1.         La Grande Barrière (Australie) (N 154)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1981

Critères  (vii)(viii)(ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/154/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0
Montant total approuvé : 0 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/154/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

1998 : Etat de la zone du patrimoine mondial de la Grande Barrière (1998, D. R. Wachenfield, J. K. Oliver, J. I. Morrissey)

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) développement côtier

b) pêche

c) tourisme

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/154/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2011

Bien qu’aucun rapport concernant ce bien n’ait été demandé à l’Etat partie par le Comité du patrimoine mondial, l’approbation récente, le 22 octobre 2010, de la construction d’une usine de traitement de gaz naturel liquéfié (GNL) sur l’île Curtis, située dans le périmètre du bien, a amené le Centre du patrimoine mondial et l’UICN à demander que cette question soit étudiée par le Comité à sa 35e session, en raison des impacts potentiels de ce projet sur la valeur universelle exceptionnelle du bien. Le Centre du patrimoine mondial a demandé des informations complémentaires sur cette question dans une lettre datée du 17 novembre 2010. Dans des lettres datées des 17 décembre 2010 et 21 février 2011, l’Etat partie a fourni des informations complémentaires sur l’approbation de la construction d’une usine de GNL dans le périmètre du bien et sur les événements climatiques extrêmes survenus récemment. L’Etat partie a également fourni, dans une lettre datée du 8 avril 2011, des informations complémentaires sur la gestion et la protection du bien et les questions évoquées ci-dessus.

a) Construction d’une usine de traitement du gaz naturel liquiéfié (GNL) sur l’île Curtis

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont reçu en août 2009 des informations concernant des projets de construction d’une usine de traitement de GNL à l’extrémité sud de l’île Curtis. Cette zone, située dans le périmètre du bien, a été classée « zone rurale ». En 2008, le gouvernement local a reclassé les terrains concernés en tant que « zone industrielle ». L’île Curtis est située à 3-5 km environ des énormes installations portuaires industrielles de Gladstone (elles-mêmes à l’extérieur du bien, mais directement adjacentes). Les informations fournies par l’Etat partie reconnaissent que ces projets, s’ils étaient adoptés, pourraient avoir un impact significatif sur le bien et donneraient lieu, par conséquent, à des études environnementales rigoureuses, conformément à la Loi nationale de 1999 relative à la protection de l’environnement et à la conservation de la biodiversité (EPBC). L’Etat partie avait précédemment exprimé son intention d’informer le Comité du patrimoine mondial des résultats de cette évaluation d’impact sur l’environnement (EIE). Le projet d’usine de GNL de l’île Curtis a été approuvé par le gouvernement fédéral le 22 octobre 2010 à l’issue de l’EIE, sans avoir donné au Comité du patrimoine mondial la possibilité d’étudier au préalable les résultats de cette étude. 

Dans son courrier du 17 décembre 2010, l’Etat partie explique que l’approbation du projet d’usine de GNL sur l’île Curtis qui a été signifiée à Santos Limited et PETRONAS Australia Pty Limited est soumise à plusieurs conditions visant à limiter les impacts probables du projet sur l’environnement. Outre des mesures strictes de sauvegarde de l’environnement, ces conditions exigent également de Santos et PETRONAS qu’ils compensent les impacts directs de l’usine de GNL en assurant la conservation à long terme d’une zone égale à au moins cinq fois la superficie de l’usine, de préférence dans le périmètre du bien. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN font remarquer que conserver une zone qui fait déjà partie du bien ne compense pas les impacts négatifs potentiels sur le bien. Ils notent que le résumé de synthèse de la Déclaration d’impact sur l’environnement (DIE) publié en ligne par l’Etat partie fait des déclarations contradictoires. D’un côté, il conclut que l’usine de GNL projetée ne devrait pas avoir d’effets négatifs majeurs sur les valeurs de patrimoine de la zone ; mais, d’un autre côté, il conclut également qu’il y aura des impacts directs sur les communautés du substrat meuble sublittoral, du lac salé, des schores, des herbiers, des mangroves et des habitats intertidaux, ainsi que des impacts directs et indirects potentiels sur les baleines, dauphins, tortues et dugongs.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent qu’il y a un lien entre ces valeurs et la valeur universelle exceptionnelle du bien. Ils estiment, par conséquent, que l’usine de GNL pourrait représenter une menace potentielle manifeste pour la valeur universelle exceptionnelle du bien, en raison de ses impacts directs prévisibles sur les habitats et espèces côtiers et marins, ainsi que des impacts directs et indirects potentiels de l’augmentation du trafic maritime. Par conséquent, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN recommandent vivement que la construction de l’usine de GNL soit arrêtée jusqu’à ce que le Comité du patrimoine mondial ait eu la possibilité d’étudier l’EIE et d’informer l’Etat partie de ses conclusions. L’EIE complète, qui comprend près de 13 500 pages, est en cours d’examen par l’UICN. 

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent la position du Comité, selon laquelle aucune activité d’exploration et d’exploitation du pétrole et du gaz ne doit avoir lieu dans le périmètre des biens du patrimoine mondial, comme il est admis dans les meilleurs engagements du secteur de ne pas mener d’activités d’exploration ou d’exploitation des ressources en pétrole et en gaz à l’intérieur du périmètre des biens naturels du patrimoine mondial. 

b) Evénements climatiques extrêmes

Entre la fin décembre 2010 et le début février 2011, l’Etat du Queensland a connu des conditions climatiques extrêmes qui ont provoquée des inondations de grande ampleur. Dans les informations supplémentaires fournies le 21 février 2011, l’Etat partie indique que l’eau de crue du Fitzroy a envahi le bien sur une distance de 65 km du littoral. Le panache contient de l’eau douce et des contaminants qui ont des effets délétères sur des habitats marins importants qui contribuent à la valeur universelle exceptionnelle du bien. L’Etat partie indique également que le cyclone tropical Yasi, de catégorie 5, qui a frappé la côte du Queensland en février 2011 a provoqué la destruction de coraux et a eu un impact sur d’autres écosystèmes côtiers dans environ 13 % du bien. Des impacts indirects sur les tortues vertes et les dugongs sont également probables en raison de la perte de zostère marine. L’Etat partie est en train d’évaluer les dégâts dans les zones touchées, mais fait remarquer qu’il faudra du temps avant de connaître l’étendue réelle des dommages. L’Etat partie exprime sa volonté d’élaborer et de mettre en œuvre des stratégies pour améliorer la résilience du bien et sa capacité à s’adapter aux impacts du changement climatique, notemment le plan de protection de la qualité de l’eau de la Barrière et le plan d’action contre le changement climatique. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN recommandent que soient étudiées des options pour élaborer et mettre en œuvre un programme de restauration à l’appui du rétablissement des habitats marins et côtiers endommagés et notent que la restauration des habitats prendra probablement plusieurs années.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN rappellent la position claire du Comité du patrimoine mondial en ce qui concerne l’exploration et l’exploitation du pétrole et du gaz, à savoir que ces activités sont incompatibles avec le statut de patrimoine mondial. Ils considèrent que l’usine de gaz naturel liquéfié dont la construction sur l’île Curtis, dans le périmètre du bien, a été approuvée pourrait représenter un danger potentiel manifeste pour la valeur universelle exceptionnelle et l’intégrité du bien, tels que définis au paragraphe 180(b)(ii) des Orientations. C’est pourquoi ils recommandent vivement l’arrêt immédiat de la construction de l’usine de GNL, jusqu’à ce que le Comité du patrimoine mondial étudie cette question à sa 36e session. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent également les impacts des récents événements climatiques (inondations de grande ampleur et cyclone Yasi) sur le bien et estiment que le Comité du patrimoine mondial devrait se féliciter de la volonté de l’Etat partie d’améliorer la résilience du bien et sa capacité à s’adapter au changement climatique à la suite de ces deux événements climatiques extrêmes.

Décision adoptée: 35 COM 7B.10

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-11/35.COM/7B.Add,

2. Note avec grande inquiétude l'approbation du projet d'équipements portuaires et de traitement du gaz naturel liquéfié sur l'île Curtis, à l'intérieur du périmètre du bien,

3. Prie instamment l'Etat partie d'entreprendre une évaluation stratégique exhaustive de l'ensemble du bien identifiant les projets de développement futurs, potentiels et planifiés qui pourraient avoir un impact sur la valeur universelle exceptionnelle, afin de permettre un plan à long terme pour le développement durable en vue de protéger la valeur universelle exceptionnelle du bien;

4. Regrette que l'État partie n'ait pas informé le Comité, conformément au paragraphe 172 des Orientations, et demande à l'État partie de soumettre un rapport, conformément au paragraphe 172, de son intention d'entreprendre ou d'autoriser tout nouveau développement pouvant affecter la valeur universelle exceptionnelle du bien avant de prendre des décisions difficilement réversibles;

5. Demande également à l'Etat partie d'inviter une mission de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN dès que possible pour considérer l'état de conservation du bien dans son intégralité et de contribuer au processus d'évaluation stratégique;

6. Accueille favorablement la volonté de l'Etat partie d'améliorer la résilience du bien et sa capacité à s'adapter au changement climatique et à d'autres formes de dégradations environnementales à la suite des événements climatiques extrêmes;

7. Demande en outre à l'Etat partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1erfévrier2012, un rapport sur la ligne de conduite adoptée en réponse à cette décision, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 36e session en 2012.