1.         Zone de conservation de Ngorongoro (République-Unie de Tanzanie) (C/N 39bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1979

Critères  (iv)(vii)(viii)(ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril   1984-1989

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/39/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1979-2009)
Montant total approuvé : 270 099 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/39/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Avril 1986 : mission UICN ; avril-mai 2007 : mission de suivi réactif Centre du patrimoine mondial UNESCO/UICN ; décembre 2008 : mission de suivi réactif Centre du patrimoine mondial UNESCO/UICN.

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Accroissement de la population pastorale résidente ;

b) Immigration ; braconnage ;

c) Prolifération d’espèces envahissantes ;

d) Pression touristique ;

e) Empiétement et cultures ;

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/39/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2010

Il est important de noter que l’État partie a soumis une proposition de réinscription de ce bien naturel sur la base de critères culturels pour considération par le Comité du patrimoine mondial à sa 34e session. Cette nouvelle proposition a été évaluée en 2009 par l’ICOMOS avec l’aide de l’UICN. L’évaluation technique doit être examinée en parallèle avec le présent rapport sur l’état de conservation du bien, dans la mesure où les deux se recoupent partiellement sur les questions d’intégrité, de gouvernance et de gestion.

Le 25 février 2010, l’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien. Ce rapport fait état des progrès suivants dans la mise en œuvre des recommandations des missions de suivi de 2007 et 2008 :

a) Poursuivre et achever d’ici juin 2008 le processus de déplacement volontaire des populations d’immigrants

Le rapport indique que les efforts pour sensibiliser au déplacement volontaire des immigrants se poursuivent et que certains parmi ces derniers se sont inscrits pour être relogés. Les services sociaux sur le site de relogement de Jema en seraient à l’étape finale et les efforts se poursuivent en coopération avec l’administration régionale d’Arusha pour trouver hors de la zone de conservation de Ngorongoro d’autres zones appropriées pour le programme de relogement. Le rapport ne donne pas de précisions sur le nombre de personnes qui ont accepté d’être relogées, ni si et quand ce programme est prévu de s’achever.

b) Procéder d’ici juin 2008 à un recensement et à une étude de capacité limite basée sur les besoins de la population massaï, ainsi qu’à une évaluation des impacts écologiques des populations

Le rapport rappelle qu’une étude de capacité limite a déjà été effectuée, comme indiqué dans les rapports précédents, et montre que la zone de conservation de Ngorongoro ne peut supporter plus de 25 000 personnes avec du bétail. D’après le recensement de population de 2007, 64 000 personnes vivent actuellement dans la zone. Un résumé de l’étude de capacité limite est joint en annexe au rapport de l’État partie ; les divers scénarios envisagés dans l’étude y sont dûment documentés.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN font observer que la mission de 2008 a été informée de l’existence de cette étude de capacité limite, mais que ses résultats ont été contestés par la communauté Massaï, laquelle n’a pas du tout été associée à cette étude. La mission a donc soutenu la recommandation de la mission de 2007 d’effectuer une nouvelle étude scientifique de capacité limite basée sur les besoins de la population massaï et sur l’évaluation des impacts écologiques.

L’État partie signale également que l’agriculture a été interdite dans la zone de conservation de Ngorongoro en août 2009. Mais il ne donne pas d’informations sur l’application de cette interdiction et on ne sait pas très bien quelles autres solutions ont été proposées aux résidents pratiquant une activité agricole.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que la mission de 2008 a également conclu que, malgré l’interdiction légale de l’agriculture dans la zone de conservation, cette activité est très répandue et tolérée, et qu’aucune stratégie n’a été mise en place pour traiter le problème. La mission s’est également dite préoccupée par les impacts de l’agriculture sur l’intégrité du bien. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent qu’une interdiction, pour autant qu’elle soit appliquée, aurait un impact positif sur la conservation de la valeur universelle exceptionnelle du bien. Mais il est clair que la plupart des communautés résidentes, notamment les Massaï, dépendent désormais de l’agriculture pour leur subsistance du fait que beaucoup ont abandonné leur mode de vie nomade traditionnel. Par conséquent, la question de l’agriculture ne peut être dissociée de la question des moyens de subsistance des populations concernées, de la capacité limite de la zone et de la gestion de l’occupation humaine. Il convient de noter que même le scénario de capacité limite qui se traduit par une population résidente de 25 000 personnes se base sur des activités agricoles limitées. 

c) Mettre en œuvre les recommandations de l’Étude d’impact sur l’environnement de la congestion du trafic dans le cratère

Le rapport de l’État partie rappelle que, dans le but de diversifier les attractions touristiques et simultanément de réduire la congestion du trafic dans le cratère, plusieurs sentiers de nature ont été aménagés et les routes d’accès ont été améliorées. Il fait également état de la construction de centres d’information des visiteurs à l’entrée principale et près du site des traces de pas de Laetoli (Laetoli Footprint). Un rapport sur la plupart de ces activités a déjà été présenté à la 33e session du Comité du patrimoine mondial. D’autres recommandations, telles que la création d’un système de réservation et des circuits plus courts pour atteindre l’objectif de 100 véhicules par jour dans le cratère, n’ont pas encore été mises en oeuvre.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN font remarquer que certes la diversification du tourisme est susceptible de réduire le trafic, mais que le rapport n’indique pas clairement si les initiatives de l’État partie dans ce domaine ont effectivement réduit le trafic. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que les autres recommandations pour régler le problème de la pression des visiteurs dans le cratère, en particulier l’organisation de circuits d’une demi-journée, la mise en place d’un système de réservation et l’application de la limite de 100 véhicules par jour dans le cratère n’ont toujours pas été mises en œuvre. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que la gestion du trafic touristique continue d’appeler une action urgente.

d) Fermer et réhabiliter toutes les gravières à l’intérieur du bien

La mission de 2008 a reconnu qu’il pourrait être nécessaire de conserver quelques gravières, mais a recommandé la fermeture immédiate de celle qui est située près de Sopa Lodge, sur le bord du cratère, en raison de ses impacts visuels. Le rapport de l’État partie ne donne aucune information à ce sujet.

e) Geler toute nouvelle construction de lodge dans le périmètre du bien, en particulier au bord du cratère, et f) Développer en amont une stratégie en matière de tourisme pour guider les activités futures liées au tourisme dans la zone de conservation

La mission de 2008 a noté que, si aucun nouveau projet de lodge n’a été approuvé au bord du cratère, d’autres lodges et des infrastructures touristiques ont été construits sans stratégie touristique globale. Elle a estimé qu’il conviendrait d’élaborer une stratégie touristique globale qui, au lieu de chercher à augmenter le nombre de visites, s’attache à maîtriser les flux de visiteurs actuels. Le rapport de l’État partie ne donne aucune information sur les projets de lodges en cours.

Le rapport indique que la Réserve est en train d’élaborer une stratégie touristique globale axée davantage sur la qualité du tourisme que sur la quantité. Il est en outre fait état d’une amélioration des infrastructures touristiques pour une plus grande satisfaction des visiteurs. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que le défi reste d’offrir aux visiteurs une expérience satisfaisante et de maintenir cette importante source de revenus sans porter atteinte à l’intégrité et aux valeurs de la réserve ni créer de conflits avec la population locale.

g) Faire des lodges existants des modèles de bonnes pratiques pour ce qui est de la protection de l’environnement

Bien que l’État partie ait annoncé pendant la mission de 2008 que des audits environnementaux seraient effectués prochainement pour tous les lodges, le rapport actuel ne donne aucune information sur ce point. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent que la mission de 2008 avait recommandé de finaliser et mettre en œuvre d’ici la fin 2009 le code de conduite à l’usage des conducteurs, des véhicules et des guides, et de mener à bien tous les audits environnementaux d’ici cette échéance.

 

h) Poursuivre les programmes de contrôle des espèces envahissantes, en particulier éradiquer Azolla filicoloides

L’État partie n’aborde pas cette question, mais le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont eu des informations selon lesquelles plusieurs espèces végétales envahissantes, telles que Argemone mexicana et Datura stramonium, restent un sujet de préoccupation qui nécessite suivi et intervention.

i) Achever le plus rapidement possible le programme de relogement du personnel de la NCAA et des lodges ainsi que les autres infrastructures majeures à l’extérieur du bien

L’État partie indique que les efforts se poursuivent : 24 familles ont été relogées et des logements pour 36 autres familles sont en cours de construction. Mais le relogement est loin d’être terminé, puisque seul un petit nombre de familles sur les 360 a été relogé. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent la lenteur du programme de relogement du personnel qui, au moment de la mission de suivi de 2008, devait être achevé d’ici 2012.

j) Explorer des solutions de rechange en vue de limiter ou supprimer le pacage du bétail dans le cratère

L’État partie rappelle que, conformément au plan de gestion général, des zones de pacage ont été réservées à l’intérieur du bien en collaboration avec le Conseil pastoral, sachant que le pacage est interdit dans les zones centrales, notamment dans le cratère de Ngorongoro. Des barrages artificiels ont été construits à l’extérieur du cratère pour assurer l’approvisionnement en eau pendant la saison sèche et d’autres ressources en sel ont été fournies aux pasteurs pour les inciter à ne pas mener leurs troupeaux dans le cratère. Aucune information n’est donnée sur les impacts de ces mesures.

 

k) Explorer et mettre en œuvre un ensemble de mécanismes financiers novateurs

L’État partie indique que les revenus générés par le tourisme sont substantiels et en augmentation. Aucune information n’est fournie sur les recommandations de la mission de 2008 de faire en sorte que les revenus du tourisme soient répartis de façon à profiter à toutes les parties prenantes concernées. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que, compte tenu de sa réputation mondiale, le bien a une capacité potentielle exceptionnelle de devenir un modèle de financement durable pour les aires protégées à forte fréquentation touristique.

l) Organiser un forum technique de haut niveau entre la NCAA, le TANAPA et le Département de la faune sauvage pour assurer une meilleure gestion de l’écosystème du Ngorongoro-Serengeti

Il a été fait état, en 2008, de la création d’un « Forum sur l’écosystème du Serengeti » (SEF) pour donner suite à cette recommandation. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que ce résultat positif doit être consolidé et poursuivi afin de permettre l’intégration du bien dans le paysage général ainsi qu’une meilleure compréhension et une gestion plus efficace des interactions et des liens avec les terres environnantes, notamment diverses aires protégées telles que le Parc national du Serengeti également inscrit au patrimoine mondial. On observe une pression humaine croissante hors des limites du bien. L’UICN a reçu des informations concernant des projets de lodges permanents dans des zones connues pour être d’importants corridors pour la faune sauvage. Elle considère que le renforcement du SEF est nécessaire pour faire face aux problèmes de construction d’ouvrages de complexité et de taille croissantes dans l’ensemble de la région. La réserve de biosphère du Serengeti-Ngorongoro est suggérée comme cadre général pour les programmes paysagers de grande ampleur de ce type.

m) Faire participer activement les communautés résidentes aux processus décisionnels et mettre en place des mécanismes de partage des bénéfices pour leur donner le sentiment d’être partie prenante et d’avoir une responsabilité dans la conservation et l’utilisation durable des ressources naturelles du bien

Le rapport de l’État partie rappelle que les communautés résidentes participent par l’intermédiaire du Conseil pastoral, dont le président siège également au conseil d’administration de la NCAA. Le rapport énumère en outre une liste de projets financés par la NCAA au profit des communautés. Néanmoins, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent qu’en dépit de ces efforts, la mission de 2008 a constaté une tension croissante entre la NCAA et les communautés résidentes. C’est pourquoi la mission a recommandé à la NCAA d’engager le dialogue avec les communautés sur leur participation au processus décisionnel, l’élaboration de mécanismes de partage des bénéfices ainsi que leur responsabilité pour la mise en œuvre des objectifs du plan de gestion général en ce qui concerne l’utilisation des terres à l’intérieur du périmètre du bien. Le rapport n’indique pas si ce processus a été engagé.

L’État partie a également soumis un projet de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle, comme l’avait demandé le Comité en 2009. En fonction de la décision concernant la réinscription de Ngorongoro sur la base de critères culturels, soumise parallèlement, ce projet sera développé par l’État partie en coopération avec le Centre du patrimoine mondial, l’UICN et, le cas échéant, l’ICOMOS.

En conclusion, il est clair que peu de progrès ont été faits dans la mise en œuvre des recommandations des missions de suivi de 2007 et 2008. Rien ne permet de penser que la tendance dûment étayée à l’accroissement des menaces pour la valeur universelle exceptionnelle du bien et à l’aggravation des tensions entre les résidents locaux et les autorités a été enrayée. En dépit de quelques avancées, non seulement nombre de recommandations de 2007 n’ont toujours pas été mises en œuvre, mais des faits nouveaux en totale contradiction avec ces recommandations continuent de se produire.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont également reçu des informations et des plaintes selon lesquelles, en réponse aux décisions du Comité du patrimoine mondial, l’État partie prévoirait d’expulser par la force les populations résidentes. Le Centre du patrimoine mondial a pris contact à ce sujet avec l’État partie qui a démenti avoir effectué ou prévu des expulsions forcées.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que, si les impacts croissants des populations résidentes sur les valeurs et l’intégrité du bien sont préoccupants, le plan de gestion général a le double objectif de maintenir l’équilibre entre la conservation de la nature et les besoins des populations, comme indiqué dans le programme stratégique relatif au bien. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que les difficultés pour atteindre cet objectif sont plus grandes que jamais.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN reconnaissent que la question des impacts de la population humaine est complexe et contradictoire, qu’elle ne peut être abordée que par le dialogue avec les communautés locales et qu’elle exigera une stratégie à long terme. Ils font observer que tout déplacement soulève également des problèmes majeurs, notamment le consentement préalable libre et éclairé, l’interaction exacte entre l’exploitation humaine et les valeurs naturelles dans un écosystème dynamique, l’adéquation des terres et des infrastructures de rechange proposées, la sécurité du régime foncier ainsi qu’une concurrence et des conflits possibles avec d’autres utilisateurs des ressources dans les nouvelles zones d’implantation.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que les mécanismes pour une participation crédible et efficace à la gestion et pour négocier les conflits doivent être améliorés et encouragent l’État partie à élaborer un cadre de gestion plus participatif, efficace et transparent, qui permette une participation plus importante des parties prenantes. Les systèmes de gestion futurs devront en outre prendre en compte la décision du Comité du patrimoine mondial concernant la réinscription du bien sur la base de critères culturels et ses implications potentielles pour la gestion. Il est aussi à noter que, si des formes de tourisme susceptibles de nuire à l’intégrité, à la protection et à la gestion du bien continuent d’être encouragées, les valeurs du bien risquent de se dégrader rapidement. Par conséquent, il est crucial que l’État partie élabore une stratégie globale en matière de tourisme, basée sur des normes environnementales et sociales rigoureuses, comme demandé par le Comité du patrimoine mondial.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que les impacts de la pression humaine et du tourisme doivent être traités de toute urgence. Si rien n’est fait pour enrayer les tendances actuelles à la dégradation, la valeur universelle exceptionnelle du bien sera remise en cause et le Comité du patrimoine mondial pourrait être amené à envisager l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et des Organisations consultatives

Néant

Décision adoptée: 34 COM 7B.4

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-10/34.COM/7B,

2. Rappelant la décision 33 COM 7B. 9, adoptée à sa 33e session (Séville, 2009),

3. Exprime la plus vive inquiétude devant les pressions accrues sur l'écosystème du Ngorongoro, en particulier celles du tourisme et de l'exploitation humaine croissante, ainsi que devant le peu de progrès accomplis dans la mise en œuvre des recommandations des missions de suivi réactif de 2007 et 2008;

4. Considère que si les tendances actuelles à la dégradation ne sont pas enrayées, la valeur universelle exceptionnelle du bien pourrait être remise en question et l'inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril pourrait être envisagée;

5. Prie instamment l'Etat partie de mettre en œuvre toutes les recommandations des missions de suivi de 2007 et 2008 pour faire face à ces menaces;

6. Réitère l'importance de changer l'actuel cadre de gouvernance afin de permettre une participation plus significative des parties prenantes à l'aménagement du territoire ainsi que l'élaboration de mécanismes efficaces de partage des bénéfices et d'une stratégie globale réaliste en matière de tourisme;

7. Demande à l'Etat partie d'inviter la mission conjointe de suivi réactif UNESCO/UICN qui se rendra dans le Parc national de Serengeti et de l'informer des derniers progrès dans la mise en œuvre des recommandations des missions de 2007 et 2008;

8. Demande également à l'Etat partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2011, un rapport actualisé sur l'Etat de conservation du bien et sur la mise en œuvre des recommandations des missions de suivi de 2007 et 2008, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 35e session en 2011.

Décision adoptée: 34 COM 8B.13

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné les documents WHC-10/34.COM/8B.Add et WHC-10/34.COM/INF.8B1.Add,

2. Rappelant que la Zone de conservation de Ngorongoro, République-Unie de Tanzanie, est déjà inscrite sur la Liste du patrimoine mondial sur la base des critères (vii), (viii), (ix) et (x),

3. Inscrit la Zone de conservation de Ngorongoro, République-Unie de Tanzanie, sur la Liste du patrimoine mondial sur la base du critère (iv);

4. Adopte la Déclaration de valeur universelle exceptionnelle suivante:

Brève synthèse

La zone de conservation de Ngorongoro (809,440 ha) s'étend sur de vastes étendues de prairies, de brousses et de forêts d'altitude, des plaines du parc national du Serengeti au nord-ouest jusqu'au bras Est de la vallée du Grand Rift. Elle a été établie en 1959 en tant que zone d'usage multiple des terres, la faune sauvage coexistant avec des pasteurs Massaï semi-nomades pratiquant l'élevage du bétail. Elle comprend le spectaculaire cratère du Ngorongoro, la plus grande caldeira du monde, avec ses vastes pâturages ainsi que les gorges d'Olduvai, un profond ravin de 14 km de long.

Le bien revêt une importance mondiale pour la conservation de la biodiversité, du fait de la présence d'espèces menacées à l'échelle mondiale (comme le rhinocéros noir), de la densité de la faune sauvage qui vit tout au long de l'année dans le cratère de Ngorongoro et les environs, et de la migration annuelle des gnous, zèbres, gazelles de Thomson et gazelles de Grant et autres ongulés vers les plaines du nord.

La région fait l'objet de fouilles archéologiques de grande envergure depuis plus de 80 ans et a livré une longue séquence de traces de l'évolution humaine et de la dynamique homme-environnement sur une période de près de 4 millions d'années jusqu'au début de notre ère. Ces traces comprennent : des empreintes de pas fossilisées à Laetoli, associées au développement de la bipédie humaine ; une séquence de l'évolution de diverses espèces d'hominiens dans les gorges d'Olduvai, depuis les Australopithèques tels que Zinjanthropus boisei jusqu'à la lignée Homo qui comprend Homo habilis, Homo erectus et Homo sapiens ainsi qu'une forme précoce d'Homo sapiens au lac Ndutu ; dans le cratère du Ngorongoro, des vestiges qui témoignent du développement de la technologie de la pierre et de la transition vers l'utilisation du fer. L'ensemble du paysage de la zone est considéré comme ayant le potentiel de révéler beaucoup d'autres traces de l'émergence de l'homme anatomiquement moderne, du comportement moderne et de l'écologie humaine.

Critère (iv) : La zone de conservation de Ngorongoro a livré une séquence exceptionnellement longue de témoignages cruciaux relatifs à l'évolution humaine et à la dynamique homme-environnement, sur une période de 4 millions d'années jusqu'au début de notre ère, notamment les traces physiques des principales étapes de l'évolution de l'homme. Bien que l'interprétation de nombre des associations établies dans les gorges d'Olduvai reste discutable, leur ampleur et leur densité sont remarquables. Plusieurs des fossiles types de la lignée des hominiens proviennent de ce site. De plus, les recherches futures sur le site sont susceptibles de livrer beaucoup d'autres témoignages sur l'émergence de l'homme anatomiquement moderne, du comportement moderne et de l'écologie humaine.

Critère (vii) : Le paysage extraordinaire du cratère de Ngorongoro, avec sa spectaculaire concentration de faune sauvage, est l'une des plus grandes merveilles naturelles de la planète. Un nombre exceptionnel de gnous (plus de 1 million) traverse le bien lors de la migration annuelle à travers l'écosystème du Serengeti et met bas dans les plaines à végétation rabougrie qui s'étendent de part et d'autre de la frontière entre la Zone de conservation de Ngorongoro et le Parc national de Serengeti. L'ensemble constitue un phénomène naturel d'une beauté véritablement exceptionnelle.

Critère (viii) : Le cratère de Ngorongoro est la caldeira intacte la plus grande du monde. Il fait partie, avec les cratères d'Olmoti et d'Empakaai, de la partie est de la vallée du Grand Rift, célèbre pour sa géologie et dont le volcanisme remonte à la fin du mésozoïque/début du tertiaire. Le bien inclut également le site de Laetoli et les gorges d'Olduvai qui contiennent d'importantes traces paléontologiques liées à l'évolution de l'homme.

Critère (ix) : Les variations du climat, des formes de relief et d'altitude expliquent les divers écosystèmes qui se chevauchent et les habitats distincts, avec des plaines à végétation rabougrie, des forêts d'altitude, la savane boisée, des prairies hautes montagnardes et des landes d'altitude. Le bien fait partie de l'écosystème de Serengeti, l'un des derniers écosystèmes intacts du monde accueillant de larges et spectaculaires migrations animales.

Critère (x) : La Zone de conservation de Ngorongoro abrite une population de quelque 25 000 grands animaux, principalement des ongulés, ainsi que la plus forte densité de prédateurs mammifères d'Afrique, notamment la population de lions la plus dense que l'on connaisse (estimée à 68 en 1987). Le bien abrite également plusieurs espèces menacées telles que le rhinocéros noir, le lycaon, le chat doré et 500 espèces d'oiseaux. Enfin, il accueille l'une des plus importantes migrations animales de la planète, notamment plus d'un million de gnous, 72 000 zèbres et environ 350 000 gazelles de Thomson et de Grant.

Intégrité

Le bien a été inscrit en 1979 sur la base des critères naturels (vii), (viii), (ix) et (x), et en 2010 sur la base du critère culturel (iv). Par conséquent, la déclaration d'intégrité reflète l'intégrité des valeurs naturelles à la date d'inscription en 1979 et de la valeur culturelle à la date d'inscription en 2010.

En ce qui concerne les valeurs naturelles, les prairies et forêts du bien abritent d'importantes populations animales, en grande majorité non perturbées par la culture au moment de l'inscription. Les paysages très divers du bien n'avaient pas subi l'impact du développement ou de l'agriculture au moment de l'inscription. L'intégrité du bien est également renforcée par le fait qu'il fait partie de l'écosystème Serengeti - Mara. Le bien jouxte le Parc national de Serengeti (1 476 300 ha), également inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en tant que bien naturel. La possibilité de circuler à l'intérieur de ces biens ainsi qu'entre ces biens et les paysages contigus, grâce à des corridors de faune praticables, est essentielle pour protéger l'intégrité des migrations animales. La chasse est interdite dans la Zone de conservation de Ngorongoro, mais le braconnage de la faune sauvage est une menace constante qui requiert des capacités en matière de patrouille et de lutte contre les infractions. Les espèces envahissantes sont une source de préoccupation permanente ; elles exigent une surveillance continue et une action efficace dès qu'elles sont détectées. La pression du tourisme est elle aussi une source d'inquiétude, notamment les impacts potentiels de l'augmentation des visites, des nouvelles infrastructures, du trafic, de la gestion des déchets, des perturbations de la faune sauvage et du risque d'introduction d'espèces envahissantes.

Le bien fournit des pâturages aux pasteurs Massaï semi-nomades. Lors de l'inscription, on estimait à 20 000 les Massaï vivant sur le site avec quelques 275 000 têtes de bétail, ce qui était considéré comme étant dans les limites de capacité de la réserve. Aucune agriculture permanente n'est officiellement autorisée à l'intérieur du bien. Il faut que la croissance future de la population Massaï et le cheptel restent dans les limites de capacité du bien, or la sédentarisation croissante, le surpâturage local et l'empiètement agricole constituent des menaces pour les valeurs naturelles et culturelles du bien. Il n'y avait pas d'habitants dans les cratères de Ngorongoro et d'Empaakai, ni dans la forêt, au moment de l'inscription en 1979.

Le bien comprend non seulement les vestiges archéologiques connus, mais aussi des zones à haut potentiel archéoanthropologique où des découvertes analogues pourraient être faites. Néanmoins, l'intégrité des attributs paléoarchéologiques et le paysage globalement fragile sont dans une certaine mesure menacés, donc vulnérables, à cause, d'une part, du manque d'application des dispositifs de protection visant les régimes de pacage et, d'autre part, des projets d'accès et de tourisme à Laetoli et dans les gorges d'Olduvai.

Authenticité

Globalement, l'authenticité des sites fossilifères est incontestable, mais à cause de leur nature même, il faut que les gisements fossilifères restent intacts (sauf modifications dues aux processus géologiques naturel). Le dossier de réinscription ne contenant ni des informations suffisamment détaillées sur la plupart des sites pour qu'il soit possible de délimiter leur étendue ou les zones de fragilité archéologique, ni d'assurances suffisantes, en termes de système de gestion, selon lesquelles les sites resteront intacts et ne seront pas menacés par l'accès des visiteurs, des constructions ou le pacage du bétail, leur authenticité est vulnérable.

Mesures de protection et de gestion requises

La principale législation de protection du bien est l'Ordonnance de 1959 relative à la Zone de conservation de Ngorongoro. Le bien est placé sous la responsabilité de l'Administration de la Zone de conservation de Ngorongoro (NCAA). La Division des antiquités est chargée de la gestion et de la protection des ressources paléoanthropologiques de la Zone de conservation de Ngorongoro. Un protocole d'accord devrait être élaboré et adopté pour établir formellement les relations entre les deux entités.

La gestion du bien est guidée par un plan de gestion global. Actuellement, les principaux objectifs de gestion sont de conserver les ressources naturelles du bien, de protéger les intérêts des pasteurs Massaï et de promouvoir le tourisme. Le système de gestion et le plan de gestion doivent être élargis pour permettre une approche culturelle et naturelle intégrée combinant les besoins des écosystèmes et les objectifs culturels, ceci afin de mettre en place une approche durable de la conservation de la valeur universelle exceptionnelle du bien, y compris la gestion des prairies et des ressources archéologiques, et de promouvoir la sensibilisation aux questions d'environnement et de culture. Il faut que la gestion des attributs culturels, telle que prévue par le plan, aille au-delà des questions sociales et de la résolution des conflits entre l'homme et la faune sauvage pour couvrir la documentation, la conservation et la gestion des ressources culturelles et l'étude du potentiel archéologique de l'ensemble du paysage.

Il est particulièrement important que la NCAA ait les capacités et les compétences requises pour garantir l'efficience de son régime d'usage multiple des terres, notamment une connaissance de la gestion des usages pastoraux en partenariat avec la communauté Massaï et les autres parties concernées. Il faut également que la NCAA veille à ce que son personnel ait les qualifications requises en matière de patrimoine naturel et culturel pour mettre en pratique des stratégies de conservation bien conçues, intégrées et efficaces, notamment une planification efficace du tourisme, de l'accès aux sites et des infrastructures.

Il faut une parfaite compréhension de la capacité du bien de s'adapter aux usages humains et au pacage du bétail, basée sur les besoins de la population Massaï et sur l'évaluation de l'impact des populations humaines sur les écosystèmes et l'archéologie du bien. Une stratégie convenue d'un commun accord entre la NCAA, les chefs de la communauté Massaï et d'autres parties concernées est nécessaire pour trouver un juste équilibre entre, d'une part, les niveaux de population humaine et d'exploitation des ressources et, d'autre part, la protection des attributs naturels et culturels du bien, notamment les questions de pacage et de gestion des prairies et le conflit entre l'homme et la faune sauvage. La participation active des communautés résidentes aux processus décisionnels est essentielle, en particulier la mise au point de mécanismes de partage des bénéfices, afin de susciter un sentiment d'adhésion et de responsabilité à l'égard de la conservation et de l'utilisation durable des ressources naturelles et culturelles du bien.

Une stratégie globale en matière de tourisme est une exigence à long terme pour le bien afin, d'une part, de guider l'utilisation publique du bien et la façon de le mettre en valeur, et d'autre part de privilégier la qualité du tourisme plutôt que la quantité de visiteurs et d'aménagements touristiques. L'accès des véhicules au cratère et autres zones prisées du bien exige des limites claires pour protéger la qualité de l'expérience touristique et éviter que les attributs naturels et culturels ne soient inconsidérément perturbés. Les constructions et infrastructures destinées au tourisme ou à la gestion du bien qui influent sur ces attributs naturels et culturels ne doivent pas être autorisées.

Compte tenu des liens naturels importants entre le bien et les réserves adjacentes, il est important d'établir une collaboration réelle et permanente entre le bien, le Parc national de Serengeti et d'autres zones de l'écosystème Serengeti-Mara, afin de permettre les mouvements de migration de la faune et d'harmoniser les objectifs de gestion en matière d'utilisation touristique, de gestion des paysages et de développement durable.

5. Recommande que l'Etat partie cherche d'autres moyens pour améliorer la présentation des sites de Laetoli et de découverte de Zinjanthropus et d'informer le Comité du patrimoine mondial de toute proposition de construction sur des deux sites avant de prendre tout engagement, conformément au paragraphe 172 des Orientations;

6. Recommande également que, afin de donner un base claire à la valeur de la ressource culturelle et à ses besoins en matière de conservation et de gestion, l'Etat partie fournisse au Centre du patrimoine mondial:

a) Des détails sur la zone spécifique et l'emplacement des ressources paléoanthropologiques, notamment les limites spécifiques de Laetoli, du lac Ndutu, de Nasera et des tertres funéraires de Ngorongoro, ainsi que de leur environnement fragile, afin d'assurer leur protection ;

b) Des détails sur les paysages archéologiques fragiles dans l'ensemble du bien ;

c) Des détails sur l'emplacement des découvertes de tous les sites paléoanthropologiques ;

d) Des plans de conservation pour tous les sites paléoanthropologiques.

7. Recommande en outre à l'Etat partie d'élaborer un plan de gestion révisé mettant davantage l'accent sur la gestion des ressources culturelles, expliquant comment la réglementation sera appliquée et énonçant une stratégie de pastoralisme qui respecte les ressources naturelles et culturelles, fait participer les Massaï et définit une approche durable de la gestion des prairies situées à l'intérieur du bien;

8. Demande à l'Etat partie de continuer à traiter avec extrême prudence les décisions concernant la mise au jour des empreintes de pas de Laetoli;

9. Demande également à l'Etat partie d'inviter une mission conjointe Centre du patrimoine mondial/Organisations consultatives sur le site afin de proposer une révision du système de gestion et d'élaborer un plan pour garantir la protection, la conservation et la gestion satisfaisantes des attributs culturels, d'aborder les questions de conservation concernant les attributs naturels traitées dans le document WHC-10/34.COM/7B;

10. Rappelle sa demande à l'Etat partie, au point 7B de la présente session, de fournir au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2011, un rapport sur l'Etat de conservation du bien pour considération à sa 35e session en 2011.

Décision adoptée: 34 COM 8B.14

Note : les dispositions de la décision 34 COM 8B.14 ont été intégrées à la décision 34 COM 8B.13