1.         Quartier historique de la ville portuaire de Valparaiso (Chili) (C 959rev)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  2003

Critères  (iii)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/959/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 2010-2010)
Montant total approuvé : 140 688 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/959/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Néant

Missions de suivi antérieures

Néant

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/959/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2013

Le 31 janvier 2012, le Centre du patrimoine mondial a reçu une lettre signée de 24 institutions locales (universités, société civile et syndicats) et de 1 000 habitants de Valparaiso opposés aux interventions envisagées dans le quartier du port, comme Puerto Barón et la Jetée Prat, et contre les aménagements touristiques et les projets immobiliers. Le Centre du patrimoine mondial a demandé des informations à l’État partie sur les interventions envisagées et, une fois le dossier présenté, l’ICOMOS a fourni une évaluation et a ensuite demandé un complément d’information qui a été communiqué par l’État partie. En novembre 2012, l’entreprise privée Mall Plaza a demandé un entretien pour présenter le projet de Puerto Barón et la réunion s’est déroulée en présence de représentants de la Délégation permanente du Chili auprès de l’UNESCO et du personnel du Centre du patrimoine mondial.

Le Conseil des monuments nationaux, à l’occasion de la réunion finale de soumission des rapports périodiques de la région Amérique latine et Caraïbes, a organisé une séance de travail d’une journée, le 6 décembre 2012, entre les autorités nationales, des associations de la société civile, le secteur privé, les représentants du Cabinet du Président chilien, le Centre du patrimoine mondial et l’ICOMOS. Comme convenu à la réunion, des informations complémentaires ont été demandées sur le plan de gestion actualisé et sur l’ensemble du projet technique de l’intervention dans le quartier du port. 

Le Centre du patrimoine mondial a reçu des lettres d’institutions publiques, comme le Collège officiel des architectes de Valparaiso, d’institutions universitaires et d’associations de la société civile qui se disent préoccupées de la transformation du port.

L’État partie a soumis un rapport le 12 mars 2013 contenant des informations sur les quatre problèmes majeurs relatifs à la conservation du bien. Plus précisément, le plan de gestion du patrimoine urbain de Valparaiso - Phase II, le plan de gestion de la ville portuaire de Valparaiso finalisé par l’entreprise du port de Valparaiso, une cartographie détaillée avec les paramètres, les zonages et les interventions prévus sur le territoire du bien et sa zone tampon. Une documentation complète a également été remise sur le projet de Puerto Barón. Entre-temps, le projet de Déclaration de valeur universelle exceptionnelle a été approuvé par l’État partie. Le dossier a été complété par le Plan Comunal Regulador et les informations sur le système de transports. Le 14 mars 2013, le Centre du patrimoine mondial, après discussion avec l’ICOMOS, a envoyé une lettre officielle pour dire qu’un rapport sur l’état de conservation du bien devait être présenté au Comité du patrimoine mondial.

Le rapport révèle les difficultés rencontrées dans la formulation des règles de protection et leurs Ministères et agences nationales responsables de manière à doter le bien des instruments appropriés pour assurer la préservation de la ville et du port dans son ensemble.

a)  Déclaration de valeur universelle exceptionnelle

Selon la Déclaration de valeur universelle exceptionnelle du bien, la ville portuaire de Valparaiso est considérée depuis deux cents ans comme le principal port de commerce sur les routes maritimes de la côte pacifique de l’Amérique du Sud. Son rôle de port et son cadre naturel en forme d’amphithéâtre, constituent les deux piliers importants sur lesquels reposent les valeurs du bien. En termes d’intégrité, la ville a préservé au long des deux derniers siècles tous les attributs qui lui confèrent sa valeur universelle exceptionnelle (VUE). Ses valeurs ont été maintenues en dépit des enjeux constants inhérents à une ville portuaire active par rapport à la transformation de son tissu, ses fonctions, le renouveau des usages industriels, l’échelle et la nature de l’utilisation contemporaine du port. En termes d’authenticité, le bien a conservé l’ensemble des caractéristiques clés de son apogée de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, avec ses éléments urbains, son architecture, ses systèmes de transport et des parties de son infrastructure portuaire.

Toutefois, aucun plan de gestion de la conservation détaillé n’a été soumis au moment de l’inscription en 2003. La nécessité de ce plan pour concilier le programme en cours avec le statut de monument national du bien, a été évoquée quand le site a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial, au même titre que la nécessité de préciser les règlements d’urbanisme sur le patrimoine du port qui s’étend en partie dans la zone tampon du bien. Selon la Déclaration rétrospective de valeur universelle exceptionnelle, le bien de 23,2 ha et une grande partie de sa zone tampon de 44,5 ha a été déclaré Monument national et est donc passé sous le contrôle du Conseil des monuments nationaux du Chili. Le Ministère du Logement et de l’Urbanisme supervise également toute la zone qui relève de la Zone de préservation historique. Elle s’étend au-delà des limites du bien et de la zone tampon, et est essentiellement à vocation commerciale et marquée par la présence du port.

b)  Mise en œuvre du plan directeur pour la gestion patrimoniale du bien du patrimoine mondial de Valparaiso

L’État partie a remis la version finale détaillée du plan de gestion du bien du patrimoine mondial de Valparaiso, qui définit le système de suivi, le cadre institutionnel et la stratégie de financement. L’un des objectifs spécifiques du plan de gestion est d’élaborer, de manière exhaustive et durable, la stratégie de conservation du patrimoine urbain en mettant l’accent sur la qualité et l’usage des lieux publics, la qualité visuelle et la protection des espaces verts. Le plan de gestion met aussi l’accent sur la nature participative du système de gestion du bien et comporte une analyse comparative de la gestion urbaine entre plusieurs villes historiques inscrites sur la Liste du patrimoine mondial. Des informations sur les indicateurs techniques et financiers pour l’approbation de futurs projets, les politiques en matière de réhabilitation et les transports urbains, des études sur la capacité d’accueil liée au développement commercial ou aux lotissements et des programmes éducatifs figurent aussi dans le plan. En outre, des informations techniques et graphiques spécifiques ont été communiquées sur la méthodologie utilisée pour évaluer la qualité visuelle de la Plaza Aníbal Pinto, qui pourrait servir de référence aux études urbaines sur la qualité visuelle demandées par le Comité du patrimoine mondial

c)  Un plan directeur pour la ville portuaire de Valparaiso et ses transformations physiques et de fonctionnement correspondantes

S’agissant de la gestion de la ville portuaire de Valparaiso, l’État partie a soumis la proposition de plan de gestion élaborée par l’entreprise du Port de Valparaiso qui, depuis mai 2012, a subi des ajustements et a été approuvée par le Ministère des Transports et des Communications. La transformation touche deux zones principales, le Terminal 1 et le Terminal 2 et le Secteur Nord de San Antonio. Le document insiste sur la nécessité pour la ville portuaire de Valparaiso de faire face à une demande commerciale croissante en fonction du développement industriel du Chili et aux besoins d’une échelle plus importante des zones commerciales et touristiques dans un contexte d’activité commerciale et touristique croissante dans le Pacifique.

Le plan de gestion fait état des travaux réalisés sur l’Accès Sud et sur une liste de travaux d’infrastructure supplémentaires en projet pour les cinq prochaines années. Les travaux ont déjà commencé dans la ZEAL (Zone pour l’extension et l’approvisionnement logistique) et des projets de construction offrant une capacité de charge et de stockage en container supplémentaire sont prévus sur les jetées, notamment dans la zone Costanera. Le plan de gestion prévoit aussi la nécessité de planifier des travaux pour une capacité supérieure dans les quartiers de Yolanda et San Mateo avant 2031. Un nouvel accès est en projet dans le Secteur Nord pour répondre aux développements et aux transformations envisagées dans le quartier de Yolanda. Le plan de gestion contient, en outre, une évaluation succincte de l’impact environnemental de la ville portuaire basée sur le cadre juridique national existant pour la protection de l’environnement, avec des mesures d’atténuation qui pourraient être appliquées.

d)  Le projet de Puerto Barón

L’État partie a communiqué des informations juridiques, techniques et graphiques sur le projet de réaménagement de la zone de Puerto Barón à des fins commerciales et récréatives pour le public. Le projet a reçu l’autorisation du Ministère du Logement et de l’Urbanisme le 18 janvier 2013 et du Conseil municipal de Valparaiso le 14 février 2013. Par l’ordonnance municipale du 15 juin 2009, le Conseil municipal a amendé le plan réglementaire municipal pour la zone du Borde Costero, les zones de secteur A1-A3 et B1, la Jetée Barón, en fixant la hauteur maximum des bâtiments à 10,8 mètres, soit 20 % de plus que la hauteur maximum précédemment admise.

Le projet de Puerto Barón  comprend la construction du Mall Plaza Barón qui occupe une surface de 132 808,30 m2, répartie sur quatre étages et deux sous-sols. Le projet inclut également le réaménagement à des fins commerciales de la Bodega Simon Bolivar, bâtiment historique classé au patrimoine national. La Controlaria General de la Republica a estimé que ledit projet n’avait pas besoin de passer de contrôle national d’impact environnemental avant son approbation et sa mise en œuvre. Par ailleurs, le projet de Puerto Barón comporte une nouvelle promenade sur le front de mer pour les loisirs et le commerce, sur une surface totale de 71 512 m2 sur la Jetée Barón. Le projet architectural présenté par l’initiative privée insiste sur l’intérêt visuel et paysager du projet qui inclut des tours d’observation, des promenades, des espaces verts pour le public et des emplacements réservés à la pratique d’activités nautiques et maritimes.

 

L’État partie a aussi donné des informations sur les mesures d’atténuation, y compris le réaménagement local de l’accès pour les véhicules et les piétons, ainsi qu’une évaluation sur le risque et la prévention des tsunamis et les mesures d’évacuation.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives reconnaissent l’effort remarquable accompli par l’État partie, en particulier la Municipalité de Valparaiso, pour faire avancer le plan directeur pour la gestion patrimoniale du bien du patrimoine mondial de Valparaiso - Phase II. Ils voudraient souligner la méthodologie appliquée sur la qualité visuelle du centre historique et jugent cette approche appropriée pour une adaptation aux études sur le patrimoine urbain.

Même si l’information globale confirme l’engagement de l’État partie à trouver la meilleure solution pour les interventions dans la zone portuaire, la fragmentation des compétences et des mandats par secteurs et par différents niveaux de gouvernement, ainsi que par les différents types de protection spécifique et l’utilisation des différentes zones, ne permet pas actuellement de gérer le bien dans le respect de sa valeur universelle exceptionnelle et dans une plus vaste perspective d’inclure un cadre territorial avec tous les impacts que pourrait entraîner la transformation de la zone. En outre, compte tenu de l’échelle et du caractère de la transformation du port, de son front de mer et de ses alentours, le projet nécessite d’être soumis à une évaluation d’impact patrimonial (EIP) conformément aux lignes directrices de l’ICOMOS.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives recommandent que le Comité demande qu’une mission de suivi réactif soit organisée afin de rencontrer tous les acteurs et les autorités nationales et formuler des recommandations précises sur les interventions planifiées, ainsi que les mesures juridiques, techniques et institutionnelles à prendre pour assurer la préservation de la valeur universelle exceptionnelle de la ville portuaire de Valparaiso. Ils recommandent aussi que le Comité demande à l’État partie de stopper toute concession ou approbation des interventions prévues dans la zone portuaire et sur le front de mer jusqu’à ce que le Comité du patrimoine mondial ait évalué les recommandations de la mission de suivi réactif.

 

Enfin, il est recommandé que les termes de référence de la mission de suivi réactif comprennent une évaluation du chevauchement des mandats institutionnels et de la diversité des types de protection, ainsi qu’une estimation de l’impact social, économique et patrimonial des nouvelles propositions en termes de connectivité physique. Il faudrait également réaliser une évaluation des risques en insistant particulièrement sur les risques environnementaux. La mission de suivi réactif devrait aussi évaluer les impacts de l’activité des croisières touristiques, de la transformation du secteur traditionnel de la pêche, en prêtant une attention particulière à l’évaluation de l’importance de l’archéologie sous-marine. Elle devrait aussi examiner la question de l’équilibre entre patrimoine et développement, y compris la faisabilité d’espaces pour le dialogue social et des plateformes institutionnelles pour une bonne mise en œuvre de la réglementation.

Décision adoptée: 37 COM 7B.95

Le Comité du patrimoine mondial,

1.  Ayant examiné le document WHC-13/37.COM/7B,

2.  Prend note de la réunion de coordination organisée par le Conseil des monuments nationaux le 6 décembre 2012 avec les acteurs et note les efforts accomplis par les autorités nationales et municipales pour soumettre les plans avec une documentation technique complète ;

3.  Note également le rôle actif de la société civile dans la préservation des valeurs de la ville portuaire de Valparaiso et sa contribution à la création d’un dialogue social pour la conservation du bien ;

4.  Constate la complexité des procédures légales pour les interventions, ainsi que la répartition des responsabilités entre les autorités nationales et locales et les Ministères et agences nationales engagés dans la préservation et le développement de la ville ;

5.  Accueille favorablement l’invitation faite par l’État partie d’une mission de conseil, financée par ce dernier, pour évaluer l’état de conservation actuel, l’ensemble de la gestion et la protection, ainsi que les projets en cours et planifiés en relation avec la valeur universelle exceptionnelle du bien ;

6.  Demande également à l’État partie de retarder toute intervention irréversible à Puerto Barón jusqu’à ce que la mission de conseil formule ses recommandations ;

7.  Demande en outre à l’État partie de remettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2014 , un rapport actualisé sur l’état de conservation du bien et la mise en œuvre de ce qui précède, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 38e session en 2014.

Décision adoptée: 37 COM 8E

Le Comité du patrimoine mondial,

1.  Ayant examiné les documents WHC-13/37.COM/8E et WHC-13/37.COM/8E.Add,

2.  Félicite les Etats Parties pour l’excellent travail accompli dans l’élaboration de déclarations rétrospectives de valeur universelle exceptionnelle pour les biens du patrimoine mondial dans leurs territoires ;

3.  Adopte les déclarations rétrospectives de valeur universelle exceptionnelle,  telles que présentées dans l’Annexe I du Document WHC-13/37.COM/8E, pour les biens du patrimoine mondial suivants :

4.  Décide que les déclarations rétrospectives de valeur universelle exceptionnelle des biens du patrimoine mondial en péril seront passées en revue par les Organisations consultatives en priorité ;

5.  Décide également que, compte tenu du grand nombre de déclarations rétrospectives de valeur universelle exceptionnelle à examiner, l’ordre dans lequel elles seront passées en revue par les Organisations consultatives suivra le deuxième cycle de soumission de Rapports périodiques, tel que :

6.  Demande au Centre du patrimoine mondial d'harmoniser l'ensemble des sous-titres dans les Déclarations adoptées de valeur universelle exceptionnelle lorsque cela s’avère approprié et lorsque les ressources et le temps du personnel permettent d’effectuer ce travail ;

7.  Demande également aux États parties, aux Organisations consultatives et au Centre du patrimoine mondial de s’assurer de l’utilisation d’un langage neutre à l’égard du genre dans les Déclarations proposées pour l’adoption par Comité du patrimoine mondial ;

8.  Demande en outre au Centre du patrimoine mondial de s’assurer que les Déclarations adoptées sont conformes aux décisions ultérieures du Comité du patrimoine mondial concernant les modifications de noms des biens du patrimoine mondial et les refléter dans la totalité du texte des Déclarations concernées, en consultation avec les États parties et les Organisations consultatives ;

9.  Demande par ailleurs aux États parties de fournir un soutien au Centre du patrimoine mondial pour la traduction des Déclarations adoptées de valeur universelle exceptionnelle vers l’anglais ou le français selon les cas, et demande finalement au Centre de les publier sur son site Internet.