1.         Vallée de Kathmandu (Népal) (C 121bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1979

Critères  (iii)(iv)(vi)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril    2003-2007

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/121/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1979-2015)
Montant total approuvé : 417 619 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/121/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé : 10 millions de dollars EU (1979-2001) de la Campagne de sauvegarde internationale ; 45 000 dollars EU (2005) et 20 000 dollars EU (2011) du fonds-en-dépôt néerlandais

Missions de suivi antérieures

Février 2003 : mission Centre du patrimoine mondial/ICOMOS ; avril 2007 : mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS ; mars 2011 : mission de conseil d’un expert international de l’UNESCO ; novembre 2011 : mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS ; Octobre-Novembre 2015 : mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/121/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2016

Le 1er février 2016, l’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation disponible sur https://whc.unesco.org/fr/list/121/documents/. En octobre/ novembre 2015, une mission conjointe de suivi réactif sur le bien, Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/ICCROM a été menée, débouchant sur un ensemble détaillé de recommandations. Le rapport de mission est également disponible au lien ci-dessus.

Les sept ensembles de monuments (les trois cités de Kathmandu [Hanuman Dhoka], Patan et Bhaktapur, et les ensembles religieux de Swayambhu, Bauddhanath, Pashupati et Changu Narayan) ont beaucoup souffert des séismes d’avril-mai 2015. Les trois zones urbaines ont été sévèrement touchées. La zone de monuments de la place Durbar Hanuman de Dhoka (Kathmandu) a perdu plusieurs de ses grands temples, mais 11 monuments importants ont été préservés de dégâts supplémentaires. Dans la zone de monuments du Durbar de Patan, les travaux de conservation ont inclus la protection et la réparation des temples de Krishna et de Degutalezu. Les palais de Patan et Bhaktapur ont eu moins de dégâts. La structure et la disposition des quartiers urbains, y compris leur place du Durbar, sont intactes. Les bases maçonnées en escalier des structures effondrées subsistent. Là où les structures se sont effondrées, de nombreux éléments sculptés et ornementés ont été récupérés en vue d’une possible réinstallation.

Au sein des quatre zones de monuments religieux, les principaux temples et stupas sont généralement restés debout. Changu Narayan et Swayambhu ont été affectés par l’effondrement de temples plus petits et de structures environnantes. À Pashutpati, certains temples périphériques ont été endommagés. La partie supérieure du stupa de Boudhanath a été gravement endommagée. Plusieurs maisons traditionnelles et autres édifices vernaculaires ont également subi des dommages et sont maintenant fragilisés. En dépit des impacts physiques, les rituels et fêtes quotidiens ont toujours eu lieu. Ainsi, les valeurs sociales et spirituelles associées aux zones de monuments ont été maintenues.

Plusieurs maisons traditionnelles et autres édifices vernaculaires situés à l’intérieur du bien et de la zone tampon ont subi des dommages dus aux séismes et sont très fragilisés.

L’État partie à travers son département d’archéologie a travaillé à la conservation, la reconstruction et la réhabilitation post-séisme et a préparé des consignes de conservation post-séisme. En plus de l’Assistance internationale d’urgence (74 940 dollars des États-Unis) accordée par le Fonds du patrimoine mondial, plusieurs projets extrabudgétaires de l’UNESCO ont été approuvés et sont en cours d’exécution dans le cadre de la sauvegarde d’urgence post-séisme et des processus de conservation et de réhabilitation de la vallée de Kathmandu. Un bureau de coordination et d’intervention post-séisme a été créé et le comité de coordination des travaux précédemment institué s’est concentré sur les monuments affectés par les séismes. L’accent a été mis sur la protection d’urgence ainsi que la récupération, le tri et le stockage des éléments architecturaux.

Le programme des étudiants ambassadeurs, qui vise à diffuser les connaissances sur le patrimoine au sein de la communauté, a été interrompu, mais un programme de sensibilisation a été mis en œuvre pour les parties prenantes au sein des zones de monuments protégées du bien. Une exposition de photographies montrant des exemples positifs et négatifs a fait partie de ce processus. D’autres initiatives incluant les lignes directrices d’évaluations d’impact sur le patrimoine (EIP) et la formation à la conservation post-séisme, destinée à un large éventail de participants, des qualifiés  aux moins habiles artisans,  sont prévues.

Le Centre du patrimoine mondial a reçu des informations indiquant que les autorités népalaises ont lancé des appels d’offres publics pour la réhabilitation et la reconstruction de monuments au sein et aux environs du bien, ce qui pourrait avoir un impact sur la Valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien du patrimoine mondial de la Vallée de Kathmandu. Des clarifications ont été demandées à l’État partie le 31 mars 2016 sur ce sujet. Aucune réponse n’avait été reçue au moment de la rédaction de ce rapport.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

On doit noter les efforts déployés par le département d’archéologie du Népal pour répondre, avec le soutien de l’UNESCO et de divers donateurs et agences, aux effets des séismes d’avril et mai 2015 et pour élaborer un processus de sauvegarde, de conservation et de réhabilitation post-séisme.

La mission de 2015 a noté que les séismes ont sévèrement affecté les attributs, l’authenticité, l’intégrité et la gestion du bien, mettant sa VUE en péril. Toutefois, malgré les dégâts considérables et effondrements de grande ampleur, à l’exception du grand temple de la colline à Pashupati et de temples plus grands aux toits à plusieurs étages, des exemples de la plupart des types d’édifices subsistent et les sept zones de monuments continuent de témoigner de la VUE du bien.

Des séismes surviennent régulièrement (tous les 80 à 100 ans) dans la Vallée de Kathmandu. Au fil du temps, de nombreuses structures endommagées ont été reconstruites à la suite de séismes, les éléments endommagés ayant été complétés ou remplacés par de nouveaux matériaux. Cette pratique de «rénovation cyclique» a maintenu le patrimoine du bien. Un nouveau processus de rénovation pourrait contribuer à la restauration de certains attributs affectés par le séisme, réduisant ainsi l’impact sur la VUE. Ce qu’il faut, cependant, c’est une étude/analyse précise de ce qui a été endommagé et pourrait être récupéré, de ce qui a été détruit et doit être remplacé par de nouvelles structures. Afin d’entreprendre cet examen/cette analyse, les attributs de la VUE doivent être clairement identifiés pour chacune des zones de monuments en s’appuyant sur le dossier de proposition d’inscription et la Déclaration de VUE.

Après l’élaboration de cet examen et de cette analyse, un plan directeur de récupération (PDR) soigneusement conçu sera nécessaire dans chaque zone de monuments pour définir quels attributs de la VUE peuvent être récupérés, ce qui peut être remplacé par de nouvelles structures, la justification des choix, et comment les travaux seront progressivement entrepris. Un schéma de récupération soigneusement conçu avec des consignes explicites contribuerait à la restauration des attributs affectés par les séismes, réduisant ainsi les impacts sur l’intégrité et l’authenticité. Les schémas de récupération devraient être élaborés avec la participation pleine et entière des groupes communautaires locaux, y compris les guthis traditionnels et les autres groupes concernés, pour faciliter une utilisation, une gestion et un entretien appropriés des sites, respectueux de la VUE du bien et d’autres valeurs locales et nationales.

Comme l’indiquent les conclusions de la mission, le processus de récupération constituera une tâche colossale qui sera sujette à des pressions considérables de reconstruction au sein des zones de monuments et des zones tampons. S’agissant des principaux monuments, il sera essentiel de garantir le bon niveau de formation des artisans afin de maintenir les métiers traditionnels de haut niveau nécessaires à la création et à l’entretien des structures de la Vallée de Kathmandu, et un approvisionnement fiable et régulier des matériaux traditionnels adéquats. Si les processus de rénovation doivent suivre les pratiques traditionnelles, le processus de reconstruction doit être lié à des mesures de renforcement de capacités pour assurer la transmission et la revitalisation, pour les générations futures, des savoirs traditionnels contribuant à la VUE du bien.

S’agissant des édifices vernaculaires, le processus de reconstruction sera vraisemblablement plus complexe, et on s’attend à une pression importante de la part des propriétaires, des locataires et des diverses autorités pour reconstruire en faisant appel à des conceptions, technologies et matériaux contemporains considérés comme plus résilients sur le plan sismique. Sans soutien financier et technique adéquat, il est probable que ces édifices vernaculaires ne soient pas reconstruits à l’aide de matériaux, technologies et savoir-faire traditionnels, provoquant ainsi une perte importante du caractère et de l’authenticité de ces agglomérations. L’appel à des prestataires dont l’expérience et la connaissance des matériaux et processus traditionnels seraient inadéquates pourrait aussi constituer un danger.

Il est essentiel que le plan de récupération soit intégré à un programme global de revitalisation socio-économique pour les communautés urbaines afin d’encourager les résidents et les entreprises locales à s’impliquer dans le processus de récupération, tout en assurant qu’il procure des retombées sociales et économiques variées.

Les conclusions de la mission pointent également le manque actuel de réaction adéquate en matière de récupération après un sinistre, particulièrement s’agissant du soutien politique et de l’attribution de ressources. Cela a eu des conséquences négatives sur la coordination de la récupération dans tout le pays et a contribué à retarder le fonctionnement de l’Agence nationale pour la reconstruction. La mission a proposé un large éventail de recommandations liées au nécessaire renforcement de la gestion, à une coordination efficace, à la planification, aux activités touristiques, à l’assistance technique et au renforcement des capacités, aussi bien en ce qui concerne les des mesures d’urgence, la documentation et les plans et procédures de récupération.Outre le fait que la mission considère que le bien est déjà fragilisé en raison des conséquences néfastes des séismes de 2015 sur les attributs de la VUE, ledit bien est potentiellement confronté à de graves détériorations de sa cohésion architecturale et urbanistique. Cela peut aussi provoquer des impacts graves sur l’authenticité et l’intégrité. Étant donné que l’échelle et la portée du processus de récupération ne sont actuellement pas suffisantes pour faire face à ces menaces potentielles, il est recommandé que, conformément aux paragraphes 177 et 179 des Orientations, le Comité envisage l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril afin de définir et mettre en œuvre les mesures complètes d’atténuation et de correction, en collaboration avec les parties prenantes nationales et internationales importantes qui ont semblé exprimer les meilleures perspectives pour aborder les menaces actuelles. Il est également recommandé que le Comité demande à l’État partie de se rapprocher du Centre du patrimoine mondial et des Organisations consultatives pour élaborer une proposition d’État de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril (DSOCR) dès que possible, ainsi que des mesures correctives et un calendrier pour leur mise en œuvre.

Enfin, il est également préoccupant que des appels d’offres publics pour la réhabilitation et la reconstruction des monuments au sein et au voisinage du bien soient lancés avant la finalisation de la documentation complète, de l’évaluation des dégâts, ou des plans et procédures de récupération. Il est recommandé que le Comité demande à l’État partie de soumettre des informations détaillées au Centre du patrimoine mondial quant à tout projet de restauration majeure et tous travaux de réhabilitation ou de reconstruction, pour examen par les Organisations consultatives, conformément au Paragraphe 172 des Orientations.

Décision adoptée: 40 COM 7B.41

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC/16/40.COM/7B.Add,
  2. Rappelant la décision 39 COM 7B.69, adoptée à sa 39e session (Bonn, 2015),
  3. Reconnaît les efforts du département d’archéologie avec le soutien de l’UNESCO et de divers donateurs et agences pour répondre aux effets des séismes d’avril-mai 2015 ;
  4. Note que les sept zones de monuments ont subi des dommages importants en raison des séismes d’avril-mai 2015, ce qui se traduit par des effets néfastes sur les attributs, l’authenticité, l’intégrité et la gestion du bien et met en péril sa valeur universelle exceptionnelle (VUE) ;
  5. Note également que les séismes sont une caractéristique régulière de la Vallée de Kathmandu, et que la « rénovation cyclique » pratiquée par les artisans traditionnels à l’aide de processus et matériaux traditionnels a maintenu les valeurs du patrimoine du bien au fil du temps ;
  6. Considère qu’un processus de renouvellement pourrait contribuer à restaurer certains des attributs affectés par les séismes, réduisant ainsi l’impact sur la VUE, mais souligne le fait que ces travaux doivent s’appuyer sur un examen et une analyse précise de ce qui a été endommagé et pourrait être récupéré, de ce qui a été détruit et doit être remplacé par de nouvelles structures, ainsi qu’une compréhension claire des attributs de la VUE pour chaque zone de monuments et des impacts que chacune a subis ;
  7. Prie instamment l’État partie d’élaborer, avec la participation pleine et entière des groupes communautaires locaux, y compris les guthis traditionnels et les autres groupes, un plan directeur de récupération (PDR) soigneusement conçu et étayé par des orientations pour définir les attributs de la VUE qui peuvent être récupérés, la justification des choix, et comment les travaux seront progressivement entrepris. Ce PDR devrait faciliter une utilisation appropriée, une gestion et un entretien des sites, conformément à la VUE du bien et d’autres valeurs locales et nationales ;
  8. Prie aussi instamment l’État partie d’intégrer ce PDR à un programme global de revitalisation socio-économique pour les communautés urbaines, afin d’encourager les résidents et les entreprises locales à s’impliquer dans le processus de récupération et de veiller à ce qu’il procure de larges retombées sociales et économiques ;
  9. Demande à l’État partie de revoir le plan de gestion intégrée (PGI) du bien, prenant en considération les dégâts causés par les séismes, leur impact sur la VUE du bien et les dispositions du PDR, et de préparer un plan d’action pour renforcer les capacités par la coordination des expertises locales et internationales, des programmes de formation en matière de principes du patrimoine et d’artisanat de haut niveau et un schéma de développement pérenne par l’octroi de rémunérations raisonnables et d’emplois durables ;
  10. Prend note du rapport fourni par la mission de suivi réactif de 2015 et demande également à l’État partie de mettre en œuvre toutes ses recommandations détaillées selon le cas ;
  11. Note avec préoccupation le besoin d’une approche cohérente, suivie et coordonnée par les institutions nationales afin que l’Etat partie poursuive de manière adéquate le processus de réhabilitation et de reconstrution du bien du patrimoine ;
  12. Note en outre l’immensité des travaux de récupération et que le bien est potentiellement sujet à une pression considérable pour reconstruire au sein des zones de monuments et des zones tampons en s’appuyant sur de nouvelles approches et technologies, et qu’il soit fait appel à des prestataires dont l’expérience et la connaissance des matériaux et processus traditionnels seraient inadéquates, cequi pourrait avoir des conséquences néfastes considérables sur la VUE du bien ;
  13. Prenant en compte toutes les menaces potentielles susmentionnées et les menaces prouvées sur la VUE du bien causées par les impacts immédiats des séismes de 2015, demande en outre à l’Etat partie d’inviter une mission conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/ICCROM de suivi réactif afin de préciser à nouveau les mesures correctives et d’évaluer les avancées réalisées par l’Etat partie ;
  14. Appelle la communauté internationale à continuer d’apporter son soutien à la protection à court terme et aux mesures de sauvegarde d’urgence ainsi qu’à la conservation à long terme du bien, toutes étant nécessaires au maintien de la VUE de la Vallée de Kathmandu ;
  15. Demande par ailleurs à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, avant toute prise de décision irréversible, des informations détaillées sur tout projet de restauration majeure et tous travaux de réhabilitation ou de reconstruction au sein et aux abords du bien, pour examen par les Organisations consultatives, conformément au paragraphe 172 des Orientations;
  16. Demande enfin à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2017, un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien et sur la mise en œuvre des points ci-dessus mentionnés, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 41e session en 2017, afin de considérer, en l’absence d’avancées significatives, l’inscription possible du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril.