1.         Parcs nationaux du Lac Turkana (Kenya) (N 801bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1997

Critères  (viii)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/801/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 2000-2001)
Montant total approuvé : 35 300 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/801/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Néant

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/801/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2011

En mars 2011, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN ont reçu des informations concernant un projet de grand barrage hydroélectrique (GIBE III) sur le fleuve Omo, en Ethiopie, qui risque d’avoir des impacts à la fois sur le lac Turkana, situé en aval dans le pays voisin du Kenya, et sur le paysage culturel de la Basse vallée de l’Omo, en Ethiopie. Parmi ces informations figuraient une lettre par laquelle International Rivers et Friends of Lake Turkana exprimaient leurs inquiétudes, ainsi qu’un rapport intitulé Evaluation des impacts hydrologiques du bassin éthiopien de l’Omo sur les niveaux d’eau du lac Turkana au Kenya produit sur demande de la Banque africaine de développement. Dans un courrier daté du 11 mars 2011 adressé à l’Etat partie de l’Ethiopie, le Centre a exprimé ses inquiétudes à propos de ce projet de construction et a demandé de plus amples détails sur le projet de barrage GIBE III, ainsi qu’une copie de l’Etude d’impact sur l’environnement (EIE) correspondante. L’Etat partie du Kenya a été informé de cette démarche. Le 27 avril 2011, l’Ethiopie a répondu au Centre du patrimoine mondial en indiquant que des études d’impact prenant en compte les impacts potentiels du projet du point de vue de la Convention du patrimoine mondial et que des mesures de précaution ont été mises en place et continueront d’être appliquées pour éviter tout effet négatif potentiel. Mais aucun document s’y rapportant, tel que l’EIE demandée, n’est joint au courrier de l’Etat partie et aucune information n’est donnée sur les mesures de précaution en question.

L’UICN a reçu d’autres informations selon lesquelles la Banque industrielle et commerciale de Chine (ICBC) et la Banque Exim de Chine auraient approuvé, en juillet 2010, le financement nécessaire pour couvrir une part importante des coûts du barrage GIBE III.

a) Impacts probables du barrage GIBE III

Les travaux préparatoires de construction du barrage GIBE III sur le fleuve Omo en Ethiopie sont en cours depuis 2006. GIBE III devrait être le plus grand barrage d’Afrique et le quatrième plus haut du monde, avec ses 240 m de hauteur et son réservoir d’une superficie de 200 km². Sachant que le lac Turkana dépend du fleuve Omo pour près de 90 % de son apport d’eau et une grande partie de ses nutriments, les impacts négatifs potentiels en aval de ce barrage sont substantiels. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que deux EIE ont été effectuées pour le projet GIBE III, à savoir : i) Etude d’impact sur l’environnement du projet hydroélectrique Gibe III de 2006 ; ii) étude de 2008 intitulée Projet hydroélectrique Gibe III : Etude d’impact sur l’environnement – Etude complémentaire sur l’impact en aval. Alors qu’aucune de ces études n’a été soumise au Comité du patrimoine mondial pour examen, l’évaluation de ces documents par la Banque africaine de développement est analysée ci-après.

L’évaluation des impacts hydrologiques du Bassin éthiopien de l’Omo sur les niveaux d’eau du lac Turkana au Kenya, effectuée par la Banque africaine de développement, est paru en avril 2010 et fait remarquer que le remplissage de l’immense réservoir de GIBE III prendra plusieurs années et « ... privera le lac de 85 % de son apport d’eau annuel normal en une année… », provoquant une baisse significative du niveau de l’eau du lac. En particulier, l’étude de la BAfD note que le remplissage du réservoir du barrage risque d’« assécher le golfe de Ferguson, zone de pêche la plus productive du lac ». L’étude hydrologique de la Banque africaine de développement fait également remarquer que plusieurs des impacts potentiels du projet n’ont pas encore été quantifiés, notamment l’impact probable du réservoir du barrage, qui retiendra les sédiments transportés par le fleuve, provoquant un processus d’érosion, des modifications de la qualité de l’eau et une réduction des nappes phréatiques, ainsi que des pertes potentiellement considérables d’eau par infiltration dans le réservoir. Cette étude indique que des modifications hydrologiques encore plus importantes pourraient résulter des projets d’exploitation de l’Omo à des fins d’irrigation, ce qui réduirait en permanence de 30 % ou plus les apports d’eau dans le bien.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent qu’en août et juillet 2010, la Banque africaine de développement, la Banque mondiale et la Banque européenne d’investissement ont renoncé à considérer le financement du barrage GIBE III. A la même époque, la Banque industrielle et commerciale de Chine (ICBC) et la Banque Exim de Chine auraient approuvé un financement couvrant une part importante des coûts du barrage.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que les impacts directs et indirects du barrage GIBE III sur l’hydrologie du bien risquent de provoquer un déclin substantiel des espèces aquatiques dulcicoles du lac Turkana et des systèmes biologiques associés, lesquels sont à l’origine de l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial au titre du critère (x). Le lac Turkana – bien en série composé des Parcs nationaux de Sibiloi, de l’Île Centrale et de l’Île du Sud – est un lieu de reproduction majeur pour le crocodile du Nil, l’hippopotame, diverses espèces de serpents et de poissons, ainsi qu’une étape cruciale pour les oiseaux d’eau migrateurs. Des modifications dans l’apport annuel d’eau du fleuve Omo, en particulier, pourraient perturber le frai des poissons, ce qui aurait de graves conséquences sur la chaîne alimentaire et l’écologie du lac. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent également que les modifications physiques décrites ci-dessus pourraient également nuire à l’économie pastorale et agropastorale dans toute la région du lac Turkana, cette économie étant tributaire des eaux du lac pour l’eau d’abreuvement, la pêche et le pacage.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent en outre que deux barrages, GIBE I et GIBE II,  ont déjà été construits sur l’Omo en amont du site de GIBE III et que deux autres grands barrages sont prévus en aval, GIBE IV et GIBE V. Ces deux derniers seraient à l’étude. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN insistent sur le fait qu’ils considèrent que tous les grands projets de barrage touchant des biens du patrimoine mondial et susceptibles d’avoir un impact négatif sur leur valeur universelle exceptionnelle, qu’ils soient dans le périmètre d’un bien où à l’extérieur, doivent faire l’objet d’études détaillées d’impact environnemental et social, conformément aux principes internationaux des bonnes pratiques, respecter les directives de la Commission mondiale des barrages concernant l’évaluation des options, la participation du public, les flux environnementaux, la conformité et le partage des avantages, et être soumis au Comité du patrimoine mondial pour examen et considération avant d’être approuvés, comme il est indiqué au paragraphe 172 des Orientations.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN notent que l’évaluation du projet GIBE III par la Banque africaine de développement, Etude des impacts hydrologiques du bassin éthiopien de l’Omo sur le niveau des eaux du lac Turkana au Kenya (avril 2010), conclut que le barrage GIBE III modifierait substantiellement le régime hydrologique du bien et risquerait de provoquer une baisse importante du niveau de l’eau du lac, la fin de l’actuel régime de crues saisonnières, des pertes de sédiments riches en nutriments et en minéraux dues au réservoir en amont, une augmentation de la salinité et la rupture de l’équilibre chimique du lac, parmi d’autres impacts qui n’ont pas encore été quantifiés.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN considèrent que le projet GIBE III risque de nuire de façon significative au régime hydrologique fragile du lac Turkana et de mettre en péril ses espèces aquatiques et les systèmes biologiques associés qui ont justifié l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial au titre du critère (x) et qu’il constitue par conséquent une menace pour la valeur universelle exceptionnelle du bien, conformément au paragraphe 180(b) (ii) des Orientations. Ils recommandent que le Comité du patrimoine mondial demande à l’Etat partie de l’Ethiopie de cesser immédiatement la construction de ce barrage, conformément à l’article 6 de la Convention. Il faudrait également que le Comité demande à l’Etat partie de soumettre toutes les études concernant les projets de barrages GIBE IV et GIBE V sur le fleuve Omo, ainsi que les projets d’irrigation.

Compte tenu de la complexité de cette question, le Centre du patrimoine mondial et l’UICN recommandent que le Comité du patrimoine mondial demande au Kenya et à l’Ethiopie d’inviter une mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/UICN pour étudier les impacts probables du barrage GIBE III sur le lac Turkana et qu’il leur demande également de fournir des informations détaillées sur tous les projets d’hydroélectricité et d’irrigation à grande échelle dans la région de l’Omo.

Décision adoptée: 35 COM 7B.3

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-11/35.COM/7B.Add,

2. Exprime ses plus vives inquiétudes à propos du projet de construction du barrage GIBE III sur le fleuve Omo en Ethiopie et de ses impacts probables sur le lac Turkana, qui est situé en aval dans le pays voisin du Kenya et dont près de 90% de l'apport d'eau provient du fleuve susmentionné;

3. Prend note de l'étude effectuée en avril 2010 par la Banque africaine de développement concernant le projet GIBE IIl «Etude des impacts hydrologiques du bassin éthiopien de l'Omo sur le niveau des eaux du lac Turkana au Kenya», qui conclut que la construction et l'exploitation du barrage risque de provoquer une baisse significative du niveau des eaux du lac, l'interruption de l'actuel régime de crues saisonnières, la perte de sédiments riches en nutriments et en minéraux à cause du réservoir en amont, l'augmentation de la salinité et la rupture de l'équilibre chimique du lac, entre autres impacts qui n'ont pas encore été quantifiés;

4. Considère que le barrage GIBE III risque de modifier substantiellement le régime hydrologique fragile du lac Turkana et de menacer ses espèces aquatiques ainsi que les systèmes biologiques associés, lesquels sont à l'origine de l'inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial au titre du critère (x), et que cette construction pourrait constituer un danger imminent pour la valeur universelle exceptionnelle du bien, conformément au paragraphe 180(b) (ii) des Orientations ;

5. Prie instamment l'Etat partie de l'Ethiopie d'arrêter immédiatement tous travaux de construction sur le barrage de GIBE III, conformément à l'article 6 de la Convention qui demande aux Etats parties de ne pas prendre de mesures délibérées qui pourraient porter préjudice directement ou indirectement au patrimoine culturel et naturel situé sur le territoire d'un autre Etat partie, et de soumettre toutes les évaluations de ce projet au Centre du patrimoine mondial conformément au paragraphe 172 des Orientations;

6. Exprime également son inquiétude à propos des impacts cumulés potentiels des projets de barrages GIBE IV et GIBE V et d'irrigation à grande échelle sur la valeur universelle exceptionnelle du bien, et demande à l'Etat partie de l'Ethiopie de soumettre des évaluations pour tous les projets de barrages sur le fleuve Omo et les programmes d'irrigation associés;

7. Demande également aux Etats parties du Kenya et de l'Ethiopie d'inviter une mission de suivi réactif conjointe Centre du patrimoine mondial/UICN pour étudier les impacts du barrage GIBE III sur la valeur universelle exceptionnelle du lac Turkana, et de fournir des informations détaillées sur les autres projets d'aménagements hydroélectriques et les projets d'irrigation à grande échelle associés dans la région de l'Omo;

8. Encourage toutes les institutions financières soutenant le barrage GIBE III à différer leur aide financière jusqu'à ce que le Comité du patrimoine mondial examine cette question à sa 36e session en 2012, et de tenir compte des décisions du Comité pour décider de fournir ou non ce financement;

9. Demande en outre aux Etats parties de l'Ethiopie et du Kenya de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2012, un rapport sur la ligne de conduite adoptée en réponse à cette décision pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 36e session en 2012, afin de considérer, dans le cas de la confirmation d'un péril potentiel ou prouvé pour la Valeur universelle exceptionnelle, au vu de l'examen des impacts probables du barrage GIBE III sur le lac Turkana par la mission, l'inscription éventuelle du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

Décision adoptée: 35 COM 8E

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le Document WHC-11/35.COM/8E,

2. Adopte les Déclarations rétrospectives de valeur universelle exceptionnelle, telles que présentées dans l'Annexe I du document WHC-11/35.COM/8E, pour les biens du patrimoine mondial suivants :

- Afghanistan: Minaret et vestiges archéologiques de Djam; Paysage culturel et vestiges archéologiques de la vallée de Bamiyan;

- Afrique du Sud: Parc de la zone humide d'iSimangaliso; Robben Island; Paysage culturel de Mapungubwe; Aires protégées de la Région florale du Cap; Dôme de Vredefort;

- Allemagne: Vallée du Haut-Rhin moyen;

- Bahreïn: Qal'at al-Bahreïn - ancien port et capitale de Dilmoun;

- Bénin: Palais royaux d'Abomey;

- Botswana: Tsodilo;

- Cameroun: Réserve de faune du Dja;

- Chine: Aires protégées des trois fleuves parallèles au Yunnan;

- Inde: Sanctuaire de faune de Manas;

- Kenya: Parcs nationaux du lac Turkana; Vieille ville de Lamu;

- Malawi: Art rupestre de Chongoni;

- Mali: Villes anciennes de Djenné;

- Ouganda: Forêt impénétrable de Bwindi; Monts Rwenzori;

- Pakistan: Fort et jardins de Shalimar à Lahore;

- Pérou: Zone archéologique de Chan Chan;

- Philippines: Rizières en terrasses des cordillères des Philippines;

- République centrafricaine: Parc national du Manovo-Gounda St Floris;

- République-unie de Tanzanie: Ruines de Kilwa Kisiwani et de Songo Mnara;

- Sénégal: Île de Saint-Louis;

- Togo: Koutammakou, le pays des Batammariba;

- Turquie: Zones historiques d'Istanbul;

- Yémen: Ancienne ville de Shibam et son mur d'enceinte; Vieille ville de Sana'a;

- Zimbabwe: Parc national de Mana Pools, aires de safari Sapi et Chewore;

3. Décide que les déclarations rétrospectives de valeur universelle exceptionnelle des biens du patrimoine mondial en péril seront passées en revue en priorité;

4. Décide également que, compte tenu du grand nombre de déclarations rétrospectives de valeur universelle exceptionnelle à examiner, l'ordre dans lequel elles seront passées en revue suivra le deuxième cycle de soumission de Rapports périodiques, tel que:

- biens du patrimoine mondial dans les Etats arabes;

- biens du patrimoine mondial en Afrique;

- biens du patrimoine mondial en Asie et Pacifique;

- biens du patrimoine mondial en Amérique latine et aux Caraïbes;

- biens du patrimoine mondial en Europe et Amérique du Nord.