1.         Centre historique de la ville de Yaroslavl (Fédération de Russie) (C 1170)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  2005

Critères  (ii)(iv)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/1170/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 2002-2002)
Montant total approuvé : 9 348 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/1170/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Mai 2009 : mission de suivi réactif Centre du patrimoine mondial / ICOMOS 

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Changements progressifs du tissu urbain : projets de construction et de restauration.

b) Développement urbain inapproprié

c) Modifications majeures apportées à la ligne d’horizon urbaine du bien par la construction de la nouvelle cathédrale de l’Assomption

d) Projets de constructions de grande hauteur 

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/1170/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2011

L’Etat partie a soumis un rapport d’état de conservation 2009/2010 qui fournit des informations sur treize projets de construction et de développement et huit autres projets de restauration entrepris en 2009 et au début de 2010. Le rapport n’incluait un rapport d'avancement détaillé sur la mise en oeuvre des recommandations de la mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial / ICOMOS de mai 2009, comme demandé par le Comité à sa 33e session.

a) Nouveaux projets de construction et de développement dans le bien

Les projets de construction mentionnés dans le rapport incluent ceux mentionnés ci-dessous, dont certains sont déjà terminés, tels que la Cathédrale et le pont :

1. Musée et complexe d’exposition avec infrastructure sur le quai de la Volga près de la maison n°32v (projet indiqué comme suspendu) ;

2. Centre culturel et de loisir avec infrastructure au 3, rue Pervomayskaya (projet indiqué comme suspendu) ;

3. Hôtel avec infrastructure au 4, avenue Pervomaysky ;

4. Bâtiment administratif et résidence avec infrastructure au 12, rue Tereshkova ;

5. Construction (reconstitution) de la cathédrale de l’Assomption avec infrastructure sur le boulevard de la Paix ;

6. Résidence et bureaux, parc de stationnement souterrain et infrastructure sur la rue Tereshkova au voisinage de la maison n°29a ;

7. Construction d’une résidence de 3-4-étages avec parc de stationnement et infrastructure sur la rue Respublikanskaya au voisinage de la maison n°47 ;

8. Parking à plusieurs niveaux avec infrastructure, café, atelier de réparation, station de lavage de voiture dans le pâté de maisons bordé par la rue Bolshaya Oktaybrskaya, l’avenue Mukomolny, le quai de la Kotorsl et la rue Respublikanskaya ;

9. Hôtel avec infrastructure au 9, rue Kooperativnaya ;

10. Résidence à plusieurs étages avec infrastructure sur l’avenue Octobre au voisinage de la maison n°5 ;

11. Reconstruction d’une maison d’habitation avec superstructure au-dessus d’un abri d’auto pour un gymnase avec aménagement et bureaux au 22, rue Sobinov (la construction n’est pas réalisée) ;

12. Construction d’un carrefour et d’un pont en béton armé traversant la rivière Kotorosl avec infrastructure ;

13. Monument du millénaire de Yaroslavl.

Les informations fournies sont assorties de photographies des sites concernés, de plans coupe et élévation et/ou rendus des projets individuels de construction (sans leur contexte urbain), du nom du développeur, du statut d’approbation du projet au regard des différentes autorités russes chargées de la planification et du « Comité du patrimoine mondial russe ».

Le rapport signale aussi que les principales zones de construction se trouvent au voisinage du quai de la Volga. Les travaux à entreprendre comprennent la construction d’une aire de loisir, la création d’une “zone de fontaines”, le complet réaménagement et développement paysager de la totalité de la zone et la construction du monument du millénaire de Yaroslavl déjà mentionné. Le rapport décrit aussi un projet d’amélioration des transports incluant le pont sur la Kotorosl et la construction d’un “nouveau nœud de communication”.

La documentation fournie ne comporte toutefois pas de projets détaillés ni d’analyse des projets replacés dans un contexte plus large ni aucune évaluation d’impact sur le patrimoine culturel des principaux nouveaux projets de construction et de développement urbain mentionnés dans le rapport, en ce qui concerne leur impact sur la valeur universelle exceptionnelle. Le rapport de l’Etat partie note que les analyses historiques, urbanistiques et paysagères ont été réalisées préalablement à la « reconstruction de la zone », sans fournir aucun détail de ces analyses.

Concernant la cathédrale de l’Assomption, l’Etat partie souligne que sa reconstruction revêt une importance particulière pour la reconstitution de l’apparence historique du centre de Yaroslavl, et que la ligne d’horizon de la cathédrale est une des verticales structurelles du panorama historique de la ville. Le rapport note que les zones proches de la cathédrale seront également soumises à la reconstruction et au développement.

En mars 2011, le Centre du patrimoine mondial a reçu des informations supplémentaires de la part de groupes de la société civile selon lesquelles le pont à deux niveaux sur la Kotorosl a été terminé et un projet supplémentaire de développement le long de la Kotorosl est en cours de réalisation. Ces informations signalent aussi qu’un hôtel a été construit à la place du parc historique et que plus de dix nouvelles constructions sont en cours dans les limites du centre historique de la ville de Yaroslavl et de sa zone tampon.

En avril 2011, l’Etat partie a soumis au Centre du patrimoine mondial des documents concernant le projet d’un hôtel 5 étoiles prévu au voisinage de la cathédrale de l’Assomption et de plusieurs autres bâtiments historiques dans la partie centrale du bien, qui est en cours d’examen par les Organisations consultatives.

b) Gestion

Concernant la gestion du bien, le rapport de l’Etat partie ne comporte aucune information sur le système de gestion global et la protection légale du bien. Il ne comporte pas non plus d’information sur la procédure de délivrance des permis de construire ou le mode de coordination entre les parties prenantes et les autorités à différents niveaux, comme le demandait la mission conjointe Centre du patrimoine mondial / ICOMOS de 2009. L’Etat partie a rapporté que le Comité du patrimoine mondial russe a été habilité par l’Etat partie à agir en tant que centre de coordination national officiel pour la conservation et la gestion des biens du patrimoine mondial dans la Fédération de Russie. Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent toutefois que, tandis que le Comité du patrimoine mondial russe révise et formule des recommandations sur les principaux projets de développement, ces derniers ne sont pas soumis au Centre du patrimoine mondial, conformément au paragraphe 172 des Orientations.

Le 21 avril 2011, le Centre du patrimoine mondial a formellement demandé à l’Etat partie, par une lettre et pendant la réunion avec les autorités nationales, que tout examen, révision et recommandation portant sur la mise en œuvre de projets, s’ils sont émis par le Comité du patrimoine mondial russe ou ses services, devrait inclure une notice claire indiquant qu’il n’implique ni ne remplace en aucune manière l’avis du Comité du patrimoine mondial, comme le demandent les Orientations.

De plus, le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives recommandent que le Comité du patrimoine mondial exprime son inquiétude concernant le rapport de l’Etat partie qui ne fournit aucune information actualisée sur la première phase de mise en œuvre de la stratégie de développement de l’urbanisme jusqu’en 2030 prévue dans le schéma directeur de la ville de Yaroslavl établi en 2006, ni sur l’acte réglementaire concernant la zone de conservation du bien initiée en 2008.

Le 3 mai 2011, le Centre du patrimoine mondial a rappelé à l’Etat partie le manque d’informations en réponse à la décision adoptée par le Comité du patrimoine mondial à sa 33e session, en particulier concernant le système de gestion et les cadres réglementaires. Il a été demandé à l’Etat partie de fournir d’urgence ces informations. 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent que le bien a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial au titre des critères ii et iv, la valeur universelle exceptionnelle étant associée à la fois au plan d’urbanisme de la ville à partir du XVIIIe siècle et à la présence de monuments architecturaux des XVIe et XVIIe siècles. La protection de la valeur universelle exceptionnelle repose par conséquent dans une large mesure sur le maintien de la planification urbaine et des relations spatiales d’origine ainsi que sur la nécessité de s’assurer que toute nouvelle construction respecte la conception et les matériaux des bâtiments existants, ne surcharge pas l’équilibre architectural des monuments et ne contrevient pas à la planification spatiale.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent en outre que depuis l’inscription du bien en 2005, le Comité du patrimoine mondial a exprimé son inquiétude concernant les nouveaux développements dans le bien et sa zone tampon dans le but de protéger sa valeur universelle exceptionnelle. Les conclusions de la mission conjointe Centre du patrimoine mondial / ICOMOS de 2009 et la décision du Comité du patrimoine mondial à sa 33e session (Séville, 2009) exprimaient l’inquiétude que les nouveaux projets de construction en cours dans le bien puissent affecter négativement la valeur universelle exceptionnelle. Cela concernait en particulier l’horizontalité du panorama urbain menacé pour la construction de la nouvelle cathédrale de l’Assomption.

Le Comité du patrimoine mondial demandait en outre à l’Etat partie de fournir des informations au Centre du patrimoine mondial sur tous les principaux projets dans les limites du bien, conformément au paragraphe 172 des Orientations. Malgré cette demande du Comité et la communication continue du Centre du patrimoine mondial avec l’Etat partie, ce dernier n’a pas fourni d’informations adéquates concernant le développement urbain rapide et continu qui se produit dans le bien.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives s’inquiètent particulièrement de certains développements d’hôtels, de bâtiments d’habitation et de garages mentionnés dans le rapport, ainsi que des projets de construction d’un pont sur la Kotorosl et du « Monument du millénaire de Yaroslavl ».

Le rapport ne fournissant aucune information détaillée sur les matériaux de construction ou le contexte physique, il est impossible de comprendre comment les nouvelles constructions s’intègrent dans l’environnement urbain. En outre, le rapport ne précise pas l’état d’avancement de nombre de ces projets. Certains semblent déjà parvenus en phase de construction ou d’achèvement. Néanmoins, l’information fournie indique la nature extrêmement extensive d’aménagements proposés dans les limitent le bien.

Sur la base de l’information disponible, le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives considèrent que le grand nombre et l’ampleur des nouveaux projets dans les limites du bien du patrimoine mondial pourraient déjà avoir causé un impact négatif important et probablement irréversible sur la valeur universelle du bien, en ce qui concerne le plan d’urbanisme depuis le XVIIIe siècle et les monuments architecturaux des XVIe et XVIIe siècles.

En outre, ces grands projets n’ont pas été soumis au Centre du patrimoine mondial conformément au paragraphe 172 des Orientations, et l’information n’a pas été fournie concernant le système de gestion en place pour contrôler de tels développements.

En raison de tous ces facteurs, le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives considèrent que le bien est confronté à une grave détérioration de sa cohérence architecturale et urbanistique et est par conséquent confronté à un danger avéré menaçant sa valeur universelle exceptionnelle, en référence au paragraphe 179 des Orientations.

Le Comité du patrimoine mondial peut par conséquent souhaiter envisager l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril et demander à l’Etat partie d’inviter une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial / ICOMOS pour développer avec l’Etat partie, un Etat de conservation souhaité et des mesures correctives nécessaires en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril ; cette mission devrait examiner le système de gestion existant et les mécanismes de prise de décision pour le bien, y compris le cadre juridique et réglementaire, les arrangements institutionnels et les instruments de planification existants. 

Décision adoptée: 35 COM 7B.103

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-11/35.COM/7B.Add,

2. Rappelant la décision 33 COM 7B.120, adoptée à sa 33e session (Séville, 2009),

3. Prend note des informations fournies par l'Etat partie dans son rapport sur l'état de conservation et exprime sa profonde inquiétude au sujet des interventions entreprises par l'Etat partie ainsi que d'un grand nombre de projets de développements et de constructions achevés et envisagés, qui n'avaient pas été soumis au Centre du patrimoine mondial conformément au paragraphe 172 des Orientations;

4. Réitère sa vive préoccupation concernant le manque de suivi en réponse aux recommandations de la mission de suivi réactif de 2009, en particulier concernant:

a) le processus d'examen et de délivrance des permis de construire qui devrait être clairement établi et approuvé conformément aux documents juridiques officiels dans les limites du bien et de sa zone tampon,

b) tous les projets susceptibles d'avoir un impact sur la valeur universelle exceptionnelle du bien qui devraient être transmis officiellement au Centre du patrimoine mondial pour examen, préalablement à toute approbation ou délivrance des permis de construire,

c) les processus de planification et de prise de décision qui doivent être rendus transparents,

d) la désignation par les autorités fédérales de l'administration chargées du processus de suivi de l'état de conservation du bien,

e) les ressources humaines affectées à la gestion et au suivi du bien qui doivent être appropriées,

f) l'utilisation et l'ouverture excessives d'espaces souterrains qui doivent être limitées dans l'emprise du bien du patrimoine mondial et de sa zone tampon,

g) l'emploi de matériaux nouveaux et inappropriés (comme le métal ou le verre) en tant que principaux matériaux de revêtement des façades qui doit être évité,

h) des restrictions concernant la publicité à l'extérieur qui doivent être appliquées;

5. Réitère fermement sa demande de soumettre des informations au Centre du patrimoine mondial sur tout projet de développement ou de construction susceptible d'avoir un impact sur la valeur universelle exceptionnelle du bien conformément au paragraphe 172 des Orientations et demande à l'Etat partie de stopper tout projet de ce type en cours susceptible d'avoir un impact sur la valeur universelle exceptionnelle du bien jusqu'à ce que ces projets soient soumis au Centre du patrimoine mondial pour examen par le Comité du patrimoine mondial;

6. Prie instamment l'Etat partie d'établir un système de gestion appropriée du bien pour traiter les permis de bâtir d'une manière claire et transparente, et de s'assurer qu'il y a une coordination efficace entre les autorités concernées et les parties prenantes;

7. Exprime sa profonde inquiétude quant aux changements intervenant sur le panorama horizontal urbain et la quantité et l'ampleur des nouveaux projets de construction et de développement dans le bien qui ont eu un impact négatif sur le schéma urbain du XVIIIe siècle et les monuments architecturaux des XVIe et XVIIe siècles, constituant ainsi une menace avérée sur la valeur universelle du bien;

8. Demande également à l'Etat partie d'inviter une mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS au centre historique de Yaroslavl afin d'évaluer l'état de conservation du bien. Cette mission devrait également étudier le système de gestion existant et le mécanisme de prise de décision pour le bien, y compris le cadre législatif et réglementaire, les modalités institutionnelles et les instruments de planification existants;

9. Demande en outre à l'Etat partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial d'ici le 1er février 2012 un rapport sur l'état de conservation du bien qui traite des points suivants pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 36e session en 2012.