1.         Petra (Jordanie) (C 326)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1985

Critères  (i)(iii)(iv)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/326/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1987-2010)
Montant total approuvé : 167 079 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/326/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Septembre 2000 : mission ICOMOS ; mars 2004 : mission UNESCO ; 2009 : missions d'expertise technique UNESCO ; décembre 2010 : mission conjointe de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS.

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/326/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2011

L’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien le 2 février 2011. Une mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS a été réalisée du 4 au 10 décembre 2010. Le rapport de mission peut être consulté en ligne à l’adresse https://whc.unesco.org/fr/sessions/35COM

a) Stabilisation d’une roche instable dans le Siq

L’État partie signale que le travail portant sur la stabilisation d’une partie du Siq s’est poursuivi au moyen d’un projet de conservation incluant des mesures de consolidation, de stabilisation et d’ancrage. La carte topographique et le suivi de l’activité de la fissure et de son voisinage ont été réalisés. Comme signalé en 2010, des mesures préventives ont également été mises en œuvre et incluaient le colmatage de la fissure afin de prévenir toute autre infiltration d’eau, l’installation d’un mur de soutien temporaire et la réalisation de tests pour analyser les propriétés géologiques, physiques et chimiques de la roche instable. Les ancres ont été installées en avril 2011 et des matériaux de comblement injectés pour éviter tout vide. Dans le cadre de l’assistance internationale, une évaluation rapide des risques sur l’ensemble du Siq va être effectuée. De même, des fonds extrabudgétaires vont permettre une évaluation complète de la stabilité du Siq assortie d’un ensemble de méthodes de suivi et d’atténuation. D’autres fonds extrabudgétaires sont attendus pour entreprendre une cartographie des risques de l’ensemble du bien.

La mission a vérifié la mise en œuvre des travaux mais a noté que de considérables fissures, pouvant potentiellement donner lieu à d’importants décollements ainsi qu’à des chutes de roche, sont visibles dans tout le site. Elle considère qu’une analyse et une cartographie complète des risques sont nécessaires pour l’ensemble du Siq afin d’apporter des solutions précises aux fissures et roches instables et prévenir les chutes potentielles susceptibles de menacer la sécurité des visiteurs et l’environnement bâti.

b) État de conservation du bien

La mission de suivi réactif a évalué l’état actuel du bien. Elle a rapporté que le manque d’entretien est manifeste dans tout le site et qu’une grande partie des travaux de conservation actuellement mis en œuvre est de piètre qualité et insuffisante pour garantir l’état acceptable des monuments et atténuer les facteurs de détérioration qui affectent les structures et les surfaces. La mission considère qu’un plan de conservation général, assorti des ressources humaines et financières indispensables à sa mise en œuvre, est urgent et nécessaire. Il doit également inclure un plan de gestion des risques visant à atténuer les impacts des fragilités du bien, notamment séismes, crues brutales et incendies.

En matière de mise en valeur et interprétation, la mission a noté qu’elles sont insuffisantes et pour l’essentiel en mauvais état et ne traduisent pas l’importance du site. Elle considère que la gestion des visiteurs et l’usage publique ne sont pas convenablement traitées. La capacité d’accueil a été dépassée et aucune réglementation n’a été définie pour gérer le nombre croissant de visiteurs. Le bien souffre de congestion en plusieurs points et le tissu historique a été affecté dans la mesure où la circulation au sein du site n’est pas contrôlée et la surveillance insuffisante. L’utilisation d’animaux pour faciliter les visites n’est pas suffisamment contrôlée. L’absence de plan global d’usage publique, qui doit être un objectif prioritaire, est manifeste au vu de la situation générale. De précédentes initiatives à cet égard, tel que le Plan d’interprétation pour le plan archéologique de Petra (2000), devraient être actualisées et des ressources obtenues pour en garantir la mise en œuvre efficace.

c) Développement d’infrastructures sur le bien et dans la zone de Dara

L’État partie signale que les études d’impact du projet Dara on été effectuées en 1999 et que le Département des Antiquités a fait part de ses préoccupations quant à son impact potentiel. Aucune autre information n’a été donnée sur la manière dont la proposition va être revue pour répondre à la situation ni sur la demande d’inclusion de la zone au sein de la zone tampon du bien.

La mission rapporte que des points de vente et des installations touristiques, notamment des toilettes, continuent d’être ouverts ou construits sans contrôle ni réglementation. Elle a noté que des restaurants et des kiosques avaient un fort impact sur le paysage archéologique, et signale l’impact causé par les générateurs diesel. En ce qui concerne l’électricité, bien qu’il soit nécessaire d’améliorer la situation actuelle, les propositions existantes n’ont pas entièrement été évaluées et les études d’impacts environnemental et patrimonial requises ne sont pas prévues avant la mise en œuvre. La situation est identique en ce qui concerne l’adduction d’eau et la gestion des déchets, pour lesquelles aucune planification intégrale n’a été réalisée.

La mission a également noté que la croissance économique attendue dans la région est susceptible d’aggraver les aspects négatifs du développement urbain qui, laissé sans réglementation, va éroder les qualités du paysage et par conséquent avoir un impact sur la valeur universelle exceptionnelle du bien. La situation est encore exacerbée par le fait que les limites précises du bien et la création d’une zone tampon, avec des réglementations adéquates, doivent encore être définies en dépit des demandes du Comité du patrimoine mondial.

En décembre 2010, le Centre du patrimoine mondial a fait part de sa préoccupation sur la base des résultats préliminaires de la mission de suivi réactif, quant à l’impact des nouvelles constructions, en particulier la construction de toilettes en béton, sur l’intégrité et l’environnement du bien. En janvier 2011, l’État partie a répondu que la construction des installations allait être stoppée et que les éléments construits n’étaient que temporaires. Toutefois, d’autres informations, dont une documentation photographique, ont été reçues faisant état de la poursuite des constructions malgré les garanties précédemment apportées. De plus, il a été dit qu’une centrale solaire était envisagée et que l’utilisation de la route de sortie de Turkmaniye à des fins touristiques était à l’étude. À ce propos, des informations sur le projet sont demandées depuis mai 2010 pour son évaluation et n’ont, à ce jour, pas été soumises.

d) Plan et mesures de gestion

L’État partie indique qu’un schéma directeur, devant incorporer tous les documents préparés à ce jour, est en cours d’élaboration et doit être complété pour la fin du printemps 2011. En ce qui concerne le système de gestion, il rapporte que la création d’un comité consultatif et d’un comité technique, avec représentation des autorités et des parties prenantes concernées, a été proposée et est en attente d’approbation par le gouvernement. Ces comités seront chargés de planifier et décider des mesures de conservation, développement et gestion pour le bien. Aucune indication n’a été donnée sur la date attendue de l’approbation ni sur les rôles et le fonctionnement desdits comités. L’État partie signale également que 10% des droits d’entrée ont été alloués à la mise en œuvre de mesures de conservation dans le site.

La mission rapporte qu’il n’existe aucune structure décisionnelle précise pour le bien. Plusieurs agences sont impliquées et leurs fonctions, mandats et rôles ne sont pas clairement identifiés et se chevauchent. L’absence de communication et de coordination entre tous les acteurs en présence, notamment les communautés locales, n’a pas été corrigée et empêche la mise en œuvre de stratégies générales pour le bien. La mission a également noté que les ressources humaines, financières et matérielles sont insuffisantes et n’offrent pas la capacité de mettre en œuvre un plan d’action soutenu en matière d’entretien, de conservation, de suivi et de protection. En ce qui concerne le plan de gestion, la mission rapporte que malgré l’existence de plusieurs documents, aucun plan formel n’a été établi ni légalement approuvé jusqu’à présent. 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent les informations sur l’état actuel du bien, en particulier la condition des éléments patrimoniaux et les développements non réglementés incessants à la fois au sein du bien et dans les zones limitrophes. Ils considèrent que les points soulevés depuis longtemps, comme l’élaboration et la mise en œuvre d’un plan de gestion général et la définition d’une zone tampon, sont restés sans réponse, malgré les demandes du Comité du patrimoine mondial. Ils souhaitent souligner que si ces points ne sont pas traités, les attributs qui justifient la valeur universelle exceptionnelle du bien pourraient être considérés sous menace potentielle ou avérée, auquel cas le Comité du patrimoine mondial pourrait envisager l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril. 

Décision adoptée: 35 COM 7B.49

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-11/35.COM/7B.Add,

2. Rappelant la décision 34 COM 7B.56, adoptée à sa 34e session (Brasilia, 2010),

3. Reconnaît les informations communiquées par l'Etat partie sur la mise en œuvre de ses recommandations et le prie instamment de finaliser le processus afin d'arrêter les dispositions opérationnelles de gestion assorties des ressources de fonctionnement adéquates ;

4. Exprime sa plus grande inquiétude quant à l'état de conservation du bien et au besoin continu de mise en œuvre de stratégies générales pour traiter les problèmes urgents de conservation, d'entretien et de protection ;

5. Note les résultats de la mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS de décembre 2010, approuve ses recommandations et demande à l'Etat partie de :

a) apporter un soutien logistique et de collaborer avec le bureau de l'UNESCO à Amman afin de poursuivre un plan général de gestion des risques pour le bien, basé sur des études actualisées afin d'identifier les mesures d'urgence et les plans d'action en matière de suivi et d'interventions dans l'optique d'atténuer les menaces potentielles,

b) élaborer et mettre en œuvre un plan intégré de conservation, sur la base des recommandations de plans de gestion et opérationnels existants, d'études de relevés d'état actualisés, et d'identifier les mesures de conservation, d'entretien et de protection requises pour garantir la conservation des éléments patrimoniaux et définir des orientations et principes de conservation à même de guider les interventions futures sur le bien,

c) réduire les fouilles archéologiques tant qu'il n'aura pas pleinement été répondu aux besoins actuels en conservation et entretien, et d'élaborer des réglementations pour la recherche archéologique sur le bien,

d) conduire les évaluations nécessaires afin d'identifier formellement et d'adopter une zone tampon du bien qui assure la conformité avec sa valeur universelle exceptionnelle ;

6. Demande également à l'Etat partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2013, un rapport sur l'état de conservation du bien et sur la mise en œuvre des points susmentionnés, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 37e session en 2013.