1.         Ville de Cuzco (Pérou) (C 273)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1983

Critères  (iii)(iv)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/273/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1986-1997)
Montant total approuvé : 45 000 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/273/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Juillet 2009 : visite technique du Directeur du Centre du patrimoine mondial ; Décembre 2010 : mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial /ICOMOS.

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Besoin d'un schéma directeur officiellement approuvé et mis en œuvre 

b) Besoin d’une réglementation spécifique pour un programme de prévention des risques, d’une étude de limitation de la circulation et de dispositions réglementaires pour la conservation du patrimoine bâti;

c) Planification des projets infrastructurels (hôtel Monasterio, centre commercial Ima Sumaq et hôtel Marriott).

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/273/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2011

L’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien le 2 février 2010.  Comme demandé par le Comité du patrimoine mondial, une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS a été effectuée du 12 au 19 décembre 2010.  
Le rapport de mission est consultable en ligne à l’adresse suivante : http://whc.unesco.org/fr/sessions/35COM.

a) Projets dans le bien : hôtel Monasterio, centre commercial Ima Sumaq et hôtel Marriott

L’État partie a communiqué des informations techniques sur les projets entrepris dans le bien, qui ont aussi été évalués par la mission de suivi réactif. Le projet de l’hôtel Monasterio consiste en des travaux de restauration et de réhabilitation du Beaterio de las Nazarenas, ainsi qu’une nouvelle construction attenante à l’édifice. L’État partie signale que plusieurs modifications ont été apportées à la proposition initiale présentée en 2003 afin de se conformer aux dispositions réglementaires sur la conservation du patrimoine ; le projet a ensuite été approuvé par la Municipalité de Cusco et par le Ministère de la Culture et est en cours d’exécution. La mission indique que les interventions ont été supervisées avec soin en prêtant attention au choix des matériaux, des techniques et à l’espace original, et conclut que le monument a conservé ses caractéristiques et ses conditions d’intégrité et d’authenticité. Elle note aussi que des efforts ont été faits de manière à préserver les éléments architecturaux ayant une valeur historique et veiller à ce que le nouveau bâti n’ait pas d’impact visuel sur l’ensemble historique ou ne vienne le concurrencer.

Le projet de l’hôtel Marriott consiste en une réadaptation de l’ancien couvent de Saint-Augustin en établissement hôtelier. Le projet a eu également plusieurs adaptations basées sur la nécessité d’effectuer une recherche archéologique. La mission note que le projet est en cours d’exécution et porte actuellement sur les fouilles archéologiques. Elle ajoute que l’édifice a été laissé à l’abandon sans aucun entretien et a subi des transformations au fil du temps, si bien qu’il ne reste plus qu’une infime partie du bâtiment colonial d’origine. Elle indique que les travaux ont fait l’objet d’une étroite surveillance, que les artefacts et l’architecture ont été préservés pour une future mise en valeur et que le projet proposé n’aura pas d’impact sur les volumes originaux ni sur le tissu urbain du centre historique. 

Quant au centre commercial Ima Sumaq, l’État partie déclare que le bien est considéré comme ayant une valeur contextuelle selon le schéma directeur de Cuzco. Il note que la construction ne répond pas aux normes requises en termes de réhabilitation et ne tient pas compte des recommandations du Ministère de la Culture. Le projet est actuellement interrompu. La mission signale que des interventions inadéquates ont altéré les vestiges archéologiques et que les nouveaux ajouts ont aussi un impact visuel sur le bâtiment. Elle note cependant que des mesures correctives peuvent être prises pour inverser les résultats négatifs. 

b) Système de gestion

L’État partie a donné des informations sur l’organisation du système de gestion. Le Ministère de la Culture, à travers la Direction culturelle régionale de Cuzco et la Municipalité provinciale de Cuzco, est chargé de protéger, conserver et mettre le bien en valeur. À l’heure actuelle le Comité pour la mise en en œuvre du schéma directeur du centre historique de Cuzco (COPLAN) est l’organe participatif engagé dans les diverses actions sur le bien définies selon le plan. Fondés sur des accords de collaboration, un Comité de coordination et un Secrétariat technique ont été mis en place et chargés d’actualiser le schéma directeur. Aucune information précise n’est fournie sur la manière dont s’opèrent ces arrangements ni sur le processus et le calendrier envisagés pour l’évaluation requise du plan de gestion. 

La mission indique que le schéma directeur est bien conçu et que les dispositions réglementaires sont complètes pour contrôler et réglementer les activités dans les différents secteurs à travers le zonage et l’utilisation des sols. Elle constate cependant que la mise en œuvre n’est que partielle et assortie de projets pilotes qui n’ont déclenché aucune intervention globale ni répondu à des problèmes pressants comme ceux du logement, de l’amélioration des conditions de vie ou de l’aménagement de lieux publics. Elle constate aussi que, malgré la définition des rôles dans le schéma directeur, il y a en pratique un dualisme institutionnel et qu’aucune continuité n’a été donnée aux entités créées (le comité de coordination et le secrétariat technique) si bien que l’unité de gestion ne fonctionne pas effectivement en tant que telle.

c) Autres problématiques

L’État partie a présenté une analyse des conditions existantes sur le site et des processus qui l’affectent, à savoir le déclin de la population locale du fait de l’expansion des activités touristiques, la baisse de la qualité de vie et les modifications de l’occupation des sols. Cela a entraîné la détérioration et l’abandon des bâtiments historiques et la transformation de la ville avec de nouvelles constructions et des changements dans le tissu urbain. À cela s’ajoutent les problèmes de traitement des déchets, des réseaux d’assainissement, des services d’eau et d’électricité élémentaires, de la circulation et de la pollution. La plupart des activités touristiques continuent d’échapper à toute réglementation et ont accru la spéculation et les modifications au niveau de l’utilisation des sols. Le rapport donne aussi un complément d’information sur les actions en cours : campagnes de sensibilisation et de diffusion, éducation, inventaire du patrimoine, projets d’évaluation et projets d’intervention sur plusieurs bâtiments historiques.

La mission note que bien que l’état de conservation général des bâtiments significatifs soit dans l’ensemble satisfaisant, la dégradation urbaine et la gentrification sont des questions préoccupantes pour le bien. Ces phénomènes sont liés en grande partie à la légalisation des titres de propriété et à l’absence de mise en œuvre de politiques urbaines globales. Elle indique également que des mesures immédiates s’imposent pour définir effectivement une zone tampon et faire appliquer la réglementation afin d’assurer la protection du paysage environnant.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent que, malgré le bon état de conservation général des bâtiments historiques emblématiques, d’autres composantes remarquables du bien continuent de se détériorer. Ils soulignent aussi l’importante dégradation urbaine qui se poursuit et les maigres efforts fournis pour faciliter l’accès au logement et améliorer les conditions de vie, ce qui aggrave d’autant la gentrification du bien. Ils recommandent que le Comité du patrimoine mondial indique que si rien n’est fait pour régler la situation, de nouveaux impacts sur les zones patrimoniales pourraient mettre en péril les attributs du bien et son environnement qui lui confèrent sa valeur universelle exceptionnelle.  

Décision adoptée: 35 COM 7B.133

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-11/35.COM/7B.Add,

2. Rappelant la décision 34 COM 7B.115, adoptée à sa 34e session (Brasilia, 2010),

3. Prend acte de l'information communiquée par l'Etat partie sur la mise en œuvre des décisions antérieures du Comité du patrimoine mondial et lui demande de finaliser l'établissement du comité de coordination et le secrétariat technique pour la gestion du bien et de garantir les moyens indispensables à leur bon fonctionnement;

4. Note les résultats de la mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS du décembre 2010, souscrit à ses recommandations et demande également à l'Etat partie de:

a) Actualiser le plan de gestion en incluant un plan d'utilisation publique détaillé et des dispositions visant à freiner la dégradation urbaine et la gentrification,

b) Mettre en œuvre un processus de régularisation des titres de propriété,

c) Mettre en vigueur les dispositions réglementaires afférentes au contrôle des modifications en matière d'occupation des sols et des nouveaux aménagements, en particulier dans la zone tampon du bien,

d) Développer et mettre en œuvre une politique de logement social avec des mécanismes financiers permettant d'améliorer les conditions de vie et le retour des bâtiments historiques aux secteurs populaires,

e) Continuer à suivre les projets de restauration et de réhabilitation en cours à l'hôtel Monasterio et l'hôtel Marriott et prendre des mesures pour atténuer les impacts négatifs engendrés par le centre commercial Ima Sumaq;

5. Demande en outre à l'Etat partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2013, un rapport actualisé sur l'état de conservation du bien et la mise en œuvre de ce qui précède, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 37e session en 2013.