existe aucun problème grave de pollution environnementale.

Deux réunions du groupe de travail russo-lituanien sur les conséquences des situations d'urgence dans la mer Baltique se sont déroulées en décembre 2008 et en juin 2009.

L'État partie russe signale par ailleurs qu'un Accord sur la coopération entre le parc national de l'isthme de Courlande, situé dans la partie russe, et le parc national de Kursiu Nerija, situé dans la partie lituanienne, est en place depuis 2008.

d) Vulnérabilité des dunes de sable

Le rapport de la Fédération de Russie signale, qu'au vu des observations faites par des chercheurs, le processus de destruction des dunes de sable par les vagues et les tempêtes semble avoir des conséquences plus importantes que celles du processus de restauration. Le rapport précise qu'au cours des 25 dernières années, 18 très fortes tempêtes ont frappé la côte de Kaliningrad sur la mer Baltique et il émet l'hypothèse que la mer ait percé dans l'isthme le détruisant ainsi.

L'État partie lituanien signale que fin 2009, un demi hectare de dunes a été partiellement détruit par une tempête. Des mesures d'atténuation telles que la reformation des dunes au moyen de géotextiles ont été mises en place. Au cours de l'année 2009, 16 hectares d'arbres ont été plantés et 126 autres hectares ont été grillagés afin de permettre une régénération de l'isthme.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives estiment que la mission consultative auprès de la partie lituanienne du bien a été appelée à temps afin d'estimer si les changements dans les dispositions liées à la gestion du bien permettent encore à celle-ci de répondre aux exigences du bien. La mission a souligné la fragilité et la vulnérabilité du bien en ce qui concerne le déclin des maisons de pêcheurs authentiques, l'impact des nouveaux aménagements sur le paysage des dunes reconstruites et des forêts, et, les menaces supplémentaires que constituent les probables nouveaux aménagements à grande échelle et les projets d'infrastructure. La mission a également souligné le besoin de mise à jour de la gestion du bien afin de faire face à ces menaces.

Les menaces liées aux nouveaux projets d'aménagement touristique se concrétisent dans la partie russe du bien, dans les zones appelées "zones touristiques", comme mentionné dans le rapport de l'État partie russe. En outre, d'autres menaces, évoquées dans les deux rapports, sont liées à l'impact de récentes tempêtes sur les dunes reconstruites face à la mer.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives estiment que le caractère distinctif de l'isthme, un bien fragile et relativement éloigné, fait face à une menace potentielle liée au développement qui pourrait totalement éclipser les zones habitées de petite taille et le paysage maritime. Ils estiment en outre qu'il est nécessaire de rédiger une Déclaration rétrospective de valeur universelle exceptionnelle du bien et de définir précisément ses caractéristiques, ces deux éléments servant de base à la gestion du bien et à la définition d'une vision claire et précise de sa gestion durable.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Néant

Décision adoptée: 34 COM 7B.91

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-10/34.COM/7B;

2. Rappelant les décisions 30 COM 7B.87, 31 COM 7B.114 et 32 COM 7B.98, adoptées respectivement lors des ses 30e (Vilnius, 2006), 31e (Christchurch, 2007) et 32e (Québec, 2008) sessions,

3. Se félicite de la signature de «l'Accord de coopération russo-lituanien en matière de prévention de la pollution de la mer Baltique par les carburants et autres substances nocives» en octobre 2009 et de ce que le Plan d'action russo-lituanien sur la coopération en cas d'accidents de pollution dans la mer Baltique" soit en cours d'élaboration, et prie les Etats parties de poursuivre le suivi environnemental ;

4. Félicite l'Etat partie de Lituanie d'avoir invité une mission conjointe technique consultative ICOMOS/UICN et l'encourage à poursuivre la mise en place des recommandations de la mission afin de garantir que les structures de gestion et les plans soient adaptés au maintien de la valeur universelle exceptionnelle du bien, à la protection et à la conservation des zones habitées traditionnelles et qu'une planification et un contrôle du développement adaptés soient mis en place ;

5. Exprime sa vive préoccupation au sujet de la possible création d'une zone économique touristique à Kaliningrad et demande à l'Etat partie de la Fédération de Russie d'arrêter les projets de développement à la lumière de leur impact potentiel sur la valeur universelle exceptionnelle du bien, et de remettre tous les éléments des plans déjà approuvés ou en cours de préparation ainsi que les évaluations d'impact environnemental (E.I.E) afférentes, pour examen par le Centre du patrimoine mondial, l'ICOMOS et l'UICN ;

6. Exprime également sa vive préoccupation au sujet des menaces sur les dunes exposées dans le rapport de l'Etat partie de la Fédération de Russie et lui demande également de remettre les éléments détaillés des mesures d'atténuation qui pourraient être nécessaires, au vu des mesures mises en place dans la partie lituanienne du bien ;

7. Encourage également les deux Etats parties à préparer une Déclaration de valeur universelle exceptionnelle du bien et de l'envisager comme la base d'une future gestion et conservation du bien, à renforcer la collaboration dans les domaines de la gestion et de la protection conformément aux garanties données lors de l'inscription et à mettre en place des structures de gestion coordonnées comme demandé par les Orientations ;

8. Demande par ailleurs aux Etats parties de la Fédération de Russie et de Lituanie d'inviter une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/UICN dans le but d'examiner l'Etat de conservation du bien transfrontalier face aux menaces de développement et d'érosion des dunes de sable et le projet de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle du bien ;

9. Demande par ailleurs aux Etats parties de la Fédération de Russie et de Lituanie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2011, un rapport d'avancement conjoint sur l'Etat de conservation du bien et sur la mise en place des points ci-dessus évoqués, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 35e session en 2011.