Le 28 janvier 2010, l'État partie a soumis un rapport sur l'état de conservation du bien avec un exemplaire du plan de gestion 2010-2020 pour l'écosystème du Mont Kenya, l'évaluation d'impact environnemental (EIE) du projet de clôture électrique et de travaux publics connexes, l'étude sur le tracé des limites de la plantation et des forêts indigènes et un projet de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle. Ce rapport actualise également la mise en œuvre des principales recommandations faites par la mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ UICN de 2008, à savoir i) achever l'EIE du projet de clôture entre les terres agricoles des populations locales et le bien, ii) officialiser les modalités de gestion entre le Service kenyan de la faune et de la flore sauvages (Kenya Wildlife Service - KWS) et le Service kenyan des forêts (Kenya Forest Service – KFS), iii) finaliser l'alignement, la documentation et le traçage au sol de la frontière interne entre les zones de plantation forestière et les forêts naturelles, iv) finaliser le plan de gestion du bien et v) poursuivre et améliorer les actions de protection contre le braconnage, l'exploitation forestière et les feux de forêt sur le territoire du bien. Aucune information n'a cependant été fournie sur la mise en œuvre des autres recommandations de la mission de 2008, comme demandé par la décision 33 COM 7B.3.
a) Clôture du bien afin de résoudre les conflits entre populations locales et faune
L'État partie rapporte que l'EIE de la clôture entre les terres agricoles des populations locales et la réserve forestière a été menée en mars 2009. Ce projet vise à installer 397 kms supplémentaires de clôture électrique afin d'atténuer les conflits entre la faune sauvage et les humains. Un plan d'action pour l'opération de clôture, parrainé par IFAD/GEF dans le cadre de la Gestion du projet pilote de l'est du Mont Kenya pour les ressources naturelles (Mount Kenya East Pilot Project for Natural Ressources – MKEPP) a été élaboré conjointement par le comité de gestion de la clôture du bien, dont le KWS, le KFS, l'Agence nationale de gestion de l'environnement (National Environment Management Authority – NEMA), des partenaires, entre autres locaux, font partie. L'État partie signale que 305 kms de clôture ont déjà été construits. L'EIE réalisée pour la première phase additionnelle de construction de 50 kms a conclu que la clôture devrait s'aligner sur la limite de la réserve forestière et qu'un mélange de clôture totale (6 fils), le long des fermes des populations locales, et de clôture partielle (barrière à éléphants à 2 fils), le long des limites des plantations, devrait être installé. L'EIE n'évalue cependant pas les impacts possibles de ce projet sur la valeur universelle exceptionnelle du bien. L'État partie signale également qu'un corridor pour les éléphants reliant le Mont Kenya et les pâturages du nord par la zone de conservation de la faune sauvage de Lewa (Lewa Wildlife Conservancy – LWC) a été tracé et créé..
Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN accueillent avec satisfaction la finalisation de l'EIE pour la clôture comme demandé par la décision 33 COM 7B.3, et, approuvent ses conclusions aux termes desquelles toute phase future de clôture devrait faire l'objet d'une EIE séparée. Ils insistent sur le fait que toute EIE à venir devrait envisager spécifiquement les impacts potentiels de toute clôture supplémentaire sur la valeur universelle exceptionnelle du bien et font remarquer que l'efficacité à long terme d'une clôture en tant qu'élément de dissuasion pour la faune, en particulier les éléphants, dépend de la capacité à en assurer l'entretien régulier et minutieux. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN accueillent également avec satisfaction l'achèvement du corridor pour les éléphants de la LWC, ils soutiennent par ailleurs la recommandation de l'EIE visant à créer d'autres corridors pour la faune afin d'atténuer tout impact possible négatif de la clôture sur la faune.
b) Autres problèmes de conservation – braconnage, exploitation forestière et feux de forêt
L'État partie fait état de ses progrès dans le traitement du braconnage, de l'exploitation forestière illégale et des feux de forêt sur le territoire du bien et dans les réserves adjacentes. En ce qui concerne le braconnage, des patrouilles conjointes (KWS/KFS/scouts et autres intervenants) trimestrielles et une surveillance accrue ont permis plus d'arrestations et réduit le nombre d'incidents liés au braconnage. Aucune donnée chiffrée n'a cependant été fournie. L'État partie fait également état de l'acquisition d'équipements et d'infrastructures de surveillance complémentaire et de la formation de plus de 60 gardes à leur utilisation. Par l'intermédiaire du KFS, le MKEPP a poursuivi son action de lutte contre l'exploitation forestière illégale en sensibilisant les associations communautaires de la forêt (ACF) par des projets participatifs de gestion forestière. L'État partie signale que 6 officiers du KWS sont allés suivre une formation en Autriche sur le secours en montagne et les techniques de gestion, par ailleurs une réunion préparatoire est prévue d'ici peu sur la lutte contre l'incendie sur le territoire du bien.
Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN accueillent avec satisfaction les efforts de l'État partie afin de maintenir et de renforcer les actions de protection, comme demandé par la décision 33 COM 7B.3. L'UICN a toutefois reçu des rapports mentionnant que les niveaux d'exploitation forestière illégale et de braconnage sur le territoire du bien ont augmenté et sont sous-évalués, en partie à cause du nombre relativement faible de gardes forestiers patrouillant dans le périmètre du bien du Mont Kenya. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN observent que le programme de suivi écologique élaboré par le nouveau plan de gestion devrait fournir des données sur ce sujet et recommandent que celles-ci soient remises dans le cadre du prochain rapport.
c) Plan de gestion
L'État partie précise que le plan de gestion du Parc national/Forêt naturelle du Mont Kenya 2010-2020 a été finalisé et approuvé en août 2010, en collaboration avec les principaux acteurs concernés. Ce plan précise également que des protocoles d'accord sont prévus entre le KWS, le KFS et la LWC, qui définiront leurs rôles et responsabilités respectifs quant à la gestion du bien, comme recommandé par la mission de 2008. L'État partie estime que la documentation sur les plantations et les forêts indigènes est claire et précise et ajoute que les zones de plantation forestière sont désormais cartographiées en relation avec les forêts indigènes et les plantations. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN remarquent cependant que le remplacement du bornage physique des limites du bien, recommandé par la mission de 2008, reste à entreprendre.
Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN observent que bien que le plan de gestion identifie les changements climatiques comme une menace principale pour le bien, aucune stratégie destinée à la traiter n'est mentionnée dans le rapport. Ils rappellent les recommandations des missions de 2003 et de 2008 sur l'extension du bien, afin d'y inclure le plus possible de forêts primaires de basse altitude et de corridors pour la faune afin d'accroître sa capacité de résilience aux changements climatiques. Conformément aux recommandations de la mission, l'État partie a soumis en 2010 une proposition d'extension du bien afin d'y inclure la forêt de Ngare Ndare et la zone de conservation de Lewa. Ce dossier était incomplet et n'a pas été soumis à l'évaluation de l'UICN. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN recommandent que le Comité encourage l'État partie à soumettre de nouveau et dès que possible, la proposition d'extension, et invite l'État partie à demander à l'avance l'aide du Centre du patrimoine mondial et de l'UICN pour toute soumission à venir afin de s'assurer que le dossier est complet et peut ainsi être évalué.
Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN accueillent avec satisfaction l'achèvement du processus de rédaction du plan de gestion, comme demandé par la décision 33 COM 7B.3, qui a commencé en 1999 et a bénéficié du soutien du Fonds du patrimoine mondial. Alors que des progrès considérables ont été accomplis dans la mise en œuvre d'une gestion efficace, le Centre du patrimoine mondial et l'UICN demeurent préoccupés par les rapports reçus de partenaires locaux à propos de l'inadaptation du budget de gestion du KWS, du nombre relativement faible de gardes forestiers surveillant le bien et des menaces croissantes que constituent l'exploitation forestière illégale et le braconnage. Ils remarquent qu'une coopération efficace entre le KWS et le KFS sera fondamentale pour assurer la conservation du bien et demande à l'État partie de préciser le budget de gestion du KWS ainsi que ses projets afin de garantir un financement durable du bien, en tenant compte de l'achèvement du MKEPP en 2012. Le Centre du patrimoine mondial et l'UICN prennent note de la collaboration en cours entre le Parks Canada et le KWS dans le domaine de la formation, dans le cadre d'une aide aux efforts du Kenya pour la conservation et recommandent que le Comité encourage les deux États parties à saisir les opportunités d’initiatives de renforcement de capacité au Parc national/Forêt naturelle du Mont Kenya, y compris en ce qui concerne la possible extension.