1.         Île de Gorée (Sénégal) (C 26)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1978

Critères  (vi)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/26/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1981-1981)
Montant total approuvé : 73 700 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/26/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

132 570 dollars EU en 1981, campagne de sauvegarde de l’Ile de Gorée

Missions de suivi antérieures

2004 : Mission conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS; 2006 : Mission du Centre du patrimoine mondial

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Retard dans la nomination d’un gestionnaire du site ;

b) Risques d’écroulement de bâtiments historiques ;

c) Erosion maritime ;

d) Occupation illégale de bâtiments historiques. 

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/26/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2011

Lors de la 33e session (Séville, 2009), le Comité du patrimoine mondial a exprimé sa vive préoccupation sur l’absence de progrès dans la conservation du patrimoine architectural, et dans le développement des mesures adéquates pour résoudre les problèmes de squat et d’occupation illégales des terrains aux alentours du Castel. Le Comité du patrimoine mondial s’est aussi inquiété de la poursuite de l’érosion du littoral maritime, en particulier dans la partie ouest de l’île qui abrite les monuments historiques les plus significatifs. Au cours de la même session, il a réitéré sa demande à l’Etat partie de nommer un gestionnaire du site, qui serait chargé d’assurer la mise en œuvre des activités de gestion et de conservation nécessaires.

Le 29 janvier 2011, l’Etat partie a soumis un rapport succinct sur l’état de conservation du bien. Du 19 au 22 avril 2011, une mission conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/ICCROM a visité l’île de Gorée, afin d’examiner les progrès réalisés dans la résorption des menaces sur le patrimoine architectural, des mises en péril dues à l’érosion côtière, et des problèmes de gestion globale de l’île. Le rapport de la mission est disponible sur le lien http://whc.unesco.org/fr/sessions/35COM.

a) Dégradation du patrimoine architectural

L’Etat partie note dans son rapport que la conservation du patrimoine architectural figure en bonne place dans le plan de sauvegarde de l’île de Gorée. A cet effet, plusieurs bâtiments dont la maison de l’Amiral, ont fait l’objet d’études et de demande de financement auprès de partenaires au développement, en vue de leur réhabilitation. En outre, et sous la supervision de la Direction du patrimoine culturel et du Bureau d’Architecture des Monuments Historiques (BAHM), la mairie de Gorée, en collaboration avec le Gouvernement espagnol, a terminé la réhabilitation d’un bâtiment en centre d’hébergement à l’intérieur du jardin Adanson. L’ancienne capitainerie a été aménagée en banque, alors que l’aménagement du marché municipal est lui en cours d’achèvement.

Néanmoins, la mission a observé qu’un nombre important d’édifices est fortement dégradé et a souligné le manque d’entretien préventif régulier dans la plupart des bâtiments historiques, composantes du bien. La mission a plus particulièrement constaté que les efforts de l’Etat partie n’avaient pas porté sur la partie ouest de l’île où, d’autres bâtiments de grande valeur historique continuent de se dégrader fortement (Ecole William Ponty, Ancien palais du gouverneur, Ancien Hôpital, Bâtiment des sœurs). La mission a recommandé que la priorité soit donnée en toute urgence à la consolidation de tous les bâtiments actuellement menacés, la question de leur réhabilitation complète pouvant être traitée en seconde étape plus tard. Par ailleurs, la mission a recommandé d’envisager le déménagement des squatters des bâtiments les plus menacés afin de les rendre accessibles aux travaux de consolidation. Ces travaux pourraient être l’occasion pour l’Etat partie de mettre en place un système de  formation continue de personnel qualifié dans les travaux de restauration et de consolidation des ouvrages.

b) Erosion maritime

L’Etat partie continue de rechercher un partenaire stratégique pour l’aider à faire face à ce problème qu’il reconnaît très préoccupant. Il rappelle néanmoins que des actions permettant d’endiguer cette érosion ont, malgré cette situation, été menées, notamment autour de la Maison des esclaves, avec l’appui de la Fondation Ford. Sur cette question de l’érosion maritime, la mission a constaté que les différents ouvrages (bâtiments, murs de soutènement, ouvrages militaires, etc.) sont encore plus endommagés que par le passé. En plus de la zone du Palais du gouverneur, celles autour de l’Ecole Mariam Ba et de la Mosquée rendent la situation très critique. Bien que des efforts de limitation de cette érosion maritime aient été faits au niveau de la Maison des esclaves, avec la construction d’un muret en béton armé, ce muret est jugé par la mission comme un ouvrage qui occulte désormais l’image symbolique de « couloir de non retour », et qui rend l’interprétation de cette partie du bâtiment difficile. Malgré cela, la mission recommande donc que ces  actions de consolidation urgentes, cette fois-ci mieux intégrées, continuent d’être menées, au risque de voir certains de ces bâtiments s’écrouler à court-terme.

 

c) Occupation illégale des bâtiments et terrains

L’Etat partie reconnaît dans son rapport que le squat est un problème réel qui accroît l’insécurité dans les bâtiments historiques en ruine et dans les zones autour du Castel. Le rapport note également que la solution à cette question doit être prise par la Mairie de Gorée qui en a la responsabilité, du fait de la politique de décentralisation des compétences aux collectivités locales. L’Etat partie souhaite également que le Comité du patrimoine mondial prenne une décision sur cette situation, car cela rendrait service aux acteurs sur le terrain.

La mission quant à elle, a noté que cette question d’occupation illégale dans l’île, même si elle existe depuis près de trente ans, doit être urgemment traitée, au risque de voir certains des édifices vétustes s’effondrer sur les occupants. La mission a noté les points de vue contradictoires concernant l’occupation illégale et la façon dont ce phénomène en est même venu à être justifié et toléré au niveau local. Elle recommande que des études indépendantes sur le besoin réel de logement, et sur la stabilité des édifices occupés, soient menées, et que celles-ci aident à la prise d’une décision définitive par la Mairie et le Ministère de la Culture, en collaboration avec les groupes concernés.

d) Dispositions de gestion

Le rapport de l’Etat partie annonce la nomination de l’actuel conservateur de la Maison des esclaves, comme gestionnaire du bien du patrimoine mondial. Le rapport fait état de la création prochaine d’un bureau d’information sur le patrimoine dans l’île.

La mission a noté que l’absence d’une structure de gestion établie constitue aujourd’hui une menace ponctuelle et avérée. Bien que le Comité National pour la Sauvegarde de Gorée soit une institution certes efficace à l’échelle nationale, à l’échelle locale, l’impact du Comité demeure pour l’instant limité dans la gestion courante des problèmes de sauvegarde et de conservation du bien. Elle a constaté avec satisfaction que le conservateur de la maison des esclaves avait commencé son travail de gestionnaire, mais elle a regretté que la décision administrative le confirmant à ce poste ne soit toujours pas signée. La mission recommande par ailleurs, que des dispositions soient prises pour doter le poste de gestionnaire, d’une structure de gestion avec des moyens humains appropriés (administration, techniciens de restauration), et des moyens financiers adéquats (budget de fonctionnement). Ces dispositions devraient également inclure la préparation d’un plan de gestion et de conservation, comme l’avait déjà demandé la Décision 28 COM 15B.42, qui serait élaboré en concertation avec la mairie de Gorée et toutes les principales parties prenantes et qui institue des règlements, un système de gestion approprié et participatif et un plan d’action à court, moyen et long terme. La mission a précisé que le Plan de Sauvegarde et le Plan d’Investissement Local à eux seuls, ne peuvent se substituer au Plan de gestion d’un bien. Ces différents documents en fonction de leur compatibilité avec les objectifs et les actions du Plan de gestion, peuvent être des composantes de ce Plan de gestion. 

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Le Centre du patrimoine mondial et les organisations consultatives notent avec satisfaction les interventions faites par l’Etat partie pour améliorer l’état de conservation du patrimoine architectural de l’île. Néanmoins, ils recommandent que priorité soit donnée aux travaux de consolidation structurelle de tous les bâtiments menacés d’écroulement. Sur la question de l’érosion maritime qui met en péril l’île, ils recommandent que des consolidations urgentes soient également entreprises en attendant de trouver des financements plus conséquents. Ils encouragent l’Etat partie à solliciter une assistance internationale au titre du Fonds du patrimoine mondial. Ils soulignent l’urgence d’élaborer un plan de gestion et de conservation intégré afin que des mesures soient mises en œuvre de manière systématique et conformément a une politique de conservation et de lignes directrices qui assurent la protection de la valeur universelle exceptionnelle du site.

Le Centre du patrimoine mondial et les organisations consultatives considèrent en outre que l’occupation illégale des bâtiments et terrains de l’île, nécessitent une approche globale et concertée, qui implique la mairie de Gorée, la Direction du patrimoine culturel et toutes les principales parties prenantes. Le développement du plan de gestion et de conservation serait une opportunité pour examiner cette question et prendre les décisions nécessaires.

Décision adoptée: 35 COM 7B.42

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Ayant examiné le document WHC-11/35.COM/7B.Add.2,

2. Rappelant la décision 33 COM 7B.48, adoptée lors de sa 33e session (Séville, 2009),

3. Prends note des résultats de la mission de suivi réactif effectuée sur le bien et des recommandations formulées en vue de l'amélioration, de l'état de conservation du patrimoine architectural, des dispositions de gestion, de la situation d'occupation illégale des bâtiments et terrains, et des problèmes d'érosion maritime;

4. Accueille avec satisfaction la nomination d'un gestionnaire du site, mais demande que la note administrative de sa nomination soit signée, et qu'une structure de gestion avec des moyens humains et financiers soit créée et établie à Gorée;

5. Demande également à l'Etat partie de mettre en œuvre les recommandations suivantes issues de la mission conjointe Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/ICCROM de 2011:

a) entamer en urgence la consolidation structurelle des bâtiments historiques actuellemenent menacés, en particulier le Palais du gouverneur, l'Ancien Hôpital, et l'Ecole William Ponty,

b) consolider les ouvrages techniques qui sont sur le point de s'écrouler du fait de la forte érosion marine, en particulier ceux au niveau de l'Ancien Hôpital, de la Mosquée, et de l'Ecole Mariam Bâ,

c) lancer les études sur le besoin réel de logement, et sur la stabilité des édifices occupés, afin de prendre une décision définitive sur la question de l'occupation illégale de l'île,

d) établir la structure de gestion avec des moyens humains et financiers appropriés, pour permettre au gestionnaire du site de mettre en œuvre les activités de conservation et de gestion nécessaires, en particulier d'initier le processus d'élaboration du plan de gestion et de conservation du bien;

6. Encourage l'Etat partie à solliciter une assistance internationale au titre du Fonds du patrimoine mondial, afin de mettre en œuvre certaines des activités de consolidation recommandées par la mission de 2011;

7. Demande en outre à l'Etat partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2013, un rapport sur l'état de conservation du bien pour considération par le Comité du patrimoine mondial à sa 37e session en 2013.