1.         Vieille ville de Lamu (Kenya) (C 1055)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  2001

Critères  (ii)(iv)(vi)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/1055/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 2000-2010)
Montant total approuvé : 31 776 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/1055/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Mars 2004 : mission commune de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS ; février 2005 : mission consultative du Centre du patrimoine mondial sur l’eau et l’assainissement ; mai 2010 : mission commune de suivi réactif Centre du patrimoine mondial/ICOMOS/ICCROM

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

a) Absence de plan de gestion approuvé et de plan d’action de mise en œuvre ;

b) Absence de planification préventive des risques, en particulier en cas d’incendie ;

c) Absence de système d’assainissement des eaux usées, d’évacuation des déchets et d’infrastructures générales, et risque de pénurie d’eau douce ;

d) Développement incontrôlé ;

e) Manque de ressources ;

f) Pressions dues au développement urbain et industriel, notamment nouveau projet portuaire et prospection pétrolière ;

g) Zone tampon inadéquate.

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/1055/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2012

Le 31 janvier 2012, un rapport sur l’état de conservation de la Vieille ville de Lamu a été soumis par l’État partie. Ce rapport traite certaines questions demandées par le Comité du patrimoine mondial dans la décision 35 COM 7B.39, dont une étude de faisabilité du corridor de transport Lamu–Sud-Soudan–Éthiopie (LAPSSET) et l’aménagement du port de Lamu à Manda Bay, le contenu d’une Evaluation d’impact environnemental (EIE) des trois premiers postes d’accostage du port de Lamu, l’empiétement dans les dunes de sable de Shela, et le développement incontrôlé. Toutefois, ce rapport ne contient aucune information sur le tracé exact du corridor LAPSSET, ni sur l’envergure et l’infrastructure du port, de la ville associée, de l’aéroport et des centres de villégiature, de son impact possible sur la valeur universelle exceptionnelle (VUE) et sur les limites précises du bien et de ses zones tampons, ou du plan de gestion.

a) Corridor de transport Lamu– Sud–Soudan–Ethiopie (LAPSSET) et nouveau port de Lamu

L’État partie indique qu’aucun aménagement d’infrastructure n’a été prévu pour l’île de Lamu, que ce soit à l’intérieur du bien ou dans les zones tampons publiées au Journal officiel. Les Musées nationaux du Kenya (NMK) se sont engagés dans une étroite coopération avec les organismes gouvernementaux concernés et leur demande d’Evaluation complète d’impact environnemental (EIE)/d’Evaluation d’impact sur le patrimoine (EIP) a été prise en compte et acceptée par le ministère compétent, à savoir le Ministère des Transports.

Dans les informations publiées par le Ministère kenyan des Transports, le projet LAPSSET est présenté comme un aménagement majeur, peut-être le plus important investissement infrastructurel actuel sur le continent africain. Il comprend trois corridors de 200 m de large reliant Lamu à Nakodok au Sud-Soudan (1 250 km), Moyale en Éthiopie (460 km) et Nairobi (270 km). Chaque corridor comporte une route nationale de 4-6 voies, des voies de chemin de fer et des corridors spécialement aménagés pour les gazoducs et les câbles de fibres optiques. Il est prévu d’aménager le port de commerce de Lamu à Manda Bay avec ses 32 postes d’accostage, ainsi que le nouvel ensemble « Metropolis » de Lamu, le nouvel aéroport international de Lamu, une raffinerie de pétrole et un centre de villégiature et de loisirs incluant un centre de conférences, un centre de divertissements, un centre culturel et technique, une gare maritime et un appontement de pêcheurs, tous situés le long d’un boulevard circulaire longeant Manda Bay.

Une étude de faisabilité préparée par une entreprise de conseil en aménagements portuaires – sous forme de résumé analytique consultable dans le domaine public –, prévoit une communauté urbaine nettement plus importante dans le district de Lamu, avec des impacts sociaux et environnementaux considérables. Des estimations approximatives prévoient une croissance démographique passant de 101 000 habitants actuellement à 1, 25 million en 2050, avec de nouveaux besoins en eau douce qui passeraient d’environ 3 000 m3 par jour à 296 750 m3. Il semble que ces estimations dépassent de beaucoup toutes les ressources disponibles et risquent de mettre en péril l’écologie de cet écosystème fragile. Le projet risque d’entraîner un déclin encore plus important de la biodiversité et des économies autochtones, ainsi que des modifications morphologiques du littoral et des courants de marées, avec des impacts socioéconomiques considérables sur Lamu et son paysage environnant.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent que le projet LAPSSET a été approuvé par S.E. Mwai Kibaki, Président de la République du Kenya le 26 juillet 2011, et que tous les organismes gouvernementaux ont reçu l’ordre d’accélérer la mise en œuvre de ce projet avant que l’EIE/EIP demandé par les Musées nationaux du Kenya ait été commandée. Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives souhaiteraient rappeler dans ce contexte, conformément au paragraphe 172 des Orientations, que des informations détaillées sur de nouvelles constructions susceptibles d’affecter la valeur universelle exceptionnelle d’un bien doivent être communiquées avant la prise des décisions qui pourraient être difficiles à inverser, afin que le Comité puisse aider à rechercher des solutions adaptées pour garantir une préservation totale de la VUE du bien.

Le 2 mars 2012, une cérémonie officielle a eu lieu à Lamu, en présence du Président du Kenya, du Premier Ministre d’Éthiopie et du Président du Sud-Soudan, pour lancer la construction des installations des trois premiers postes d’accostage du port de Lamu et du corridor de transport.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives souhaitent particulièrement souligner que l’importance des aménagements prévus par le projet, bien qu’en dehors des limites du bien, pourrait causer d’énormes pressions de développement urbain sur la Vieille ville de Lamu, et aurait aussi un effet sur les fonctions traditionnelles culturelles et religieuses swahilies qui ont justifié l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial selon les critères (ii) et (vi).

b) Empiétements dans les dunes de sable de Shela et dans la zone de captage d’eau

Une équipe spéciale interdépartementale – sous la direction de l’Autorité nationale pour l’environnement (NEMA), des Musées nationaux du Kenya et de l’Autorité de gestion des ressources en eau (WRMA) – a été formée pour classer les dunes de sable de Shela comme zone spéciale de biodiversité. Ce statut devrait améliorer l’image de cette aire, faire mieux appliquer les restrictions en matière d’aménagements et renforcer les efforts de protection. La WRMA, en coopération avec des associations d’usagers de l’eau, élabore actuellement un plan de gestion du bassin hydrographique et a reçu en 2011 un financement pour plusieurs initiatives de protection de ce bassin. Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives considèrent que les risques d’empiètement dans les dunes de sable de Shela et la perte de l’équilibre écologique de la zone de captage de l’eau augmentent avec le projet du port de Lamu et de l’aménagement de Metropolis dans le cadre du projet LAPSSET. Dans ce contexte, la nécessité d’une planification et d’une gestion anticipatives et efficaces, ainsi que l’application des arrêtés sont devenus plus urgents et plus importants que jamais.

c) Limites, zones tampons et plan de gestion finalisé

Malgré des demandes répétées, l’État partie n’a pas fourni de cartes montrant les limites exactes du bien et des zones tampons publiées au Journal officiel. Il n’a pas non plus fourni d’exemplaire du plan de gestion, dont la finalisation a été subventionnée par le Fonds du patrimoine mondial en 2010.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Malgré l’absence permanente d’informations de source officielle sur le projet LAPSSET, en se fondant sur les informations d’organismes gouvernementaux kenyans disponibles dans le domaine public, le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives estiment que les aménagements du port de Lamu et de Metropolis, y compris le corridor de transport, l’aéroport international et d’autres infrastructures, ainsi que l’afflux massif de population vers le district de Lamu qui va accompagner le projet, auront un impact notable sur l’environnement et sur le bien. Ces aménagements vont sans doute avoir également un impact négatif sur la VUE du bien, en particulier sur son unité et sa cohésion sociales et culturelles, ses relations avec le paysage environnant et son cadre jusqu’aux îles voisines, ainsi que sur les réserves d’eau douce du bassin hydrographique des dunes de sable de Shela. Il est également très possible que cela crée des pressions massives de développement urbain sur le bien.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives recommandent que le Comité demande instamment à l’État partie d’interrompre et d’empêcher toute construction relative au projet LAPSSET ou au nouveau port de Lamu et à Metropolis jusqu’à ce que des EIE et EIP complètes – (selon le « Guide pour les évaluations d’impact sur le patrimoine appliquées aux biens du patrimoine mondial » de l’ICOMOS, couvrant non seulement les trois premiers postes d’accostage du port de Lamu, mais toute l’envergure du projet) – aient été réalisées et soumises pour examen par le Comité du patrimoine mondial. Cette évaluation doit être centrée non seulement sur les impacts possibles sur le patrimoine bâti et l’environnement naturel du bien du patrimoine mondial, mais aussi sur les impacts sociaux, culturels et religieux, constituant d’importants attributs de la VUE du bien. Avant cette EIP, il conviendra d’aider le bien à formuler des définitions et descriptions précises des attributs de la VUE, qu’ils soient matériels ou immatériels, pour étayer fermement cette étude d’impact.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives souhaitent attirer l’attention du Comité sur l’absence permanente d’information, ainsi que sur l’ampleur apparente et la mise en œuvre ambitieuse du projet LAPSSET. Bien que ce projet puisse clairement générer des avantages économiques considérables pour l’agglomération de Lamu, l’allure du développement pourrait avoir un effet destructeur sur le bien si l’on n’en renforce pas les contrôles de gouvernance, de gestion et de planification pour lui permettre de développer des relations plus en symbiose avec son environnement.

Ils indiquent également qu’en cas de poursuite des travaux de construction sans étude préalable de l’EIE/EIP par le Comité du patrimoine mondial, ou d’absence d’engagement à fournir des informations essentielles sur l’envergure, l’emplacement, le calendrier de mise en œuvre ainsi que sur les aménagements secondaires prévus du projet LAPSSET et du port de Lamu et de Metropolis, le Comité du patrimoine mondial pourrait souhaiter envisager l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en péril à sa 37e session en 2013. Le Comité pourrait également exprimer sa préoccupation sur l’absence permanente de documentation précise sur les limites du bien et sur ses zones tampons, ainsi que sur les délais de soumission du plan de gestion finalisé, et demander que cela lui soit fourni le plus rapidement possible. 

Décision adoptée: 36 COM 7B.43

Le Comité du patrimoine mondial,

1.   Ayant examiné le document WHC-12/36.COM/7B,

2.   Rappelant la décision 35 COM 7B.39, adoptée à sa 35e session (UNESCO, 2011),

3.   Prend note des informations générales fournies par l’État partie sur le corridor de transport Lamu–Sud-Soudan–Éthiopie (LAPSSET), l’aménagement du port de Lamu, les empiétements et les aménagements incontrôlés dans les dunes de sable de Shella et la Vieille ville de Lamu ;

4.   Se déclare vivement préoccupé que des informations détaillées sur le projet de corridor LAPSSET et de port de Lamu, notamment son envergure, les types d’aménagements primaires et secondaires prévus, et les prévisions de données économiques et démographiques, n’aient pas été soumises par l’État partie, comme demandé par le Comité du patrimoine mondial à ses 34e session (Brasilia, 2010) et 35e session (UNESCO, 2011) ;

5.   Note avec préoccupation que les informations mises à disposition par les autorités gouvernementales kenyanes laissent entendre qu’il s’agit d’un projet de grande envergure susceptible d’avoir un impact sur l’unité sociale et culturelle de la Vieille ville de Lamu, sur son environnement et sur son cadre, en particulier sur son littoral et ses courants de marées et sur l’équilibre écologique de la zone de captage d’eau des dunes de sable de Shela ;

6.   Se déclare également préoccupé de l’impact négatif possible du corridor LAPSSET, du nouveau port de Lamu et de Metropolis, ainsi que des aménagements secondaires prévus, sur la valeur universelle exceptionnelle du bien ;

7.   Demande à l’État partie d’arrêter et d’empêcher toute nouvelle construction du nouveau port de Lamu et des installations du projet LAPSSET à Lamu jusqu’à ce que :

a)  une Evaluation complète d’impact environnemental (EIE) et une Evaluation d’impact sur le patrimoine (EIP) – suivant le « Guide pour les évaluations d’impact sur le patrimoine appliquées aux biens du patrimoine mondial » de l’ICOMOS, afin d’évaluer l’impact potentiel du projet sur la valeur universelle exceptionnelle du bien, y compris ses impacts sociaux, culturels et religieux –, aient été menées par des experts indépendants, en collaboration avec les Musées nationaux du Kenya (NMK),

b)  ces EIE et EIP aient été soumises au Centre du patrimoine mondial pour examen par le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives,

c)  des solutions appropriées permettant de garantir la totale préservation de la valeur universelle exceptionnelle du bien aient été trouvées et approuvées ;

8.   Réitère sa demande à l’État partie de fournir des informations détaillées sur l’aménagement du corridor LAPSSET, le nouveau port de Lamu et Metropolis, ainsi que sur les aménagements secondaires prévus du projet, conformément au paragraphe 172 des Orientations, y compris mais pas seulement sur son envergure, l’emplacement exact de tous les aménagements, le calendrier de construction prévu ainsi que sur les procédures de compensation pour les propriétaires fonciers traditionnels et légitimes, avant de prendre toute décision qui pourrait être difficile à inverser ;

9.   Réitère également sa demande à l’État partie de fournir au Centre du patrimoine mondial pour examen par les Organisations consultatives :

a)  les cartes demandées montrant les limites précises du bien et des zones tampons, en indiquant celles qui sont actuellement publiées au Journal officiel et celles dont la publication au Journal officiel est prévue prochainement,

b)  trois exemplaires imprimés et électroniques du projet de plan de gestion finalisé ;

10.  Demande également à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2013, un rapport détaillé sur l’état de conservation du bien et la mise en œuvre de ce qui précède, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 37e session en 2013.