Le 23 février 2010, les États parties ont remis un rapport détaillé conjoint sur l'état de conservation du bien comme demandé par la décision 32 COM 7B.4. Le rapport étudie la mise en place et le financement du plan conjoint de gestion du bien et les menaces liées au développement urbain, à la fréquentation touristique et aux espèces invasives. Le rapport comprend également un projet de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle du bien et les informations suivantes sur la mise en place des recommandations de la mission de suivi de 2006:
a) Création d'un Comité ministériel commun et mise en place et financement du plan conjoint de gestion
Les États parties déclarent qu'un Comité ministériel commun, qu'un Comité technique commun et qu'un Comité commun de gestion du site sont en place suite à la signature, en novembre 2007, du plan conjoint de gestion intégrée (Joint Integrated Management Plan – JIMP). Les deux Etats parties remarquent cependant que les Comités ne se sont pas rencontrés aussi régulièrement que prévu au cours de la période qui a suivi leurs mises en place en raison d'un important renouvellement institutionnel, de "changements dans les nominations politiques et de la débâcle économique". Malgré ces limites, les différents comités se sont cependant rencontrés cinq fois, les comptes-rendus font état d'un bon niveau de participation et d'un examen complet des principaux problèmes. Les États parties déclarent que suite à l'amélioration de la situation économique et au recrutement de personnel, il est prévu que les comités se réunissent selon le calendrier prévisionnel en 2010/2011. Les Etats parties font également état de la mise en œuvre du plan de gestion, en particulier du contrôle des espèces invasives, de la mise en place d'actions conjointes de lutte contre le braconnage, contre la pression touristique, contre la pollution sonore et la pollution de l'eau et contre les pompages d'eau. Quelques uns de ces problèmes sont évoqués ci-dessous. Le grave problème du financement de la mise en œuvre du plan de gestion n'est pas évoqué.
Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN rappellent l'importance de la mise en œuvre opérationnelle du JIMP pour ce site transfrontalier et accueillent avec satisfaction les progrès accomplis. Cependant, à moins qu'une capacité de gestion stable et reconnue au sein des deux autorités en charge de la gestion du bien et qu'un programme de rencontres ne soit mis en place, tout programme significatif de gestion conjointe restera superficiel. Le rapport des États parties détaille insuffisamment les informations liées au niveau de financement et de dotation en personnel pour que l'on puisse juger du degré de gestion effective du bien.
b) Moratoire sur la construction et le développement de toute infrastructure touristique, d'équipement ou de service sur le territoire du bien du patrimoine mondial
Les États parties font état de pressions liées au développement sur le territoire du bien, en particulier sur les rives du fleuve. Les deux États parties ont maintenu des zones tampons (150 mètres sur la rive zimbabwéenne et 50 mètres sur la rive zambienne). Le rapport précise qu'il n'y a eu aucun projet d'aménagement sauvage depuis 2007 et que tous les projets ont été réalisés selon les règles établies par le JIMP. Un audit et un certain nombre de plans d'aménagement sont en place afin de contrôler et de guider le développement sur le territoire du bien et aux alentours. Une tentative de revitaliser le schéma directeur combiné au Zimbabwe a eu lieu en 2008 mais le financement nécessaire à sa mise en œuvre n'a pu être réuni, selon le rapport, à cause de l'hyperinflation. Il n'est pas fait état de projets d'aménagement immobilier dans le parc du CHOGM (Commonwealth Heads of Governement Meeting).
L'UICN a reçu des informations complémentaires faisant état de permanentes intrusions dans le paysage par des tours de télécommunications et des équipements hôteliers du coté zambien des chutes. Deux tours téléphoniques sont dans le champ de vision de tous les points de vue privilégiés du coté zimbabwéen du bien, des toits d'hôtels et d'autres équipements sur la rive zambienne sont également facteurs d'impact négatif et devraient être mieux dissimulés.
Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN accueillent avec satisfaction l'attention actuellement accordée par les deux États parties au problème de l'aménagement non contrôlé mais estiment que les pressions constatées et les problèmes afférents aux mécanismes de planification du bien demeurent un sujet de préoccupation. Il est essentiel que soient poursuivis les efforts visant à rendre pérennes les politiques de contrôle du développement et à mettre en œuvre un programme d'évaluation et d'amélioration des qualités visuelles du bien, ceci dans le contexte du JIMP tout en bénéficiant du soutien des dispositions de gestion du bien.
Le Centre du patrimoine mondial a également reçu copie d'un courrier adressé au Ministère du tourisme par la société Hiflyer Zambia qui souhaitait opérer des vols en ballon captif près des chutes et qui propose de déplacer le projet sur un site alternatif près du bien. En parallèle, le Centre du patrimoine mondial a reçu une copie du courrier adressé par le Comité pour la conservation du patrimoine national (National Heritage Conservation Committee – NHCC) conseillant au Ministre de déclarer le projet comme "inadéquat" s'il devait être installé où que ce soit près du bien, et ce, conformément à la décision 31 COM 7B.4 du Comité du patrimoine mondial et aux recommandations de la mission de 2006. Une copie d'un autre courrier émanant de la société Hiflyer a été reçue demandant des dommages et intérêts. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN rappellent la recommandation de la mission de 2006 aux termes de laquelle tout projet de ballon captif situé près du bien aurait un impact négatif sur son intégrité visuelle, car le ballon lorsqu'il est dans le ciel est susceptible d'apparaître dans le champ de vision des chutes.
c) Définition d'indicateurs qui pourraient être évalués durant le suivi de l'état de conservation du bien et apporteraient une réponse plus adéquate à tous les problèmes de gestion et de protection.
Le rapport ne fait aucun état de la mise en œuvre de cette recommandation.
Comme évoqué ci-dessus, le rapport actualise un certain nombre de problèmes de gestion:
d) Pressions liées au tourisme
Le rapport des États parties n'évoque que très brièvement la capacité d'accueil du bien, estimée à 6.000 visiteurs par jour et juge que ce chiffre n'excède pas cette capacité au regard des indicateurs annuels. Selon le rapport, vingt bateaux et neuf hélicoptères opèrent depuis 2007 sur le territoire du bien, les vols au dessus du bien sont en conformité avec les règlementations conjointes définies en 1996, et, grâce à l'achèvement de l'héliport de Chamabondo, la pollution sonore sera réduite de façon significative puisque la piste de décollage des hélicoptères sera déplacée à 13 kilomètres du bien. Enfin, un panneau indicateur reprenant l'emblème du patrimoine mondial a été installé du coté zimbabwéen, un autre est en projet du coté zambien.
Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN estiment qu'une gestion efficace du tourisme et l'accueil des visiteurs sur ce bien emblématique du patrimoine mondial est de la plus grande importance. Si l'estimation annuelle de la capacité d'accueil est certes un indicateur valable, il est également nécessaire de garantir aux visiteurs un accueil satisfaisant, de haute qualité, et en toute sécurité. Ces exigences requièrent une planification très importante bien au-delà de la détermination du simple nombre de visiteurs accueillis. Il est évident, à la lecture des comptes-rendus des réunions conjointes, qu'un certain nombre de problèmes afférents à ce sujet restent à résoudre.
e) Espèces invasives
Les États parties signalent que la menace envers l'intégrité du bien que constituent les espèces invasives demeure. Des espèces comme le Lantana camara supplantent la végétation d'origine du bien et de ses zones tampons, menacent l'aspect visuel et la stabilité des parois des gorges et ont également un impact sur les sites de nidification du faucon Taita, une espèce rare. Les deux États parties ont procédé à des essais de différentes méthodes de contrôle tant mécaniques que chimiques et biologiques. Ils font état d'un nettoyage mécanique d'environ 20% des zones infestées et de résultats jugés positifs avec cette méthode, alors que l'efficacité des autres techniques est en cours d'expérimentation.
Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN accueillent avec satisfaction les progrès accomplis dans le traitement des espèces invasives mais sont préoccupés par la poursuite du financement de ces travaux. A ce jour, ceux-ci ont été entrepris dans le cadre d'un projet qui n'est pas financé durablement et ne permet pas une réponse à cette menace qui s'inscrit dans le long terme. Un projet plus vaste, le projet zambien UNEP-GEF, qui doit normalement s'arrêter en juillet 2010, devra s'interrompre plus tôt par manque de financement. Les deux États parties doivent s'engager à financer le suivi, l'arrachage des plantes invasives et la replantation de la végétation indigène, sinon, sauf si une éventuelle solution par le bio-contrôle est trouvée, les progrès observés au cours des cinq dernières années seront probablement anéantis. En outre, la gestion des espèces invasives doit concerner d'autres plantes qui ne sont pas actuellement ciblées par le contrôle. L'UICN fait remarquer que la plupart des partenaires actifs de ces projets sont des organisations membres de l'UICN; elle souhaiterait donc prendre un engagement avec des représentants de l'État partie de Zambie sur de possibles accords afin que les efforts accomplis deviennent pérennes. À l'évidence, les revenus conséquents provenant de l'accueil des visiteurs pourraient être envisagés comme une source de financement. Au vu de l'impact des espèces invasives sur des aspects déterminants de la valeur universelle exceptionnelle du bien, l'action requise afin de résoudre ce problème est tout à fait prioritaire.
f) Autres problèmes de conservation
Les États parties font également état d'actions visant à combattre le braconnage, y compris des actions conjointes, de réunions communes sur la sécurité, de sessions de formation pour les gardes et de l'installation d'un grillage afin de contrôler l'accès. Des actions conjointes plus fréquentes de lutte contre le braconnage sont également prévues. Le rapport évoque également les problèmes de pollution et de pompage des eaux et la façon dont leurs effets sont atténués. Il est signalé que les bassins d'évacuation des eaux usées de Livingstone dans le parc national de Mosi-oa-Tunya (Zambie) fuient et doivent être réparés. Par ailleurs, la réglementation sur le traitement des eaux usées et sur les toilettes des bateaux est en vigueur. En ce qui concerne les pompages d'eau, le rapport fait état d'accords de répartition des eaux et de systèmes destinés à modifier l'utilisation faite par la centrale électrique de l'eau des chutes Victoria selon le niveau de la rivière.
Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN font remarquer qu'il est important que l'action en ce domaine soit continue afin que les mécanismes de gestion de l'eau et de la pollution soient maintenus.
En conclusion, le Centre du patrimoine mondial et l'UICN accueillent avec satisfaction les progrès conséquents accomplis par les États parties dans la gestion du bien dans une période économiquement difficile. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN félicitent les États partie pour le niveau de coopération transnationale maintenu, et ce, en dépit des difficultés rencontrées pour son financement. Cependant, d'importants problèmes demeurent afin de garantir une gestion transfrontalière efficace et durable du bien, en particulier, le contrôle de l'aménagement urbain et touristique, le suivi des espèces invasives et la gestion de l'accueil des visiteurs. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN rappellent la recommandation de la mission de 2006 visant à la création d'indicateurs destinés au suivi de l'état de conservation du bien et à une meilleure prise en compte des problèmes de gestion et de protection. À ce sujet, le Centre du patrimoine mondial et l'UICN recommandent l'utilisation d'une méthodologie d'évaluation de l'efficacité élaborée et testée dans un certain nombre de biens naturels du patrimoine mondial. Une aide internationale maintenue et accrue à la gestion efficace du bien serait de la plus grande utilité.