Le 31 janvier 2012, un rapport sur l’état de conservation de la Vieille ville de Lamu a été soumis par l’État partie. Ce rapport traite certaines questions demandées par le Comité du patrimoine mondial dans la décision 35 COM 7B.39, dont une étude de faisabilité du corridor de transport Lamu–Sud-Soudan–Éthiopie (LAPSSET) et l’aménagement du port de Lamu à Manda Bay, le contenu d’une Evaluation d’impact environnemental (EIE) des trois premiers postes d’accostage du port de Lamu, l’empiétement dans les dunes de sable de Shela, et le développement incontrôlé. Toutefois, ce rapport ne contient aucune information sur le tracé exact du corridor LAPSSET, ni sur l’envergure et l’infrastructure du port, de la ville associée, de l’aéroport et des centres de villégiature, de son impact possible sur la valeur universelle exceptionnelle (VUE) et sur les limites précises du bien et de ses zones tampons, ou du plan de gestion.
a) Corridor de transport Lamu– Sud–Soudan–Ethiopie (LAPSSET) et nouveau port de Lamu
L’État partie indique qu’aucun aménagement d’infrastructure n’a été prévu pour l’île de Lamu, que ce soit à l’intérieur du bien ou dans les zones tampons publiées au Journal officiel. Les Musées nationaux du Kenya (NMK) se sont engagés dans une étroite coopération avec les organismes gouvernementaux concernés et leur demande d’Evaluation complète d’impact environnemental (EIE)/d’Evaluation d’impact sur le patrimoine (EIP) a été prise en compte et acceptée par le ministère compétent, à savoir le Ministère des Transports.
Dans les informations publiées par le Ministère kenyan des Transports, le projet LAPSSET est présenté comme un aménagement majeur, peut-être le plus important investissement infrastructurel actuel sur le continent africain. Il comprend trois corridors de 200 m de large reliant Lamu à Nakodok au Sud-Soudan (1 250 km), Moyale en Éthiopie (460 km) et Nairobi (270 km). Chaque corridor comporte une route nationale de 4-6 voies, des voies de chemin de fer et des corridors spécialement aménagés pour les gazoducs et les câbles de fibres optiques. Il est prévu d’aménager le port de commerce de Lamu à Manda Bay avec ses 32 postes d’accostage, ainsi que le nouvel ensemble « Metropolis » de Lamu, le nouvel aéroport international de Lamu, une raffinerie de pétrole et un centre de villégiature et de loisirs incluant un centre de conférences, un centre de divertissements, un centre culturel et technique, une gare maritime et un appontement de pêcheurs, tous situés le long d’un boulevard circulaire longeant Manda Bay.
Une étude de faisabilité préparée par une entreprise de conseil en aménagements portuaires – sous forme de résumé analytique consultable dans le domaine public –, prévoit une communauté urbaine nettement plus importante dans le district de Lamu, avec des impacts sociaux et environnementaux considérables. Des estimations approximatives prévoient une croissance démographique passant de 101 000 habitants actuellement à 1, 25 million en 2050, avec de nouveaux besoins en eau douce qui passeraient d’environ 3 000 m3 par jour à 296 750 m3. Il semble que ces estimations dépassent de beaucoup toutes les ressources disponibles et risquent de mettre en péril l’écologie de cet écosystème fragile. Le projet risque d’entraîner un déclin encore plus important de la biodiversité et des économies autochtones, ainsi que des modifications morphologiques du littoral et des courants de marées, avec des impacts socioéconomiques considérables sur Lamu et son paysage environnant.
Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent que le projet LAPSSET a été approuvé par S.E. Mwai Kibaki, Président de la République du Kenya le 26 juillet 2011, et que tous les organismes gouvernementaux ont reçu l’ordre d’accélérer la mise en œuvre de ce projet avant que l’EIE/EIP demandé par les Musées nationaux du Kenya ait été commandée. Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives souhaiteraient rappeler dans ce contexte, conformément au paragraphe 172 des Orientations, que des informations détaillées sur de nouvelles constructions susceptibles d’affecter la valeur universelle exceptionnelle d’un bien doivent être communiquées avant la prise des décisions qui pourraient être difficiles à inverser, afin que le Comité puisse aider à rechercher des solutions adaptées pour garantir une préservation totale de la VUE du bien.
Le 2 mars 2012, une cérémonie officielle a eu lieu à Lamu, en présence du Président du Kenya, du Premier Ministre d’Éthiopie et du Président du Sud-Soudan, pour lancer la construction des installations des trois premiers postes d’accostage du port de Lamu et du corridor de transport.
Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives souhaitent particulièrement souligner que l’importance des aménagements prévus par le projet, bien qu’en dehors des limites du bien, pourrait causer d’énormes pressions de développement urbain sur la Vieille ville de Lamu, et aurait aussi un effet sur les fonctions traditionnelles culturelles et religieuses swahilies qui ont justifié l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial selon les critères (ii) et (vi).
b) Empiétements dans les dunes de sable de Shela et dans la zone de captage d’eau
Une équipe spéciale interdépartementale – sous la direction de l’Autorité nationale pour l’environnement (NEMA), des Musées nationaux du Kenya et de l’Autorité de gestion des ressources en eau (WRMA) – a été formée pour classer les dunes de sable de Shela comme zone spéciale de biodiversité. Ce statut devrait améliorer l’image de cette aire, faire mieux appliquer les restrictions en matière d’aménagements et renforcer les efforts de protection. La WRMA, en coopération avec des associations d’usagers de l’eau, élabore actuellement un plan de gestion du bassin hydrographique et a reçu en 2011 un financement pour plusieurs initiatives de protection de ce bassin. Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives considèrent que les risques d’empiètement dans les dunes de sable de Shela et la perte de l’équilibre écologique de la zone de captage de l’eau augmentent avec le projet du port de Lamu et de l’aménagement de Metropolis dans le cadre du projet LAPSSET. Dans ce contexte, la nécessité d’une planification et d’une gestion anticipatives et efficaces, ainsi que l’application des arrêtés sont devenus plus urgents et plus importants que jamais.
c) Limites, zones tampons et plan de gestion finalisé
Malgré des demandes répétées, l’État partie n’a pas fourni de cartes montrant les limites exactes du bien et des zones tampons publiées au Journal officiel. Il n’a pas non plus fourni d’exemplaire du plan de gestion, dont la finalisation a été subventionnée par le Fonds du patrimoine mondial en 2010.