1.         Réserve de gibier de Selous (République-Unie de Tanzanie) (N 199bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1982

Critères  (ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/199/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1984-1999)
Montant total approuvé : 67 980 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/199/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Juin 2007, novembre 2008 et décembre 2013 : Missions de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/UICN.

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/199/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2014

Une mission conjointe Centre du patrimoine mondial/UICN de suivi réactif s’est rendue sur le bien en décembre 2013. L’État partie a soumis par la suite, le 1er février 2014, un rapport sur l’état de conservation. Les deux rapports sont disponibles à https://whc.unesco.org/en/list/199/documents.

Le rapport de l’État partie comprend des informations sur les points suivants :

La mission a estimé que le danger le plus aigu pour le bien est le braconnage, comme le montrent les résultats du recensement des éléphants de 2013, leur nombre chutant, passant de 70 000 en 2005 à 13 000, ainsi que le déclin alarmant du nombre de rhinocéros noirs, principalement causés par la demande internationale d’ivoire et de corne de rhinocéros. En dépit de certains progrès, on notera les problèmes supplémentaires et importants suivants : financement et gestion, impacts et risques potentiels liés à l’exploitation minière de l’uranium, prospection et exploitation minière potentielle et projets de développement de grande ampleur envisagés au sein et à proximité du bien, y compris les projets de la gorge de Stiegler et du barrage de Kidunda.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Les résultats du recensement récent des éléphants montrent une chute de près de 90 % de la population par rapport au moment de l’inscription. Ces résultats montrent clairement l’ampleur du problème du braconnage. Alors que les efforts importants accomplis par l’État partie pour étayer à nouveau le financement et la gestion du site sont bien notés, rien n’indique que cette crise liée au braconnage soit maîtrisée. La suspension récente d’une grande campagne de lutte contre le braconnage illustre les problèmes graves en jeu ; une riposte plus énergique est requise d’urgence. La réduction considérable des populations des espèces principales citées dans la déclaration de VUE est sans précédent. Cela fournit un motif clair pour recommander l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril, conformément au paragraphe 180 des Orientations. Par conséquent, le comité pourrait décider d’inscrire le bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril afin de pleinement reconnaître l’ampleur du problème, éveiller l’attention politique et obtenir un soutien, y compris au niveau international. L’élaboration d’une proposition d’état de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril, ainsi qu’un ensemble de mesures correctives et un calendrier de mise en œuvre devraient être utilisés en tant qu’outils pour guider une riposte de gestion renforcée. Ces efforts coïncident avec la prochaine mise à jour du plan de gestion général (GMP) de la réserve de gibier de Selous, et le déroulement des différentes opérations pourrait idéalement être fusionné. Il est clair que la mise en œuvre de la lutte contre le braconnage et la gestion globale nécessitent un financement adapté à l’échelle et à l’importance du bien.

Outre les préoccupations immédiates concernant le braconnage, de multiples projets de développement — en cours ou prévus — au sein ou à proximité du bien requièrent une attention grandissante s’agissant de leurs impacts directs et indirects sur la VUE. Une analyse et une prise de décision complètes et méticuleuses sont nécessaires à l’échelle de l’écosystème plus vaste de Selous. Cela fournirait également un cadre pour impliquer les communautés voisines du bien dans la prise de décision et le partage des gains. Les changements légaux de 2009 autorisant l’exploration et l’extraction d’uranium, de pétrole et de gaz dans les réserves de gibier, ainsi que l’octroi apparent de licences empiétant sur le bien, sont tout à fait incompatibles avec son statut de patrimoine mondial. La mission a également confirmé qu’un suivi hydraulique approprié et une préparation aux risques ne sont toujours pas garantis s’agissant du projet d’exploitation minière d’uranium de la rivière Mkuju (MRP), adjacent au bien et en amont de celui-ci. L’usage potentiel de la lixiviation in situ déclencherait inévitablement de nécessaires évaluations d’impact environnemental (EIE) supplémentaires.

La position du Comité sur l’incompatibilité du projet de barrage de la gorge de Stiegler avec le statut de patrimoine mondial du bien devrait être rappelée. De plus, une meilleure compréhension des impacts potentiels du barrage de Kidunda sur la VUE du bien est toujours nécessaire. Il est recommandé que le Comité rappelle l’engagement de l’État partie en faveur de la protection et de la conservation du bien, comme indiqué dans la lettre de l’État partie reçue le 1er juillet 2012, ainsi que les demandes du Comité à l’État partie de ne permettre aucune activité minière au sein du bien hormis le projet de la rivière Mkuju, et de n’entreprendre aucune activité de développement au sein du bien et de sa zone tampon sans l’accord préalable du Comité du patrimoine mondial.

Étant donné la complexité et l’accumulation des effets de menaces multiples, existantes et potentielles, outre les évaluations d’impact environnemental (EIE) ponctuelles, une meilleure compréhension est requise pour guider la prise de décision. Une évaluation environnementale stratégique (EES) devrait être menée, comme demandé par le Comité dans la décision 37 COM 7B.7 et souhaité par l’État partie en vertu de son rapport.

Il est recommandé que le Comité en appelle à la communauté internationale, et en particulier aux États parties connaissant une forte demande d’ivoire et de corne de rhinocéros comme la Chine, la Thaïlande et le Vietnam, pour soutenir l’État partie à stopper le commerce illégal d’ivoire et de corne de rhinocéros. De plus, il est aussi recommandé que le Comité en appelle à la communauté internationale pour qu’elle soutienne la gestion du bien sur les plans technique et financier.

Décision adoptée: 38 COM 7B.95

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné le document WHC-14/38.COM/7B.Add,
  2. Rappelant les décisions 36 COM 7B.5, 36 COM 8B.43 et 37 COM 7B.7, respectivement adoptées à ses 36e (Saint-Pétersbourg, 2012) et 37e (Phnom Penh, 2013) sessions,
  3. Félicite l’État partie pour la création de la Tanzania Wildlife Authority (TAWA), l’élaboration d'une stratégie nationale globale de lutte contre le braconnage, la mise en place d’un fonds dédié à la conservation de la faune pour soutenir les initiatives anti-braconnage, et la mobilisation de ressources humaines, matérielles et financières ;
  4. Note avec inquiétude le braconnage et ses conséquences dramatiques sur les populations d’éléphants, comme le montrent les résultats du dernier recensement aérien des éléphants, et considère que le braconnage et ses effets représentent un danger avéré et précis pour la Valeur universelle exceptionnelle (VUE) du bien, conformément au paragraphe 180 des Orientations ;
  5. Apprécie l’adhésion de l'État partie à la recommandation du Centre du patrimoine mondial et de l'UICN d’inscrire le bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril ;
  6. Décide d’inscrire la Réserve de gibier de Selous (République-Unie de Tanzanie sur la Liste du patrimoine mondial en péril;
  7. Demande à l’État partie, de collaborer avec le Centre du patrimoine mondial et l’UICN, en particulier sur la stratégie nationale de lutte contre le braconnage, dont la mise en œuvre pourrait enrayer ce fléau dans l’écosystème plus vaste de Selous d’ici 12 mois ;
  8. Exhorte la communauté internationale des donateurs à fournir d’urgence une assistance technique et financière en faveur de la mise en œuvre de la stratégie de lutte contre le braconnage, et fait aussi appel aux États parties qui sont des pays de transit et de destination de l’ivoire et de la corne de rhinocéros pour soutenir l’État partie afin de mettre fin au commerce illégal de faune sauvage et de ses produits dérivés, en particulier par la mise en œuvre de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) ;
  9. Demande également à l’État partie de mettre en œuvre les recommandations de la mission conjointe Centre du patrimoine mondial/UICN de suivi réactif de 2013, qui prolongent les recommandations des missions précédentes, et en particulier de :
    1. Garantir une préparation complète aux catastrophes et un suivi hydrologique quantitatif et qualitatif indépendant concernant le projet de la rivière Mkuju (MRP), et une évaluation d’impact environnemental (EIE) s’agissant de la lixiviation in situ,
    2. Élaborer une stratégie de gestion du bien à l’échelle plus large du paysage de « l’écosystème plus vaste de Selous » et formaliser cette gestion à l’échelle du paysage par l’établissement d’une zone tampon et d’ajouts potentiellement stratégiques au bien,
    3. Clarifier le statut du projet de barrage de la Gorge de Stiegler et le stade d’avancement du processus de décision y afférant,  et s’assurer qu’il existe une compréhension globale des impacts, risques, coûts et bénéfices ainsi que des alternatives au projet, sous la forme d’une Étude d’Impact Environnementale détaillée et d’une Étude Stratégique Environnemental (ESE) citée ci-dessous, qui prend en compte la VUE du bien,
    4. Achever l’évaluation d’impact environnemental et social (EIES) en cours s’agissant du projet de barrage de Kidunda et prendre pleinement en considération la VUE du bien dans le cadre de toutes les évaluations et prises de décision,
    5. Tirer parti de l’actualisation prochaine du plan de gestion général pour prendre pleinement en considération le statut de patrimoine mondial du bien et répondre au problème émergent des espèces exotiques envahissantes,
    6. Renforcer l’implication et les avantages des communautés locales, en particulier en confortant les aires de gestion de la faune en tant que point d’entrée et cadre prometteurs ;
  10. Réitère sa demande à l’État partie de n’entreprendre aucune activité de développement au sein de la réserve de gibier de Selous et de ses zones avoisinantes sans l’autorisation préalable du Comité du patrimoine mondial, conformément aux Orientations;
  11. Réitère aussi sa demande à l’État partie de n’autoriser aucune activité minière au sein du bien hormis le site minier de la rivière Mkuju, comme indiqué dans la décision 36 COM 8B.43, conformément avec sa position établie que les activités minières ainsi que l’exploration et l’exploitation de gaz et de pétrole sont incompatibles avec le statut de patrimoine mondial ;
  12. Accueille favorablement la volonté de l’État partie de répondre aux menaces multiples pesant sur la VUE du bien et d’entreprendre une ESE de l’écosystème plus vaste de Selous, et rappelle que cette ESE devrait identifier avec précision l’accumulation des impacts des divers développements prévus et existants au sein du bien ainsi que dans d’importants corridors de faune sauvage et zones de dispersion essentiels au maintien de la VUE et de l’intégrité du bien, y compris et entre autres le corridor de Selous-Niassa, conformément à la Note de conseil de l’UICN pour les évaluations d’impact environnemental appliquées au patrimoine mondial ;
  13. Demande en outre à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2015, un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien, incluant un résumé exécutif d’une page ainsi qu’une proposition d’État de conservation souhaité en vue du retrait du bien de la Liste du patrimoine mondial en péril, y compris un calendrier de réalisation, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 39e session en 2015.

Décision adoptée: 38 COM 8C.1

Le Comité du patrimoine mondial,

  1. Ayant examiné les rapports sur l’état de conservation des biens inscrits sur la Liste du patrimoine mondial (WHC-14/38.COM/7B, WHC-14/38.COM/7B.Add et WHC-14/38.COM/7B.Add.Corr) et les propositions d'inscription sur la Liste du patrimoine mondial (WHC-14/38.COM/8B et WHC-14/38.COM/8B.Add),
  2. Décide d’inscrire les biens suivants sur la Liste du patrimoine mondial en péril :