1.         Patrimoine naturel et culturel de la région d’Ohrid (Albanie,Macédoine du Nord) (C/N 99quater)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1979

Critères  (i)(iii)(iv)(vii)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/99/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1986-2011)
Montant total approuvé : 20 000 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/99/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé : 20 000 dollars EU (Bureau régional de l’UNESCO pour la science et la culture en Europe)

Missions de suivi antérieures

Septembre 1998: mission conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/UICN ; décembre 2013 : mission de conseil conjointe ICOMOS/UNESCO, avril 2017 mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial ICOMOS/UICN

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/99/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2017

L'État partie a soumis un rapport sur l'état de conservation le 14 mars 2017, disponible à https://whc.unesco.org/fr/list/99/documents, dans lequel il présente en détail les progrès réalisés dans un certain nombre de problèmes de conservation comme suit :

Des informations complémentaires ont été fournies au Centre du patrimoine mondial en mai 2017 : une analyse environnementale du projet d'aménagement paysager de Lagadin Beach, une version préliminaire de la Stratégie de développement du tourisme pour la municipalité d'Ohrid (en macédonien), un rapport de l'Institut hydrobiologique soulignant les facteurs affectant la situation actuelle en termes de pollution et de variations du niveau de l'eau dans le lac d'Ohrid et un certain nombre d'inventaires et de cartes préparés par l'Institution nationale pour la protection des monuments culturels et du musée – Ohrid avec des attributs culturels situés dans les limites du bien.

Une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/UICN s’est rendue sur le bien du 9 au 14 avril 2017. Le rapport est disponible à l'adresse https://whc.unesco.org/fr/list/99/documents/.

La mission a discuté avec les autorités de l'état général de conservation du bien et a apporté une assistance technique sur la portée et le contenu d'une EES qui devrait évaluer de manière exhaustive les impacts individuels et cumulatifs potentiels de tous les projets susmentionnés sur la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et des Organisations consultatives

Plusieurs mesures utiles ont été prises par l'État partie pour mettre en œuvre les recommandations du Comité de 2016 (préparation du Projet de plan de protection intégrée, établissement du comité de gestion), mais des étapes importantes sont encore en suspens, comme l'adoption du plan de gestion révisé, en attente de l'achèvement d'une EES, et la préparation de 19 plans urbains détaillés qui étaient encore à un stade préliminaire au moment de la mission de 2017. Comme le plan de gestion n'est pas encore en vigueur, plusieurs projets d'infrastructures et d'installations touristiques ont été approuvés ou sont élaborés sans évaluation complète et spécifique de leurs impacts cumulatifs sur la VUE du bien et les attributs qui la sous-tendent, et les déchets solides et les eaux usées sont encore mal gérés. Une évaluation approfondie de l'EES et de l’Étude d'impact sur le patrimoine (EIP) pour tous ces projets et plans a été demandée par le Comité en 2016, mais elle reste à faire. L'État partie a déclaré au cours de la mission qu’elle serait intégrée au processus d'EES du plan de gestion.

La mission s'est déclarée préoccupée par l'augmentation de la pression du trafic et du tourisme et par les projets d'infrastructures inappropriés qui en dépendent, comme le projet de développement de la station de ski de Galičica et la multiplication des développements urbains non coordonnés. Ces pressions sont susceptibles de détériorer des attributs essentiels des valeurs naturelles et culturelles du bien (comme la forme générale de l'ensemble urbain monumental et la biodiversité de la région lacustre), si aucune mesure n'est prise immédiatement. En outre, le traitement insuffisant des eaux usées et des déchets solides peut engendrer eutrophisation et pollution, portant ainsi atteinte à la qualité oligotrophique de l'eau du lac, dont dépend sa biodiversité exceptionnelle.

La mission a également examiné le projet de construction ferroviaire reliant Kičevo (à l'extérieur du bien) à la frontière albanaise, qui a atteint sa phase exécutive et a conclu que ce projet peut être acceptable si les recommandations de la mission sont pleinement mises en œuvre.

Il convient également de noter que certains grands projets d'infrastructures, qui font partie du corridor ferroviaire paneuropéen VIII, ont été élaborés et adoptés avec des instances internationales (Union européenne). Cependant, aucune information préalable n'a été fournie au Centre du patrimoine mondial, comme le prévoit le paragraphe 172 des Orientations, pour permettre une évaluation préliminaire des impacts négatifs potentiels sur le bien. En outre, s’agissant du projet de raccordement ferroviaire et routier au sein du corridor VIII européen, bien qu'une évaluation de l'impact sur l'environnement (EIE) ait été réalisée, ses impacts négatifs potentiels sur la VUE et les attributs connexes n'ont pas été spécifiquement évalués.

Compte tenu du fait que le Comité du patrimoine mondial, à sa 38e session (Doha, 2014), a exhorté l'État partie à identifier des tracés alternatifs qui ne traversent pas le bien, la mission s’est rendue en plusieurs endroits et a reçu des informations sur l'emplacement choisi. Si l’on peut en principe considérer acceptable que la construction du chemin de fer reliant Kičevo (à l'extérieur du bien) à la frontière albanaise passe à travers le bien, à condition d’être correctement planifiée et mise en œuvre avec toutes les mesures de précaution, la Mission a recommandé aux autorités de soumettre d’abord au Centre du patrimoine mondial, pour examen par les Organisations consultatives, une étude comparative approfondie des tracés alternatifs, y compris ceux qui ne passent pas à proximité des berges du lac, et en évitant en particulier l'un des derniers tronçons bien conservés du bord du lac sur la frontière albano-macédonienne.

La mission de 2017 a conclu que certaines propositions de projets de grandes infrastructures et constructions, comme les sous-sections (a) et (e) de la route A3 et la station de ski de Galičica à l’intérieur du bien pourraient entraîner des modifications irréversibles de celui-ci, en conjonction avec les aménagements et transformations déjà effectués dans les établissements urbains et sur les berges du lac depuis son inscription.

La mission a fortement recommandé d'abandonner complètement le projet de station de ski de Galičica, de conserver en l’état le zonage interne du parc national et d'envisager de développer des options d'écotourisme qui n'auraient pas d’impact négatif sur le bien.

Il est donc recommandé au Comité de demander à l'État partie de mettre fin au projet de construction de la station de ski de Galičica, ainsi qu’à celui des sous-sections (a) et (e) de la route A3.

Il est également recommandé au Comité de rappeler à l'État partie que tous les projets, y compris ceux soumis à de grands bailleurs comme l'Union européenne, qui seraient susceptibles d’avoir des répercussions négatives potentielles sur la VUE du bien, devraient être soumis au Centre du patrimoine mondial et aux Organisations consultatives, pour examen, conformément au paragraphe 172 des Orientations.

Compte tenu du niveau des menaces qui pèsent sur le bien, la mission a identifié un ensemble de recommandations, dont certaines doivent mises en œuvre en priorité au cours des deux prochaines années, en plus de celles adoptées en 2016 qui restent à mettre en œuvre. Les résultats de la mission suggèrent que l'état général de conservation peut être considéré comme vulnérable et que si les recommandations prioritaires ne sont pas mises en œuvre dans le délai suggéré de deux ans (c.-à-d. en 2019), le bien pourrait remplir les critères d'inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril. Il est donc recommandé au Comité de demander à l'État partie de soumettre, avant le 1er février 2018, un rapport intérimaire sur la mise en œuvre de ces recommandations prioritaires, pour examen par le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives. Si leur évaluation révèle que les progrès accomplis sont insuffisants, le bien sera examiné par le Comité à sa 42e session en 2018.

Décision adoptée: 41 COM 7B.34

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC/17/41.COM/7B.Add,
  2. Rappelant la décision 40 COM 7B.68, adoptée à sa 40e session (Istanbul/UNESCO, 2016),
  3. Prend note avec satisfaction des mesures prises par l'État partie en ce qui concerne :
    1. le processus de finalisation du plan de gestion du bien et la préparation du projet de plan de protection intégrée pour le cœur de la vieille ville d'Ohrid,
    2. la création du comité de gestion pour coordonner les activités du patrimoine naturel et culturel, en tant que structure de gestion pour contrôler les pressions du développement et les interventions sur le bien,
    3. l'élaboration de plans urbains détaillés pour chacun des 19 complexes composent l'ensemble monumental, conformément au cadre réglementaire existant, pour assurer l'application des dispositions et le contrôle des activités susceptibles d'avoir une incidence sur la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien ;
  4. Réitère la demande à l'État partie d'élaborer une évaluation environnementale stratégique (EES) qui évalue de manière exhaustive les impacts cumulatifs de tous les plans d'infrastructures et d’aménagement et d'autres grands projets sur la VUE du bien, en fonction des recommandations et des conseils fournis par la mission de 2017, ainsi que les Études d'impact sur le patrimoine nécessaires (EIP), et de les soumettre au Centre du patrimoine mondial, pour examen par les Organisations consultatives, avant d’entreprendre d'autres travaux ;
  5. Demande à l'État partie d'arrêter les projets de construction des sous-sections (a) et (e) de la route A3 et de la station de ski de Galičica à l’intérieur du bien, qui pourraient avoir des impacts négatifs sur sa VUE ;
  6. Demande également à l'État partie de faire réaliser d'urgence une étude comparative approfondie des tracés alternatifs pour le corridor ferroviaire paneuropéen VIII, y compris ceux qui ne passent pas à proximité de la rive du lac, y compris ceux qui ne passent pas à proximité des berges du lac, et en évitant en particulier l'un des derniers tronçons bien conservés du bord du lac sur la frontière albano-macédonienne ;
  7. Demande en outre à l'État partie de mettre pleinement en œuvre toutes les recommandations de la mission de 2017 ;
  8. Encourage les États parties d'Albanie et de l'ex-République yougoslave de Macédoine, avec le soutien du Centre du patrimoine mondial et des Organisations consultatives, à continuer de coopérer dans le cadre du Processus en amont, en vue préparer une extension transfrontalière du bien incluant la partie albanaise du lac d'Ohrid, et ce, afin de renforcer la protection de la VUE du bien, notamment ses conditions d'intégrité ;
  9. Considère que l'état général de conservation du bien rend celui-ci de plus en plus vulnérable et que si les recommandations prioritaires ne sont pas mises en œuvre dans le délai de deux ans (c.-à-d. en 2019) suggéré par la mission, le bien pourrait faire face à un danger potentiel, au titre des paragraphes 179-180 des Orientations ;
  10. Demande par ailleurs à l'État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici au 1er février 2018, un rapport d'étape sur la mise en œuvre de ce qui précède, pour examen par le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives, et si leur évaluation révèle que les progrès accomplis sont insuffisants, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 42e session en 2018 ;
  11. Demande enfin à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er décembre 2018, un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien et sur la mise en œuvre des points ci-dessus mentionnés, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 43e session en 2019.