1.         Archipel de Socotra (Yémen) (N 1263)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  2008

Critères  (x)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/1263/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0
Montant total approuvé : 0 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/1263/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Décembre 2012 : mission de l’UICN

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Menaces idfentifiées au moment de l'inscription du bien en 2008:

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/1263/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2013

En novembre 2012, l’UICN a mené une mission suite à l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial en 2008 (décision 32 COM 8B.5) et a évalué les progrès accomplis par l’État partie dans la mise en œuvre des recommandations du Comité du patrimoine mondial. Le rapport de mission peut être consulté en ligne à l’adresse suivante : https://whc.unesco.org/fr/sessions/37COM. La mission a souligné les principaux points suivants :

a)  Gouvernance et gestion

La mission a constaté que le cadre général de gouvernance du bien était en place, y compris une série de cinq décrets du Conseil des ministres adoptés par le Gouvernement du Yémen pour Socotra, définissant les buts et les actions stratégiques. Peu d’éléments apportent cependant la preuve de l’existence d’un cadre de planification de la gestion systématique orienté vers une protection à long terme et la durabilité. Socotra semble avoir connu une certaine période de stagnation qui a commencé peu de temps après son inscription.

Aucun progrès concret n’a été accompli dans l’établissement d’une autorité indépendante pour Socotra ayant reçu mandat de superviser la gestion et la protection de l’archipel. La capacité actuelle de l’Autorité de protection de l’environnement est bien inférieure au niveau minimum requis, tant en matière de ressources humaines et financières que de capacité à faire appliquer la loi, indispensable à la garantie d’une gestion efficace du bien. Le plan de gestion du bien n’a été ni révisé, ni développé suite à l’inscription du bien sur la Liste du patrimoine mondial. Les zones tampons du bien souffrent d’un manque de réglementations et de systèmes de gestion adaptés indispensables à leur fonctionnalité et qui leur permettent de repousser les menaces cernant le bien.

b)  Construction de routes

La mission a identifié le problème de la construction de routes comme l’une des principales menaces pour le statut de conservation de Socotra. En effet, la construction de routes conduit à la complète destruction des terres qu’elles traversent et peuvent modifier de façon considérable les terrains sur lesquels les matériaux nécessaires à la construction sont prélevés. Les routes mal construites peuvent également induire un risque d’érosion et de glissement de terrain comme observé par la mission sur le territoire du bien. Par ailleurs, les routes facilitent la propagation d’espèces introduites et rendent plus aisées les activités illégales. La mission a constaté qu’environ 450 kilomètres de routes ont été construits dans l’archipel avec des mesures de précaution et de sauvegarde environnementales et sociales minimum. Il est cependant fait état de l’arrêt de la construction de routes depuis la fin 2010 en raison de l’instabilité politique et de contraintes économiques. Toutefois, rien ne garantit que les travaux ne reprennent pas dans l’avenir. La mission a par ailleurs rapporté que le Gouvernement semble être tout à fait conscient du problème et s’engage à atténuer les impacts négatifs des routes et à adopter une nouvelle série d’orientations et de procédures en matière de construction de routes et d’aménagement d’autres infrastructures qui remplissent pleinement les critères liés au statut de patrimoine mondial.

c)  Pâturage de bétail

De nombreux spécialistes de la biodiversité et de la conservation identifient le problème du pâturage comme le principal facteur ayant un impact négatif sur la conservation du bien. La mission a pu constater des niveaux excessifs de pâturage sur l’île principale de l’archipel de Socotra. Il n’existe à ce jour aucun moyen d’évaluer le niveau réel de l’impact du pâturage sur la biodiversité et la productivité des prairies de l’archipel. La mission a noté une absence d’approche systématique du traitement des impacts du pâturage. Elle a également conclu que dans la situation économique et sociale actuelle, peu d’actions peuvent être entreprises afin de traiter ces problèmes. Cela s’explique par le climat socio-économique difficile pour les populations locales et les années consécutives de grave sécheresse et de faible productivité qu’ont connus les îles de l’archipel. La mission a conclu que le problème du pâturage constituait un problème en cours et susceptible de se développer auquel le bien doit faire face, plus particulièrement sur l’île principale de Socotra et éventuellement sur l’île d’Abdul Kori.

d)  Espèces invasives

La mission n’a consigné aucune action concrète menée par les autorités afin de traiter le problème de l’importation d’espèces exogènes ou de l’exportation d’espèces endogènes. Cela illustre l’incapacité de contrôler les nombreux points d’accès sur l’île. L’Autorité de protection de l’environnement n’a que des capacités limitées pour effectuer de tels contrôles sur l’île, en particulier depuis 2008, année qui a vu le problème s’accroitre. Il est également noté que la situation est encore plus problématique pour les îles périphériques de l’archipel pour lesquelles aucune information n’est disponible et où très peu de contrôles sont exercés.

e)  Développement du tourisme

La mission a estimé que le tourisme ne représentait pas, à l’heure actuelle, un problème important pour la conservation de l’archipel. Le tourisme est néanmoins reconnu comme une future menace potentielle, en particulier en raison de l’absence de stratégie touristique pour le bien, de capacités limitées des autorités compétentes à gérer le tourisme, des faibles niveaux d’infrastructures et d’équipements de gestion et de l’absence de systèmes de contrôles et de protocoles de suivi. Le nombre de visiteurs a augmenté entre 2008 et 2010 mais a baissé depuis lors en raison de la crise politique au Yémen. Le nombre de visiteurs pourrait facilement remonter après la période prévue de stabilité, une approche stratégique est donc nécessaire pour la gestion et le développement à venir.

f)  Exploitation des ressources marines

La pêche et d’autres formes de prélèvement des ressources aquatiques ont été identifiées par la mission de l’UICN, les communautés locales et des experts scientifiques comme une menace permanente et un problème pour la conservation du bien. Les effets sont amplifiés par l’augmentation des problèmes de sécurité dans l’Océan Indien et les capacités limitées des autorités de l’archipel à faire appliquer la loi. Par ailleurs, le problème de la collecte et de l’exportation vers les pays voisins de coraux morts ne semble pas avoir été résolu au vu des perspectives économiques de la région et de l’impact sur les zones côtières.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial et de l’UICN

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN prennent note du cadre de gouvernance très élaboré mis en place pour Socotra depuis son inscription. Les décrets du Conseil des ministres de 2008 constituent un engagement déterminé du Gouvernement du Yémen à sauvegarder Socotra et à adopter une stratégie de protection et de développement durable. Il semble cependant que cet engagement ait été battu en brèche par la pression exercée par le développement au cours des années 2009 et 2010. Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN estiment que si la construction d’une route nouvelle ou d’une route non terminée reprenait sur le territoire des zones centrales de biodiversité du bien, cela constituerait une grave menace pour la valeur universelle exceptionnelle du bien conformément au paragraphe 180 des Orientations.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN prennent également note de la persistance de plusieurs problèmes graves ayant de lourds impacts sur la conservation à long terme et la durabilité des valeurs naturelles du bien et de ses attributs culturels associés. Il s’agit en l’occurrence de l’absence d’un système de gestion du bien bénéficiant d’un niveau approprié de ressources humaines et financières, des impacts persistants des construction antérieures de routes, du pâturage actuel du bétail, de l’introduction d’espèces exogènes, de l’accumulation de déchets solides et de l’exploitation des ressources marines auxquels s’ajoutent les impacts potentiels du tourisme non durable et des séjours de visiteurs.

Le Centre du patrimoine mondial et l’UICN prennent par ailleurs note des capacités limitées des autorités nationales et locales à adopter un cadre de gestion assorti de programmes lisibles destinés à la mise en vigueur de la législation, au suivi et à la documentation du bien et à la sensibilisation. Cela représente un obstacle majeur à la protection à long terme et à la durabilité de la biodiversité et des ressources naturelles du bien. En outre, ils prennent note d’une des conclusions positives de la mission, la mise en place d’un partenariat entre l’UICN et le Centre régional arabe pour le patrimoine mondial destiné à accroitre le renforcement de capacités des équipes du bien. 

Décision adoptée: 37 COM 7B.9

Le Comité du patrimoine mondial,

1.         Ayant examiné le document WHC-13/37.COM/7B.Add,

2.         Rappelant la décision 32 COM 8B.5, adoptée à sa 32e session (Québec, 2008),

3.         Accueille avec satisfaction l’engagement officiel de l’État partie à la conservation du bien par le renouvellement de la confirmation de son engagement à mettre en œuvre pleinement les décrets du Conseil des ministres de 2008 traitant des divers problèmes auxquels le bien doit faire face ;

4.         Prend note de la période difficile que traverse l’État partie qui restreint sa capacité à mettre en œuvre et à suivre les stratégies et actions adoptées pour la conservation du bien ;

5.         Demande à l’État partie d’élaborer et d’adopter un plan d’action pour la mise en œuvre des décrets du Conseil des ministres de 2008 ;

6.         Demande également à l’État partie d’initier l’établissement d’une autorité indépendante de gestion mandatée pour la gestion et le développement durable à long terme du bien ;

7.         Demande en outre à l’État partie de garantir que le réseau routier situé sur le territoire du bien ne se développe pas et que le schéma directeur routier est révisé conformément au plan de zonage du bien, en mettant plus particulièrement l’accent sur l’atténuation des impacts des routes existantes ;

8.         Prie instamment l’État partie de mettre en œuvre les autres recommandations de la mission de l’UICN de 2012, y compris :

a)         mettre en place un système efficace de suivi de la biodiversité visant à évaluer les impacts actuels des autres menaces telles que le pâturage de bétail et les espèces invasives, et, élaborer des stratégies spécifiques afin de garantir le minimum d’impact à long terme,

b)         adopter une stratégie de renforcement des capacités d’application de la législation en matière maritime au moyen d’un cadre politique lisible,

c)         entreprendre une évaluation globale des capacités d’accueil touristique et établir un système de suivi garantissant la durabilité de l’activité et son impact minimal sur le patrimoine naturel et sur les valeurs culturelles associées de l’archipel,

d)         élaborer et mettre en œuvre une stratégie de développement touristique et de marketing pour tout l’archipel en collaboration avec le secteur privé tant local qu’international ;

9.         Demande par ailleurs à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2015, un rapport sur les progrès accomplis dans l’amélioration de la gestion du bien et dans le traitement des principaux problèmes et perspectives de conservation, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 39e session en 2015.