1.         Ibiza, biodiversité et culture (Espagne) (C/N 417rev)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1999

Critères  (ii)(iii)(iv)(ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/417/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0
Montant total approuvé : 0 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/417/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Novembre 2009: mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/UICN

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Projet à grande échelle pour l'expansion du port;

b) Gestion, y compris gestion des visiteurs et présentation du bien.

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/417/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2011

Le 27 janvier 2011, un rapport sur l'état de conservation a été remis par l'État partie. Ce rapport donne des informations précises sur la réponse de l'État partie aux recommandations faites la mission conjointe de suivi réactif de 2009, telles que les actions entreprises pour suivre et sauvegarder la valeur universelle exceptionnelle du bien, y compris les prairies de posidonies. Le rapport contient 1.000 pages d'annexe qui sont actuellement étudiées par les Organisations consultatives.

a) Gestion, y compris gestion des visiteurs et présentation du bien

L'État partie signale que la commission technique du Consortium du patrimoine mondial d'Ibiza, qui est constituée de représentants de toutes les institutions ayant autorité sur le bien, préparera un plan de gestion intégré en 2011. Il précise également que le centre d'interprétation destiné aux visiteurs situé dans le parc naturel de Ses Salines est sur le point d'ouvrir et que l'interprétation à Ses Feixes a été améliorée au moyen d'une série de mesures dont une interprétation liée au statut de patrimoine mondial.

L'État partie signale également que le Conseil d'Eivissa prévoit d'investir cette année 1,9 million d'euros dans le rétablissement du paysage de Ses Feixes et dans son intégration dans le cadre du paysage contextuel de la ville ainsi que dans la prise de conscience par la population de ses valeurs. Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives jugent favorablement ces projets et reconnaissent le lourd investissement entrepris dans les zones humides de Ses Feixes.

L'UICN a reçu des rapports faisant état d'un grand nombre de bateaux de plaisance navigant sur la composante marine du bien, ce qui a un impact négatif sur ses prairies de posidonies en raison des impacts cumulés des eaux usées rejetées directement à la mer et des dégâts physiques directs causés par les ancres. Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives suggèrent donc que l'État partie crée et mette en place un mécanisme de contrôle efficace des bateaux de plaisance, basé sur une évaluation précise de ses capacités.

b) Problèmes de patrimoine naturel liés à l'extension du port

L'État partie a remis un rapport détaillé sur l'avancée des travaux d'extension du port et les actions connexes, dont le dragage et les mesures d'atténuation et de suivi mises en œuvre pour éviter tout impact négatif sur la valeur universelle exceptionnelle du bien. L'État partie indique qu'il est prévu que les travaux de dragage et l'enlèvement des matériaux dragués dans la zone marine désignée soient achevés en mars 2011. L'État partie précise qu'un barrage flottant et une barrière de profondeur ont été installés pour empêcher toute pollution à l'extérieur de la zone de travaux et détaille minutieusement sa stratégie de suivi y compris au moyen de techniques sophistiquées et d'une modélisation destinée à éviter tout risque lors de l'enlèvement des matériaux dragués. Conformément à la recommandation de la mission de 2009, l'État partie a envisagé la possibilité d'utiliser un tuyau pour évacuer les matériaux dragués sur les fonds marins, mais a jugé que ce procédé n'était pas réalisable.

L'État partie rapporte également que la qualité des matériaux dragués a été vérifiée et que les concentrations en métaux lourds dans le sédiment se sont avérées en dessous des limites définies par le Centre d'étude et d'expérimentation des travaux publics (CEDEX). L'État partie n'a cependant évoqué ni la possible présence et les taux de polluants organiques, ni les procédures suivies pour contrôler la contamination du sédiment tout au long des phases de post-dragage. L'État partie conclut que les matériaux enlevés n'ont pas de conséquence sur le bien, y compris sur les prairies de posidonies qui font partie de sa valeur universelle exceptionnelle.

Le Centre du patrimoine mondial a continué de recevoir des plaintes émanant d'ONG locales qui exprimaient leurs craintes sur la nécessité et les impacts des travaux d'extension du port, ainsi que sur les travaux de dragage et d'enlèvement en cours. Il a été suggéré que la taille de l'extension puisse encore être réduite, et qu'une étude d'impact visuel des bâtiments et autres structures prévus sur les environs soit menée, ainsi qu'une étude d'impact de l'extension du port sur la circulation dans ces mêmes zones voisines. Les ONG ont également observé que les travaux de dragage et d'enlèvement des matériaux ne sont pas interrompus lorsque les conditions météorologiques sont mauvaises, ce qui accroit le risque de dispersion des matériaux enlevés sur le territoire du bien et pourrait avoir un impact négatif sur les prairies de posidonies.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives accueillent avec satisfaction les efforts entrepris par l'État partie pour suivre et contrôler l'impact des matériaux enlevés. Ils prient instamment l'État partie de faire un suivi de la qualité des matériaux dragués tout au long des différentes phases de travaux, d'inclure à ce suivi un test de présence de polluants organiques et d'interrompre les travaux de dragage et d'enlèvement en cas de conditions météorologiques défavorables. Il est nécessaire d'accroitre le suivi de la Caulerpa racemosa, une algue invasive, dont la présence est confirmée par l'État partie, de prendre les mesures appropriées afin d'éliminer cette espèce et d'empêcher sa croissance et ses impacts potentiels sur le bien.

c) Problèmes de patrimoine culturel liés à l'extension du port

 Dans son rapport, l'État partie signale qu'aucun site archéologique n'a été identifié dans la zone prévue pour la nouvelle esplanade et les docks transversaux de Botafoc mais des restes (en particulier de l'armement) ont été découverts, probablement liés à un naufrage au 16e ou 17e siècle en face d'Illa Grossa. Les travaux de dragage ont été interrompus dans la zone afin de permettre une recherche approfondie quand la visibilité s'améliorera. Selon le rapport, le suivi archéologique à bord du bateau de dragage est fait par une équipe d'archéologues présents en permanence sur le site. Les pièces de bois découvertes sont en cours de désalinisation avant un transfert au musée archéologique d'Ibiza.

L'État partie signale également que des mesures ont été prises pour minimiser l'impact de la pollution lumineuse durant les travaux de nuit du port, en conformité avec les règlementations en vigueur.

En ce qui concerne l'activité portuaire, il est précisé que le futur terminal des ferries respectera les hauteurs définies par les "dispositions techniques et fonctionnelles" ainsi que les "critères esthétiques et d'intégration dans le paysage" précédemment définis. Les constructions de l'extension du port n'auront aucun impact visuel négatif sur le cadre du bien de Dalt Vila et sa zone tampon (Ses Feixes). Le schéma directeur d'infrastructures a défini la capacité minimum nécessaire de l'infrastructure portuaire pour assurer les opérations du port, selon des projections de croissance proche de zéro. Des études complémentaires sur la capacité de chaque composante du bien ont été menées. On ne s'attend donc pas à ce que l'activité portuaire augmente de façon significative une fois l'extension du port menée à bien. En ce qui concerne la composante marine du bien, la réorganisation du port ne vise pas à augmenter le nombre de navires mais à améliorer la qualité, l'efficacité et la sécurité de leur accès.

d) Autres problèmes de conservation

L'État partie fait observer que les autorités compétentes ont répondu de façon positive aux autres recommandations de la mission 2009. Il confirme que sa priorité actuelle est l'élaboration et la mise en œuvre du plan de gestion intégré et que toute extension du bien serait un projet à moyen terme. Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives prennent note de la réponse positive de l'État partie à ces recommandations et suggèrent qu'il envisage également d'inclure le Parc national de l'archipel de Cabrera dans le cadre d'une extension en série du bien, afin d'avoir une représentation plus complète de la variété des écosystèmes marins de l'ouest de la Méditerranée, comme recommandé par l'UICN lors de l'inscription du bien.

L'UICN a reçu des rapports qui semblent faire état d'un déclin constant de l'état de conservation des prairies de posidonies depuis l'époque de l'inscription du bien. L'UICN a également reçu des rapports qui observent qu'outre la menace de la Caulerpa racemosa, une algue rouge invasive, la Lophocladia lallemandii, menace les prairies de posidonies du bien. Par ailleurs, des rapports font remarquer que les capacités de traitement des eaux usées d'Ibiza et de Platja d'en Bossa sont insuffisantes lors de la haute saison touristique, ce qui a pour conséquence le rejet dans la mer d'eaux usées insuffisamment traitées, ayant ainsi un potentiel impact négatif sur les prairies de posidonies présentes sur le territoire du bien. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN rappellent la recommandation de la mission de 2009 selon laquelle un système de suivi intégré des valeurs naturelles du bien devrait être créé et mis en place et qu'il est nécessaire que l'État partie améliore le contrôle des espèces invasives. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN estiment également que l'État partie devrait moderniser et améliorer les équipements de traitement des eaux usées d'Ibiza et de Platja d'en Bossa et réutiliser les eaux usées traitées dans le cadre de la restauration des zones humides de Ses Feixes.

L'État partie précise en outre qu'une étude sur le tourisme durable auprès des citoyens d'Ibiza et de Formentera est prévue, que la ville fortifiée ne souffre actuellement d'aucun problème de surcapacité et que l'accès aux sites archéologiques est contrôlé.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et des Organisations consultatives

En résumé, le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives prennent note des progrès accomplis dans la mise en œuvre des recommandations de la mission de 2009 sur la gestion, la gestion des visiteurs et la présentation du bien. Ils suggèrent que l'État partie crée et mette en œuvre un système de contrôle efficace pour les bateaux de plaisance, sur la base d'une évaluation de la capacité du bien. Ils prennent note en outre des efforts de l'État partie afin de suivre et contrôler l'impact des matériaux enlevés dans le cadre du projet d'extension portuaire, mais ils suggèrent que l'État partie suive la qualité des matériaux dragués tout au long des travaux, y compris au moyen de tests sur la présence de polluants organiques. Il est également suggéré que l'État partie mette en place un système de suivi intégré des valeurs naturelles du bien afin de contrôler les menaces à sa valeur universelle exceptionnelle dont les espèces invasives et le rejet d'eaux usées insuffisamment traitées.

Décision adoptée: 35 COM 7B.37

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-11/35.COM/7B,

2. Rappelant la décision 34 COM 7B.41, adoptée à sa 34e session (Brasilia, 2010),

3. Prend note des progrès accomplis par l'Etat partie dans la mise en œuvre des mesures correctives de la mission de suivi de 2009 en matière de gestion, de gestion des visiteurs et de présentation du site, et des efforts entrepris pour suivre et atténuer les impacts négatifs de l'extension du port sur le bien;

4. Prend également note des efforts entrepris pour renforcer le suivi des vestiges archéologiques et le sauvetage de ce qui semble être une épave de bateau et des éléments liés à celle-ci;

5. Prie instamment l'Etat partie de suivre la qualité des matériaux dragués tout au long des phases de l'extension du port, et de faire procéder à des tests sur l'éventuelle présence de polluants organiques;

6. Prie aussi instamment l'Etat partie d'informer immédiatement le Centre du patrimoine mondial de tout impact inattendu ou négatif survenu au cours des travaux d'extension portuaire, et demande à l'Etat partie de maintenir les actions appropriées d'atténuation et le suivi pendant et après les travaux du port afin d'éviter tout impact négatif sur la valeur universelle exceptionnelle du bien;

7. Prend note également de la présence d'un grand nombre de bateaux de plaisance qui continuent de causer des impacts directs et cumulés sur les prairies de posidonies présentes sur le territoire du bien et aux alentours, et encourage instamment l'Etat partie à créer et à mettre en place un mécanisme efficace de contrôle afin d'atténuer les impacts des bateaux de plaisance sur la valeur universelle exceptionnelle du bien, basé sur une évaluation précise de sa capacité;

8. Encourage instamment par ailleurs l'Etat partie à moderniser et améliorer les équipements de traitement des eaux usées d'Ibiza et de Platja d'en Bossa afin d'éliminer le déversement d'eaux usées insuffisamment traitées dans la mer;

9. Accueille avec satisfaction la volonté de l'Etat partie d'envisager une possible future extension du bien, et encourage l'Etat partie à envisager d'inclure le Parc national de l'archipel Cabrera dans cette extension en plus des zones identifiées par la mission de suivi réactif de 2009;

10. Réitère sa demande auprès de l'Etat partie afin que soit créé et mis en place un système de suivi intégré des valeurs naturelles du bien afin de suivre les  menaces à sa valeur universelle exceptionnelle, faisant état entre autres des espèces invasives et du déversement d'eaux usées insuffisamment traitées;

11. Demande également à l'Etat partie, conformément au paragraphe 172 des Orientations, de fournir toute information détaillée sur les projets d'équipements ou de structures (comme le futur terminal de ferries) susceptibles d'avoir des impacts négatifs sur la valeur universelle exceptionnelle du bien;

12. Demande en outre à l'Etat partie de remettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2015, un rapport sur l'état de conservation du bien, y compris l'état de conservation actualisé des prairies de posidonies depuis son inscription, ainsi qu'une copie du plan de gestion après sa finalisation, pour examen par les Organisations consultatives.