La visite du Sanctuaire de faune de Manas a été organisée durant une mission de l’UICN dans l’Assam du 5 au 16 février 2002, avec la coopération du ministère de l’Environnement et des Forêts, du Bureau de l’UNESCO à New Delhi (Inde) et du Centre du patrimoine mondial. Les principales conclusions de la mission sur l’état de conservation de Manas sont les suivantes :
(a) Le climat d’insécurité crée un « environnement propice » à plusieurs éléments négatifs contribuant à un mauvais usage des ressources du site. Il semble y avoir une pratique considérable de braconnage organisé d’animaux sauvages, d’abattage d’arbres illégal, d’empiètements et d’actes de vandalisme à l’intérieur du site. Il règne un clair sentiment d’incertitude et de doute parmi le personnel du site.
(b) Sur les trois « Ranges » qui se répartissent les opérations de gestion et de protection, seul le Bansbari Range (c’est-à-dire la zone centrale du site) peut être qualifié de raisonnablement fonctionnel. L’insurrection empêche la reprise des activités de protection dans les massifs oriental et occidental où les rapports signalent des pratiques de braconnage répandues et la coupe illégale d’arbres et de produits forestiers autres que le bois, y compris des plantes médicinales.
(c) La direction du site a du mal à répondre activement aux questions ayant trait à l’aire protégée. Par exemple, aucun plan de gestion n’a été approuvé. L’absence de données fiables ne facilite pas la formulation de stratégies de gestion appropriées et/ou d’activités pour un développement durable. Cependant, un plan de gestion provisoire est en cours d’achèvement.
(d) Le budget de fonctionnement, l’infrastructure, l’équipement et la structure administrative sont inadaptés aux besoins actuels. Il n’y a pas assez de personnel expérimenté et qualifié pour traiter les aspects quotidiens de la gestion des aires protégées.
(e) Les infrastructures restreintes et/ou mal entretenues (routes, communications, etc.) et les services publiques dont disposent les villes et les villages autour du site (tourisme et infrastructure des transports et du marketing limités) réduisent les options de conception et de mise en œuvre de projets de développement économique durable en zone rurale en faveur de la conservation.
(f) La pauvreté et la pression démographique font du développement et de la mise en œuvre des solutions pour soulager la misère et des solutions économiques au niveau communautaire des tâches qui relèvent du défi et qui dépassent probablement l’expérience, la capacité et les moyens du personnel en place.
Les programmes communautaires d’éco-développement semblent axés sur la mise en place d’infrastructure qui ne sont que faiblement liés à la mobilisation d’appui de la population pour réaliser les objectifs prioritaires de conservation du site. Ils ne contribuent pas vraiment à résoudre les nombreux problèmes que pose la gestion du site. Le niveau imprévisible des ressources financières et techniques limite la capacité du Directeur et du personnel à mettre en œuvre les programmes de gestion et de développement de manière successive et ordonnée. Le site impose une stratégie d’interprétation et de conservation globale et intégrée, qui nécessite la mise en place d’un processus de planification de la gestion transparent, faisant appel à la consultation et impliquant des acteurs multiples : les collectivités locales, les écoles, les visiteurs, le personnel de protection et du site, ainsi que le gouvernement local et les autres organisations qui travaillent à l’intérieur et autour du site.
Le Directeur et le personnel affirment que seule une très petite population de rhinocéros unicornes vit encore sur le site. Les chercheurs qu’ont rencontrés les membres de la mission estiment que leur nombre pourrait être inférieur à dix. Les massifs oriental et occidental étant effectivement « interdits » au public et la présence du personnel de protection étant limitée à quelques endroits, il est difficile d’évaluer exactement l’impact des mesures destinées à réduire les menaces de braconnage du rhinocéros. Il est certain, cependant, que la population de rhinocéros à l’intérieur et autour de Manas est gravement menacée.
En ce qui concerne les progrès de mise en œuvre du plan de réhabilitation adopté en 1997 et la durabilité des efforts de réhabilitation, la mission a indiqué que les 165.000 dollars alloués par l’UNESCO au titre de l’Assistance d’urgence ont permis de financer les projets approuvés et l’achat d’équipement. Ces activités aident, bien que lentement, à rétablir la présence de personnel pour assurer la gestion de Manas. Les deux hors-bord en fibre de verre achetés avec le deuxième paiement ne sont sans doute pas les mieux adaptés pour les travaux à entreprendre.
Le Département des Forêts de l’Assam a ouvert un compte en fiducie qui a la potentialité de couvrir les frais de gestion et d’exploitation des deux sites du patrimoine mondial (Manas et Kaziranga) situés dans l’Assam. Le Directeur du site a dressé une liste des projets prioritaires ; si un financement pouvait être obtenu, ces projets pourraient contribuer de manière notoire à améliorer la gestion de la plupart des zones autres que celles qui sont menacées par les activités des insurgés et des militants.
De bonnes relations de travail existent entre le Sanctuaire de faune de Manas et le Parc national royal de Manas (Bhoutan) et la mission a pu avoir des discussions informelles avec un membre du personnel du Parc royal de Manas. Un membre du personnel du Parc royal de Manas a fait savoir que la conjoncture actuelle ne se prête guère à l’avancement d’une proposition de site transfrontalier du patrimoine mondial. La pratique du braconnage et l’insurrection qui règne de part et d’autre de la frontière internationale sont très préoccupantes pour les autorités bhoutanaises et le Département royal des Forêts du Bhoutan a fermé l’école locale et les autres installations communautaires, relogé les familles de la base du Parc et envisage de remplacer d’ici peu les personnels du Département des Forêts et du Parc national par une unité de l’armée.