1.         Centres historiques de Berat et de Gjirokastra (Albanie) (C 569bis)

Année d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial  2005

Critères  (iii)(iv)

Année(s) d’inscription sur la Liste du patrimoine mondial en péril  Néant

Décisions antérieures du Comité  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/569/documents/

Assistance internationale

Demandes approuvées : 0 (de 2002-2007)
Montant total approuvé : 44 964 dollars EU
Pour plus de détails, voir page http://whc.unesco.org/fr/list/569/assistance/

Fonds extrabudgétaires de l’UNESCO

Montant total accordé pour le bien : 1 367 014 dollars EU fournis par le Gouvernement albanais dans le cadre du projet 933 ALB 400 « Sauvegarde et restauration d’une sélection de monuments à l’intérieur du site du patrimoine mondial du Centre Historique de Gjirokastër, Albanie »

Missions de suivi antérieures

Novembre 2012 : mission ICOMOS de suivi réactif

Facteurs affectant le bien identifiés dans les rapports précédents

Matériel d’illustration  voir page http://whc.unesco.org/fr/list/569/

Problèmes de conservation présentés au Comité du patrimoine mondial en 2013

Le 31 janvier 2013, l’État partie a soumis un rapport sur l’état de conservation du bien, comprenant en fait deux rapports distincts portant sur chacun des deux éléments du bien : Berat et Gjirokastra. Ces deux rapports traitent les problèmes définis par le Comité du patrimoine mondial à sa 35e session (UNESCO, 2011).

Du 10 au novembre 2012, une mission ICOMOS de suivi réactif a visité le bien, comme demandé par le Comité du patrimoine mondial à sa 35e session (UNESCO, 2011). Le rapport de mission est consultable en ligne à l’adresse Internet suivante : http://whc.unesco.org/fr/sessions/36COM/.

a)  Constructions illégales

Pour Gjirokastra, l’État partie a fourni une liste de 244 constructions illégales, dont 68 sont des bâtiments entièrement nouveaux. L’État partie a annoncé la création d’un comité de spécialistes pour étudier toutes les constructions illégales et parvenir à une conclusion professionnelle sur les différents cas. Les autorités ont également établi un plan de traitement des constructions illégales, par la démolition ou des mesures palliatives, mais non appliqué jusqu’ici. Dans certains cas, les constructions illégales dégradent considérablement l’image des rues ou en cachent l’animation habituelle. La mission a identifié de nombreux cas critiques de ce genre.

Pour Berat, une liste de 38 constructions illégales a été fournie, ainsi qu’une liste de travaux prévus pour adapter les constructions illégales au cours des trois prochaines années. L’État partie indique qu’en 2013, l’Institut des Monuments culturels va créer une unité chargée du contrôle du bien et de l’exécution des projets de restauration à Berat. Il ajoute que des progrès ont été faits dans le suivi photographique des constructions illégales par comparaison avec les archives photographiques à l’intérieur du bien et de la zone tampon. Dans le cadre du nouvel inventaire numérique de tous les biens construits sur le territoire albanais, les propriétaires fonciers doivent obtenir un certificat de la Direction régionale de la Culture nationale, prouvant qu’il n’y a pas eu de construction illégale partielle ou complète. Pour obtenir ce document, les résidents sont obligés de prouver qu’ils ont supprimé ou modifié toutes les interventions illégales. Les propriétaires non-détenteurs de ce document ne peuvent enregistrer leur bien au Registre immobilier officiel.

La mission a noté que le système général de contrôle des constructions illégales n’est toujours pas adapté. Elle a estimé qu’une des causes profondes de cette situation est l’absence de protection juridique appropriée et considère qu’il faut d’urgence améliorer la législation et les procédures de planification. La loi actuelle intitulée « Loi sur le patrimoine culturel » est trop générale et ne suffit pas à protéger efficacement les deux centres historiques. Il n’existe pas de réglementation détaillée utilisable par les organismes concernés par le patrimoine au niveau central et local, ce qui crée une incertitude sur la manière dont les habitants doivent suivre les procédures lorsqu’ils soumettent des demandes de nouveaux projets d’aménagement dans les zones protégées. La prochaine « Réglementation pour le centre historique de Berat et sa zone tampon » est absolument nécessaire et sa mise en œuvre ne doit pas être retardée. Il convient d’établir une réglementation similaire pour le centre historique de Gjirokastra.

Le rapport de mission comprend également une série de recommandations sur la manière de renforcer le cadre juridique.

L’État partie mentionne en outre la tenue à Berat de réunions de sensibilisation des résidents aux procédures juridiques concernant les projets de restauration. La mission a noté que la protection du bien souffre de l’absence de sensibilisation de la communauté à la protection de l’ensemble du paysage historique urbain. Elle a souligné la nécessité de motiver les habitants à vivre et travailler dans les deux centres historiques en leur fournissant des équipements et services publics appropriés.

b)  Systèmes de gestion

Comme Berat et Gjirokastra constituent un seul bien, il est essentiel de mettre en place une seule structure générale de gestion capable d’assurer une gestion coordonnée conforme aux Orientations.

La mission a suggéré que l’Institut des Monuments culturels (IMK) – institution scientifique d’Etat –, devienne l’entité responsable de la conservation et de la gestion des deux éléments du bien considérés comme un ensemble. Elle a également recommandé que l’IMK soit responsable du suivi et de la démolition ou de l’adaptation des constructions illégales, ainsi que des demandes de permis de construire pour toutes les nouvelles constructions ou les aménagements dans les deux centres historiques.

La mission a noté que l’absence de spécialistes qualifiés avait une incidence sur la bonne gestion du bien et qu’il convenait de renforcer les capacités.  Elle a recommendé d’utiliser le Centre de formation créé au titre du projet extrabudgetaire de l’UNESCO « Sauvegarde et restauration d’une sélection de monuments à l’intérieur du site du patrimoine mondial du Centre Historique de Gjirokastër, Albanie ». De plus, vu le peu de ressources financières disponibles pour la restauration et la préservation du patrimoine culturel, la mission a recommandé qu’il soit envisagé de formuler les demandes aux programmes de financement de l’Union européenne.

c)  Établissement d’indicateurs de suivi détaillés concernant la valeur universelle exceptionnelle

Pour Gjirokastra, l’État partie propose d’ajouter aux indicateurs actuels (nombre de restaurations de monuments individuels et fonds affectés annuellement à la restauration) deux autres indicateurs : le nombre de projets prévus ou réalisés par le biais de l’Union européenne et autre, et le travail entrepris par des institutions locales associées à la promotion et au dévélopment touristique. On ne dispose que de peu d’informations sur Berat.

La mission a confirmé qu’il n’y a toujours pas d’indicateurs en place concernant la valeur universelle exceptionnelle. Il est urgent de les définir dans le cadre des efforts de contrôle des activités de construction illégales car ces indicateurs pourraient aussi faciliter la gestion du bien.

d)  Stratégie de prévention de l’incendie

Pour Gjirokastra, l’État partie indique que depuis les années 90, il y a eu une très forte réduction du nombre de bouches d’incendie, dont le nombre est passé de trente à trois. En 2005, avec le soutien du programme européen PHARE, 5 nouvelles bouches à incendie ont été installées. Un groupe de protection d’urgence civile a été créé pour empêcher les situations problématiques et les gérer. La nécessité de disposer d’au moins deux véhicules de pompiers pouvant circuler dans les rues étroites de la ville a été soulignée, ainsi que la nécessité de renforcer la coopération à cet égard entre la Municipalité et la Préfecture.

Pour Berat, l’État partie décrit en détail un projet financé par l’Union européenne et entrepris dans le quartier de Kala en 2011, incluant notamment l’installation de bouches à incendie. Comme l’a noté la mission, il n’y a pas jusqu’à maintenant de protection contre l’incendie dans les quartiers de Gorica et de Mangalem.

La mission a conclu que l’on constate des progrès à Berat avec l’achèvement d’un plan de lutte contre l’incendie. Jusqu’ici, un plan similaire a été rédigé pour Gjirokastra mais avec peu d’avancement en termes de mise en œuvre à cause de l’absence de financement.

e)  Programme de fouilles archéologiques lors de projets d’aménagement

L’État partie précise que l’Institut d’Archéologie n’a pas fait de fouilles dans le château de Gjirokastra depuis cinq ans, mais qu’une supervision archéologique est prévue pour tous les grands travaux de restauration, tels que ceux du château de Berat.

f)  Élaboration d’une stratégie de tourisme pour Gjirokastra

Concernant Gjirokastra, l’État partie indique que la Municipalité n’a pas encore établi de plan de développement touristique à moyen terme mais il fournit un résumé de plan d’action visant à établir une stratégie de développement touristique.

La mission a noté qu’il convient de corréler les plans de gestion, les plans de stratégie touristique et les plans d’aménagement urbain. Leur objectif commun doit être de trouver un équilibre entre la création d’activité économique et la protection de la valeur universelle exceptionnelle.

g)  Travaux de restauration au château de Berat 

La mission a noté qu’aucun plan détaillé n’a été fourni avant le commencement de la première phase de travaux au château de Berat, contrairement à ce qu’avait demandé le Comité. Une seconde phase de restauration est prévue pour le château et comprend : (a) la restauration des murs du château, (b) la restauration, au lieu de la reconstruction, de certaines façades de bâtiments à l’extérieur de l’enceinte de la ville, et (c) la création d’un parcours de promenade à l’extérieur de l’enceinte de la ville. On ne dispose pas encore de plans et cette phase reste non financée. La mission a formulé des recommandations sur la nécessité de se doter d’une meilleure documentation avant de planifier davantage et elle n’a pas jugé que la construction d’un itinéraire de promenade était justifiée.

Analyse et conclusions du Centre du patrimoine mondial, de l’ICOMOS et de l’ICCROM

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives considèrent que l’ampleur des constructions illégales à Gjirokastra est alarmante et constatent l’absence d’avancement dans la mise en oeuvre du plan d’action. À Berat, l’ampleur des problèmes est moins importante car certaines mesures ont été mises en œuvre visant à inverser les dommages provoqués par des constructions illégales.

Ils notent que la mission a jugé que l’arrêt des activités illégales est freiné par l’absence d’outils juridiques adaptés, d’autorité dirigeante du bien avec un mandat précis, et de sensibilisation de la communauté locale au statut de patrimoine mondial. Ils estiment que tout cela doit être traité d’urgence.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives considèrent qu’il faut renforcer la gestion du bien dans son ensemble et mettre en place une autorité générale (par exemple l’Institut des monuments culturels) qui serait responsable de la conservation et de la gestion des deux villes comme un tout. Une telle entité pourrait aussi être responsable des stratégies de suivi et d’adaptation des constructions illégales et assurer la parité dans la gestion des composantes du bien.

La gestion du bien doit être soutenue par une compréhension plus approfondie des attributs de la valeur universelle exceptionnelle et par un ensemble plus ciblé d’indicateurs de suivi clairement associés à la valeur universelle exceptionnelle, ce qui renforcerait sensiblement le processus de suivi et de contrôle des aménagements.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent que les travaux ont commencé à Berat pour équiper une assez grande partie de la ville en bouches à incendie. A Gjirokastra, par contre, le nombre de bouches à incendie reste insuffisant. Il est nécessaire de l’augmenter via un projet similaire à celui de Berat, afin de protéger efficacement ces bâtiments vulnérables avec leurs charpentes en bois.

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent qu’une seconde phase de restauration est prévue au château de Berat. Il est essentiel de disposer de plans détaillés avant le début des travaux. Ces plans doivent respecter les recommandations de la mission concernant les murs du château, la restauration de certaines façades de bâtiments et l’absence de justification d’une promenade à l’extérieur de l’enceinte de la ville. Ils soulignent la nécessité de différencier clairement restauration et reconstruction.

 

Le Centre du patrimoine mondial et les Organisations consultatives notent la conclusion de la mission sur l’accord des autorités compétentes aux exigences de conservation du bien du patrimoine mondial. Ils constatent cependant que la mission a considéré que le bien était très vulnérable à l’impact d’une plus importante dégradation due à des travaux de construction illégale et à l’absence de mesures pour traiter ces violations. Ils recommandent donc que le Comité demande instamment à l’État partie de procéder rapidement à la mise en œuvre du plan d’action recommandé dans le rapport de mission, d’ici la fin de 2014, afin d’éviter de sérieux dangers pour la valeur universelle exceptionnelle du bien, susceptibles de justifier une éventuelle inscription du bien par le Comité sur la Liste du patrimoine mondial en péril.

Décision adoptée: 37 COM 7 B.70

Le Comité du patrimoine mondial,

1.  Ayant examiné le document WHC-13/37.COM/7B,

2.  Rappelant la décision 35 COM 7B.82 , adoptée à sa 35e session (UNESCO, 2011),

3.  Note les détails concernant les constructions illégales fournis par l’État partie pour Berat et Gjirokastra, et se déclare sérieusement préoccupé de leur ampleur à Gjirokastra et de l’absence d’avancement dans l’établissement et la mise en œuvre d’un plan d’action pour traiter ces violations ;

4.  Note également l’absence d’outils juridiques adaptés pour faire cesser les interventions illégales, prie instamment l’État partie d’approuver et de mettre en œuvre dès que possible la « Réglementation pour le centre historique de Berat et sa zone tampon » et lui demande d’élaborer une réglementation similaire pour Gjirokastra ;

5.  Note en outre le rapport de la mission de suivi réactif effectuée par l’ICOMOS en 2012 et le fait que les deux villes historiques de Berat et de Gjirokastra ne sont pas gérées comme un seul bien, et prie aussi instamment l’État partie de mettre en place dès que possible une structure générale de gestion pour le bien, qui serait responsable du suivi et de l’adaptation des constructions illégales et chargée d’assurer la parité dans la gestion des composantes du bien ;

6.  Souligne la nécessité pour l’État partie de soutenir la gestion du bien, et en particulier les processus de suivi et de contrôle des développements, par une articulation plus claire des attributs de la valeur universelle exceptionnelle et par un ensemble ciblé d’indicateurs de suivi qui lui soit précisément associé ;

7.  Demande également à l’État partie de traiter d’urgence la nécessité de faire installer davantage de bouches à incendie à Gjirokastra et dans les parties de Berat non concernées par le projet en cours financé par l’Union européenne ;

8.  Engage l’État partie à poursuivre les mesures de sensibilisation au statut de patrimoine mondial parmi les communautés locales de Berat et Gjirokastra ;

9.  Demande en outre à l’État partie de fournir au Centre du patrimoine mondial des détails sur la seconde phase des travaux au château de Berat, en tenant compte des avis de la mission avant l’approbation du projet, pour examen par les Organisations consultatives, conformément au paragraphe 172 des Orientations  ;

10. Regrette qu’aucune information concernant le nouveau projet d’hôtel de la maison de Kodra n’a été fournie à la mission, prend note de la documentation récemment soumise par l’Etat partie et demande par ailleurs l’Etat partie de soumettre au Centre patrimoine mondial une évaluation d’impact sur le patrimoine, conformément au Guide de l’ICOMOS pour les évaluations d'impact sur le patrimoine appliquées aux biens du patrimoine mondial culturel et d’arrêter tous travaux portant sur ce projet jusqu’à son évaluation par des Organisations consultatives ;

11.  Prie en outre instamment l’État partie de traiter toutes les recommandations de la mission de suivi réactif et d’appliquer le plan d’action recommandé, d’ici la fin de 2014 , afin d’inverser le déclin du bien et veiller à ce que ses vulnérabilités n’augmentent pas jusqu’à menacer sa valeur universelle exceptionnelle ;

12. Demande enfin à l’État partie de soumettre au Centre du patrimoine mondial, d’ici le 1er février 2014 etle 1er février 2015 respectivement, desrapports actualisés sur l’état de conservation du bien et la mise en œuvre de ce qui précède, pour examen par le Comité du patrimoine mondial à sa 39e session en 2015.