1.         Zone de conservation de Ngorongoro (République-Unie de Tanzanie) (C/N 39bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  1979

Critères  (iv)(vii)(viii)(ix)(x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril   1984-1989

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/39/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 1979-2001)
Montant total approuvé : 235 845 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/39/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

$79,000 à ce jour, plus $275,000 pour le soutien de l'UICN en 1994 (financés par l'Allemagne)

Missions de suivi antérieures

Néant

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/39/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2002

La 25e session du Comité a demandé à l’Etat partie un rapport sur les empiètements dans la partie Nord du site et sur les effets de l’agriculture commerciale. La demande du Comité a été communiquée à l’Etat partie par un courrier daté du 20 décembre 2001. Le Centre et l’UICN n’ont à ce jour reçu aucun rapport de l’Etat partie.

 

Dans une lettre du 17 avril 2002, le Centre a été informé qu’un représentant du Bureau de l’UNESCO à Dar–es–Salaam avait assisté le 4 avril 2002 à la 68e session du Conseil de la Ngorongoro Conservation Area Authority (NCAA). Pendant cette réunion, les membres du Conseil ont abordé la question de l’agriculture à Ngorongoro. Le représentant de l’UNESCO a fait part de l’inquiétude du Centre suite aux rapports qui lui ont été adressés et qui font état de l’extension de l’agriculture ; il a conseillé aux responsables de NCAA de tenir le Centre informé de la situation de l'agriculture et des mesures prises pour remédier au problème. Dans cette même lettre, le représentant de l’UNESCO insiste sur plusieurs points touchant aux activités agricoles à Ngorongoro :

1.  en septembre 2001, lors d’une visite à Ngorongoro, le Premier ministre a annoncé que tous les cultivateurs de la zone de conservation de Ngorongoro devaient se préparer à abandonner toute culture dans cette zone et que des dispositions seraient prises pour trouver des terres à l’extérieur de cette zone pour ceux qui pratiquent l’élevage et l'agriculture à des fins commerciales. Des gardiens de troupeaux de la zone de conservation ont formé un comité spécial et ont rencontré en octobre 2001 le président de la République-Unie de Tanzanie, demandant que l’annonce du Premier ministre soit reconsidérée. Paraissant assouplir la position du gouvernement, le président a assuré le comité que la production agricole à petite échelle continuerait d’être autorisée dans la zone de conservation de Ngorongoro pour compenser le déclin de l’alimentation animale, jusqu’à ce que des solutions de remplacement soient trouvées pour garantir la sécurité alimentaire. Il a ensuite pris plusieurs directives à cet effet (une fois traduites de swahili en anglais, ces directives seront communiquées au Centre) ;

2.  des terres ont été trouvées à l’extérieur de la zone de conservation, à Oldonyosambu (circonscription de Loliondo), pour réinstaller les cultivateurs immigrants. Les conditions d’acquisition sont en cours de définition avec les autorités du district ;

3.  une équipe pluridisciplinaire sera prochainement formée pour conseiller sur les endroits de la zone de conservation où des cultures à petite échelle peuvent être autorisées sans effet négatif sur l’environnement et les ressources naturelles ;

4.  d’importants efforts d’éducation et de sensibilisation en direction des milieux politiques locaux ainsi que des résidents seront faits par les responsables, en insistant sur la menace que ferait peser la poursuite et l’extension des cultures sur la faune, les pâturages et les recettes du tourisme ;

5.  un bilan des populations d’herbivores, des cultures et de la lutte contre les maladies dans la zone de conservation, réalisé en collaboration avec l’Université du Colorado (Etats-Unis), vient d’être achevé. Les résultats seront bientôt publiés. La cartographie montre qu’en février 2000 4 902 hectares de terre étaient cultivés ;

6.  le University College of Lands, Architecture and Survey (UCLAS) a été sollicité pour effectuer la délimitation de la zone de conservation de Ngorongoro ;

7.  des discussions sont en cours pour transférer les logements du personnel de la zone de conservation hors de la zone et pour éloigner les bureaux du cratère.

 

Dans une autre lettre également datée du 17 avril 2002 concernant les embouteillages dans le cratère de Ngorongoro, le bureau de l’UNESCO à Dar–es–Salaam a informé le Centre que les membres du Conseil du NCCA avait accueilli avec gratitude l’assistance octroyée par le Fonds du patrimoine mondial pour étudier l’impact des embouteillages à Ngorongoro. Il a également attiré l’attention du Centre sur le fait que le Japon a commencé à construire une route goudronnée qui doit conduire jusqu'à l’entrée principale du NCAA et qui devrait être terminée l’année prochaine ; cette donnée rend l’étude encore plus opportune, dans la mesure où cette route risque d’augmenter encore le nombre de voitures.

 

L’UICN a reçu du président du Groupe de spécialistes des antilopes de la Commission de survie des espèces de l’UICN une copie du rapport final de l’étude sur les ongulés du cratère de Ngorongoro (Ngorongoro Crater Ungulate Study 1996-1999 Final Report), daté de février 2002. Ce rapport avait été demandé par la Ngorongoro Conservation Area Authority (NCAA) pour déterminer les causes du déclin des populations de gnous et autres ongulés des plaines entre le début et la première moitié des années 1980 et pour élaborer un programme de suivi visant à recueillir les informations nécessaires pour gérer l’écosystème. 

 

Le rapport note que :

·  entre le début et la moitié des années 1980, le nombre d’ongulés dans le cratère a décliné de près de 25 %, passant d’environ 25 000 à 19 000. Le phénomène est particulièrement marquant pour les populations de gnous, d’élands et de gazelles de Thomson, tandis que le nombre de buffles est passé de presque zéro dans les années 1960 à plus de 2 000 ;

·  dans le même temps, d’autres changements dans la composition des espèces se sont produits, notamment une diminution des populations de lions et d’hyènes, tandis que les effets des activités humaines dans le cratère (modification des modes de drainage, travaux routiers, augmentation du nombre de voitures et densité du trafic), ainsi que sur son pourtour et dans les Highlands (augmentation du nombre de personnes, développement, installation et mise en culture) ont augmentés; 

·  ceci est le signe de changements importants dans l’écologie du cratère. Le rapport propose plusieurs causes possibles pour ce changement de la composition des espèces, notamment : un apport moindre d’eau dans le cratère, à cause soit d’une diminution des précipitations annuelles, soit du détournement de l’eau par l’homme pour ses besoins, et des obstacles et autres interférences avec la distribution naturelle de l’eau dans le cratère ; la moindre capacité biologique pour le gibier des plaines à cause de la mauvaise qualité des pâturages qui pourrait être due à l’absence d'un programme de feux contrôlés ; un moindre taux de survie des jeunes animaux et d’accroissement des populations et/ou une augmentation de la mortalité des animaux adultes dus à une mauvaise nutrition, la maladie ou l’intensification de la pression des prédateurs ; l’émigration de nombreux animaux qui n’ont pas pu revenir ; l’interférence avec la faune du cratère qui traverse ou vit dans les Highlands.

 

Incendies :

Le rapport note que, d’après plusieurs études clés, les dispositions prises les 30 dernières années par les hommes pour prévenir le plus possible les incendies sont vraisemblablement la cause majeure du déclin des ongulés dans le cratère. La composition du couvert végétal, en termes d’espèces, de saveur, de structure et de teneur en fibres, est considérée comme déterminante pour la viabilité des herbivores ruminants de différentes tailles. Les ruminants de petite à moyenne taille, comme le gnou et la gazelle de Thomson, ont besoin d’herbes courtes, moins riches en fibres ; or, à cause de l’interdiction du brûlage, l’herbe pousse plus haut et devient plus fibreuse, ce qui est une situation plus favorable au buffle. 

 

Ressources en eau :

Le rapport indique que le détournement des ruisseaux du cratère pour les hôtels de tourisme prive probablement le cratère d’une part importante de ses ressources en eau. Il cite le cas d’un hôtel sur le pourtour du cratère qui a détourné l’eau de la source Oljoro-Nyuki à tel point qu’à la saison des pluies, le débit de la source n’est plus que de 20 %, tandis qu’à la saison sèche le ruisseau est carrément à sec. 

 

Travaux routiers :

Le rapport fait une large place aux travaux routiers, notamment ceux de 1998 qui sont à l’origine de dégâts écologiques et esthétiques considérables. Il s’agit principalement de travaux d’élargissement, de creusement de carrières (pour récupérer des matériaux de construction pour les routes) et de création de bas-côtés, de fossés et de canaux. Ils ont eu pour effet d’empêcher le drainage, de détourner l’eau du marais de Gorigor et d’augmenter le déversement direct de l’eau dans le lac Makat. Cela signifie que l’eau et les solides dissous qui, normalement, auraient coulé dans les zones humides et s’y seraient évaporés, se déversent désormais directement dans le lac, ce qui a une incidence sur la chimie de ses eaux. Ce détournement de l’eau a également eu des effets sur les marécages à hippopotames et empêche l’inondation de la prairie pendant la saison des pluies.

 

Véhicules des touristes :

A propos des effets du tourisme automobile, le rapport note que le nombre de véhicules enregistrés à un moment donné dans le cratère pendant la saison haute se situe entre 80 et 140. A Ngoitoktok, l’un des deux seuls endroits où les visiteurs sont autorisés à sortir de leur véhicule, on a vu jusqu’à 50 véhicules. Le rapport indique aussi que, si le réseau routier est développé, le nombre de véhicule pourrait être augmenté et les visiteurs dispersés sur une étendue encore plus grande. Il suggère un nouveau tracé de routes.

 

Parmi les conclusions du rapport :

L’importance du bassin hydrographique des Highlands qui apporte au cratère de Ngorongoro l’eau indispensable à la survie d’une population résidente de 25 000 herbivores et leurs prédateurs doit figurer au cœur du processus décisionnel. Les projets d’aménagement de toute taille doivent faire l’objet d’une évaluation d’impact sur l’environnement qui prenne en compte les atteintes possibles à l’écologie du cratère. Une étude hydrologique de la zone de conservation aurait dû être faite depuis longtemps. Il est particulièrement et de plus en plus important de déterminer l’origine des sources (en particulier de Ngoitoktok), de cartographier et de protéger les aquifères qui les alimentent, car la destruction de ces aquifères par le pacage, l’abattage du bois et le défrichage illégaux continue malgré les efforts faits pour empêcher ces activités. 

 

Conserver le cratère aussi naturel et libre de toute interférence humaine que possible doit être une préoccupation majeure de NCAA. Toutefois, dans le cas des incendies, une gestion active exige un programme de feux contrôlés basé sur des fondements écologiques, ce qui va à l’encontre du principe de non-interférence. 

 

Parmi les recommandations du rapport :

·  établir un comité scientifique pluridisciplinaire permanent chargé des besoins en recherche et en gestion ; 

·  demander une étude hydrologique de l’ensemble de la zone de conservation de Ngorongoro ;

·  mettre en œuvre un programme de feux contrôlés basé sur des considérations écologiques en brûlant jusqu’à 20 % des prairies du cratère chaque année ou tous les deux ans. Il faut former le personnel de la NCA aux techniques de maîtrise et de lutte contre les incendie ;

·  atténuer les conséquences écologiquement inacceptables des travaux routiers dans le cratère ;

·  élaborer un plan d’aménagement routier comprenant une extension du réseau qui fera l’objet d’une évaluation d’impact sur l’environnement ;

·  organiser une surveillance étroite mais courtoise du tourisme dans la zone du cratère. Il est essentiel de limiter le nombre de voitures admises pour réduire le plus possible les effets sur l’environnement et créer de meilleures conditions pour les visiteurs ;

·  l’UICN estime que la Ngorongoro Crater Ungulate Study est un document crédible.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et des Organisations consultatives

Néant

Décision adoptée: 26 COM 21B.22

Le Comité du patrimoine mondial,

1. Remercie l'Etat partie de l'aide fournie pour produire l'étude sur les ongulés de Ngorongoro, tout en lui demandant de mettre en œuvre les recommandations de cette étude ;

2. Invite l'Etat partie à envisager un moratoire sur de nouveaux aménagements à l'intérieur et autour du cratère (Highlands), tant que les impacts des hôtels, du réseau routier et autres aménagements touristiques existants n'auront pas été évalués, en insistant plus particulièrement sur l'utilisation de l'eau ;

3. Demande à l'Etat partie de présenter un rapport sur l'état de conservation du site, notamment sa réponse à l'étude sur les ongulés du cratère de Ngorongoro, avant le 1 février 2003, pour examen à sa 27e session en juin/juillet 2003.