1.         Le Taj Mahal (Inde) (C 252)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1983

Critères  (i)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/252/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1986-1994)
Montant total approuvé : 35 000 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/252/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Néant

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Pollution atmosphérique (problème résolu) 

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/252/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2003

En septembre 1996, le « Comité de gestion pour la protection du Taj » (TPMMB) a été mis en place suite aux suggestions de la Cour suprême d’Inde en vue de la protection environnementale du Taj Mahal. Par conséquent, le TPMMB a été formé sous la présidence du Secrétaire principal du gouvernement de l’Etat d’Uttar Pradesh. Le TPMMB avait pour mission d’approuver les différentes propositions de protection du Taj Mahal et de demander l’octroi de fonds au Ministère de l’Environnement et des Forêts du gouvernement central.

A la mi-juin 2003, le Centre du patrimoine mondial a reçu de nombreuses coupures de presse détaillant un plan de développement commercial de grande envergure dans les environs immédiats du Taj Mahal et du Fort d’Agra, biens du patrimoine mondial, qui se trouvent le long du fleuve Yamuna. Selon la presse, le plan proposait d’élever un remblai de taille importante le long du fleuve Yamuna pour y construire un centre commercial et des installations touristiques. Au regard de ce plan, le TPMMB a commencé en novembre 2002 à mettre en place un « Projet de couloir du patrimoine du Taj » d’une valeur de 35 millions de dollars, sans préalablement consulter les autres agences responsables de la conservation, de la gestion et de développement des biens.

Apparemment, ce « Projet de couloir du patrimoine du Taj » propose un accès alternatif au Taj Mahal et au Fort d’Agra, biens du patrimoine mondial, avec un développement commercial sur 2 km, le long du rivage entre le Taj Mahal et le Fort d’Agra. Un remblai de 1,5 m de haut aurait déjà été construit sur 1,6 km le long de la rive du Yamuna pour un montant de 6,9 millions de dollars.

L’impact négatif de ce nouveau développement sur les deux biens du patrimoine mondial apparaît déjà en raison des changements de niveau de l’eau et du débit du fleuve Yamuna, changements qui auraient notamment pu déjà affecté la stabilité structurelle des fondations du Taj Mahal. La base de la superstructure du Taj Mahal a été conçue et construite sur les sables du fleuve Yamuna, prenant pleinement en compte la pression hydraulique naturelle et le débit du fleuve. Avec le temps, le bâtiment s’est petit à petit et lentement enfoncé, et ce processus a pu être accéléré, selon certains rapports, par les modifications récentes du débit et de la pression hydraulique dues au remblayage massif du fleuve à proximité de la base du monument.

En outre, ces modifications du cours du fleuve Yamuna pourraient causer des dommages irréversibles sur les biens du patrimoine culturel situés le long de la rive entre le Taj Mahal et le Fort d’Agra, biens intrinsèquement liés aux valeurs patrimoniales et à l’histoire de ces deux biens. Parmi ceux-là, on peut citer la Tombe d’Etmad-ud-Daulah (1622-25 après J.C.), la Tombe de Chini-ka-Rauza (1639 après J.C), l’auberge Moughal de Sarai Nur Jahan (débuts du 17ème siècle après J.C.) le monument Battis Khamba (1615-1620 après J.C)et les jardins Moughal tels que Mahtab bagh, Ram bagh, Buland bagh, Zuhra et Sayyid-ka-bagh.

Le projet du TPMMB semble être en contradiction totale avec le plan maître pour Agra rédigé par le Département de planification urbaine et rurale du gouvernement de l’Etat d’Uttar Pradesh, en collaboration avec l’Autorité de développement d’Agra (ADA), en 2001. Ce plan désignait les biens du patrimoine mondial et leurs alentours comme « parc national », à usage non-commercial et non-résidentiel. Aucune étude d’impact environnemental ou patrimonial ne semble avoir été effectuée avant la conception et la mise en œuvre du projet. De plus, il semblerait qu’aucune des autorités concernées, comme le Archaeological Survey of India (ASI), la Commission centrale des eaux (CWC), le Comité central de contrôle de la pollution (CPCB), l’Autorité de développement d’Agra (ADA) et la Corporation municipale de la ville d’Agra (ACMC), n’ont été consultées lors de la conception et de la mise en œuvre du projet.

Le 18 juin 2003, le Centre du patrimoine mondial a demandé aux autorités indiennes, via la Délégation permanente de l’Inde auprès de l’UNESCO, de lui fournir des éclaircissements et des informations détaillées sur le plan proposé ainsi que sur sa mise en œuvre.  

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Néant

Décision adoptée: 27 COM 7B.105

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Exprime sa vive préoccupation devant les rapports de construction d'un plan de développement touristique de grande envergure dans les environs immédiats du Taj Mahal et du Fort d'Agra, biens du patrimoine mondial, dont l'impact négatif et irréversible pourrait affecter les valeurs de patrimoine mondial des deux biens, ainsi que les valeurs patrimoniales des biens situés dans la région d'Agra et du fleuve Yamuna ; 

2. Prend note des informations de l'Etat partie concernant les mesures prises pour mettre un terme aux travaux de construction du remblai, en attendant la décision de la Cour Suprême qui étudie ce projet d'aménagement ;

3. Regrette que l'Etat partie n'ait pas informé le Comité de son intention d'entreprendre cette opération d'aménagement de grande envergure - le « Projet de couloir du patrimoine du Taj » - qui pourrait avoir des effets négatifs sur les valeurs de patrimoine mondial du bien, et cela, en dépit de l'invitation du Comité de soumettre de tels projets avant de prendre des décisions difficilement réversibles, comme indiqué au paragraphe 56 des Orientations devant guider la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial (juillet 2002) ;

4. Demande au Centre du patrimoine mondial et à l'ICOMOS d'entreprendre une mission de suivi réactif conjointe pour organiser des consultations avec l'Etat partie concernant ce projet d'aménagement en vue de l'élaboration de mesures correctives pour renforcer la conservation, la gestion et l'aménagement du Taj Mahal et du Fort d'Agra, biens du patrimoine mondial ;

5. Prie l'Etat partie de reconsidérer la mise en œuvre du projet en cours, en se basant sur une analyse et une étude complètes de l'impact d'un plan de développement d'une telle envergure sur les biens du patrimoine mondial du Taj Mahal et du Fort d'Agra, tout en évaluant les dommages déjà provoqués par le remblayage du fleuve Yamuna, entre le Taj Mahal et le Fort d'Agra ;

6. Demande à l'Etat partie d'envisager l'établissement d'une autorité de gestion coordonnée et effective pour les biens du patrimoine mondial dans la région d'Agra, qui inclurait les trois biens du patrimoine mondial du Taj Mahal, du Fort d'Agra et de Fatepur Sikhri ;

7. Demande à l'Etat partie de fournir au Centre du patrimoine mondial, d'ici le 1er février 2004, un rapport sur l'état de conservation des biens du patrimoine mondial du Taj Mahal et du Fort d'Agra, afin que le Comité du patrimoine mondial puisse examiner l'état de conservation des biens à sa 28e session, en 2004. Ce rapport devra inclure, si possible, les résultats de l'EIE entreprise par  le Central Power Water Research Centre, ainsi que la décision de la Cour Suprême concernant la mise en œuvre du plan d'aménagement du « Projet de couloir du patrimoine du Taj ».