1.         Basse vallée de l'Omo (Éthiopie) (C 17)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1980

Critères  (iii)(iv)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/17/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1996-2015)
Montant total approuvé : 17 018 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/17/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

avril 2015: mission conjointe UNESCO/ICOMOS de suivi réactif

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/17/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2016

Une mission conjointe UNESCO/ICOMOS de suivi réactif a été menée du 13 au 19 avril 2015 en réponse aux préoccupations exprimées par le Comité en 2014 concernant des impacts potentiels du projet de plantation de canne à sucre Kuraz Sugar Cane. Le rapport de mission est disponible à https://whc.unesco.org/fr/list/17/documents. Le 12 mai 2016, l’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien, disponible à l’adresse Web susmentionnée.

La mission a signalé que le bien n’a pas de limites établies, ni de plan de gestion, ni de gestionnaire de site sur place. Elle s’est déclarée préoccupée que l’on ait pu autoriser le développement agricole comme par le biais du projet Kuraz sans tenir compte comme il convient de la Valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien. Bien qu’il n’y ait pas eu à ce jour d’impacts directs, certaines décisions ont été prises qui pourraient s’avérer extrêmement nuisibles pour le bien, notamment : autorisation de commencer des travaux d’infrastructure comme la construction d’un barrage, planification de l’étendue territoriale de la zone de plantation de canne à sucre, création d’une liaison routière Omo Rate-Kangaten, et octroi de droits de prospection de combustibles fossiles dans toute la zone dans laquelle se trouve le bien. Ces permis ont été accordés sans évaluation préalable d’impacts potentiels.

Les effets cumulés de ces interventions pourraient sérieusement affecter la VUE du bien et ses conditions d’intégrité, notamment en raison du fait qu’il n’y a ni limites précises ni zones tampons clairement établies. La mission a noté qu’une importante attention était accordée aux affleurements fossilifères connus mais que ceux-ci ne définissaient pas en eux-mêmes l’étendue du bien qui inclut son cadre physique et biotique, ainsi que les dépôts sous-jacents à l’illuvium de surface. Un autre problème soulevé est celui du transfert possible des communautés pastorales traditionnelles – comme le prévoit le projet Kuraz – ce qui pourrait modifier le paysage du bien.

Le rapport de l’État partie ne fournit pas de détails précis ni sur l’étendue ni sur l’emplacement précis du projet Kuraz, malgré la demande du Comité de lui communiquer ces informations dès que possible après sa session de 2014.

L’État partie indique en outre que :

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

L’absence de limites clairement définies pour le bien et une zone tampon – ce qui était déjà considéré comme un problème lors du premier cycle de rapports périodiques en 2001 – a été préjudiciable pour la prise de décision concernant les projets de développement. L’EIP pour le projet Kuraz décrit trois sites distincts dotés de trois zones tampons distinctes, ce qui est incorrect par rapport au bien unique inscrit.

La mission a noté que les impacts potentiels du projet Kuraz pourraient entraîner des modifications paysagères très nuisibles sur une étendue d’environ 100 km², ce qui, selon l’endroit précis du projet, pourrait représenter environ les deux-tiers du bien. Cela inclurait des dommages irréversibles pour les gisements fossilifères dus à plusieurs facteurs, notamment fouilles, impact des machines, agriculture et irrigation, pillage et piétinement associés aux nouvelles installations, augmentation de la salinité du sol, modification du niveau des cours d’eau due à la construction d’un barrage, etc. Le bien est également menacé par des projets d’infrastructure et projets agricoles déjà approuvés – comme la construction d’un barrage et la nouvelle liaison routière d’Omo rate à Kangaten – ainsi que par des permis de prospection de carburants fossiles dans la totalité de la zone qui comprend le bien.

Le projet de géocartographie financé par l’Union européenne et mis en œuvre par l’UNESCO va traiter certains des problèmes de conservation du bien, notamment la question des limites et les questions de gestion. Toutefois, il est extrêmement préoccupant que les calendriers du projet financé par l’EU, de la finalisation de l’EES et de la mise en œuvre proposée du projet Kuraz ne soient pas alignés.

Dans sa lettre du 2 juin 2016, l’État partie a indiqué qu’il envisageait d’accélérer le travail concernant les limites du bien. Ce travail devrait être terminé au premier trimestre 2017. L’EES prévue pour étudier l’impact du projet Kuraz sur le bien ainsi que sur le bien du patrimoine mondial du Lac Turkana au Kenya est encore en cours de planification et ne devrait pas être soumise avant 2018 (cf. la décision 39 COM 7B.4 concernant le Lac Turkana). Le travail sur les plantations de canne à sucre, les barrages, les routes et les nouveaux villages pour le projet Kuraz est en cours, bien qu’aucun détail n’ait été fourni sur l’ensemble du projet et qu’aucune évaluation d’impact appropriée n’ait été entreprise.

Bien que l’isolement du bien lui ait permis de conserver ses vestiges paléontologiques exceptionnels, le projet Kuraz de plantation de canne à sucre pourrait constituer une menace irréversible pour la VUE du bien et son cadre paysager. Les importants travaux en cours dans le cadre du projet Kuraz en l’absence de limites reconnues, de système de gestion et de fourniture de documentation détaillée dont des évaluations d’impact appropriées, tout cela signifie que le bien est en grand danger.

Il est recommandé que le Comité se déclare sérieusement préoccupé de la poursuite des travaux du projet Kuraz sans que sa demande d’informations détaillées ait été satisfaite, et ce avant l’achèvement du travail essentiel sur les limites et la mise au point d’une EIP, d’une EIE (Evaluation d’impact environnemental) et d’une plus globale EES, ce qui constitue un danger confirmé et potentiel pour la VUE du bien, conformément au chapitre IV.B des Orientations. Il est donc également recommandé que le Comité inscrive le bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

Il est essentiel que tous les détails sur le projet Kuraz soient fournis immédiatement et que tous nouveaux travaux soient immédiatement interrompus jusqu’à ce que tous les impacts aient pu être étudiés par le Comité par le biais d’EIP et d’EIE fondées sur des limites précises du bien et de sa zone tampon, de façon à pouvoir envisager des mesures palliatives. Cela est capital avant que des engagements ne soient pris pour l’ensemble du projet, mais cela ne peut se faire qu’à partir des résultats du projet de géocartographie financé par l’UE. La clarification des limites est donc requise pour étayer l’EIP nécessaire et doit donc être entreprise dès que possible.

Décision adoptée: 40 COM 7B.11

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC/16/40.COM/7B.Add,
  2. Rappelant la décision 38 COM 7B.48, adoptée à sa 38e session (Doha, 2014),
  3. Prend note des détails fournis par l’État partie dans son rapport sur le projet triennal financé par l’Union européenne intitulé « Favoriser la contribution du patrimoine mondial au développement durable et au renforcement des capacités pour la protection et la conservation des sites paléontologiques d’Éthiopie », récemment conclu, qui va étudier les questions des limites, de la conservation et de la gestion du bien ;
  4. Note que la documentation soumise par l’État partie ne fournissait pas d’informations claires et précises sur l’emplacement exact du projet de développement de l’Ethiopian Sugar Corporation (projet Kuraz), bien que cela ait été demandé par le Comité du patrimoine mondial à sa 38e session en 2014 ;
  5. Apprécie toutefois le fait que l’Etat partie a récemment soumis un document au Centre du patrimoine mondial avec une carte officielle qui indique la localisation exacte du projet de développement de l’Ethiopian Sugar Corporation (projet Kuraz) vis-à-vis du site du patrimoine mondial de la Basse Vallée de l’Omo ;
  6. Accueille favorablement la révision du plan initial de zone de culture de canne à sucre de 175 000 ha à 100 000 ha par l’Etat partie afin d’atténuer les impacts possibles sur la valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien ;
  7. Note avec préoccupation que les travaux sur l’infrastructure et les projets agricoles associés au projet Kuraz, incluant des plantations de canne à sucre, des barrages, des routes et de nouveaux villages, ont déjà démarré sans avoir soumis d’évaluations d’impact appropriées, et sans clarifications concernant les limites du bien ;
  8. Demande à l’État partie de garantir que le travail suivant soit entrepris et étudié par le Comité :
    1. Communication de détails complets sur le projet Kuraz d’ici le 31 décembre 2016,
    2. Clarification des limites et soumission de propositions pour une zone tampon,
    3. Finalisation et soumission d’une Evaluation d’impact sur le patrimoine (EIP) plus approfondie et d’une Evaluation environnementale stratégique (EES) fondées sur les limites établies et sur les attributs précis de la VUE,
    4. Communication de détails sur le projet de transfert des communautés pastorales ;
  9. Prend note des résultats de la mission de suivi réactif d’avril 2015 et prie instamment l’État partie de mettre en œuvre ses recommandations, en particulier :
    1. Protéger la valeur scientifique et potentielle du bien, comme envisagé lors de l’inscription, en définissant clairement les zones à potentiel archéologique, et en définissant des stratégies de gestion du bien en tant que paysage visuellement cohérent sans marques de développement entre les affleurements visibles,
    2. Envisager des composantes appropriées en matière d’accueil des visiteurs et de gestion des risques dans le plan de gestion en vue des activités paléo-touristiques prévues dans le bien,
    3. Favoriser l’implication de la communauté locale dans la gestion du site comme dans le tourisme,
    4. Établir un suivi de base de l’érosion du sol pour définir des mesures de contrôle là où l’érosion pourrait constituer une menace pour les gisements fossilifères,
    5. Définir des protocoles pour le remblai et la réhabilitation des zones de fouilles pour la recherche à ciel ouvert et inclure une obligation de consolidation des nouvelles zones à ciel ouvert pour tous les nouveaux projets de recherche archéologique,
    6. Établir un suivi de base de la salinisation du sol dans les zones où une irrigation est prévue en dehors du bien, afin de contrôler et de traiter d’éventuels impacts en profondeur sur les sédiments et affleurements fossilifères ;
  10. Demande en outre à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2017, un rapport sur l’état de conservation du bien et sur les mesures prises pour la mise en œuvre des recommandations ci-dessus mentionnées, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 41e session en 2017.