1.         Parc national de Coiba et sa zone spéciale de protection marine (Panama) (N 1138rev)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  2005

Critères  (ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/1138/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0
Montant total approuvé : 0 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/1138/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé au bien: 350.000 dollars EU (planification de gestion, installation de bouées d'amarrage pour les bateaux de plongée, travail avec les communautés locales, renforcement de capacités, plan d'utilisation du bien par le public, travaux visant à une meilleure compréhension par les intervenants locaux des mesures de protection légale)

Missions de suivi antérieures

Néant

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Présence continue et en augmentation du bétail.

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/1138/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2011

Le 15 février 2011, l'État partie a remis un rapport sur l'état de conservation du bien. Ce rapport offre une vue d'ensemble sur les progrès accomplis dans la finalisation et la mise en œuvre du plan de gestion de la zone spéciale de protection marine, définissant ainsi une politique officielle de développement et de conservation de la zone côtière en face du bien et déplaçant le bétail du territoire du bien, comme demandé par la décision 33 COM 7B.38. Le 9 décembre 2010, l'État partie a soumis à examen la Déclaration rétrospective de valeur universelle exceptionnelle mais elle a été jugée incomplète.

a) Planification de la gestion, gestion de la pêche et gouvernance

L'État partie signale le plan de gestion de la zone spéciale de protection marine (ZSPM) et les règlementations associées sur la pêche doivent encore être finalisés et approuvés, comme demandé par la décision 33 COM 7B.38 du Comité. Contrairement à ce qui avait été demandé par l'UICN dans son évaluation, aucun mécanisme de suivi de la pêche sur le territoire du bien n'a été créé. L'État partie fait observer que l'Agence nationale de la pêche a mis en place un système de suivi par satellite des bateaux de pêche dans toutes les eaux panaméennes et qu'une base de données est disponible pour toutes les zones de pêche géoréférencées, ce qui devrait permettre le suivi des impacts des activités de pêche sur le bien.

Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN accueillent avec satisfaction la création d'un système de suivi par satellite. Ils estiment qu'une communication coordonnée entre l'Autorité des ressources aquatiques du Panama (ARAP) et l'Agence nationale de l'environnement (ANAM) est indispensable afin de permettre une surveillance efficace et un contrôle de la pêche illégale. L'UICN remarque cependant qu'elle a reçu des rapports inquiétants faisant état d'une augmentation certaine de la pêche tant commerciale qu'artisanale ou sportive dans le périmètre du parc national (PN) de Coiba et de sa ZSPM. Selon ces rapports, cette augmentation est liée au retard récurent dans la mise en œuvre du plan de gestion du PN Coiba pendant les trois dernières années, au maque persistent d’un plan de gestion pour de la zone spéciale de protection marine, à la faible capacité de gestion de l'agence en charge et à d'autres problèmes liés à la gouvernance du bien. Ces rapports sont corroborés par un courrier en date du 17 février 2011 du Comité scientifique du parc national de Coiba adressé au Comité des directeurs de parcs qui propose un certain nombre de solutions possibles pour accélérer la mise en œuvre du plan de gestion du parc national de Coiba. Il semble par ailleurs que l'île de Montuosa, située sur le territoire du bien, a été en partie débarrassée des ses habitations et de ses plantations de bananes et est utilisée comme base opérationnelle pour les activités de pêche sportive, de chasse illégale aux requins et de prélèvement de tortues.

Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN sont gravement préoccupés par l'augmentation rapportée de la pêche commerciale, artisanale et sportive sur le territoire du bien. A moins que les plans de gestion du PN de Coiba et de la ZSPM ne soient finalisés et mis en œuvre comme demandé par la décision 33 COM 7B.38, l'intégrité du bien risque d'être sérieusement compromise. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN insistent également sur l'importance de s'assurer que les dispositions du plan de gestion du bien et la réglementation sur la pêche soient largement diffusées auprès des populations locales, des opérateurs commerciaux et des autres acteurs de l'activité du parc et soient mis effectivement en application par les autorités.

b) Développement côtier

L'État partie signale qu'il n'a pas créé de politique spécifique de développement et de conservation de la zone côtière située face au bien et souligne que la législation environnementale et les plans de développement offrent une protection considérable pour le bien. L'Autorité panaméenne du tourisme a élaboré un plan directeur de tourisme durable pour Coiba (2007-2020) qui comprend des orientations stratégiques de gestion touristique. Les détails de ces orientations ne sont cependant pas précisés. L'État partie signale en outre que le plan directeur ne prévoit pas d’infrastructure ou du développement de haut-impact sur les côtes les plus proches du bien. Un certain nombre de projets d'investissement sont prévus pour 2010-2011 à l'extérieur du périmètre du bien, dont des ports touristiques, des centres d'accueil de visiteurs et un parc à thèmes ainsi que des équipements sanitaires pour les visiteurs de l'île de Coiba.

Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN demeurent vivement préoccupés par le potentiel de croissance du développement sur les côtes en face du bien. Ils rappellent que l'aménagement côtier pourrait renforcer la pression exercée par les activités de pêche sportive et de loisirs et augmenter de façon importante la pollution de l'eau, ils estiment que l'actuelle législation environnementale et les autres mécanismes de contrôle de l'aménagement sont insuffisants à la sauvegarde de la valeur universelle exceptionnelle du bien. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN recommandent vivement au Comité de prier instamment l'État partie de i) mener une évaluation d'impact environnemental du potentiel de développement des zones côtières et ii) créer et mettre en place une politique de développement et de conservation de la zone côtière sur la base des conclusions de l'évaluation afin de s'assurer que les impacts cumulés du développement sur la valeur universelle exceptionnelle du bien sont prévus et efficacement évitées.

c) Présence récurrente de bétail

L'État partie rapporte qu'il prévoit le retrait de 500 des 1.500 têtes (chiffre estimé) de bétail sauvage présentes sur le territoire du bien avant le 30 avril 2011 et que la plus grande partie du pâturage restant sur l'île de Coiba a été grillagé, sauf la zone de le rivière San Juan. L'ANAM qui est désormais responsable du retrait du bétail a préparé les termes de référence pour la société privée qui aura la charge du déplacement des 500 animaux vers le continent. L'État partie rapporte également qu'une grande partie du bétail meurt de malnutrition et de maladies.

Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN prennent note des efforts accomplis par l'État partie afin de retirer le bétail sauvage de l'île de Coiba mais demeurent préoccupés par le fait qu'aucune tête de bétail n'ait à ce jour été déplacée et que le bétail continue à avoir des impacts négatifs sur les écosystèmes terrestres et marins en érodant le sol, provoquant ainsi l'envasement de son récif corallien. Ils rappellent que l'État partie a soumis en mars 2010 une demande d'assistance internationale pour un projet de retrait du bétail de l'île de Coiba. L'UICN avait, à l'époque, fait observer que la méthodologie proposée consistant à regrouper et à transporter le bétail vivant serait extrêmement difficile à mettre en pratique au vu du relief de l'île et avait recommandé que l'État partie envisage d'autres options, telles que la chasse (solution mise en place avec succès dans le vaste projet d'éradication des chèvres à Galapagos, Équateur) afin de garantir le retrait complet du bétail de l'île de Coiba. Une expertise devrait être sollicitée sur d'autres méthodes potentielles de retrait permanent du bétail de l'île de Coiba, avec l'aide de la Commission mondiale de l'UICN sur les zones protégées.

d) Construction d'une base navale sur l'île de Coiba

Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN ont reçu des rapports faisant état de la construction d'une base navale sur le site de l'ancienne prison de Coiba. Un courrier a été adressé le 9 avril 2010 à l'État partie précisant les préoccupations sur les impacts potentiels de cet aménagement et demandant des informations complémentaires conformément au paragraphe 172 des Orientations. Un second courrier a été envoyé le 22 mars 2011. Aucune réponse n'a été reçue à ce jour. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN sont préoccupés par les impacts potentiels d'une telle base militaire sur la valeur universelle exceptionnelle du bien, surtout en ce qui concerne les points suivants:

· La base ne devienne pas la source d'introduction de nouvelles espèces (par exemple, des mesures de biosécurité devraient être prises);

· Le personnel de la base soit tenu informé du trafic de faune et de flore sauvages;

·  Le personnel de la base ne se lance pas dans la production agricole;

· Les limites soient clairement définies, idéalement avec un grillage, aussi petit que possible, restreignant les déplacements des êtres humains au-delà de ces limites;

· Les équipements côtiers soient construits de façon à ne pas détruire les fonds marins et ne contribuent pas à l'érosion;

· L'aéroport ne soit pas autorisé à contribuer à la pression exercée sur le bien, telle que le tourisme ou les hôtels.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN concluent que les principaux problèmes de conservation auxquels le bien doit faire face sont peu traités. La mise en œuvre retardée du plan de gestion du PN de Coiba et l'absence récurrente de plan de gestion pour sa zone spéciale de protection marine sont encore des problèmes plusieurs années après l'inscription. L'absence de règlementations lisibles et spécifiques aux besoins de ce bien semble contribuer à cette augmentation rapportée d'activités incompatibles avec le bien, en particulier en ce qui concerne la pêche commerciale et sportive. La décision de construire une base navale sur le territoire du bien soulève de graves problèmes sur l'engagement de l'État partie à conserver sa valeur universelle exceptionnelle, en particulier suite à l'absence de réponse de l'État partie au courrier du Centre du patrimoine mondial à ce sujet. Le retrait du bétail se transforme en une opération couteuse avec, à ce jour, peu de résultats, sans mentionner les animaux mourant de maladie ou de faim. A défaut d'un renforcement significatif de la capacité de gestion du bien, de vives préoccupations se font jour quant à la capacité de l'État partie à contrecarrer les menaces croissantes soulignées dans ce document. Au vu des circonstances, le Centre du patrimoine mondial et l'UICN recommandent que soit entreprise une évaluation d'efficacité de gestion pour le bien, conformément à l'outil développé dans "Mise en valeur de notre patrimoine" afin de fournir une analyse documentée des besoins de gestion.

Décision adoptée: 35 COM 7B.33

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-11/35.COM/7B,

2. Rappelant la décision 33 COM 7B.38, adoptée à sa 33e session (Séville, 2009),

3. Regrette que le plan de gestion de la zone spéciale de protection marine doive encore être finalisé ou adopté, alors que le Comité du patrimoine mondial avait instamment prié l'État partie de le faire dans sa décision 33 COM 7B.38 et estime que le problème de l'absence de capacité de gestion du bien, s'il n'est pas résolu, peut constituer une menace potentielle à sa valeur universelle exceptionnelle;

4. Demande à l'État partie de finaliser de toute urgence le plan de gestion de la zone spéciale de protection marine et d'entreprendre une évaluation d'efficacité de gestion, conformément à l'outil de "Enhancing Our Heritage" afin de fournir des informations sur la mise en œuvre effective des plans de gestion et des règlementations sur la pêche tant pour le parc national de Coiba que pour sa zone spéciale de protection;

5. Réitère sa demande auprès de l'État partie de créer et mettre en place une politique d'aménagement et de conservation de la zone côtière afin de s'assurer que les impacts cumulés des aménagements sur la valeur universelle exceptionnelle du bien sont effectivement traités, et encourage l'État partie à élaborer cette politique sur la base des conclusions d'une évaluation stratégique environnementale du potentiel de développement de la zone côtière;

6. Prend note que l'État partie a soumis une demande d'assistance internationale pour le retrait du bétail de l'île de Coiba en mars 2010, et encourage vivement l'État partie à soumettre une nouvelle version de cette demande conformément aux recommandations faites par le Centre du patrimoine mondial et l'UICN lors de la soumission;

7. Demande également à l'État partie de remettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2012, une Déclaration rétrospective révisée de valeur universelle exceptionnelle, pour examen par l'UICN;

8. Demande en outre à l'État partie de remettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2012, un rapport sur l'état de conservation du bien et sur les progrès accomplis dans la résolution des problèmes ci-dessus mentionnés, dont la pression exercée par la pêche, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 36e session en 2012.