1.         Sites préhistoriques et grottes ornées de la vallée de la Vézère (France) (C 85)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1979

Critères  (i)(iii)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/85/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0
Montant total approuvé : 0 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/85/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

2006 : visite du Centre du patrimoine mondial ; mars 2009 : mission de suivi réactif de l’ICOMOS.

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Éclosions de spores de moisissures et spores bactériennes à la surface des peintures rupestres de Lascaux 

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/85/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2011

Le 1er février 2010, l’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien en réponse aux recommandations du Comité à sa 34e session (Brasilia, 2010). Ce rapport complet contient un Plan d’action et des annexes détaillées avec graphiques et visualisations.

a) Questions générales de conservation

Aucun traitement au biocide n’a été effectué depuis 2008. Les spécialistes de la conservation ont continué à contrôler toute l’année les surfaces de la grotte pour enregistrer le niveau de contamination des surfaces peintes et évaluer tous changements ou modifications. Dans certaines parties non peintes, sur la partie inférieure des parois, une suppression manuelle des micro-organismes a été effectuée sous supervision d’archéologues.

Tout au long de l’année 2010, le niveau général de contamination de la grotte a été considéré comme relativement stable et l’on n’a pas noté de changements notables dans la localisation des zones contaminées.

Une régression des zones de moisissure blanche a été constatée en plusieurs endroits. Seule la voûte du passage reste une zone sensible. Néanmoins, entre avril et novembre 2010, on a constaté davantage de disparitions que d’apparitions de zones atteintes par la moisissure dans cette zone.

Les taches noires apparues en mars 2006 sont photographiées deux fois par an, avec analyse de leur nombre et de leur disposition dans les zones les plus significatives de l’Abside et de la Nef. Leur développement a été ralenti et seulement quelques taches nouvelles ont été signalées en 2010. Cependant, l’apparition de nouvelles tâches a été signalée sur la voûte de la Nef. Actuellement, moins de 1 % des peintures sont encore affectées par ce phénomène.

En octobre 2009, la présence limitée de vermiculations a été signalée dans la Salle des Taureaux. Pour mieux comprendre l’évolution du phénomène, une surveillance visuelle est effectuée chaque semaine et un contrôle photographique est réalisé régulièrement. L’analyse qui a suivi a révélé que ce phénomène évolue lentement, avec peu de nouvelles poussées. Comme l’on dispose de très peu de données scientifiques sur cette question, une analyse scientifique est actuellement entreprise par l’Université de Bordeaux sur le phénomène de la vermiculation, qui ne semble actif que quelques semaines par an à la fin de l’été.

Le projet de recherche pluridisciplinaire mis en place en 2007 pour étudier les relations générales entre paramètres physiques et climatiques et le développement de micro-organismes était initialement prévu sur trois ans. Il est essentiellement centré sur trois zones de la grotte. Les observations tendent à confirmer l’hypothèse selon laquelle le contrôle des conditions microclimatiques à la surface des parois est essentiel pour contrôler la croissance microbienne du substrat air-minerai. Les changements qui ont affecté le microclimat dans les zones sélectionnées étaient heureusement trop peu importants pour modifier la colonisation en surface, qui est restée à peu près stable. En l’absence de croissance visible de micro-organismes sur la surface des parois, il s’est avéré impossible de recueillir des données microbiologiques appropriées. Le projet a donc été réorienté vers deux nouvelles zones : l’une constituée d’argile sans contamination visible par les champignons, l’autre constituée de sable recouvert d’un important sédiment d’argile et comportant des « taches noires ». Ce projet fera l’objet d’une évaluation par le Conseil scientifique en mars 2011.

Un second projet, lancé en 2010, est dirigé conjointement par l’Institut national de recherche agronomique de Dijon et l’Institut national de ressources naturelles et d’agrobiologie de Séville. Il étudie l’écologie microbienne des micro-organismes dans la grotte, pour comprendre leurs besoins métaboliques, ce qui pourrait contribuer à expliquer l’apparition des taches noires. L’objectif de ce projet est d’étudier minutieusement toutes les communautés microbiennes de la grotte pour comprendre ce qui a perturbé leur équilibre. Les résultats préliminaires de ce projet ont permis d’identifier une nouvelle espèce de moisissure de Scolecobasidium, dénommée Ochroconis Lascauxencis, qui montre le rôle des excréments de collemboles (minuscules arthropodes) dans la dissémination des spores de Scolecobasidium. Ce projet, qui doit durer jusqu’au second semestre 2011, communiquera ses conclusions au Conseil scientifique pour action complémentaire.

Au cours de 2010, un troisième projet mené grâce à un partenariat entre l’École des Mines d’Alès, le Centre National de Préhistoire, et la Conservation régionale des monuments historiques a aidé à mettre en place une méthode de détection et d’évaluation de minuscules changements des surfaces pariétales par contrôle chromatique, comme moyen de conservation préventive.

Le Simulateur Lascaux est en cours de mise au point depuis 2005. Les responsables de la modélisation ont maintenant accès à un processeur beaucoup plus important, le premier en Europe et le sixième au monde, ce qui signifie que l’analyse des données peut être entreprise beaucoup plus rapidement. Le Simulateur évalue actuellement l’impact de la fermeture des anciens aérateurs coulissants et les conditions que toute nouvelle machine de climatisation devrait avoir à traiter, comme les zones froides et autres. Ces données sont utilisées pour mettre éventuellement au point un nouveau système de climatisation.

L’installation d’un toit protecteur pour la salle des machines est prévue pour le début de 2011 et aura pour but de réduire l’impact thermique de l’écoulement des eaux. Il sera fait de panneaux amovibles rapidement démontables pour permettre un accès rapide en cas de prolifération microbiologique.

Actuellement, une « grotte-laboratoire » est en cours d’installation en Dordogne. Il s’agit d’une grotte sans intérêt archéologique, mais qui présente beaucoup de similitudes avec Lascaux. Une fois équipée, cette grotte va servir de site expérimental pour étudier les processus d’interaction entre l’eau, l’air et les micro-organismes afin de comprendre l’impact de chacun de ces paramètres, ce qui pourrait bénéficier à la gestion de la grotte de Lascaux.

b) Isolement de la colline

Afin de réduire le nombre de touristes qui visitent les abords de la colline lors de leur circuit de visite de la réplique de la grotte – Lascaux II –, une étude de faisabilité est en cours pour transférer le parking un peu plus loin des grottes de karst. Les travaux devraient être réalisés entre 2011 et 2012. La politique d’acquisition de parcelles de terrain, lancée en 2007, a permis d’acheter trois parcelles. Le groupe de travail, créé en mars 2009 pour étudier un nouveau système de gestion de tourisme culturel, en vue d’un développement général de la Vallée, a soumis son rapport en juin 2010 et a défini plusieurs options, dont un projet de réplique de grotte totalement nouvelle.

c) Stratégie de communication

Toutes les réunions du Conseil scientifique sont maintenant suivies de conférences de presse et de communiqués de presse. Le site Internet de Lascaux, géré par le Ministère de la Culture et de la Communication, présente maintenant des détails sur les projets de conservation, y compris sur les conclusions des réunions du Conseil scientifique qui donnent des informations sur les protocoles d’intervention. La publication des actes du colloque international de Lascaux, tenu en 2009, est prévue au début de 2011 et d’autres publications sont prévues dans des revues spécialisées. En 2011, le Conseil scientifique souhaite créer un site Internet indépendant du site actuel du Ministère de la Culture et de la Communication pour ses actions de communication et d’information du public.

 

d) Plan d’action et priorités

Le Conseil scientifique a identifié deux objectifs essentiels (priorités) :

i. Réagir le plus rapidement possible aux problèmes identifiés dans la grotte (p. ex. les taches noires et les vermiculations)

ii. Étudier les paramètres de futures interventions (p. ex. le remplacement possible du système de climatisation).

La gestion des connaissances, en cas de nouvelle crise potentielle (p. ex. l’impact du changement climatique), a été définie comme faible degré de priorité.

Pour répondre à ces priorités, quatre groupes de travail ont été créés :

·  Microbiologie, microfaune et vermiculations

·  Hydro-climatologie et simulations

·  Écosystèmes de surface et relations avec les écosystèmes souterrains

·  État de la grotte et évolution possible

Chaque groupe de travail a défini des objectifs, des résultats escomptés et des calendriers qui ont été présentés en détail dans le rapport et qui ont été approuvés par le Conseil scientifique en décembre 2010 et janvier 2011.

e) Gestion

Comme cela a été mentionné dans le dernier rapport, lors de la création du Conseil scientifique, il a été créé simultanément un Comité exécutif chargé des questions techniques et administratives. Ainsi, le Conseil scientifique va établir le plan de conservation de la grotte et l’administration mettra en œuvre les actions nécessaires. À partir de 2011, le Conseil scientifique se réunira cinq fois par an. Si nécessaire, d’autres spécialistes scientifiques seront invités à la réunion. En 2010, l’État partie indique que 600 000 euros ont été investis en recherche, conservation et administration.

 

f) Protocole d’intervention

Ce protocole a été publié en juillet 2010 par le Ministère de la Culture et de la Communication.

g) Groupe scientifique de réflexion sur Lascaux (LIST)

En janvier 2011, un porte-parole du LIST a écrit au Centre du patrimoine mondial pour exprimer sa préoccupation quant à la composition du Conseil scientifique. Il a fait remarquer que malgré le fait que le Comité compte de nombreux scientifiques, il n’y avait pas parmi eux de scientifique spécialisés dans des sujets liés aux menaces précises du site – par exemple des mycologues ou des experts en conditions climatiques souterraines –, et que la transparence promise n’était pas respectée. Il a indiqué que les informations émanant du Conseil étaient très générales et a considéré qu’il fallait renouveler la machinerie installée en 1999-2000 et réparer les aérateurs coulissants.

Le 15 mars 2011, l’État partie a répondu sur ces points, considérant que beaucoup de ces questions avaient été traitées dans son rapport – comme par exemple la liste de membres du Comité scientifique qui montrait la participation de mycologues. Le représentant du LIST a été invité à la prochaine réunion du Conseil scientifique.

h) Fondation du Comité international pour la sauvegarde de Lascaux (ICPL)

En janvier 2011, l’ICPL a envoyé un rapport au Centre du patrimoine mondial qui laissait entendre que la Grotte de Lascaux pouvait être considérée comme un projet pilote, comme cela était mentionné dans la décision 34COM 5D du Comité qui suggérait que les projets pilotes puissent « aborder les relations entre conservation et développement durable, à l’échelle régionale comme à celle de l’écosystème ». Le rapport reconnaît que les interventions réalisées dans la grotte dans les années quarante ont détruit son système climatique naturel qui avait protégé les peintures. L’ICPL considère que les ingénieurs des années soixante ont compris la nécessité d’intervenir en simulant les systèmes naturels avec la création d’une barrière isolant la grotte des changements de la température extérieure, et l’introduction d’un flux d’air contrôlé. Il estime que le système de climatisation installé en 2000 (bien que récemment adapté pour assister le mécanisme de respiration de la grotte basé sur les courants de convection naturels) représentait le contraire de la durabilité, et que les interventions récentes ont contribué à modifier l’écosystème de la grotte. L’ICPL demande donc au Conseil scientifique de réétudier les priorités en vue de restaurer ce qu’il décrit comme « un écosystème durable capable de survivre et de se développer sans que les humains aient continuellement à ajouter quelque chose à ce système ou à en retirer quelque chose ».

 

En réponse à une demande du Centre sur les questions susmentionnées, l’État partie considère, dans sa lettre du 15 mars 2011, qu’il n’est pas correct de dire que le nouveau système installé en 1999 « effectuait une ventilation forcée » dans la grotte car le système a contrôlé les conditions climatiques de manière satisfaisante. Il fait également remarquer que lors de la découverte de la grotte, les peintures n’étaient pas en parfait état et avaient subi quelques pertes. Il juge problématique de définir un état « idéal » ou naturel pour la grotte car l’on n’en sait pas assez sur les conditions climatiques dominantes il y a des milliers d’années ; qui plus est, les conditions climatiques à l’extérieur de la colline ont énormément changé ces derniers siècles. L’État partie estime d’autre part que la proposition de l’ICPL semble simplement fondée sur la notion qu’il suffit de contrôler la circulation de l’air, et que la complexité des réseaux de grottes, associée à la diversité des conditions climatiques subies depuis 18 000 ans montre qu’un simple modèle climatique est impossible et que l’équilibre devra également inclure des considérations biologiques si l’on veut transmettre la grotte aux générations futures. 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives font remarquer que la grotte est maintenant signalée comme relativement stable en termes de niveaux de contamination. Il semble qu’il y ait régression des zones de moisissure blanche, des taches noires et des réticulations sur la plupart des zones affectées, quelques zones seulement paraissant « instables ». Ils notent en outre que le Conseil scientifique a renforcé son fonctionnement avec la création de quatre sous-groupes et que ceux-ci ont défini des priorités et des plans d’action détaillés pour les 3 ans à venir.

La recherche entreprise jusqu’ici a identifié une nouvelle espèce microbienne de Scolecobasidium, dénommée Ochroconis Lascauxensis, dont la dissémination semble avoir des relations de symbiose avec un minuscule arthropode, le collembole. L’absence d’informations sur ces organismes montre bien la spécificité des problèmes de Lascaux et la nécessité de recherches complémentaires. Compte tenu de l’accès restreint à Lascaux, il est de plus en plus important d’utiliser des grottes de remplacement pour la recherche et l’expérimentation, et le Conseil répond à ce besoin.

Le rapport général contient une très grande quantité d’informations sur les recherches en cours. Les remarques de l’ICPL et du LIST montrent bien que la connaissance de tout ce qui est entrepris, les différents spécialistes engagés, la raison d’être des actions et le temps qu’il faudra pour modéliser totalement la grotte et comprendre l’immense complexité de ses écosystèmes ne sont pas totalement pris en compte par ceux qui sont extérieurs à la structure. Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent avec satisfaction l’objectif du Conseil scientifique de créer un site Internet séparé pour Lascaux, mais demandent instamment à l’État partie de mettre en place une stratégie de communication pour diffuser l’information sur le site Internet, comme l’avait précédemment demandé le Comité.

Décision adoptée: 35 COM 7B.92

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-11/35.COM/7B,

2. Rappelant les décisions 32 COM 7B.88, 33 COM 7B.100 et 34 COM 7B.85 adoptées respectivement à sa 32e session (Québec, 2008), 33e session (Séville, 2099) et 34e session (Brasilia, 2010),

3. Prend note du caractère complet et détaillé de l'observation, du suivi, de l'analyse et de la recherche actuellement entrepris pour mieux appréhender la dynamique microbiologique et climatique complexe de la grotte de Lascaux, et bien comprendre les causes de la détérioration des surfaces;

4. Note la nécessité d'approfondir la recherche sur les microbes spécifiques récemment identifiés dans la grotte, et la nécessité de disposer de grottes de remplacement où entreprendre cette recherche;

5. Note également qu'en 2010, l'Etat partie a signaléque la situation de la grotte était relativement stable, avec régression de la plupart des effets négatifs;

6. Accueille favorablement les plans d'action détaillés des quatre sous-groupes établis par le Conseil scientifique;

7. Note avec satisfaction l'intention du Conseil scientifique de créer un nouveau site Internet pour Lascaux en 2011;

8. Considère qu'il reste nécessaire de diffuser davantage d'informations au public concernant toute la diversité des travaux, afin de dissiper les craintes dans l'ensemble de la communauté, et prie instamment à l'Etat partie de présenter une Stratégie de communication pour assurer la plus grande transparence possible à ses démarches et actions;

9. Prend acte de l'avancement concernant l'isolement de la colline grâce aux projets de transfert du parking et d'acquisition de terrains par l'Etat, et note en outre l'exercice de définition du champ de l'étude d'impact sur une éventuelle grotte en fac-similé, et demande à l'Etat partie de veiller à ce que le Comité du patrimoine mondial soit totalement informé de tous les stades de ce projet touristique, en vertu du paragraphe 172 des Orientations, avant de prendre tous engagements;

10. Demande également à l'Etat partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2013, un rapport d'avancement sur l'état de conservation du bien et sur la mise en œuvre de ce qui précède, et notamment des plans de développement touristique, pour examen par le Comité du patrimoine mondial en 2013.