Un rapport sur l’état de conservation du bien a été transmis par l’Etat partie le 12 février 2010 et une mission de suivi conjointe du Centre du patrimoine mondial / ICOMOS a effectué une visite d’inspection du 22 au 29 mars 2010, afin d’examiner l’avancement des mesures correctives adoptées par le Comité du Centre du patrimoine mondial lors de sa 32e session (Québec, 2008) et d’établir un calendrier pour leur mise en œuvre.
a) Mesures correctives à proximité de la mosquée de Sankoré
La mission a constaté que le nouveau Centre Ahmed Baba et son amphithéâtre n’étaient toujours pas en usage en mars 2010, 14 mois après l’inauguration des bâtiments. La mission a réaffirmé que le projet du nouveau Centre aurait pu être approprié dans une zone administrative en périphérie de la Vieille Ville, mais est incompatible avec son cadre urbain dans une partie symbolique de la ville, en face de la mosquée de Sankoré.
Concernant les corrections des couleurs extérieures du Centre Ahmed Baba, l’Etat partie a modifié la couleur de la façade sud en jaune crème, mais il n’est pas considéré que ce changement ait rétabli la compatibilité esthétique du bâtiment. L’Etat partie avait aussi érigé un mur de clôture autour du Centre. Cependant, cette clôture ne cache pas le Centre, n’offre pas une grande protection contre le sable et n’a pas contribué à résoudre le problème de l’intégrité visuelle de la mosquée de Sankoré.
Concernant la problématique de la relocalisation des salles de classe de la Medersa et des toilettes, la mission a constaté que cela n’avait pas été effectué et qu’une solution alternative n’avait pas encore été trouvée par la ville de Tombouctou. La mission a constaté que la communauté a fait l’effort de changer la toiture et les pièces de menuiserie de ces deux blocs, ce qui constitue une amélioration visuelle.
La mission a été informée que le Ministère de Culture envisage un nouveau projet pour l’espace public aux alentours de la mosquée de Sankoré, avec le soutien de la l’Aga Khan Trust for Culture (AKTC). Il est prévu que cela débute en 2011. La mission a proposé que tout réaménagement de l’espace public dans la zone de la mosquée de Sankoré doive prendre en compte les connaissances historiques précises du site et son archéologie, comme cela a été préconisé lors de missions de suivi précédentes. Elle a aussi considéré que le projet devrait envisager différents moyens en vue de réduire l’impact visuel du complexe Ahmed Baba, par des mesures telles que la révision du nouveau mur de clôture, l’éventuelle plantation d’arbres locaux, la suppression de l’amphithéâtre dans le cas où il ne serait pas utilisé et une éventuelle délocalisation des toilettes.
b) Création d’un comité de coordination national pour Tombouctou en tant qu’unique autorité habilitée à recevoir et évaluer les projets qui pourraient impacter le bien
L’Etat partie a déclaré qu’un Comité interministériel pour Tombouctou existait, bien qu’aucun document légal concernant sa création n’ait été fourni à la mission, ni la liste des membres. L’Etat partie a toutefois mentionné qu’une première réunion d’un tel Comité a eu lieu à Bamako début 2010.
c) Développement d’un plan pour la participation de la population de la ville aux questions du patrimoine
Un Comité de Gestion établi dans le cadre de la mise en œuvre du Plan de Gestion 2006-2010 est en place, présidé par le Maire et impliquant les représentants de la communauté locale, prenant en compte les voix des différentes parties de la Vielle Ville. La mission a estimé que ce Comité doit être renforcé, en tant qu’élément catalyseur de tous les projets associés et doit se réunir plus régulièrement.
d) Développement de règles d’urbanisme précises et d’un plan d’aménagement du territoire pour le bien et les zones tampon
La mission a noté que les avant-projets de « Règlement d’urbanisme pour la Vielle Ville de Tombouctou» et « Manuel de conservation de la Ville de Tombouctou » sont en train d’être finalisés par les autorités maliennes, qui sont tout à fait conscientes de la nécessité d’une consultation de la communauté avant que ces documents puissent être approuvés. Une zone tampon pour la Vielle Ville alignée sur la rocade existe dans le Plan de Gestion de 2006 et des missions précédentes ont proposé des zones plus étendues. Afin que la zone tampon puisse protéger le bien de manière appropriée, la mission considère qu’elle devrait être définie en fonction des résultats des études portant sur l’utilisation des terres, y compris les cimetières situés en zones périphériques, les nouvelles zones résidentielles et l’identité architecturale de la Vielle Ville.
Concernant la question de l’extension des limites du bien du patrimoine mondial de façon à couvrir l’intégralité de la Vieille Ville, un débat a été initié avec les habitants depuis 2005 et de nombreux acteurs clés soutiennent cette approche, afin de protéger à la fois les monuments et leur cadre urbain. Toutefois, afin d’entamer une potentielle extension du bien, la mission a considéré qu’un travail de documentation intensif (études sur la morphologie urbaine et les typologies, étude des conditions, réalisation d’une cartographie, etc.) était nécessaire afin de soutenir les programmes de planification et restauration pour la viabilité de l’identité architecturale locale. Parallèlement, un système de formation professionnelle est requis afin d’assurer une main d’œuvre permanente d’artisans pour soutenir le travail de restauration sur les habitations. La mission a considéré qu’au moins deux ans de travail seraient nécessaires pour mettre toutes celles-ci en place et qu’un délai réaliste pour l’éventuelle extension du bien de façon à couvrir l’intégralité de la Vieille Ville, serait situé entre cinq et sept ans. Il devient urgent de commencer ce travail, car si les méthodes traditionnelles de construction des maisons de Tombouctou se perdent, cela pourrait diminuer les chances de succès de la future extension du bien de façon à couvrir l’intégralité de la Vielle Ville. Dans ce contexte, la mission recommande l’élaboration d’un projet pilote dans le but de restaurer les habitations dans la Vielle Ville, utilisant les techniques et matériaux traditionnels et de réhabiliter les habitations qui sont à présent en grande partie en ruines, garantissant la coopération des Imams des mosquées et des communautés locales.
e) Etat de conservation du bien
La mission a passé en revue les conditions pour que des travaux urgents de restauration puissent être entrepris à la mosquée de Sidi Yahia, avec les constructeurs et la Mission Culturelle et ont accepté les actions prioritaires. La mosquée de Djingareyber a été restaurée sous la direction d’une équipe d’AKTC et l’inauguration est prévue en Septembre 2010. Le projet a donné lieu à un centre de formation pour les artisans, qui ont la possibilité de former d’autres artisans en architecture de terre pour travailler sur les habitations de la Vielle Ville. Les autorités locales de Tombouctou prévoient d’acquérir des maisons en ruines au nord-ouest de la mosquée, afin de dégager davantage d’espace aux environs de la mosquée et d’éviter une répétition de la récente bousculade du 26 Février 2010, lors duquel plus de 20 personnes décédèrent.
Concernant les seize mausolées, la mission a constaté que les portes du mur d’enceinte du cimetière étaient arrachées et que des détritus se répandaient partout, ce qui est une situation inquiétante, commune aux alentours de tous les mausolées ayant fait l’objet d’une visite.
Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent la conclusion de la mission, de l’impossibilité de corriger l’impact négatif du Centre Culturel Ahmed Baba et de l’amphithéâtre construits près de la mosquée de Sankoré, inaugurés en janvier 2009. Ils notent également les considérations de la mission, selon lesquelles le projet a été mené sans consultation appropriée, consultation qui aurait éventuellement permis au bâtiment d’être en harmonie avec son cadre urbain. Une préoccupation majeure est que, depuis son inauguration, le Centre n’a pas été utilisé et commence déjà à se détériorer.
Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent la possibilité d’un projet d’amélioration de l’espace public autour de la mosquée de Sankoré, mené par AKTC. Ils considèrent que les éléments d’un tel projet devraient être soumis au Centre du Patrimoine Mondial pour révision par les organisations consultatives conformément aux Orientations, paragraphe 172, avant que tout engagement soit pris. Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives considèrent que les progrès dans le règlement d’urbanisme et la délimitation formelle d’une zone tampon doivent être considérés comme des actions prioritaires à court terme.
Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives considèrent que la fragilité de nombreux bâtiments traditionnels dans la Vieille Ville, l’usage de matériaux modernes, combiné avec l’absence de normes de planification détaillées et adoptées, signifie que l’architecture de terre de la Vieille Ville dans son ensemble atteint un stade critique. Ils constatent le soutien pour l’extension du bien de façon à couvrir l’intégralité de la Vieille Ville, mais, étant donné que la mission a indiqué que les études et structures nécessaires pour une telle extension pourraient prendre entre cinq et sept ans, ils considèrent qu’il est essentiel que le travail de documentation et de planification commence immédiatement, avant que la prédominance des matériaux modernes ait atteint un stade irréversible.
Enfin, le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent le projet des autorités locales de Tombouctou, qui est d’acquérir les maisons en ruines au nord-ouest de la mosquée Djingareyber et considèrent que toute proposition de démolition de maisons et d’agrandissement de l’espace public devra être soumise au Centre du patrimoine mondial, en incluant l’intégralité des éléments relatifs aux maisons concernées, afin que cela puisse être évalué par les organisations consultatives, avant que tout engagement soit pris, conformément au paragraphe 172 des Orientations.